Une heure et demie plus tard, le couple pénétra dans l'openspace. De suite, ils furent sollicités par leurs collègues pour qu'ils leur racontent la soirée de la veille. Face à leur engouement, ils éclatèrent de rire.

« Tu leur racontes ? J'ai rendez-vous dans quelques minutes avec le major ! précisa Antoine en quittant les lieux.

- Déjà moi, en arrivant, j'ai envoyé le message anonyme. Donc plus qu'à attendre les retombées maintenant. Déclara Ismaël

- Parfait ! acquiesça Candice en souriant.

- Aloooooooooors ? C'était comment ? demanda le brigadier avec insistance.

- Ça s'est plutôt bien passé… Franchement, si c'était pas pour de faux, j'pense qu'on aurait été pris.

- Ah ouais ? répliqua Val impressionnée.

- Bon en même temps c'était facile… Antoine a tapé dans l'œil de la productrice… précisa-t-elle en souriant.

- Mais non ? répondit Mehdi avant d'éclater de rire suivi ses collègues.

- Si ! Si ! Puis vous me connaissez, j'ai joué la blonde excentrique… Ils ont dû me prendre pour une niaise…

- Et leurs questions ? demanda Marquez.

- J'avoue qu'il faut quand même avoir du cran pour réussir à répondre parce que…

- Oh putain ! lâcha Ismaël.

- Quoi ?

- Vous avez reçu un e-mail de la production à l'instant. »

D'un pas décidé, la commandante se précipita derrière son lieutenant. Tous les quatre penchés derrière son épaule attendaient qu'il ouvre l'e-mail. Candice le pressa, impatiente de lire. Il finit par l'ouvrir et le résultat était sans appel. Ils étaient refusés.

« C'est tout ? s'indigna Marquez.

- Apparemment… Et tu es sûr qu'ils ont bien reçu et lu ce que tu avais envoyé ?

- Formel !

- Bon… Leur réaction reste sans démesure. Ça éloigne déjà un peu les soupçons sur leur culpabilité.

- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda la jeune blonde.

- J'en sais rien… lâcha Candice plongée en pleine réflexion devant le tableau transparent. Je crois qu'on a plus le choix. On les convoque.

- Je me charge de les prévenir ! précisa Mehdi.

- Et moi je vais avertir monsieur le commissaire. Ajouta Candice en sortant de l'openspace. »

Candice toqua à la porte du bureau d'Antoine. Elle entra et s'excusa de les déranger en pleine réunion. Elle lui expliqua ce qu'il venait de se passer et le prévint de l'arrivée des deux producteurs. Mehdi les avait appelés et ceux-ci devaient arriver d'ici une petite heure. Ils réglèrent quelques formalités administratives avant de se rejoindre dans la salle de repos. L'ambiance était chaleureuse et les rires fusaient dans la pièce. Tout le monde riait. Sauf le brigadier. Ce dernier était au centre des taquineries et ses collègues n'y allaient pas de main morte.

« Oui bah toi on en reparlera quand tu te seras mariée ! s'agaça-t-il avec véhémence.

- Oh mais t'inquiète pas ! On en reparlera bientôt donc ! répliqua la jeune blonde avec fierté.

- De vrais gosses ! constata Candice en souriant.

- Commandant ?

- Oui Annie ?

- Ils sont arrivés.

- Ok ! Je vais chercher le commissaire. Vous me les placez en salle d'interrogatoire ! Merci. »

Candice se leva de sa chaise, laissant ses collègues pour rendosser une posture plus autoritaire. Elle appela Antoine dans son bureau et tous deux se dirigèrent vers leur confrontation. Par rapport à hier soir, les rôles s'inversaient.

« Mais ? Vous ? balbutia la productrice.

- Oui… Excusez-nous pour la blague nocturne… lâcha Candice légèrement amusée par la situation.

- Qu'est-ce qu'on fait là ? demanda Benjamin.

- Vous êtes là dans le cadre de notre enquête sur le meurtre de Charlène Rostand. Expliqua Antoine en leur montrant une photo de la victime. Elle a participé à votre jeu dont l'émission était diffusée il y a trois jours.

- Ah oui ! Elle était avec son mari… Un certain Rémi, je crois, confirma le producteur.

- Rassurez-moi, nous sommes là en tant que témoin et non en tant que coupable, j'espère ?!

- Ça c'est à nous d'en décider voyez-vous !

- Écoutez… Monsieur le commissaire… Je crois qu'il y a un malentendu… tenta-t-elle en faisant sa mijaurée.

Candice leva les yeux au ciel.

- Bon ! Il me semble que le speed dating est passé. Donc, pour l'instant vous êtes là pour autre chose.

- Pour quoi donc ? demanda l'homme.

- Rémi n'était pas le mari de Charlène. Ils se sont fait passer pour un couple. Vous étiez au courant ?

- Non ! s'indigna-t-elle. Et pourtant on a l'œil pour ça !

- Eh bien là, c'était loupé. Ça vous arrive souvent ?

- Non ! Enfin en général on les repère au moment de l'entretien. On a déjà eu affaire à 4/5 cas comme ça mais sans plus.

- La preuve en est qu'hier soir vous n'avez rien vu… alors je sais que j'ai fait option théâtre au lycée mais bon…

- Oui bon ça va… répondit la productrice piquée dans son égo.

- Sauf que là, ça allait plus loin. Ça passait par un système de cooptation via une agence. On a épluché leur listening et y a eu au moins 9 couples comme Charlène et Rémi.

Les deux producteurs se regardèrent médusés.

- Donc quoi ? Vous nous accusez ?

- Bah je ne sais pas mais je me dis que ce genre d'histoire qui sort dans la presse aux yeux de tous bah… ça fait tache quoi !

- Alors je vous arrête tout de suite. On y est pour rien dans cette histoire.

- Où étiez-vous mardi soir à 21h ? demanda le commissaire.

- Euh…

- Si ! on dînait avec un autre couple. Ils passent ce soir à la télé. Arthur et Laëtitia.

- Bien. Vous nous donnerez leurs coordonnées. On vérifiera ça. »

Les deux policiers mirent fin à l'interrogatoire et accompagnèrent les producteurs dans le couloir. Candice leur demande ce qu'ils allaient faire pour tous les participants qui avaient menti en se faisant passer pour un couple.

« J'en sais rien… On peut les poursuivre en justice mais avec ce qu'il vient de se passer je ne suis plus sûr de rien, lui répondit Benjamin avant de commencer à descendre les escaliers.

- Et commissaire… l'interpella Victoria. Si jamais l'envie vous prenait de sortir de votre bureau… n'hésitez pas ! conclut-elle d'un ton séducteur.

Candice l'observa, les sourcils haussés.

- Pas de chance… Monsieur le commissaire est déjà marié ! s'exclama-t-elle alors que Victoria tournait les talons pour descendre les escaliers.

Antoine jeta un œil à sa compagne, fière de l'avoir fait taire.

- Ah bon ? Et depuis quand je suis marié moi ? demanda-t-il pour l'embêter.

Candice s'arrêta net.

- Putain… chuchota-t-elle pour elle-même.

- Quoi ? Tu vas pas me dire que t'es jalouse quand même ?

- Mais c'est ça ! s'exclama-t-elle le sourire aux lèvres.

- Quoi ? Je comprends rien.

- Viens ! lâcha-t-elle tout bas en partant en furie vers l'openspace. »

Elle débarqua dans l'openspace et observa le tableau transparent devant elle.

« Qu'est-ce qui se passe ? demanda Mehdi perplexe.

- J'aimerai bien le savoir… répondit Antoine complètement perdu.

- C'était devant nos yeux depuis le début… Un étranglement… Ça signale souvent un crime passionnel. Sauf que là, c'est un tout petit peu différent !

- C'est-à-dire ? demanda Val.

- On a cherché du côté de Charlène mais pas du côté de son faux-mari.

- Quoi ? Tu penses que la conjointe de Rémi l'aurait tué ?

- Bah oui ! Si elle était pas au courant de la supercherie elle aurait très bien pu croire que Rémi avait une double vie.

- Mais elle l'aurait tué lui ! Pas elle !

- Mais elle l'aimait ! Et Charlène était la personne à la source même de sa haine. Non je vous jure ça se tient.

- Bon en tout cas d'après l'état civil il était pas marié. Ni pacsé. Précisa Ismaël en lisant son ordinateur.

- Mais maintenant que tu le dis… Quand on y est allés je crois que y avait des photos de lui avec une femme.

- Bon ça se tient. Vous allez chez lui et on se tient au courant.

- Ok ! C'est parti ! lâcha Candice prête à partir.

- Juste ! Avant que vous partiez, je peux te voir deux minutes ? demanda-t-il à sa compagne qui le suivit. »

Candice suivit Antoine légèrement perplexe. Il la fit entrer dans son bureau et referme la porte derrière eux.

« Je t'écoute ! lâcha-t-elle tout sourire.

- Euh… Faut que je récupère ta bague. Je dois les ramener avant que la bijouterie ferme.

- Ah Tiens ! lâcha-elle faussement enjouée en lui tendant l'anneau.

Antoine la fixait, ne s'attendant pas à observer son enthousiasme.

- Merci… Pas trop déçue ? tenta-t-il pour la sonder.

- Noooon ! Puis c'était pour le jeu non ?

- Ouais… marmonna-t-il avec amertume en souriant faussement.

- On aura au moins été mariés pendant deux jours… »

Le commissaire prit les mots de sa compagne au pied de la lettre et baissa la tête en rigolant doucement. Par mimétisme, Candice se mit à sourire à son tour. Antoine la remercia avant qu'elle ne quitte le bureau pour rejoindre ses collègues. Le commissaire se retrouva seul, assis sur sa chaise de bureau à fixer ces deux petits étuis posés devant lui.