Toute médaille a son revers

Exténuée par sa journée de travail, la commandante franchit la porte de sa maison en poussant un soupir de soulagement. Elle accrocha son manteau et son sac dans l'entrée avant de pénétrer dans le salon. Elle rencontra sa fille emmitouflée dans un plaid. Elle la salua en s'asseyant sur le canapé d'à côté.

« Ça n'a pas l'air d'aller ma chérie… Qu'est-ce qui se passe ?

- On s'est encore disputés avec Sacha… Il est parti chez un pote.

- Qu'est-ce qu'il a encore fait ?

- Mais il en fait de trop ! C'est ça le problème… Il m'étouffe. Tu te rends compte ? Il me dit ce que je dois manger, ce que je dois faire, ce que je dois dire… C'est insupportable ! Candice éclata de rire. Pourquoi tu rigoles ?

- Mais parce que c'est une réaction normale ma chérie… Souvent le futur papa est un peu trop inquiet ! Alors oui, peut-être que ses réactions sont démesurées mais il veut juste bien faire.

- En fait je suis horrible… Je lui ai dit que j'avais besoin d'air. Tu crois qu'il me déteste ? lui demanda-t-elle les trémolos dans la voix.

- Mais bien sûr que non ! Faut que vous trouviez votre équilibre tous les deux… Et ça c'est un travail de longue haleine.

- Ouais… répliqua-t-elle dans un sourire. Toi aussi c'était pareil avec papa ?

- Ouh là non ! Tu vois… avec du recul… je crois que je t'envie un peu. Ton père travaillait beaucoup et j'ai souvent dû vivre ça toute seule. Ça a pas été facile mais… quand je vous vois, je me dis qu'on a quand même réussi quelque chose de beau tous les deux. Expliqua-t-elle les larmes aux yeux.

- Oh maman ! Tu vas pas pleurer quand même ? lâcha Emma en se levant pour venir s'asseoir à côté de sa mère.

- Non mais c'est juste que vous êtes grands maintenant et vous avez plus vraiment besoin de moi…

- On aura toujours besoin de toi ! Et encore plus dans quelques mois ! répliqua-t-elle en plaçant ses mains sur son ventre. Candice l'observa en souriant, particulièrement émue par cette discussion à cœur ouvert. Mais j'suis contente…

- Contente de ? demanda-t-elle en ne comprenant pas où elle voulait en venir.

- T'as passé toute ta vie à faire de nous ta priorité. Tu t'es sacrifiée pour papa, pour nous. Et même si tu montrais rien bah le divorce a pas été facile pour toi. Candice l'écoutait attentive, touchée par ses mots. Et j'ai l'impression que pour la première fois depuis très longtemps, t'es heureuse ! Alors même si je sais à qui c'est dû bah… je voulais juste que tu saches que… le bonheur te va bien quoi ! »

Émue, la commandante la prit dans ses bras et ne put s'empêcher de laisser glisser quelques larmes sur ses joues. Elle la remercia et se remit face à elle en s'autorisant à caresser son ventre. Elles commencèrent à discuter maternité lorsque la porte d'entrée s'ouvrit. Elles entendirent des pas approcher et se tournèrent vers le couloir d'entrée qui laissait apparaître le commissaire souriant.

« Bonsoir ! lâcha-t-il en s'approchant du salon.

- Bonsoir mon amour ! répondit sa compagne en souriant.

- Vous parliez de quoi ? demanda-t-il curieux en s'asseyant aux côtés de sa compagne.

- On parlait bébé… Enfin maman me donnait des conseils de grossesse…

- Ah ! Et est-ce qu'elle t'a fait le coup du melon d'eau pour une fille et du ballon pour un garçon ?

- Évidemment ! lâcha la brune en rigolant.

- Ah mais tu t'en souviens ?

- Bah oui ! Qu'est-ce que tu crois ?

- Non mais c'est bien ! répondit-elle en posant doucement sa main sur sa cuisse. D'ailleurs, Antoine aussi était super chiant pour Suzanne…

- Comment ça j'étais chiant ?

- Non mais Emma se plaint de l'omniprésence de Sacha qui l'étouffe… Mais toi t'étais pareil !

- Elle a pas tort… confirma-t-il en rigolant. Et je crois que c'était même pire après la naissance !

- Ah ça je confirme, oui ! Un vrai papa poule.

- Eh beh ! Ça promet ! lâcha la jeune femme en se levant du canapé. Bon beh je vous laisse… J'vais appeler Sacha. Annonça-t-elle avant de grimper les escaliers. »

Le couple la salua avant de se retrouver tous les deux dans le salon. Antoine ôta sa veste qu'il posa sur le côté du canapé et se réinstalla confortablement dans le fauteuil, sa compagne à ses côtés.

« Tu sais… Je crois que finalement t'as bien fait de pas renoncer à la paternité… Ça te va bien en fait ! affirma-t-elle en prenant sa main dans la sienne.

- Ouais… Enfin c'était pas non plus la meilleure période de ma vie…

- C'est vrai…

- Dis-voir, c'est moi ou tu m'as l'air nostalgique ce soir…? constata-t-il en caressant sa joue.

Candice se mit à sourire en profitant de la tendresse de son compagnon.

- Non mais… Elle a grandi trop vite… J'ai l'impression de pas avoir vu le temps passer.

- Peut-être… mais elle aura toujours besoin de sa maman !

- Y a intérêt !

- Tu sais, moi aussi Suzanne je la vois grandir à vue d'œil et… avec le boulot bah… j'ai l'impression de pas assez m'occuper d'elle…

- Elle a même pas encore six ans… Tu as le temps encore !

- Oui mais comme tu dis, le temps passe vite !

- C'est vrai… Regarde, on sera bientôt grands-parents ! le taquina-t-elle gentiment en se glissant dans ses bras.

- Parle pour toi oui ! C'est toi la grand-mère dans l'histoire !

- Arrête… J'ai l'impression de prendre 20 ans d'un coup là…

- T'en fais pas… Tu restes une grand-mère très très sexy… chuchota-t-il à son oreille avant d'embrasser sa joue.

Candice rigola doucement avant de laisser le silence s'installer.

- Merci d'être là… lâcha-t-elle à voix basse en caressant son torse. »

La commandante se laissa doucement bercer par les caresses que lui prodiguait son partenaire dans ses cheveux. Elle souriait, se rendant compte de la chance qu'elle avait d'être entourée des gens qu'elle aimait. Candice Renoir avait peut-être eu une vie chaotique, mais enfin, elle parvenait à côtoyer le bonheur.

. . . . .

4h15. Profondément endormie la commandante fut tirée de sa léthargie par des vibrations qui résonnaient depuis le côté du lit de son compagnon. Elle ouvrit les yeux difficilement et rencontra le commissaire plongé dans un sommeil profond.

« Antoine ! l'interpella-t-elle pour essayer de le stimuler.

- Hummmm ? grogna-t-il à moitié endormi.

- Ton téléphone !

- Hein ?

- Y a ton téléphone qui sonne ! lâcha-t-elle avant de se réinstaller confortablement dans les couvertures.

- Putain… grommela-t-il en attrapant son téléphone dont la sonnerie venait de s'arrêter. C'était le commissariat. Constata-t-il en rappelant le numéro indiqué. Oui c'est moi. Euh… Ok… Où ça ? Très bien. J'arrive.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Candice qui luttait pour ne pas se rendormir.

- On a retrouvé un corps à Saint-Clair faut qu'on y aille, expliqua-t-il alors qu'elle se cachait sous la couette. Candice ! On y va !

- Ça vaaaaaaa, j'arrive ! s'exclama-t-elle en soufflant. »

. . . . .

Le couple débarqua sur la scène de crime une trentaine de minutes plus tard. Ils durent garer la voiture en haut du chemin et commencèrent à descendre les escaliers du mont saint-clair. Quelques mètres plus bas, ils virent Nathalie assise devant le corps sans vie d'une jeune femme.

« Bonjour vous deux ! De bon matin….

- Ou de pleine nuit… renchérit Candice qui n'était pas du matin.

- Salut Nathalie ! Alors… ? interrogea le commissaire.

- La pauvre gamine a violemment été projetée dans les escaliers. Elle a des ecchymoses un peu partout sur le corps.

- Une dispute donc… C'est ça qui a causé la mort ?

- Difficile de le déterminer vraiment pour l'instant… Mais je dirai que la mort remonte à trois heures max.

- Qu'est-ce qu'elle faisait ici à 1h du matin ? s'étonna Antoine.

- Et surtout dans cette tenue… Candice s'approcha du corps. Sac de marque, robe à paillettes… plutôt courte. Des sous-vêtements en dentelle…

- Ils sont où les autres ?

- Mehdi répondait pas au téléphone… Ismaël et Marquez sont descendus plus bas… Ils vont pas tarder à remonter.

- Ah putain ! C'est vrai que Val est en congé…

- Bah oui ! Tu te souvenais pas qu'elle avait pris une semaine pour préparer son mariage ?

- Si… Si…. Mentit-il sous les yeux amusés de sa compagne. Ah ! Bah les v'là ! s'écria-t-il en voyant ses collègues remonter les escaliers.

- Salut ! lâchèrent-ils en cœur à moitié essoufflés. Bon bah rien à signaler… On a vraiment aucune idée de qui nous a appelé pour signaler le corps…

- Si la personne a appelé en anonyme c'est qu'elle y tenait un minimum quand même… Elle avait de la considération pour elle…

- Ouais enfin si c'est elle qui l'a poussé… Ça reste à voir hein ! rétorqua Antoine.

- Sinon, on a pas retrouvé ses papiers, ni son téléphone. Juste sa carte de bus… C'est une certaine Jade Rivière. Elle avait 19 ans.

- On a une adresse ?

- Elle habitait à Montpellier…

- Et qu'est-ce qu'elle faisait ici en pleine nuit ? Sète c'est pas une ville jeune…

- Non ! répliqua Candice. Mais c'est le weekend… Et vu son âge elle doit être en plein dans ses études. Peut-être qu'elle a un appartement sur Montpellier mais qu'elle rentre chez ses parents le week-end… Enfin je sais pas mais c'est le cas pour Léo et Martin donc...

- Vous les avez prévenus ? demanda Antoine.

- Non… On a pas l'adresse encore. Faudra regarder dans le fichier.

- Oui puis bon à cette heure-là… déclara Candice en regardant sa montre afficher 5h. Moi ce que je propose, c'est qu'on fasse l'aller-retour jusqu'à Montpellier et qu'on se rende chez ses parents après. Enfin si monsieur le commissaire est d'accord bien sûr ! lâcha-t-elle en souriant.

- Ok ! Tu me déposes à la BSU… Je brieferai Mehdi. Enfin… S'il décide de se pointer un jour ! »

L'équipe remonta les escaliers et se sépara. Marquez et Ismaël montèrent dans le même véhicule et prirent la route vers Montpellier pendant que Candice quittait le terrain accompagné d'Antoine.