Une heure plus tard, Candice éteignit son ordinateur après avoir autorisé son équipe à rentrer. Elle enfila son manteau et son sac, et se dirigea dans le bureau d'en face, le dossier à la main.

« Voilà le PV, et donc Nathalie a eu les résultats de la prise de sang de Léonie. Elle est clean mais faut encore attendre ceux de ses urines.

- Ok ! Très bien. Merci. Répondit-il simplement en saisissant le dossier. Autre chose ?

- Euh… commença-t-elle déroutée par son indifférence. Je… Je suis crevée, alors je rentre. Tu… Tu viens ? lâcha-t-elle hasardeusement en esquissant un sourire.

- Euh non… J'ai encore pas mal de boulot là. Pas ce soir. répondit-il froidement.

- D'accord… Bonne soirée alors. Rétorqua-t-elle simplement avec déception avant de tourner les talons. »

Antoine releva la tête et l'observa quitter le bureau sans un mot, espérant qu'elle comprenne qu'il était agacé par son comportement. La journée avait été compliquée : ils s'étaient réveillés quasiment en pleine nuit et n'avaient pas arrêtés depuis. Pourtant, malgré la fatigue, sa compagne avait su se montrer très taquine et enthousiaste. Mais parfois, elle ne se rendait pas compte de son côté excessif et avait réussi à vexer son partenaire en multipliant brimades et taquineries.

Penaude, la blonde rentra chez elle le visage fermé et fut accueillie par sa fille.

« Oh toi ! T'as passé une mauvaise journée ! s'exclama la brune en l'observant.

- Antoine fait la gueule…

- Qu'est-ce que tu lui as fait encore ?

- Mais rien ! C'est ça le pire !

- Maman…

- Bon ok… J'ai peut-être été un peu loin mais bon… Il m'énerve à être susceptible aussi ! s'agaça-t-elle.

- Oui sauf qu'on te connaît… Et maintenant… Tu vas devoir ramer pour te faire pardonner…

- Pffff ! souffla-t-elle en levant les yeux au ciel.

- On sort avec Sacha ce soir, t'as qu'à organiser une soirée à deux.

- Il a dit qu'il viendrait pas ce soir... bouda-t-elle.

- Ça va… Tu vas bien finir par trouver un prétexte pour le faire venir… »

Une heure plus tard, Antoine était toujours plongé dans son dossier administratif. Il soufflait d'énervement lorsque son téléphone vibra sur le bureau. Il posa son stylo et l'attrapa. Un message de Candice s'afficha : « J'ai un souci à la maison. Besoin de toi. ». Légèrement inquiet, il tenta de l'appeler mais tomba directement sur sa messagerie. Il réessaya une seconde fois mais le même schéma se reproduisit. Antoine souffla et se leva de sa chaise avant de mettre son manteau. Il récupéra le dossier et ouvrit le tiroir pour récupérer les clés d'une des voitures de service de disponible.

Candice était en train de dresser les couverts et les verres sur la nappe rouge lorsqu'elle entendit des clés tourner dans la serrure. Elle s'arrêta et se posa devant la table, les mains dans le dos.

« Candice ? entendit-elle crier depuis le couloir d'entrée.

- Surpriiise ! lâcha-t-elle d'une voix suraiguë en le voyant pénétrer dans le salon. »

Antoine haussa les sourcils, partagé entre soulagement et agacement. Encore une fois, il s'était fait avoir. Il posa le dossier sur le canapé en silence et la vit s'approcher.

« Tu m'expliques ?

- Bah comme j'ai cru comprendre que tu boudais… Je nous ai préparé une petite soirée en amoureux. Expliqua-t-elle en le saisissant par la taille.

- Putain Candice ! Mais j'étais super inquiet ! s'agaça-t-il en reculant pour qu'elle le lâche.

- Bah oui mais… tu m'as dit que tu voulais pas rentrer… du coup j'ai trouvé que ça pour te faire venir moi !

- Oui bah la prochaine fois tu trouveras autre chose ! répliqua-t-il sèchement.

- Ça te fait pas plaisir ? demanda-t-elle déçue en tentant de s'approcher à nouveau.

- Mais c'est pas ça le problème, Candice !

- Oui je sais, c'est de ma faute…

- Et donc ?

- Bah… Ok, je reconnais que j'ai peut-être été un petit peu loin.

- Et donc ?

Candice marqua un temps, comprenant enfin ce qu'il attendait.

- … Pardon… lâcha-t-elle doucement en le saisissant à nouveau par la taille.

- Hein ? J'ai pas bien entendu ?

- Pardon ! Voilà ! Je suis désolée…

- Aaaaaah ! Enfin !

- On fait la paix ? demanda-t-elle hésitante.

- Tu m'énerves...! s'exclama-t-il en acquiesçant avant de la saisir par la taille à son tour et de l'embrasser tendrement.

- Je sais...

- Alors ? C'est quoi le programme ?

- Eh bien ! Petit dîner, aux chandelles, ensuite…

- Des bougies rose en forme de cœur… la coupa-t-il en la lâchant pour observer la table qu'elle avait dressée.

- Oui… J'ai pas pu résister quand je les ai vues… expliqua-t-elle d'une voix enfantine.

- Et donc ensuite ?

- Petite glace, à la pistache… précisa-t-elle en levant le doigt, … devant notre série. Qu'est-ce qu'en t'en dis ? demanda-t-elle en passant ses bras autour de son cou.

- J'aime bien mais… il manque un truc…

- Ah bon ? s'étonna-t-elle.

- Oui… confirma-t-il en la saisissant par la taille. Ce matin tu m'as promis quelque chose en salle de repos… chuchota-t-il à son oreille.

Candice fronça les sourcils, réfléchissant à ce qu'elle lui avait dit quelques heures plus tôt.

- Aaaaah ! réalisa-t-elle.

- J'espère que c'est toujours d'actualité… confessa-t-il tout bas avant de l'embrasser.

- Ça ! Vous verrez tout-à-l'heure commissaire… lança-t-elle séductrice.

- Hum… soupira-t-il avant de l'embrasser à nouveau. Tout de suite ! déclara-t-il en passant ses mains sous son haut.

- Non… Le repas… Ça va refroidir après… Antoine l'embrassa de plus belle. Antoine !

- C'est pas grave… Ça… se réchauffe… répliqua-t-il alors qu'il déposait une kyrielle de baisers de son visage jusqu'à son cou.

- C'est vrai… T'as raison… finit-elle par craquer alors qu'il la dirigeait vers la chambre »

. . . . .

Le lendemain matin, Candice retrouva l'équipe dans l'openspace. Malheureusement pour leur enquête, Jordan n'avait toujours pas donné signe de vie. Agacé par son comportement, Antoine convia ses collègues pour son arrestation.

« Ah on y va tous ? demanda le brigadier arrivant après tout le monde.

- Oui Mehdi on y va tous ! Magne-toi ! ordonna son supérieur. »

Tous quittèrent les lieux, et démarrèrent en trombe. Jordan était désormais leur suspect n°1. Ils débarquèrent à son domicile une vingtaine de minutes plus tard. Un appartement situé au deuxième étage en plein centre-ville de Sète. L'équipe grimpa les escaliers en silence. Antoine s'assura que Candice reste derrière lui, et frappa à la porte. Quelques secondes s'écoulèrent, sans réponse de la part du jeune homme. Le commissaire se jeta sur la sonnette et la fit retentir à plusieurs reprises. La porte s'ouvrit, laissant apparaître un jeune homme blond, les cheveux ébouriffés, encore à moitié endormi.

« C'est pour quoi ? lâcha-t-il les yeux à moitié fermés.

- C'est la police ! déclara Antoine en forçant la porte. »

Ils pénétrèrent dans l'appartement. Candice déambula dans le long couloir qui menait jusqu'au salon ouvert sur la cuisine. Ismaël passa les menottes au jeune homme et le fit asseoir sur son canapé. En attendant, Marquez et Mehdi s'occupèrent de fouiller les locaux. La blonde s'approcha de Jordan et entama la discussion, sous la supervision de son compagnon.

« Bon je comprends rien ? Je suis accusé de quoi au juste là ?

- J'en sais rien… Trafic de drogue… Meurtre ?

- Meurtre ? s'étonna-t-il. C'est quoi encore cette histoire ? Eh ça fait deux ans que je suis clean, ok ! Y a pas a venir comme ça et me foutre sur le dos n'importe quoi !

- Ok ! Alors déjà on va commencer par se calmer, tenta de temporiser Candice.

- Non j'vais pas me calmer ! s'énerva-t-il en se levant. Puis t'es qui toi déjà ? Y a des barbies dans la police maintenant ? Eh, ça a géchan les poulets.

- OH ! s'énerva Antoine. Tu te crois où là ?

- Euh… Bah chez moi… répondit-il éhontément.

- Ok c'est bon ! On l'embarque. »

Énervé de son comportement, il chargea Ismaël de l'embarquer et de le ramener à la BSU en compagnie de Marquez. Il resta sur place avec Candice et Mehdi qui était en train d'observer sa chambre. Le commissaire s'assura que sa compagne allait bien et ils rejoignirent Mehdi.

« T'as trouvé un truc ?

- Rien… Enfin y a pas de traces de drogue en tout cas…

- Pas de fric non plus ?

- On a rien trouvé non plus non…

- Antoine ? T'as vu les photos là ? demanda-t-elle en observant le bureau.

- Ils étaient plus ensemble ? s'étonna-t-il.

- Bah ça me paraît clair… constata-t-elle en saisissant des photos d'eux deux coupées arrachées.

- La question est : qui à quitter qui ?

- Et surtout, pourquoi ? continua-t-elle. »

. . . . .

« Bien, Monsieur Bodier… Désolée, vous allez devoir vous contenter de Barbie pour l'interrogatoire… lâcha-t-elle ironiquement. J'espère que vous serez plus à même de nous parler ici… Surtout que vous avez pleeeeeiiiiinnn de choses à nous dire. N'est-ce pas ? déclara-t-elle en disposant une photo de la scène de crime sur la table d'interrogatoire.

- Attendez… commença-t-il destabilisé. Ja… Jade est morte ?

- Oui. Hier soir.

- Et… Vous croyez que c'est moi ? Parce que j'suis un ancien trafiquant de drogue ? C'est ça ? s'emporta-t-il en se levant à moitié.

Un brigadier intervint pour le faire se rasseoir.

- Pas uniquement. On nous a dit que vous étiez avec elle ce soir-là et, on a retrouvé des traces d'ecstasy quand on lui a fait des examens.

- Putain mais… J'étais pas avec elle !

- Elle venait de vous quitter c'est ça ?

Jordan baissa la tête.

- Ça faisait une semaine… Elle a pas voulu me dire pourquoi mais… Elle avait changé… Depuis qu'elle bossait dans ce bar là ! C'était plus la même…

- Comment ça ?

- Elle sortait tout le temps ! Elle était dans un autre monde et je l'ai embrouillé. Je la voyais changer alors j'ai mis les points sur les i. Mais ça lui a pas plu. Elle m'a largué comme une merde en me disant que je la comprenais pas ! Qu'elle était obligée ! J'ai rien compris et elle s'est barrée.

- C'était quand ça ?

- Euh… Vendredi dernier.

- Le bar là… Vous le connaissiez ?

- Oui, c'est un bar dans le centre.

- Mais elle habitait à Montpellier pourtant.

- Elle dormait chez moi avant… Après j'en sais rien ! J'avais la haine de me faire larguer comme une merde alors que j'avais tout fait pour elle. Mais jamais je l'aurais tué bordel ! Je l'aimais !

- Et vous étiez où hier soir ?

- Bah chez moi. Je jouais à la Play.

- Quelqu'un peut en témoigner ?

- Non…

- Bien. Il est 11h10, je vous place en garde à vue pour le meurtre de Jade.

- Quoi ? Mais NON ! s'emporta-t-il alors que Candice quittait la pièce. »

La commandante sortit de la salle d'interrogatoire et se dirigea vers l'openspace pour rejoindre ses collègues. Elle fit un debrief avec ses collègues qu'elle chargea de trouver des informations sur le fameux bar qui avait recruté Jade. La blonde s'octroya une pause dans la salle de détente lorsque son téléphone retentit.

« Salut Sylvie ! lâcha la blonde avec enthousiasme.

- Salut Candice ! J'ai essayé de joindre Antoine mais il m'a pas répondu.

- Ah ! Il est en rendez-vous, à la mairie. Mais il devrait pas tarder ! C'est pour quoi ?

- Bah ça te concerne justement.

- Ah bon ? s'étonna-t-elle perplexe.

- Oui… J'ai eu une discussion avec le préfet concernant ta cérémonie. T'as pas oublié que c'était après-demain hein ?

- Non ! Non bien sûr ! confirma-t-elle.

- Mais c'est pas tout…

- Ah…

- Je… Fin c'est pas moi qui devrait te l'annoncer hein mais, forcément... qui dit médaille dit promotion et... ils m'ont soumis l'idée de te proposer un autre poste. Mais évidemment tu ne dis rien pour l'instant. C'est confidentiel!

- Évidemment! Tu me connais...

- C'est à Marseille. Tu serais à la tête d'un groupe plus grand, avec plus de responsabilités. Évidemment t'aurais une augmentation et… fin ce serait une opportunité pour toi, pour ta carrière.

- Je t'avoue que… Je sais pas quoi te dire… Marseille...

- Ça t'intéresse ?

- Bah euh… Oui ! … Non ! … Enfin, ça se réfléchit quoi mais…

- Mais ?

- Bah… Antoine…

- Suffit d'en discuter tous les deux. Ils te laissent un mois pour réfléchir. Le poste doit se libérer dans un peu plus de six mois.

- Il est au courant ?

- Non. Pas encore !

- Je… J'aimerais lui annoncer, moi-même. J'peux compter sur toi pour me laisser faire ?

- Ok… J'te fais confiance.

- Merci Sylvie !

- De toute façon on se voit à la cérémonie !?

- Non… Je pourrais pas être là malheureusement…

- Ah bah super… lâcha-t-elle ironiquement.

- Bon faut que je te laisse ! On se tient au courant surtout et tu te dépêches d'en parler à Antoine. À plus !

- Oui, évidemment oui ! répondit-elle blasée. À plus tard. »

La blonde raccrocha, complètement perdue par l'annonce qu'elle venait d'entendre. Évidemment, qu'elle était intéressée mais laisser sa famille et ses amis représentaient pour elle un grand sacrifice. Puis il y avait Antoine. Alors même qu'ils parvenaient tout juste à trouver un équilibre et à construire quelque chose tous les deux, cette proposition pouvait tout remettre en cause. Perdue, elle saisit sa tasse de thé et alla se rassir à son bureau pour se plonger dans le travail.