« Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle gênée.

- Ok… J'ai un peu réagi au quart de tour tout à l'heure... répondit son compagnon. Et… J'ai lu ton post-it… Candice se mit à sourire doucement. L'invitation tient toujours ?

- Je pensais que tu me faisais toujours la gueule … avoua-t-elle.

Antoine hocha la tête de gauche à droite en l'observant.

- Tu pouvais pas t'en empêcher hein ?

- Je suis désolée de t'avoir menti… s'excusa-t-elle sincèrement. Mais je pensais bien faire en vous aidant et voilà quoi… j'ai pas réfléchi…

- Je veux juste que tu restes tranquille le temps que tout rentre dans l'ordre. J'ai pas envie que l'IGPN revienne mettre le nez dans nos affaires… Ça a déjà fait assez de dégâts comme ça…

- Pardon ! s'excusa-t-elle à nouveau avant de l'embrasser.

- Puis c'est mieux que tu ressortes pas ce déguisement…

- Pourquoi ?

- Et bah… commença-t-il en s'approchant d'elle, Parce que le blond te va nettement mieux... confessa-t-il en l'embrassant.

- T'es con ! rigola-t-elle contre ses lèvres.

- Ah ! Et les couleurs aussi… rajouta-t-il avant de l'embrasser à nouveau.

Candice rigola doucement sous les baisers de son compagnon avant de l'interrompre.

- Tu restes manger donc ? Sacha a préparé le repas !, proposa-t-elle en prenant sa main.

- Sacha ? demanda-t-il étonné.

- Le nouveau Sacha ! confirma-t-elle en appuyant sur le deuxième mot. »

Antoine rigola en sortant de la voiture. Il referma la porte et s'approcha de sa compagne qui l'attendait devant la boîte aux lettres en souriant. Elle lui prit la main et tous deux se dirigèrent jusqu'à la porte.

Assis dans le canapé, Emma et Sacha étaient surpris de la voir revenir si tôt et accompagné d'Antoine. Le couple se justifia auprès d'eux et se servit un verre de vin avant de les rejoindre.

« C'est bientôt prêt normalement ! lança Sacha.

- Tu vois ! Qu'est-ce que je te disais ! clama Candice à son compagnon assis à ses côtés.

- Bon après rien ne dit que ce sera bon hein ! rétorqua Antoine pour le taquiner. »

Tous éclatèrent de rire face à la remarque du commissaire. Tous, sauf Sacha faussement vexé par cette pique. Lui qui avait pourtant décidé de faire des efforts pour briller aux yeux de sa compagne et de sa belle-mère. Il se leva en bougonnant pour aller vérifier la cuisson du plat. Candice l'observa en rigolant doucement. Même s'il n'était pas très dégourdi, la commandante parvenait à l'apprécier. Il rendait sa fille heureuse et c'est tout ce qui comptait à ses yeux.

À cet instant précis, Candice se sentait pleinement heureuse. Le verre à la main, elle se rapprocha légèrement d'Antoine afin d'appuyer son dos contre son torse. Elle était tellement bien dans ses bras. Pour la première fois, elle s'autorisait à vivre son histoire librement auprès des siens. C'était ce genre de soirées qu'elle voulait vivre au quotidien. Pas d'artifice. Juste de la sincérité, de la tendresse et surtout beaucoup d'amour. Alors après toutes ces années perdues, la commandante entendait bien en profiter.

Une quinzaine de minutes plus tard, Sacha les prévint que le repas était prêt. Ils passèrent une bonne soirée, étonnés de la qualité de la préparation du jeune homme qui vantait ses talents culinaires à tout va. Les éclats de rire fusaient dans la pièce, se mêlant aux gestes tendres et aux paroles sérieuses. Pour une fois, la maison des Renoir respirait le bonheur.

À la fin du repas, les deux jeunes quittèrent la maison pour leur séance cinéma, laissant le couple dans le salon. Antoine récupéra le tire-bouchon resté sur le comptoir et le rangea dans le tiroir avant de s'adosser contre le plan de travail. Antoine se racla la gorge et s'immobilisa dans sa position en silence. Sa compagne l'observait en fronçant les sourcils. Elle referma le lave-vaisselle et se planta devant lui.

« Ça va ? demanda-t-elle perplexe.

- Euh… Oui ! répondit-il sur un ton peu convaincant.

- Antoine… l'appella-t-elle lorsqu'elle le vit baisser les yeux

- Non enfin… C'est juste que… Bah on rame un peu sur l'enquête et je…

- Ah d'accord ! le coupa-t-elle en souriant.

- Oui. Ok. J'ai besoin de toi voilà ! avoua-t-il gêné.

Candice rigola et le prit par la taille.

- Sauf que… Je ne sais pas trop si j'ai envie de partager mes infos voyez-vous commissaire… le charria-t-elle.

- Je comprends ! affirma-t-il d'une moue déçue.

- En tout cas… Ce qui est sûr c'est qu'il y a une fille là-dessous…

Antoine releva la tête et osa enfin la regarder. Elle lui souriait.

- Une fille ?

- Bah c'est évident ! Le gamin est passionné par l'environnement et l'écologie et d'un seul coup, il plaque tout pour intégrer un groupe de jeunes à la pointe courte. C'est que y a un truc !

- Sauf que chez lui, ils ont retrouvé une photo avec une certaine Gaëlle.

- Son amoureuse ?

- A priori…

- Hum… Moi à mon avis, je commencerai à chercher par là !

- Tu penses à un crime passionnel donc ?

- Moi ? Ah non, moi je pense à rien… Je n'ai qu'un rôle consultatif dans l'histoire ! affirma-t-elle en levant les mains pour mimer l'innocence.

Antoine éclata de rire avant de la saisir par la taille à son tour.

- Encore désolé de m'être emporté tout à l'heure… J'aurais pas du te parler comme ça !

Candice nicha sa tête dans le creux de son cou, signalant l'acceptation de ses excuses. Ils restèrent ainsi quelques secondes avant qu'elle ne brise ce silence.

- Tu restes dormir ? demanda-t-elle en se remettant face à lui.

- Je sais pas… J'ai encore pas mal de boulot pour demain… hésita-t-il en songeant à ses dossiers non-traités.

- C'est dommage… déclara-t-elle en approchant son visage du sien

- Pourquoi ? demanda-t-il intrigué.

- Hum… chuchota-t-elle à son oreille, Parce que je comptais bien me faire pardonner… »

. . . . .

Dans la salle de détente, Val baillait aux corneilles en enclenchant le bouton de la machine à café. Accoudé au comptoir, Ismaël l'observa en rigolant.

« Fatiguée ! Non ? lui demanda-t-il tout sourire.

- Ouais… Tom est malade en ce moment donc on dort pas. C'est l'enfer…

- Ah la joie d'être parent !

- Tu m'étonnes !

- Et le mariage ? Ça avance ?

- Salut ! lâcha Mehdi en débarquant dans la salle de repos à son tour.

Les deux collègues le saluèrent avant de reprendre leur conversation.

- Tu parles ! On arrive pas à se mettre d'accord avec Marion… J'ai pas envie d'un gros truc trop bling bling mais elle…

- Elle veut limite faire ça dans un château ! C'est ça ? demanda le lieutenant.

- Aaaaah ! Eh mais c'est comme Justine en fait ! intervint Mehdi.

- Attends parce que vous parlez déjà mariage ? s'offusqua Val.

- Bah non ! Enfin, on en parlait quand on regardait une émission sur le mariage la dernière fois.

- Toi tu regardes une émission de mariage ? s'étonna Ismaël.

- Bah ouais ! On a le droit d'être boxeur et romantique ! Non ? »

Ismaël et Val éclatèrent de rire face à la remarque du brigadier. Décidément, tout était bon pour le taquiner et Mehdi tendait le bâton pour se faire battre. La lieutenant allait répliquer lorsque Marquez fit irruption dans la pièce les prévenant qu'Antoine voulait les voir pour un débrief. Tous suivirent le capitaine et rejoignirent leur supérieur dans son bureau.

« J'ai réussi à cracker le mot de passe de l'ordi de Cédric et c'était super facile d'accéder à ses réseaux sociaux parce qu'il reste connecté… déclara fièrement Val.

- Et ça donne quoi ? demanda son supérieur.

- Ses pages sont remplies de publications sur son association. Ça se voit qu'il y tenait vraiment.

- Y a rien sur sa vie privée ?

- Si ! Y a quelques photos de lui avec la fameuse Gaëlle et vu leurs échanges, aucun doute, ils étaient bien ensemble. Sauf que depuis quelques mois, il met plus rien avec elle. On dirait vraiment qu'ils ont coupé les ponts.

- Bon… Ça rejoint ce que Candice disait… constata Antoine.

- Candice ? s'étonna Mehdi.

- Ouais. Elle pense que s'il était de moins en moins investi dans l'association c'est parce qu'il avait rencontré une fille aux soirées de pêcheurs.

- C'est pas con… constata Marquez. Mais en tout cas, personne n'a rien dit là-dessus.

- Et donc du coup, ce serait un crime passionnel ? demanda Ismaël.

- On en sait rien ! C'est notre seule piste pour l'instant donc on reste là-dessus.

- Je la convoque ? demanda Val.

- Oui ! Tu la convoques ! En espérant qu'elle puisse venir rapidement !

- Ça marche ! déclara la blonde en récupérant l'ordinateur. »

2h plus tard, le commissaire et le capitaine Marquez était en salle d'interrogatoire face à la suspecte. Cette dernière paraissait tendue et impressionnée par les deux hommes face à elle.

« Donc mademoiselle Garcia. Pouvez-vous nous confirmer que vous connaissiez, on va dire, intimement, Cédric ?

- Oui… Je le connaissais bien oui.

- Bien comment ? demanda Marquez.

- Parce que d'après ces photos que nous avons retrouvées chez lui, vous paraissez quand même très très proches !

- On était ensemble…

-Était ? demanda la commissaire.

- Oui « était », oui ! On a rompu y a quelques mois.

- Et on peut savoir pourquoi ?

- Je sais pas… Fin y avait plus le feeling quoi…

- Le feeling… Ok… lâcha Antoine en rigolant jaune.

- Sauf que, voyez-vous, on a pu fouiller ses réseaux et on est tombés sur certains de vos échanges…

- La jeune femme se décomposa.

- Et donc là, on peut voir que Cédric vous a envoyé un petit message pour vous larguer.

- C'est moche !

- Ah oui je confirme Marquez… C'est moche !

- Tout de façon les mecs c'est tous des lâches, s'énerva-t-elle.

Antoine et Marquez se regardèrent en rigolant.

- Donc répondez nous franchement, pourquoi est-ce qu'il vous avait largué ?

- Pffff. Mais c'était à cause de l'autre là ! La blondasse. Il l'avait rencontré à une soirée avec ses potes pêcheurs. Je les ai surpris une fois en voulant lui dire bonjour.

- C'était quand ?

- La veille de sa mort… Il me trompait depuis des semaines et j'ai rien vu ! Putain !

- Vous l'avez confronté ?

- Non j'ai pas voulu me donner en spectacle.

- Mais vous y êtes retournée le lendemain. Cédric était tout seul. Vous y êtes allée. Vous vous êtes disputés et vous l'avez tué.

- N'importe quoi ! Jamais je l'aurais tué !

- Enfin je sais pas hein… Mais moi je me mets à votre place… Et bon… Si jamais ma compagne venait à m'ignorer totalement pour un autre… Bah ça me rendrait dingue quoi ! déclara Antoine.

Surpris, Marquez regarda son collègue d'un air perplexe, se demandant s'il disait vrai ou s'inventait une histoire pour faire craquer leur suspecte.

- Croyez ce que vous voulez. Mais moi je vous dis que je l'ai pas tué.

- Vous étiez où avant-hier soir ?

- Chez moi. Je lisais. Seule.

- Donc vous n'avez pas d'alibi. Bien. Il est 10h45. Vous êtes désormais placée en garde à vue.

- Quoi ? Non mais ça va pas !? »

Les deux hommes retrouvèrent leurs collègues dans l'openspace afin de débriefer.

« Bon les enfants va falloir creuser hein ! J'suis pas convaincue que ce soit elle.

- On creuse où ? Parce qu'on a rien…

- Alors moi par contre, j'ai peut-être quelque chose…

- Ah Nathalie ! Sauve-nous !

- Bon, toutes les analyses réalisées sur la victime n'ont rien donné. Par contre, l'environnement dans lequel on l'a retrouvé, lui, a parlé ! déclara-t-elle fièrement.

- Comment ça ? demanda son compagnon.

- L'étang était très pollué. Trop même. Regardez les taux là. Ils sont nettement supérieurs à la moyenne.

- Et c'est une cause naturelle ou… ?

- Impossible ! C'est une cause anthropique.

- Eh mais oui ! s'exclama Ismaël. Ça me rappelle un truc là. Des fois y a des scandales qui éclatent dans la presse. Certains déversent leurs produits toxiques, ou polluent l'étang volontairement et y a des reflets brillants à la surface.

- C'est pas mal ça ! lâcha Antoine.

- Ça fera 50 euros ! Chacun ! plaisanta Nathalie.

Tous éclatèrent de rire avant de la remercier pour son apport.

- Bon moi je vais en toucher deux mots à Candice mais… un écolo impliqué dans une histoire de pollution, ça peut faire tache ! »

Antoine salua furtivement son équipe qui attendit que leur supérieur parte avant de discuter entre eux. Les quatre policiers et la responsable de l'IJ se rapprochèrent du bureau de Marquez et Mehdi sortit un billet de sa poche arrière avant de le déposer sur le bureau.

« Bon ok ! Sûr ils sont ensemble ! décréta-t-il en boudant.

- Aaaah ! C'est bon ça ! Les paris sont relancés.

- Vous êtes vraiment des gamins ! observa Nathalie d'un œil amusé.

- Mais toi je suis sûre que tu sais quelque chose ! Avoue ! tenta Mehdi.

- Je ne sais rien ! Et même si je savais, je dirais rien ! Mais… lâcha-t-elle en fouillant dans sa poche, Je vous suis !

- Ah ouais ! Donc y a plus que moi qui pense le contraire ? constata Marquez.

- Mais oui mon chéri ! rétorqua sa compagne en rigolant »

Toute l'équipe éclata de rire en observant Marquez perplexe. Ils s'amusaient tellement à parier sur leurs deux collègues. Même Ismaël qui n'avait suivi l'histoire que partiellement, participait allègrement à ce jeu. Chacun y allait de son avis et rajoutait des éléments qu'ils trouvaient suspects à leurs yeux. Et chaque jour un nouveau membre de l'équipe rajoutait de l'argent. Face à l'évidence sous leurs yeux, la cagnotte était vite montée.