« Merci d'être venue…
- J'ai cru comprendre que c'était pas facile pour vous de parler là-bas alors, je suis venue… Je vous écoute.
- Ouais… Y avait Katia et votre collègue… Fin c'était gênant…
- Je comprends… Vous… Vous étiez pas que serveuse, je me trompe ?
- Vous dites ça parce que ça se voit ? demanda-t-elle les larmes aux yeux.
- Non… Je dis ça parce que depuis qu'on a retrouvé Jade je me pose la question. Vous voyez, je comprends toujours pas pourquoi elle était en petite tenue à Saint-Clair…
- Moi je sais… Parce qu'on vit exactement la même chose… On avait besoin d'argent, on a déposé des CV un peu partout et on a été retenues ici. On a passé un entretien avec le patron, très sympa, de premier abord évidemment. Puis il nous a proposé de gagner plus. Il nous disait qu'on était belle, jeune, sexy qu'on… qu'on pouvait gagner beaucoup en s'offrant à des mecs. Au début on… On a refusé. Jade faisait du droit, elle était contre ce genre de pratique mais… on nous a fait du chantage, on nous a forcé….
- C'est Alain le proxénète ?
- Non… Il nous a mis en contact avec quelqu'un d'autre. On l'a jamais vu, on connaît pas son nom…
- Ok… Et cette mise en contact avec les hommes ça se passait comment ?
- Deux soirées par semaine, on en faisait une sur deux. Y en a une ce soir.
- Ce soir ? Où ça ?
- Toujours à Saint-Clair, dans une grande villa. C'est des soirées hyper privées, y a des vigiles à l'entrée, fin c'est hyper select.
- Vous connaissez l'adresse ?
- Ouais…
- Ok… On va aller voir ça de plus prêt. Je préviens Antoine ! lâcha-t-elle en sortant son téléphone.
- NON ! S'il-vous-plaît… Pas votre collègue…
- J'suis obligée Léa… C'est le commissaire…
- Ok… finit-elle par accepter résignée.
- Merde, j'ai plus de batterie….
- J'ai pas le miens… répliqua la jeune femme désolée.
- Bon tant pis… On y va quand même ! »
Planquées dans la voiture de la commandante, les deux femmes observaient les allers et venues dans la grande villa en haut de la route. Elles aperçurent des hommes tous habillés en costume et des femmes, plutôt jeunes. Léa ne les connaissait pas, étant habituée aux soirées du week-end et non de celles en semaine. Elles restèrent sur place plus d'une heure à discuter et à observer le fonctionnement de ce genre de soirées.
En parallèle, Mehdi et Ismaël étaient entrés dans le club particulièrement animé pour un mardi soir. Ils s'installèrent à une table, un verre à la main et observèrent à leur tour les environs.
. . . . .
Après avoir trouvé le post-it de Candice, Antoine quitta la BSU et prit la route pour rentrer. Il ouvrit la porte et entendit des éclats de rire de la fille de sa compagne.
« Salut ! lâcha-t-il en déposant son manteau sur une chaise.
- Ah ! Salut Antoine !
- Ta mère est pas là ?
- Euh bah non… Elle est pas rentrée encore !
- Ah bon ? Bah elle m'a dit qu'elle partait tout à l'heure. T'as eu des nouvelles ?
- Non… Bon après j'ai pas cherché à en avoir parce que je pensais que vous étiez ensemble.
- Putain… Le rendez-vous, s'inquiéta-t-il en sortant son téléphone de sa poche. Je l'appelle… Messagerie directe… Putain…
- Tu veux que j'essaye ?
- Vas-y…
- … Bon messagerie aussi…
- Putain mais c'est pas vrai ! Je lui avais dit de pas y aller.
- Oui mais tu connais maman…
- Elle est chiante ! Voilà ! s'énerva-t-il.
- Bon qu'est-ce qu'on fait ? »
Le commissaire n'eut même pas le temps de répondre qu'ils entendirent des clés dans la serrure. Il souffla et serra les dents en l'entendant approcher.
« Coucou ! lâcha-t-elle souriante en arrivant dans le salon.
Tous trois l'observèrent, le visage fermé.
- Oh bah vous avez vu un fantôme ou quoi ?
Antoine leva les yeux au ciel d'exaspération et sortit sur la terrasse sans la regarder.
- Bah qu'est-ce qu'il a ? s'étonna-t-elle.
- À ton avis ? s'énerva sa fille. Il était mort d'inquiétude. T'es partie toute seule et tu répondais pas au téléphone.
- Bah oui parce que j'avais plus de batterie. Ça va, c'est pas la mort ! J'suis là, c'est l'essentiel !
- Pfffff ! souffla Emma en se levant accompagnée de Sacha. C'est toujours pareil avec toi… Tu penses qu'à toi ! déclara-t-elle durement avant de grimper les escaliers »
La blonde se retrouva seule au milieu de sa salle à manger. Elle qui comptait pourtant évoquer sa proposition de poste avec son compagnon, devait maintenant affronter sa colère. Pourtant, elle avait du mal à comprendre qu'il lui en veuille autant. Elle savait ce qu'elle faisait et avait l'habitude de ce genre de situation. Mais comme à chaque fois, Candice Renoir ne saisissait pas l'ampleur du danger auquel elle s'exposait. Et pour la deuxième soirée consécutive, Antoine Dumas était énervé à cause de son comportement.
Elle souffla à son tour et alla brancher son téléphone portable dans la cuisine. Elle ouvrit le réfrigérateur et sortit une bouteille de vin blanc avant de verser le liquide dans son verre. Elle en avala une gorgée et s'approcha de la fenêtre de sa cuisine. Elle observa son compagnon, assis sur fauteuil, plongé dans son téléphone. Elle le fixa quelques secondes, espérant qu'il daigne revenir dans la maison. Or Antoine ne bougea pas, les yeux toujours rivés sur son écran. Elle attendit quelques minutes et s'empara de son portable qui venait de gagner quelques pourcentages de batterie. Elle s'approcha à nouveau de la fenêtre et tapota sur son clavier.
« Pardon… » reçut-il alors qu'il lisait ses e-mails. Antoine ne réagit pas. Elle fit la moue et envoya un cœur. Cette fois ci, elle le vit esquisser un sourire avant d'hocher la tête de gauche à droite. Satisfaite, elle avala son verre d'une traite et osa l'affronter. Elle s'approcha en silence et se racla la gorge une fois derrière lui. Il tourna la tête et la fixa.
« Je peux ? demanda-t-elle.
Antoine acquiesça avant de l'observer s'asseoir à ses côtés.
- Tu m'énerves Candice Renoir… lâcha-t-il doucement.
- Je sais… répliqua-t-elle en souriant. Mais… C'est pour ça que tu m'aimes non ?
Le commissaire rigola doucement avant de se laisser embrasser par sa compagne.
- Et tu vas encore plus m'aimer parce que j'ai obtenu plein d'infos… déclara-t-elle avant de l'embrasser à nouveau. »
Candice déballa toutes les infos qu'elle avait obtenues en discutant avec Léa. Antoine la remercia, reconnaissant malgré tout de son avancée. Ils parvinrent à passer une bonne soirée. Antoine avait réussi à apaiser son énervement et Candice à se faire pardonner à nouveau. Elle eut une discussion avec sa fille pendant laquelle elle s'excusa. Emma fondit en larmes, mettant en cause ses foutues hormones qui rendaient son caractère fluctuant au quotidien.
Allongés dans le lit conjugal, Candice relisait le dossier de l'affaire en cours en tiquant. Définitivement perturbée par cette enquête, elle décida de le mettre de côté pour ce soir. Elle posa le dossier sur le sol et observa Antoine à sa droite, les yeux rivés sur son écran d'ordinateur. Elle le fixa quelques secondes et se décida enfin à aborder le sujet.
« Antoine ? l'interpella-t-elle à voix basse.
- Hum ?
- Euh… Faut que… Faut que je te parle… lâcha-t-elle d'un ton sérieux.
Il tourna instinctivement la tête et la fixa.
- Ouh là… Ça m'a l'air sérieux… constata-t-il en fermant l'ordinateur avant de le poser sur le sol.
- Oui.. Enfin voilà je… j'ai…
Candice fut coupée par la sonnerie de son téléphone portable qui résonna dans la chambre.
- Ah ! C'est Mehdi… Oui ? demanda-t-elle en décrochant.
- Ouais Candice ! Bon on rentre là…
- Alors ?
- Bah je sais pas trop… J'suis d'accord pour dire que c'est louche ce truc…
- C'est-à-dire ?
- On a vu des jeunes femmes rentrer, après elles partaient vers le fond et elles revenaient pas… Fin y a des trucs chelou…
- Évidemment que c'est chelou… Le club camoufle un réseau de prostitution…
- AH MAIS C'EST POUR ÇA !
- De ?
- Bah y avait des meufs qu'arrêtaient pas de venir nous solliciter là… Limite elles nous sautaient dessus…
Candice éclata de rire.
- C'est bien les garçons ! Vous avez su résister ! Beau travail. Et… La rousse au comptoir là, la fameuse Katia, ça donne quoi ?
- Sérieux Candice… s'indigna Antoine, convaincu de son innocence.
En réponse, Candice mit son doigt sur sa bouche pour le faire taire.
- Chelou aussi…
- AH TU VOIS !
- Elle arrêtait pas de faire des allées et venues entre le fond du club et l'entrée… Et j'sais pas elle bossait pas, fin elle servait pas quoi… Juste elle observait et après elle allait discuter avec les filles.
- Parce que c'est elle qui recrute… qui flaire ! Bon Mehdi, bon travail ! Vous pouvez rentrer vous reposer. Bonne soirée ! conclut-elle avant de raccrocher.
- Bon… Bah on est 3 à dire que Katia est louche, mon chéri…
- Non mais ok, elle est spéciale mais bon…
- Mais pourquoi tu veux forcément qu'elle soit innocente ?
- J'en sais rien ! s'agaça-t-il, Je la connais quand même…
- Non ! tu la connaissais… nuance… Tu sais les gens changent !
- Si tu le dis… Je vérifierai son dossier demain va…
- Oui ! confirma-t-elle en l'embrassant sur la joue alors qu'il pestait. »
Elle reposa son téléphone sur sa table de nuit et éteignit la lumière avant de s'installer dans les bras d'Antoine.
« Au fait ! Tu voulais me parler de quoi ?
- Euh… Non ! De rien ! C'est pas grave ! mentit-elle avant d'embrasser son torse.
- T'es sûre ?
- Oui… »
