Mariage pluvieux, mariage heureux
Attablée sur sa terrasse, Candice sirotait tranquillement sa tasse de thé en feuilletant un magazine lorsqu'elle fut rejointe par sa fille.
« Salut maman !
- Bien dormi ?
- Ça va… répondit-elle en s'asseyant face à sa mère, Antoine est pas là ?
- Non ! Il est parti tôt ce matin. Il devait repasser chez lui se changer avant sa réunion.
- Ah bah il a oublié son portefeuille sur le comptoir de la cuisine… précisa Emma à sa mère.
- Merde ! Il m'a pas appelé pourtant… Il a pas du s'en rendre compte encore.
- Ouais… Emma marqua un temps. Mais pourquoi il vient pas habiter ici ? Ce serait plus pratique non ?
Surprise par sa remarque, Candice leva brusquement la tête et la fixa.
- Euh… Et bah parce que c'est pas si simple, s'embrouilla-t-elle en buvant une gorgée de thé.
- Ah bon ? Bah pourtant c'est un peu comme si vous viviez déjà ensemble…
- Bah pas tellement… la contredit elle en fixant son magazine.
- Bah si ! Quand il a pas sa fille il passe tout son temps ici et quand il l'a, c'est toi qu'on voit plus.
- Oui bah justement. Comme il a sa fille, c'est plus compliqué.
- Mais y a de la place ici. Les jumeaux habitent plus là, Jules est au Japon… Enfin sérieusement, je vois pas ce qu'il y a de compliqué.
- Mais y a pas que ça… Puis c'est encore récent entre nous, j'ai pas envie de tout gâcher comme ça.
- Récent ? lâcha-t-elle en rigolant. Ça fait déjà plus de trois mois que vous êtes ensemble ! Puis c'est pas comme si vous vous aimiez depuis des années hein… rajouta-t-elle.
- Oui bon ça va ! s'agaça Candice gênée, Pour l'instant ça nous convient très bien comme ça, déclara-t-elle en se levant de sa chaise.
Le téléphone de Candice se mit à vibrer sur la table, laissant apparaître la photo de son compagnon.
- Tiens ! Quand on parle du loup… plaisanta Emma tout sourire.
Candice lui adressa une grimace avant de s'emparer du téléphone.
- Justement, Emma était en train de me dire que tu avais oublié ton portefeuille, lança-t-elle après avoir décroché. Je te l'amène à la BSU.
- Non ! rétorqua-t-il. On a un meurtre à la carrière de Bouzigues. J'arrive bientôt sur place là. Tu nous rejoins ?
- Évidemment commissaire ! confirma-t-elle en souriant.
- Alors à tout à l'heure ! conclut-il avant de raccrocher. »
Candice déposa sa tasse dans le lave-vaisselle et enfila son manteau rouge. Elle salua sa fille et son gendre qui descendait les escaliers d'un pas lent et quitta son domicile. Elle grimpa dans sa voiture et prit la route le gyrophare allumé.
. . . . .
Arrivé à quelques dizaines de mètres de la scène de crime, Antoine se gara et attendit sa compagne avant de rejoindre son équipe. Il sortit de sa voiture et patienta assis sur le capot. Quelques minutes plus tard, il aperçut sa voiture s'approcher à lente allure. Elle se gara à proximité de lui et sortit de l'habitacle. Le commissaire s'approcha à son tour en souriant.
« T'es tout seul ? demanda-t-elle avant de l'embrasser.
- Non. Ils sont plus loin mais je préférais t'attendre à l'écart… Euh. En fait j'ai à te parler. Lâcha-t-il sérieux.
Candice perdit son sourire, légèrement inquiète du ton qu'employait son partenaire.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Rien de grave ! T'en fais pas ! la rassura-t-il.
- D'accord… Bah dis-moi ! Je t'écoute.
- J'ai vu le préfet ce matin. Et en accord avec le commissaire divisionnaire ils… ils ont décidé de te récompenser pour ce que t'as fait…
- Comment ça ? demanda-t-elle étonnée.
- L'IGPN nous a tous totalement blanchi et ce qui ressort c'est ton… ton dévouement.
- Mon dévouement ? demanda-t-elle perplexe.
- Oui tu… fin t'as pris volontairement cette balle donc…
- Donc quoi ? la coupa-t-elle agacée. Je vais recevoir une médaille c'est ça ?
- Oui…
- Mais j'ai pas envie de cette médaille Antoine ! Enfin je… j'ai pas besoin de justifier mon geste auprès de tout le monde !
- Je sais… Je sais… Mais ils y tiennent ! Et j'ai pas pu refuser…
La commandante souffla légèrement sous les yeux désolés de son partenaire.
- Et c'est quand cette cérémonie ?
- J'en sais rien… Ils ont pas encore planifié la chose. Ils doivent me tenir au courant.
- Ok…
- Je sais que c'est pas facile pour toi mais ça va aller ! Puis je serai là aussi… Ok ? la rassura-t-il en la prenant par la taille.
Candice acquiesça en souriant légèrement.
- Ok ! confirma-t-elle en le prenant par la taille à son tour.
- Puis voyons le positif… Ça veut dire que tu vas ressortir ton uniforme et… j'te trouve très très sexy dedans… chuchota-t-il à son oreille.
- T'es con ! rétorqua-t-elle en rigolant.
Antoine éclata de rire à son tour avant de l'embrasser tendrement.
- On y va ? demanda-t-elle en le lâchant avant d'enclencher le pas vers ses collègues.
- Oh ! Les tourtereaux on vous attend ! entendirent-ils légèrement crier.
- Nathalie ! la gronda-t-il
- Roooh ! Ça va, personne n'a entendu ! lâcha-t-elle en levant les yeux au ciel.
- Tu vois ! On aurait mieux fait de se taire ! chuchota Antoine à sa compagne en se dirigeant vers la scène de crime.
- Mais non ! Mais non ! répliqua-t-elle en souriant face à l'angoisse de son partenaire. »
Candice approcha de sa collègue qui examinait le corps d'une femme blonde allongée à même le sol. Nathalie releva la tête lorsqu'elle aperçut l'ombre de la commandante. Bien décidée à la taquiner, elle se pencha vers elle en souriant avant de déclarer « Alors ! Ça roucoule ?! ». En réponse Candice éclata de rire en levant les yeux au ciel. Elle se pencha à son tour vers sa collègue en souriant et réussit à esquiver sa remarque : « C'est bon de vous retrouver ! ».
« Alors ! qu'est-ce qu'on a ? demanda le commissaire.
- Une vilaine chute… Vu les rigidités cadavériques, ça date d'hier soir vers 21h je dirai.
- Quelqu'un l'a poussé de là-haut ? se demanda Candice en observant la falaise devant elle.
- Et ça ne fait aucun doute.
- Et les traces sur son cou ? remarqua Antoine.
- On a voulu l'étrangler. On voit bien les marques de strangulation ici et ici, expliqua Nathalie en bougeant la tête de la victime.
- Donc en essayant de l'étrangler, notre tueur l'aurait poussé du haut de la falaise ? résuma la commandante.
- C'est ça… Mehdi et Val sont partis fouiller là-haut avec des agents de la scientifique voir si y a des choses à noter. Mais par contre… Elle était enceinte…
- Quelle tristesse… constata Candice affectée par cette annonce.
- Et on a son identité ?
- Mon chéri ! cria Nathalie en direction de Marquez un peu plus loin.
- Oui ! Ah bonjour vous deux ! lâcha le capitaine en s'approchant d'eux. Alors, on a retrouvé ses papiers, il s'agit de Charlène Rostand, 34 ans.
- On a son adresse ? demanda la blonde.
- Yes ! Tiens ! répliqua Marquez en lui tendant sa carte sous scellé.
- Bonjour ! Bonjour ! les salua gaiement Ismaël, désolée j'ai eu du retard à cause de ma fille. Qu'est-ce qu'on a ?
- Charlène Ros…
- Oh putain ! Mais je la reconnais ! le coupa-t-il.
- Hein ? s'étonna Antoine.
- Mais oui ! Elle est passée à la télé y a deux jours. Elle participait au jeu là… Merde je me rappelle plus le nom ! Mais ma femme regarde tous les soirs… Raah ! C'est… « Pour le meilleur et pour le pire ». Voilà !
- Connais pas. Rétorqua Antoine.
- Mais si ! intervint Candice, Je t'en ai parlé la dernière fois quand tu zappais les chaînes à la télé là.
- Aaaah ! Oui ! Ça ! Ok… Et donc ? C'est quoi le principe ?
- Y a un couple de mariés qui se présente et ils doivent répondre à des questions qui concernent l'autre. À chaque réponse correcte ils augmentent leurs gains. Ils peuvent gagner jusqu'à 100 000 euros, expliqua le lieutenant.
- Et elle ? Elle avait gagné ?
- Je crois qu'ils s'en étaient bien sortis ouais… Elle avait participé avec un certain Rémi. Ils avaient 17 ans d'écart et je me souviens que le présentateur en faisait des caisses. Mais faudrait trouver le replay quoi…
- RAS là-haut ! entendirent-ils crier du haut de la falaise.
Antoine leur fit signe de redescendre.
- Qui est-ce qui a trouvé le corps ?
- Euh ! C'est un étudiant en archéologie. Il venait souvent faire des fouilles sur le site et ce matin en arrivant il est tombée sur notre victime… Je l'ai interrogé mais il était un peu secoué, précisa le capitaine.
- Tu m'étonnes…
Val et Mehdi arrivèrent en courant, essoufflés par leur descente.
- Bon ! Avec Candice on va se rendre chez la victime. Vous de votre côté vous rentrez à la BSU. Vous me trouvez la vidéo du passage de Charlène dans l'émission et je veux tout savoir sur ce fameux jeu. Ordonna le commissaire avant de s'éloigner aux côtés de sa compagne.
- C'est quoi cette histoire de jeu ? demanda Val. »
Ismaël commença a expliquer à sa collègue la discussion qu'ils avaient eue quelques minutes plus tôt. Les quatre collègues filèrent au commissariat pendant que les deux autres se dirigeaient dans leurs voitures respectives chez la victime. Candice y arriva la première. Elle se gara et attendit son compagnon retardé à cause d'un tracteur sur la route. Il arriva à son tour quelques minutes après et sortit de sa voiture, observé par sa compagne qui le fixait en souriant.
« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il en la voyant sourire.
- Rien ! répondit-elle en sortant de sa rêverie. On y va ?
- Allez ! »
