La blonde prit l'initiative de sonner à la porte d'entrée rouge. Ils attendirent quelques secondes avant d'être accueillis par un homme grand et brun d'une quarantaine d'année à vue d'œil. Candice en fut surprise. Elle se souvenait qu'Ismaël avait parlé d'une grande différence d'âge mais pourtant, rien ne laissait penser cela.
« Commandant Renoir et Commissaire Dumas de la BSU de Sète. Vous êtes bien Rémi Rostand ?
- Euh non. Moi c'est Nicolas. Nicolas Rostand.
Antoine et Candice se regardèrent perplexes.
- On peut entrer ? demanda-t-elle doucement.
- Euh ! Ouais… accepta-t-il en se décalant pour les laisser passer.
La blonde observa une photo de mariage qui trônait sur le mur du couloir. Elle y reconnut l'homme qui venait de les faire entrer aux côtés de leur victime.
- Vous êtes bien marié avec Charlène ?
- Oui… Il lui est arrivé quelque chose c'est ça ? demanda-t-il soudainement paniqué.
- On l'a retrouvé morte ce matin, monsieur. Annonça tragiquement le commissaire.
- Putain… lâcha-t-il en s'effondrant sur son fauteuil. Elle était enceinte en plus ! précisa-t-il hargneusement. J'vais buter celui qui a fait ça !
- Non… On va déjà commencer par se calmer d'accord ?
- Pfff.
- Je suis désolé mais… on aurait quelques questions à vous poser…
- Ok…
- Est-ce que vous étiez au courant que votre femme avait participé au jeu télé « Pour le meilleur et pour le pire » ?
- Non ! s'étonna-t-il. Je regarde pas cette émission ridicule… Je bosse tout le temps moi ! Mais… attendez elle y a participé avec qui ?
- Un certain Rémi… C'est lui. Expliqua le commissaire en montrant une capture écran de l'émission envoyée par Val sur son téléphone.
- Je l'ai jamais vu…
- Pourtant c'était y a deux jours. Votre femme et lui ont remporté 65 000 euros.
- 65 000 euros ? mais… putain elle m'a rien dit quoi !
- Vous aviez des problèmes de couple ? demanda la commandante.
- Bah non ! tout allait bien ! On allait avoir un bébé je vous dis. J'viens de perdre la femme que j'aimais et l'enfant qu'elle portait.
- Pourtant, ce n'est pas avec vous qu'elle a participé… constata-t-elle.
- Mais putain j'en sais rien moi ! Je comprends rien ok ?! Tout ce que je sais, c'est que je me retrouve seul comme un con. Mais bon ça se voit que vous savez pas ce que ça fait vous de perdre quelqu'un qu'on aime ! la piqua-t-il énervé.
Antoine observa sa compagne se figer. Ses paroles faisaient directement échos à la mort de David quelques années plus tôt. Conscient de son mal-être, il reprit l'interrogatoire.
- Bien… Et vous étiez où hier soir vers 21h ?
- Au travail ! Je bosse de nuit en tant que vigile dans l'usine d'à côté.
- Ok… Bon on va vous laisser tranquille pour l'instant. Conclut Antoine en se dirigeant vers la porte de sortie suivit par sa compagne. »
Ils saluèrent le quadragénaire et sortirent du domicile de la victime avant de se diriger vers leurs voitures. Candice restait silencieuse, toujours affectée par ce que Nicolas lui avait dit. Antoine s'approcha d'elle et caressa doucement son dos.
« Ça va ?
- Oui… répondit-elle laconiquement en continuant de marcher.
- Candice… »
Antoine l'arrêta dans sa marche et la fit se retourner. Il observa ses yeux légèrement humides et l'attira contre lui. La commandante nicha sa tête dans le creux de son cou et passa ses bras autour de sa taille. « Allez ! Ça va aller… » entendit-elle chuchoter à son oreille alors qu'il lui caressait le dos. La blonde se remit face à lui et acquiesça en souriant doucement.
Tous deux reprirent leur marche jusqu'à leur emplacement de parking. Antoine accompagna Candice jusqu'à sa voiture et lui ouvrit la portière. Elle grimpa dans l'habitacle et le remercia à nouveau. Il l'embrassa avant de monter dans la sienne et prendre la route à son tour vers la BSU.
Une fois rentrés, ils furent accueillis par leurs collègues qui étaient au point sur le système du jeu télévisé. Emballé, Mehdi commença le discours.
« Alors c'est simple ! Les émissions sont pas en direct, elles sont enregistrées la veille dans le studio de la chaîne. Les gens qui veulent participer remplissent en ligne un formulaire qu'ils envoient à la production. Là y a une préselction et s'ils sont retenus, ils s'entretiennent avec les producteurs.
- Donc les choix se font surtout sur la personnalité et le physique des candidats… Charisme, prestance, niveau social… Après l'entretien, ils reçoivent une réponse officielle avec une convocation pour participer à l'émission, rajouta Val.
- Et évidemment, les producteurs s'assurent que le couple n'est pas bidon !
- Ouais sauf que là… c'était le cas…
- Hein ? demanda Mehdi.
- Le mari de Charlène s'appelle Nicolas et a 40 ans. Il est grand et brun. Donc rien à voir avec notre Rémi, plutôt petit et surtout chauve… expliqua Antoine.
- Beh merde ! lâcha Val.
- Mais ça leur fait un putain de mobile aux producteurs…
- Ouais… Sauf qu'on va pas les confronter comme ça ! On a rien de précis et on s'attaque pas à n'importe qui non plus… La priorité c'est de retrouver Rémi ! expliqua Candice.
- L'affaire ne doit pas fuiter. Donc Marquez et Mehdi vous allez voir ceux qui se chargent du casting. Vous êtes du fisc et vous voulez les contrôler… Ils ont touché 65 000 euros donc ça passera. Je veux tout savoir sur ce Rémi ! ordonna Antoine avant de quitter la pièce. »
Deux heures plus tard, les deux collègues revinrent avec les fiches questionnaires et quelques éléments d'identité sur Rémi. L'openspace se mit à analyser l'intégralité des questionnaires et constatèrent sans surprise que toutes les informations étaient fausses. Ils listèrent les quelques éléments intéressants et appelèrent leur supérieur pour lui faire un topo. Antoine les remercia, reconnaissant de leur travail.
« Pour interroger notre Rémi ce soir c'est mort… Il est trop tard ! On ira demain matin.
- Peut-être qu'elle avait une double vie au final… tenta Marquez.
- Bah non ! répliqua Candice, En s'affichant devant tout le monde, elle prenait le risque d'être démasquée… Non ça colle pas !
- Ouais…
- N'empêche que c'est bizarre quand même… J'aimerais comprendre ce qui a poussé Charlène à mentir pour jouer à ce jeu… songea la commandante à haute voix.
- L'argent peut-être ?
- Mais elle était pas dans une situation horrible non plus. Elle venait de se marier, elle allait avoir un enfant et son mari gagnait bien sa vie… Non y a autre chose !
- Oh bah tu sais… En amour, y en a qui sont plus vénaux que tu ne le penses hein ! rétorqua Antoine.
- C'est un message caché ? plaisanta Candice en plissant les yeux.
Toute l'équipe éclata de rire à la remarque de la commandante.
- Peut-être… lâcha-t-il mystérieusement en quittant l'openspace sous les rires de ses collègues.
- Bien ! Bon bah c'est fini pour aujourd'hui. Déclara la commandante en enfilant son manteau.
- Bonne soirée ! rétorquèrent-ils en chœur en l'observant quitter la pièce à son tour. »
La commandante les salua et rejoignit son compagnon dans son bureau. Il enfila son manteau à son tour, récupéra un dossier à traité et la suivit en dehors de la BSU. Comme d'habitude, ils se suivirent sur la route et entrèrent ensemble chez Candice. Ils trouvèrent Emma et Sacha affalés dans le canapé devant la télévision.
« Bonsoir ! Bonsoir ! lâcha Candice en accrochant son manteau sur le dossier d'une chaise. Vous regardez quoi ? demanda-t-elle curieuse.
- C'est elle qu'a choisi le programme, annonça le jeune homme en levant les yeux au ciel.
- Eh mais ! C'est le jeu de notre enquête ça ! constata Antoine en entendant le générique.
- Vous enquêtez sur le jeu ? demanda la jeune Renoir intriguée.
- C'est une longue histoire…
- N'empêche Minou ! On pourrait y participer, on gagnerait de l'argent et comme ça on vous laisserait tranquille.
- Vous êtes même pas mariés… répliqua Candice en rigolant.
- Non ! Mais au moins, j'ai des projets…
Antoine éclata de rire à son tour en regardant sa compagne hilare.
- Je pense qu'obtenir le permis sera déjà un bon début ! lâcha-t-elle en s'approchant de son compagnon qui s'était assis sur le canapé d'à côté.
- Ah mais d'ailleurs ! Je le passe dans trois jours !
- Eh bah super ! répondit Candice étonnée en s'asseyant.
- Comme ça il pourra m'emmener à la deuxième écho le mois prochain ! précisa fièrement Emma.
- Parfait ! Bon on change de chaîne ? demanda la commandante.
- Non mais on peut laisser ça ! lâcha Antoine.
- Toi tu veux regarder ça ? demanda-t-elle étonnée.
- Bah oui !
Candice éclata de rire.
- T'es pas sérieux ?
- Ça peut être super intéressant pour notre enquête en plus ! tenta-t-il de se justifier.
- Mais bien sûr…
Tous éclatèrent de rire face à la soudaine fascination du commissaire pour ce jeu télévisé.
- Non mais c'est bon ! On peut changer de chaîne… proposa-t-il gêné d'être l'objet de tous ces rires.
- Ah bah non ! Ce serait dommage de louper ne serait-ce qu'une seule seconde de ce chef d'œuvre, le taquina-t-elle.
- Oui bon ça va… Pour la peine je vais préparer le repas tiens ! lâcha-t-il en se levant, légèrement vexé par toutes ces brimades.
- Mais je plaisante ! Allez… Fais pas la gueule mon amour ! tenta-t-elle pour se faire pardonner.
Candice grimaça, consciente qu'elle avait légèrement abusé.
- T'es vache quand même ! répliqua sa fille le sourire aux lèvres.
- Je sais… répondit-elle à voix basse en l'observant tout sourire.»
Les deux jeunes rigolèrent à nouveau suite à la réplique de la commandante. Ils finirent par laisser l'émission pendant qu'Antoine s'affairait en cuisine. Tout était devenu si naturel entre eux. Il avait trouvé sa place au sein de la famille Renoir et s'était approprié les lieux comme s'il était chez lui. Finalement, Emma Renoir n'avait pas si tort. C'était presque comme s'ils vivaient déjà ensemble. Candice vint aider son compagnon en cuisine. Elle parvint à se faire pardonner pour ses taquineries et tous les quatre passèrent un bon moment ensemble avant de se séparer pour aller dormir.
Assis dans le lit de sa compagne, Antoine scrutait ses e-mails sur son téléphone en l'attendant. Il l'entendit saluer sa fille et donner à manger à son chien avant de la voir pénétrer dans la chambre. Candice coulissa la porte derrière elle et vint se placer du côté gauche du lit.
« Alors tu as eu des nouvelles pour la cérémonie ?
- Pas encore...
- Ok... répondit-elle en soufflant.
Il posa le téléphone sur sa table de nuit et s'approcha d'elle.
- Eh ! Si vraiment t'as pas envie, je peux essayer de les convaincre d'annuler hein. Précisa-t-il en caressant sa joue.
- Non ça va... C'est juste que remettre ce qu'il s'est passé sur le tapis ça m'enchante pas quoi...
- Je sais... Ça va durer quoi ? Une heure max ! Et après ce sera terminé. Ok ?
Candice acquiesça en souriant.
- Merci...
Antoine l'embrassa tendrement avant de la regarder de haut en bas.
- Dis-donc c'est nouveau ça ? demanda-t-il en observant sa nuisette.
- Oui monsieur ! Rien que pour vous ! rétorqua-t-elle dans un sourire coquin en passant ses bras autour de son cou.
- Intéressant... constata-t-il en déposant de multiples baisers dans son cou.
Elle rigola sous ses caresses avant de le faire basculer sur le dos lorsque celui-ci grimaça.
- Aïe ! Aïe ! Attends...
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- J'me suis fait super mal au dos ce matin.
- Ce matin ?
- Ouais... J'ai aidé le préfet à remonter une étagère qu'était en train de tomber. J'ai dû faire un faux mouvement...
- Ah bon ? Fais voir ! lui ordonna-t-elle alors qu'il s'allongeait sur le ventre.
Candice s'assit à genoux à ses côtés et commença à lui masser délicatement le dos.
- Ah oui ! Là c'est bien ! marmonna-t-il la tête plongée dans l'oreiller.
- Forcément... Il paraît que j'ai des doigts de fée ! Candice marqua un temps. Ça va là ? demanda-t-elle en déplaçant ses mains.
- C'est mieux déjà !
Elle hocha la tête de gauche à droite en souriant.
- Qu'est-ce que tu veux mon amour ? C'est ça quand on vieillit ! Le taquina-t-elle gentiment.
- Non mais oh ! pesta-t-il légèrement vexé. Puis c'est pas très correct... venant d'une future grand-mère...
Piquée dans son égo, Candice appuya douloureusement sur son dos.
- Aïe ! cria-t-il en se relevant.
- Oups... lâcha-t-elle en rigolant avant de se rallonger sur son côté gauche.
- C'est ma fête ce soir ou quoi ? demanda-t-il légèrement boudeur.
Candice haussa les épaules.
- Qui aime bien… châtie bien ! déclara-t-elle en souriant fièrement.
- Hum… Et tu vas voir si je suis vieux ! déclara-t-il en passant au-dessus d'elle pour l'embrasser.»
Candice éclata de rire sous ses baisers volés. Elle l'enserra par le cou avant de l'embrasser tendrement et de disparaitre sous la couette.
