L'équipe venait d'arriver au domicile de Rémi. La commandante toqua à trois reprises avant qu'il ne vienne lui ouvrir. Elle força le passage pour entrer, demandant impérativement à voir sa compagne.
« Ça sert à rien, Claudia n'est pas là. Et qu'est-ce que vous lui voulez à la fin ?
- Elle ne vit pas avec vous ?
- Non… On avait pas envie que le quotidien tue notre amour. Et même si on passe tout notre temps ensemble, on aime bien avoir notre liberté.
- Et elle est où là ?
- J'en sais rien ! On devait passer la journée ensemble donc elle ne devrait pas tarder.
- Bien ! On va l'attendre donc.
- Je peux savoir ce qui se passe ?
- Est-ce qu'elle était au courant de votre participation au jeu avec Charlène ?
- Bien sûr que non ! Ça l'aurait rendu folle de jalousie.
- Rémi, tu es là ? entendirent-ils depuis l'entrée. »
Marquez se planta dans l'entrée du long couloir. Depuis l'autre bout, Claudia l'aperçut et prise de panique face au brassard de police, elle ouvrit la porte et sortit en courant. « MERDE ! » lâcha-t-il avant de courir à son tour. Mehdi et Val le suivirent en courant. Même si la femme était loin, ils parvinrent rapidement à la rattraper. Val lui passa les menottes pendant que Candice arrivait tranquillement en marchant.
« Vous savez, comme disait ma grand-mère, bon et accessoirement un certain Jean… « Rien ne sert de courir ! Il faut partir à point ! » lâcha fièrement la commandante avant d'ordonner à sa lieutenante de l'embarquer ».
. . . . .
En parallèle, assis autour de la table bar de la salle de repos, Antoine sirotait tranquillement son café́ en fixant droit devant lui. Son évasion fut perturbée par des bruits de pas en provenance du couloir. Il releva la tête et se heurta à Paul Perier qui l'observait en souriant. Le commissaire le salua et le vit s'approcher de la cafetière à son tour.
« Vous allez vous marier ? demanda curieusement le psy en se posant face à Antoine.
- Hein ? Euh. Non ? Pourquoi ?
Paul Perier montra du doigt un magazine de mariage posé sur la table.
- Aaah ! Ça ! Non c'est à Val, répondit-il décontenancé.
Le psy le fixa longuement avec un sourire en coin.
- Ok. J'ai compris.
- De quoi ? s'étonna-t-il en fronçant les sourcils.
- Vous en avez envie mais, vous n'osez pas faire votre demande.
- Pas du tout... mentit-il gêné, Ça m'avait même pas effleuré l'esprit ! affirma-t-il en buvant une gorgée de son café.
- Pas à moi commissaire...
- Bon et... Euh... Sinon, Candice vous a parlé de cette remise de médailles ? Elle a l'air un peu secouée depuis...
- Stratégie d'évitement... Un classique ! lâcha le psy en rigolant doucement.
- Alors ? insista Antoine légèrement agacé.
- Non ! rétorqua le psy en descendant de sa chaise, En revanche... elle m'a laissé́ sous- entendre qu'elle aimait beaucoup les pièces montées, glacées. Précisa-t-il en levant le doigt pour insister sur le dernier mot.
- Comment ça ? Antoine observa Paul Périer hausser les épaules avant de disparaitre de la pièce. Ça veut dire quoi ça ? se demanda-t-il à voix haute »
Perturbé par cette discussion, il avala d'une traite son café et fixa longuement le magazine devant lui. Il souffla et finit par l'ouvrir afin de feuilleter quelques pages en souriant.
Trente minutes plus tard, l'équipe avait rapatriée la compagne de Rémi dans ses locaux. Cette dernière avait passé tout son trajet à pleurer. La commandante, convaincue de son côté autoritaire en rajouta afin de la faire passer aux aveux le plus rapidement possible. La suspecte tint à peu près une quinzaine de minutes avant de tout déballer.
Comme l'avait deviné Candice, cette dernière s'était fait passer pour Rémi et lui avait fixé un rendez-vous. Il y avait donc une certaine préméditation dans le meurtre : elle avait fixé l'heure et le lieu en mentant sur son identité. Charlène était donc arrivée in situ et avait eu une altercation avec cette femme. La conversation avait mal tourné et la haine s'étant emparée du corps de Claudia, elle avait commencé à l'étrangler avant de la faire basculer du haut de la falaise. Candice sonna le glas de la suspecte en annonçant ses droits et en priant un brigadier de la faire sortir de la salle d'interrogatoire.
Ils passèrent le reste de la journée à boucler le dossier en se chargeant de la paperasse. Aux alentours de 16h, Candice fit irruption dans le bureau d'Antoine plongé dans un dossier.
« Antoine ?
- Hum ? répliqua-t-il toujours captivé par sa lecture.
- On y va ?
- Où ça ?
- Bah faut qu'on emmène Sacha à l'auto-école ! Il passe son permis tout à l'heure. T'as oublié ?
- Ah merde ! J'ai complètement zappé. Écoute je finis ça et je vous rejoins. Ok ?
- Ok ! À tout à l'heure. »
Sur le parking situé à proximité de l'auto-école, Candice s'entêtait à faire faire à son gendre, des manœuvres de dernière minute. Debout au loin, Emma les observait, constatant les éclats de voix qui fusaient depuis l'habitacle.
« Salut Emma ! entendit-elle.
- Ah Antoine !
- Me dis pas qu'elle recommence ? demanda-t-il dépité.
- Eh bien je ne te le dis pas…
- C'est pas vrai… »
Tous deux les observaient en silence. Quelques minutes s'écoulèrent lorsqu'Emma le rompit.
« En tout cas… Bien joué ! lâcha-t-elle malicieusement.
- Pour ? demanda-t-il perplexe.
- La bague… Elle lui a bien plu !
- Comment ça ? rétorqua-t-il intrigué en observant sa compagne arriver vers eux au loin.
- Bah elle lui a tapé dans l'œil quoi ! Elle avait le sourire aux lèvres en la regardant…
- Ah bon ?
Emma acquiesça.
- Vous parliez de quoi ? demanda Candice en approchant.
- Euh de rien ! Emma hocha la tête de gauche à droite en souriant. Alors comment ça se profile ? demanda-t-il pour changer de conversation.
- Bien ! répondit-elle en souriant. Je crois qu'il est prêt !
- Espérons !
- Merde ! s'exclama-t-elle paniquée. J'ai oublié de lui dire pour le bouton ! »
Candice fit volte-face et courut en direction de la voiture d'auto-école de Sacha. Ce dernier venait à peine de monter dedans qu'elle débarqua en furie pour lui parler de l'interrupteur des essuie-glaces. Antoine l'observait de loin en hochant la tête, dépassé par son enthousiasme. Elle revint vers eux quelques minutes plus tard alors que Sacha venait de prendre le volant. Elle se plaça à côté d'eux et prit son compagnon par la taille.
« Je crois que tu l'as un peu stressé là… constata Antoine en observant la voiture s'éloigner par de multiples à-coups.
- N'importe quoi ! Je lui ai donné plein de bons conseils… répliqua-t-elle fièrement en posant sa tête contre son épaule.
- Ouais bah s'il le loupe… Tu vas en entendre parler pendant longtemps je crois…
- Comme si c'était de ma faute ! s'indigna Candice en lâcha son compagnon pour s'emporter après sa fille.
- J'ai pas dit ça !
- Non mais tu l'as pensé !
- Mais en fait tu es autant stressée que lui…
Antoine rigola en observant la mère et sa fille se prendre la tête.
- N'importe quoi ! s'emporta-t-elle à nouveau.
- Bon ! On se calme ! intervint-il. Tout va bien se passer et Sacha va faire de son mieux.
- Voilà ! Merci ! conclut Emma en souriant.
Soudain la sonnerie du portable d'Antoine retentit.
- Excusez-moi. Lâcha-t-il en s'éloignant. »
Il revint auprès d'elles quelques minutes plus tard.
« C'était qui ? demanda sa compagne.
- Le préfet… annonça-t-il durement. Il veut organiser ta cérémonie le mois prochain. »
