« T'étais incroyable !

- Merci… répliqua-t-elle avec tendresse.

- Commandant ! Commissaire ! les salua le préfet. Félicitations ! lâcha-t-il en serrant la main de la blonde.

- Merci et… merci à vous pour… ça ! répliqua-t-elle en désignant sa médaille.

- Il me semble que vous le méritez amplement. D'ailleurs, Sylvie Leclerc vous a parlé du poste ?!

- Euh… Oui ! confirma-t-elle gênée devant Antoine qui ne comprenait pas.

- Ce serait une grande opportunité pour vous, Marseille… N'est-ce pas commissaire ?

- Mais tout à fait ! acquiesça-t-il en fixant durement Candice.

- Bon je vous laisse, on m'appelle ! Mais on en reparle, hein !? conclut-il avant de s'éclipser.

- Antoine, je… commença-t-elle penaude.

- Tu le sais depuis quand ?

- De… Depuis trois jours… Mais…

- Évidemment… Quel con putain… la coupa-t-il dans un rire jaune avant de tourner les talons.

- Tu vas où ? lui demanda-t-elle inquiète en le voyant s'éloigner.

- Ah ! Commandant ! lâcha un collègue avec jovialité.

- Euh… Vous… Vous m'excusez un instant ? Je reviens ! »

Candice suivit des yeux son commissaire et accéléra le pas pour le rattraper sous les regards médusés d'Ismaël et Mehdi. Elle le vit quitter la grande pièce de la réception et s'apprêter à descendre les escaliers.

« Antoine ! Attends ! Le pria-t-elle les trémolos dans la voix.

- Quoi ? lâcha-t-il avec férocité en se retournant depuis la deuxième marche.

- Je… J'suis désolée. J'voulais pas que tu l'apprennes comme ça…

Antoine lâcha un rire jaune.

- C'est pas comme si en trois jours t'avais pas eu l'occasion de m'en parler, non ?! s'agaça-t-il avant de laisser le silence s'installer. Et encore une fois… Ça montre simplement que tu penses jamais à moi… finit-il par affirmer l'air triste.

- Mais pas du tout ! C'est juste que… Je… J'ai paniqué… Je savais pas comment aborder le sujet avec toi et…

- Ah ! Vous êtes là ! s'adressa le commissaire divisionnaire à Candice.

- Oui ! Je… Juste deux petite minutes ! s'excusa-t-elle en se retournant vers lui avant de fixer à nouveau son compagnon. Je te promets qu'on en reparle après… lâcha-t-elle tout bas les larmes aux yeux en voyant l'air triste d'Antoine. »

Particulièrement affecté par la nouvelle, ce dernier acquiesça avant de descendre les escaliers en trombe pour gagner la sortie. De son côté, la commandante rejoignit le divisionnaire qui l'avait interpellé plus tôt. Ils regagnèrent la grande pièce où ils trinquèrent à sa médaille avec un léger goût d'amertume.

Une petite demi-heure plus tard, elle vit Antoine revenir dans la salle de réception. Elle l'observa mais se heurta à son ignorance. Seule au milieu de la foule, elle tenta de se frayer un chemin pour le rejoindre. Arrivée à quelques mètres de lui, ses yeux s'accrochèrent aux siens. Instinctivement, il perdit le faux sourire qu'il arpentait depuis son retour, et tourna la tête. Déçue, elle avala d'une traite sa coupe de champagne avant d'être interpellée par de nouvelles têtes.

. . . . .

21 heures. Installées dans la pénombre de leur voiture, Candice et Val observaient Ismaël et Mehdi passer à l'action. Entrés grâce aux invitations fournies par Alain le gérant du bar, les deux hommes scrutaient les environs avec attention.

« Y a un vigile à l'entrée, un autre devant la porte du bâtiment central et l'autre rode un peu partout… » chuchota Ismaël au micro planqué dans le col de sa chemise.

Candice ordonna aux officiers du deuxième véhicule d'entrer. Ils obéirent avant de mettre en œuvre la tâche qui leur avait été confiée : amadouer et arrêter les deux vigiles de l'intérieur. Une fois l'action réalisée, Marquez se chargea du vigile de devant la porte. Immobilisé, les deux femmes blondes sortirent du véhicule et entrèrent en scène à leur tour. En attendant, le commissaire prenait le relai des commandes de l'opération. L'idée était que leur suspect constate la présence de la commandante et de sa collègue et qu'il contacte ses hommes.

« Putain mais… C'est qui celles-là ? » s'agaça un homme grisonnant depuis son fauteuil placé en hauteur du bâtiment central. Surpris, il se leva de son fauteuil et tenta de contacter l'un des trois vigiles en poste. Aucun ne lui répondit. Il pesta en tentant une nouvelle fois de les joindre mais le même schéma se reproduisit. L'homme jura entre ses dents et descendit les escaliers, avant de tomber sur les officiers de la BSU. Le commissaire donna le feu vert et tous les mobilisés pénètrent dans le jardin de la villa. Ils saisirent les sachets de poudre qu'ils avaient repéré et Candice se dirigea vers Léa qui avait joué le jeu elle aussi.

« Ça va ? demanda-t-elle doucement à la jeune femme.

- Ouais… Ça va mieux… Maintenant…

- C'est fini, ok ? Tu vas enfin pouvoir souffler.

- Je soufflerai quand on aura retrouvé celui qu'à fait ça à Jade…

- Tu le connais ? lui demanda-t-elle en montrant l'homme qu'il venait d'attraper.

- Je l'ai déjà vu une fois… Il était venu au bar, voir Katia. Je quittais et je l'ai croisé en sortant.

- Katia ? Et elle faisait souvent les soirées elle ?

- Non, je l'ai jamais vu.

- Candice ! l'interpella Mehdi. Regarde qui on vient de trouver planquée dans le salon…

- Aaaaaah ! Katia bonjour ! lâcha la commandante faussement enjouée avant de regarder Antoine par provocation.

- Bien ! Et bah nous allons ramener tout ce petit monde au poste pour la nuit ! s'exclama le commissaire. »

Une fois rapatriés à la BSU, l'équipe se sépara. Candice n'avait pas eu l'occasion d'avoir une discussion avec son compagnon qui l'évitait depuis leur confrontation. Et pour la première fois depuis des semaines, ils rentrèrent chacun de leur côté. La commandante eut du mal à s'endormir cette nuit-là. Elle se réveilla aux aurores et décida de passer chez Antoine avant d'aller travailler.

Le commissaire était à l'étage en train de passer une chemise lorsqu'il entendit toquer. Surpris, il se dépêcha de descendre tout en prenant le soin de la boutonner. Arrivé devant sa porte, son visage se ferma.

« Je… J'peux entrer ? demanda-t-elle hésitante.

- Oui. Mais j'suis pressé. J'dois partir bientôt. Répliqua-t-il froidement. »

Elle acquiesça avant d'entrer dans l'appartement. Elle posa son manteau sur la table et l'observa se servir un café toujours en l'ignorant. Légèrement agacée, elle l'interpella durement.

« Bon tu sais quoi, si tu veux pas parler, j'y vais… lâcha-t-elle en s'apprêtant à récupérer son sac.

- Ah parce que c'est moi qui veut pas parler maintenant ? Mais tu te fous de moi Candice ! s'énerva-t-il.

- C'est pas ce que je voulais dire… Excuse-moi ! tenta-t-elle de se radoucir.

- Putain mais… Tu le savais depuis 3 jours ! Normalement j'aurais dû être le premier au courant !

- Je sais… Mais… Quand Sylvie m'a appelé j'ai… J'ai paniqué ! J'avais peur de ta réaction…

- Mais dans ces cas-là, plus tu attends, plus c'est pire ! À chaque fois c'est pareil, tu fais ton truc dans mon dos… J'passe pour un con, comme d'habitude.

Candice baissa la tête.

- J'ai… J'ai essayé de te le dire. Je te jure… Mais j'pensais pas qu'il lâcherait ça comme ça en pleine cérémonie. J'voulais attendre le bon moment pour t'en parler…

- Bien sûr… C'est la faute du divisionnaire maintenant !

- Maintenant que tu le sais, on peut en discuter non ?

Antoine rigola jaune.

- Bon… Ok, j'ai merdé… J'aurais dû te le dire tout de suite mais… on était tellement bien tous les deux que… que j'avais peur que ça gâche tout entre nous. J'avais peur de… de te perdre et… j'ai pas réussi à t'en parler… finit-elle par avouer doucement pendant qu'il mettait son manteau avant de récupérer ses clés posées sur la table.

- Antoine… l'interpella-t-elle alors qu'il la faisait reculer pour sortir de son appartement. Qu'est-ce que je peux faire pour me faire pardonner ? demanda-t-elle suppliante.

- Je sais pas moi… fit-il mine de réfléchir en fermant la porte. Apprendre à communiquer peut-être ? »

Candice l'observa passer devant elle le visage fermé. Sa tentative de réconciliation venait définitivement de tomber à l'eau. Confuse, elle tourna les talons à son tour et se dirigea dans sa voiture garée plus loin dans la rue. Elle souffla bruyamment en laissant tomber son sac sur le siège passager avant d'enclencher le moteur pour rouler vers la BSU.

In situ, elle prit les rênes de l'interrogatoire supervisé par son commissaire assis derrière les écrans.

« Bien remis de vos émotions ? demanda-t-elle faussement enjouée au proxénète.

- Oui bon ça va… Épargnez-moi vos minauderies là ! Allez aux faits !

- Mais j'y viens ! J'y viens !

- Bien !

- Donc… Certes vous êtes là pour proxénétisme mais… pas que…

- Ok… J'vous voir venir ! Là vous allez me charger pour la drogue aussi.

- Ah ! J'avais oublié ça aussi oui…

- Oui sauf que ça, j'y suis pour rien… C'est eux qu'en prennent tout seul… C'est devenu un rituel, ça les desinhibe donc ça rend les choses plus… faciles… précisa-t-il avec assurance. Si vous voyez ce que je veux dire…

- Non je vois pas non ! Et j'suis pas sûre d'avoir envie de voir… En revanche, j'aimerais bien savoir ce que vous pensiez de Jade.

- Jade ? demanda-t-il étonnée. Qu'est-ce qu'elle vient faire dans l'histoire ?

- Ah bah pas grand-chose puisqu'elle est morte. On l'a retrouvé défigurée après la dernière soirée.

- Putain mais ! Katia m'a rien dit !

- Katia maintenant ?

- Oui… On est ensemble.

- Un couple qui chasse les jeunes femmes pour vendre leurs corps… Eh bah !

- Mais Jade c'était pas pareil… Elle avait quelque chose de particulier… C'est Katia qui l'avait repéré au bar et quand je l'ai vu elle… elle m'a tout de suite plu.

- Vous avez eu une relation ?

- Jamais ! Enfin j'ai pas eu le temps de tâter le terrain quoi… Puis Katia est beaucoup trop jalouse et possessive.

- Et elle était là à la dernière soirée ?

- Bah oui ! Elle les fait toutes ! Pourquoi ?»

Soudain illuminée, Candice sortit de la salle d'interrogatoire et affronta Antoine qui la regardait à peine.

« Il est ignoble ce type… Il parle des femmes comme si c'était des morceaux de viande.

Ouais… répondit-il simplement.

Pour Jade, il avait l'air vraiment étonné de sa mort…

Ouais enfin il s'est pas étonné de pas la voir hier soir hein !

Oui mais parce qu'elle faisait une soirée sur deux. Donc il s'attendait pas à la voir… Par contre Katia…

Je m'en charge ! répliqua-t-il froidement avant de quitter la salle de contrôle.

Ok… lâcha-t-elle dans le vide. »

Candice souffla et se laissa tomber sur la chaise devant les écrans. Elle ne l'avait jamais vu si énervé après elle et avait tellement peur d'avoir tout gâché. Visiblement, la confrontation directe ne marchait pas et l'irritait d'autant plus. Perdue, elle sortit de la salle de contrôle à son tour et attendit la fin de l'interrogatoire de Katia.

Il en ressortit une demi-heure plus tard. La serveuse avait finalement avoué son meurtre. En plus de la jalousie qui parlait, Jade était provocante avec elle. Elle l'accusait d'être à la source de son malheur et passait son temps à la pourrir. Katia avait donc milité auprès de son compagnon pour ne plus avoir affaire à elle… en vain. Ce dernier s'était pris d'admiration pour la jeune fille et refusait de l'exclure de ses soirées. Le soir du meurtre, elle l'avait suivie alors qu'elle quittait la villa. Elle espérait la convaincre d'arrêter, de laisser tomber son activité. Mais Jade lui avait littéralement rigolé au nez. C'était à cause d'elle si Jade avait été contactée et embrigadée dans ces travers, et maintenant elle venait la supplier d'arrêter. Provocante, elle lui avait bien fait comprendre qu'elle continuerait, rien que pour l'emmerder, elle. Prise d'un accès de rage, Katia l'avait poussée du haut des escaliers alors qu'elles se disputaient âprement. Choquée de ne plus la voir bouger, elle avait finalement appelé les secours avant de rentrer à nouveau dans la villa.

Candice vint à la rencontre de son compagnon dans le couloir et osa entamer la discussion.

« Je suis désolée pour ton amie…

Tu dois être contente non ? T'avais raison ! lâcha-t-il toujours piquant.

J'aurais préféré avoir tort sur ce coup…

Peut-être… répliqua-t-il évasif avant de repartir dans son bureau. »

La commandante passa la journée à subir l'ignorance d'Antoine qui ne parvenait pas à faire taire sa rancœur. Il avait été blessé et elle le comprenait. Mais la situation devenait pesante et il fallait absolument mettre les choses au clair. Puisque l'affrontement direct ne fonctionnait pas, elle se résigna à passer au message indirect. La blonde s'approcha de son bureau et ouvrit son tiroir. Elle récupéra un post-it et s'empara d'un stylo feutre rose pour griffonner quelques mots : « Pas envie de rester fâchée avec toi… Ce soir, chez moi, 20h ? Je t'aime ». Satisfaite, elle alla déposer son petit papier sur son écran d'ordinateur avant de regagner sa maison.

20h30. Candice désespérait de voir Antoine répondre positivement à son invitation. Assise dans son canapé, elle alternait entre son verre de vin et son téléphone dans l'espoir d'avoir de ses nouvelles. Soudain, elle entendit des clés dans la serrure. Elle se releva brusquement et fixa la sortie du couloir d'entrée depuis le salon.

« Je… J'ai cru que tu viendrais pas… confessa-t-elle doucement.

- Eh bah si. Je suis là. Répondit-il toujours froidement.

- Euh… Tu… Tu veux du vin ? proposa-t-elle pour briser la glace.

Antoine acquiesça avant de l'observer se diriger vers la cuisine. Elle sortit la bouteille du réfrigérateur et la vida dans son verre avant de le lui tendre.

- Merci…

- Écoute Antoine, je suis désolée… J'ai fait n'importe quoi et t'as totalement le droit de m'en vouloir… C'est vrai… J'aurais dû t'en parler tout de suite mais j'ai pas eu le courage de le faire et… plus j'attendais, moins j'y arrivais.

- Tu sais ce qui m'a le plus blessé dans cette histoire ? annonça-t-il l'air grave.

- Non… répondit-elle avec inquiétude.

- Bah je me suis dit qu'en fait, t'étais totalement capable de décider de partir sans demander mon avis et que t'aurais très bien pu me laisser là, tout seul.

Choquée d'une telle confession, elle écarquilla les yeux et s'approcha doucement de lui.

- Mais pas du tout… Puis j'ai pas encore décidé si je partais ou pas… J'ai mes amis ici, ma famille, et je t'ai toi. J'ai pas l'intention de t'abandonner !

- Mais ce poste, t'en as envie ? demanda-t-il sérieusement.

- J'en sais rien… Je… J'ai un mois pour donner ma réponse et j'ai besoin de bien réfléchir. Tu comprends ?

Antoine acquiesça.

- Tu m'en veux toujours ? demanda-t-elle d'une voix enfantine.

- Je veux juste qu'à partir de maintenant, tu sois sincère avec moi… J'en ai marre d'apprendre les choses au dernier moment juste parce que tu sais pas communiquer !

- Promis ! affirma-t-elle tout bas en le fixant en silence. Câlin ? proposa-t-elle en se rapprochant de lui.

Le commissaire ouvrit ses bras en guise d'acceptation et l'accueillit avec tendresse.

- J'aime pas quand on est fâchés… confessa-t-elle à son oreille avant de l'embrasser.

- Moi non plus… déclara-t-il à son tour avant de répondre à son baiser. »