Dans la voiture, le couple débriefait.
« Faudra quand même demander à Nathalie si y a eu viol… lâcha Candice à demi-mot.
- Y a quelque chose qui te tracasse ?
- Non mais… C'est une gamine quoi ! Qui plus est, étudiante… Et excuse-moi mais quand t'es étudiant tu roules pas sur l'or… Donc je comprends pas qu'elle soit habillée avec des fringues de marque !
- Tu penses à de la prostitution ?
- Bah avoue que la question se pose, non ?
- Ouais… Enfin pour l'instant on a rien de particulier… On verra si vous trouvez quelque chose chez elle. Candice hocha la tête avant d'étouffer un bâillement. Eh bah ! Il venait de loin celui-là ! lâcha Antoine amusé alors que Candice se garait devant la BSU.
- En même temps on a pas beaucoup dormi…
- Ah bah ça… commença-t-il en s'approchant d'elle après avoir ôté sa ceinture, C'est sûr que t'étais très en forme hier soir… la taquina-t-il d'un air coquin.
- T'es con ! répliqua-t-elle avant de l'embrasser.
- Bon j'y vais ! Tu me tiens au courant surtout.
- Évidemment !
- Et tu fais attention sur la route… »
Candice acquiesça et l'observa refermer la portière de la voiture. Elle fit demi-tour et prit la route vers Montpellier. Antoine grimpa les marches de la BSU, toujours plongée dans le silence en ce début de journée. Il s'assit à son bureau et tenta une nouvelle fois d'appeler son brigadier.
« Allô ?
- Bon Mehdi ! Qu'est-ce que tu fous ? Ça fait 10 fois qu'on essaye de te joindre.
- Oh merde ! lâcha-t-il paniqué alors que Justine s'esclaffait à ses côtés. Euh… Je…
- Donc tu ramènes tes fesses à la BSU rapidement, on a besoin de toi.
- Ok ! Oui ! Promis je… Enfin non, c'est pas ce que je voulais dire ! Mais… Allô ? Oh putain ça a coupé…
- Ou il a raccroché plutôt non ?
- Arrête c'est pas drôle… J'vais me faire tuer… s'exclama-t-il en se levant du lit en trombe pour s'habiller. »
. . . . .
Les trois policiers débarquèrent dans l'appartement de la jeune femme. Candice interpella deux voisins pour attester leur présence et ouvrit la porte. « Waouh ! » lâcha-t-elle en reculant vivement. Elle observa devant elle. Le studio était relativement petit et surtout en désordre. Ils se regardèrent, tous trois happés par cette odeur de cigarette qui avait envahie la pièce. Au vu des mégots sur le sol qui jonchaient parmi les bouteilles vides, les lieux avaient récemment accueillis quelques fêtards.
« Elle a même pas pris le temps de ranger… Regarde, y a encore les cartons de pizzas et ils sont pas tous vide… constata Marquez.
- Donc, elle aurait fait une fête ici ? Hier soir ? demanda Ismaël.
- Bah pourquoi on l'aurait retrouvé à Sète alors ? A 1h du matin… Désolée mais quand t'es jeune, ça dure jusqu'au bout de la nuit hein !
- C'est vrai…
- Pourtant, y a qu'une brosse à dent, y a que ses affaires de cours… Oh ! Elle faisait du droit apparemment… observa Candice en s'emparant du code civil qui trônait sur l'étagère.
- Donc elle vivait seule.
- Peut-être qu'elle a prêté son appart pour une soirée ? Genre une location…
- Hum… tiqua Candice peu convaincue. Mais y a rien qui vous choque là ? s'étonna-t-elle en les fixant.
- Euh… Non ?
- Bah ! Il est à peine 6h30 ! Et y a déjà plus personne ! C'est super bizarre ! Et vous, est-ce que vous avez entendu quelque chose ? demanda-t-elle en s'adressant aux voisins.
- Ah bah évidemment ! Comme tous les week-ends… Non, en vrai la petite Jade est super… Toujours gentille, agréable et polie ! Mais le week-end c'est musique à fond et compagnie…
- Vous l'avez vu hier soir ?
- Euh hier soir non… C'est pas souvent qu'on la croise le week-end…
- Ok ! Et vous avez vu combien de personnes hier soir ?
- Oh bah j'ai pas compté hein ! Je suis sortie pour mettre les poubelles dans le local et j'en ai vu deux rentrer… C'est tout ce que je peux dire.
- Elle avait un petit-ami ?
- Oui ! Un petit blondinet…
- Bien ! Je pense que c'est par là qu'il faut chercher… précisa-t-elle en s'approchant du dressing avant de l'ouvrir pour fouiller ses étagères. C'est bien ce que je pensais… Bien au-dessus de ses moyens tout ça… »
L'équipe sortit de l'appartement et se réunit dans le hall. Ils discutèrent des éléments qu'ils avaient pu observer quand Candice se décida à appeler Antoine. Elle posa son téléphone sur le comptoir et déclencha le haut-parleur pour fouiller dans son sac.
« Ah, mon amour ! s'exclama-t-il d'une voix suave. Je pensais à toi justement… Candice releva soudainement la tête et sentit ses joues s'empourprer. Je repensais à tes petits dessous d'hier et...
- Hum Hum… toussa Marquez partagé entre gêne et amusement.
- Je… J'crois que t'étais en haut-parleur Antoine… précisa-t-elle gênée à son tour.
Antoine ravala sa salive les yeux écarquillés.
- Bien… Excusez-moi… Euh… Alors ? Ça a donné quoi ? demanda-t-il pour changer de sujet. »
Candice commença ses explications en compagnie de ses collègues qui intervinrent pour apporter quelques précisions. Après quelques minutes, ils reprirent la route afin de regagner la BSU où Mehdi avait été chargé de s'occuper des réseaux de la victime. Entre temps, Antoine s'était chargé avec son collègue d'avertir les parents de Jade qui confirmèrent que leur fille rentrait bien tous les week-ends. Malgré tout, ils avaient répondu favorablement à la convocation d'Antoine et devaient se rendre à la BSU dans la matinée.
Une heure plus tard les trois collègues passaient les portes de l'openspace. Mehdi était plongé dans son ordinateur et Candice autorisa les deux autres à prendre une pause. Elle accrocha son sac et son manteau et prit place derrière son bureau. Elle étouffa un cri de surprise en constatant la présence d'une tasse de thé encore fumante accompagnée d'un croissant. Souriante, elle s'empara de sa boisson et interrogea Mehdi. « Antoine… » répondit-il simplement avant de se concentrer à nouveau. Candice acquiesça et commença à taper son rapport en attendant l'arrivée des parents de la victime.
« Bon ! Je vais voir à l'accueil s'ils sont arrivés. » déclara la commandante en se levant de sa chaise.
Elle sortit de la pièce et longea le couloir, elle tourna la tête à gauche et aperçu son commissaire de dos, accoudé sur la table de la salle de détente. Tout sourire, elle ne put résister à la tentation d'aller le voir. Elle s'approcha en silence et posa sa main dans son dos avant de déclarer doucement :
« Merci pour le croissant…
Surpris, il referma vivement le magazine devant lui et l'observa à sa gauche.
- De rien… ! Antoine se retourna afin de vérifier que personne n'était dans les parages et déposa un tendre baiser sur ses lèvres. Désolé pour tout à l'heure…
Candice éclata de rire.
- Je crois que t'as choqué Ismaël… Vu sa tronche, il s'y attendait vraiment pas…
- En même temps… Je dirai rien la prochaine fois ! bougonna-t-il.
- En tout cas… commença-t-elle tout bas… Ça tombe bien que tu aies aimé mes dessous parce que… j'en avais prévu d'autres pour ce soir… chuchota-t-elle à son oreille. »
Soudain Antoine se raidit. Sa compagne l'observait, un sourire malicieux scotché sur son visage, sans s'être rendu compte de l'arrivée du brigadier.
« Je dérange ? demanda Mehdi un sourire en coin.
- Non ! répondit son supérieur visiblement troublé.
- J'étais en train de dire à Antoine qu'on avait retrouvé l'appart sens dessus-dessous… précisa-t-elle en jouant sur les mots.
- Voilà ! confirma le commissaire en souriant faussement.
- Ah ! s'exclama Mehdi. Vous aussi vous allez vous marier ? demanda-t-il en observant le magazine posé devant Antoine.
- Ah… Euh… Ça ? Ah non. C'est à Val ça… Elle l'avait oublié.
- Commissaire ? les interrompit une voix féminine depuis le couloir. »
Sauvé par le gong ! pensa-t-il avant de répondre positivement à l'officière devant lui. Cette dernière leur indiqua l'arrivée des parents de la victime. Ils la remercièrent et se dirigèrent vers le bureau d'Antoine où ils les accueillirent.
« Nous sommes sincèrement désolés pour ce qui est arrivé à votre fille… débuta la commandante pleine de compassion. Elle était chez vous pour le week-end c'est bien ça ?
- Oui… Elle revenait toutes les semaines… Enfin sauf quand elle avait des examens importants, elle préférait rester là-bas.
- Puis elle avait de si bonnes notes… Elle était brillante ! lâcha la mère avant d'essuyer ses larmes.
- Est-ce qu'elle travaillait en parallèle de ses études ?
-Non… Elle avait pas le temps… Les études de droit demandent énormément de travail et elle voulait pas se disperser.
- Pourtant, il paraît qu'elle avait quelqu'un dans sa vie…
- Ah tu vois Pierre ! Je le savais ! Elle nous disait que non mais… je suis sa mère… On ressent ces choses-là.
- C'est peut-être lui qui lui offrait tous ses vêtements de marque donc… tenta la commandante.
- Des vêtements de marque ? Ça ressemble pas à Jade ça pourtant. Elle était très coquette mais très simple… Sans artifice…
- Pourtant on l'a retrouvé avec des chaussures à talons de créateur, une robe de luxe et un sac à main d'une certaine valeur également… Vous saviez où est-ce qu'elle devait sortir ?
- Comme tous les vendredis soir ! Elle rejoignait Léonie. C'est sa meilleure amie d'enfance, et elles ne se voyaient que le week-end…
- Est-ce que vous pouvez nous notez ses coordonnées s'il-vous-plaît ? demanda Antoine en leur tendant un post-it.
- Et on aurait besoin de venir voir sa chambre. On sait jamais… »
Le couple acquiesça, profondément bouleversé par la perte de leur fille. Antoine les raccompagna dans le grand hall alors que Mehdi alpagua le reste de l'équipe avec de nouvelles informations.
