De l'amour à la haine, il n'y a qu'un pas

Assis dans le salon de chez Candice, Antoine lisait le résumé du programme Tv de la soirée.

"T'es sûre de vouloir regarder ça ? demanda-t-il dubitatif en l'observant sortir de la chambre en peignoir.

- Bah oui… La suite sort demain au cinéma mais j'me souviens plus du premier… répondit-elle en verrouillant son téléphone portable avant de le poser sur la table de la salle à manger.

- Mouais… lâcha-t-il perplexe avant de reposer le magazine sur la table basse.

- T'as pas l'air emballé…

- Mais si !, affirma-t-il en ouvrant ses bras pour qu'elle vienne s'y installer.

Candice s'exécuta et vint se blottir dans ses bras, pile à l'heure pour le début du film. Antoine l'embrassa tendrement sur sa joue avant de vouloir ouvrir une discussion. À peine le son sortit de sa bouche qu'il se fit réprimander par sa compagne. Vexé, il se tut et fit mine de se plonger dans le film à son tour.

- C'est qui lui déjà ?

- Oh ! Écoute Antoine ça fait trois fois que tu me demandes… Fais un effort ! s'agaça-t-elle.

- Oui bah excuse-moi ! T'as vu le nombre de persos aussi ? Moi ça me perd ! se justifia-t-il

- Eh bah voilà ! lâcha-t-elle en haussant le ton.

- Quoi ?

- T'as parlé trop fort donc on a loupé le moment clé pour comprendre la fin… expliqua-t-elle dans un soupir.

- Ohlala… souffla-t-il en levant les yeux au ciel. Toute façon j'avais déjà pas compris le début… marmonna-t-il tout bas.

- Quoi ?

- Rien ! »

Décidément, le commissaire n'avait vraiment pas l'air intéressé par le film que Candice voulait regarder à tout prix. Il l'observait en silence sans qu'elle ne s'en aperçoive, bien trop absorbée par son écran de télévision.

"Eh !

- Quoi ?

- On se ferait pas une petite glace… ? proposa-t-il les yeux rieurs avant de l'embrasser.

- Quoi ?! Là, maintenant ? s'étonna-t-elle. Mais on est à peine à la moitié du film !

Antoine éclata de rire.

- Mais noooon ! À la pistache….

- Ah ! Bah…

- Enfin… la coupa-t-il en l'embrassant. À moins que… tenta-t-il en glissant ses mains sous son peignoir avant de l'embrasser à nouveau.

- Huum…

- Toute façon … j'ai rien compris… lâcha-t-il entre deux baisers.

- Donc on le finit pas ? demanda-t-elle en l'embrassant à son tour.

- Non… On s'en fout… rétorqua-t-il avant de continuer de plus belle.

- AAAH ! cria-t-elle d'avant d'éclater de rire lorsqu'il la fit basculer pour l'allonger sur le canapé.

- Y a plus important !

- T'as raison ! confirma-t-elle en l'embrassant. Éteins le son !

Antoine s'exécuta et mis la télévision en sourdine avant de poser la télécommande sur la table basse. Candice le pressa, impatiente qu'il lui donne ses lèvres à nouveau. Dans la pénombre du salon, les deux amants s'attelaient à exprimer leur passion, ponctuée de soupirs de satisfactions et d'éclats de rire. La commandante s'attaqua désormais à la chemise de son compagnon et défit ses boutons avec adresse lorsqu'ils entendirent du bruit depuis l'entrée. La tête plongée dans le cou de sa compagne, Antoine se releva en s'aidant de ses bras et la fixa, soudainement paniqué.

"Salut ! lâcha Emma en entrant dans le salon. Ah ! On dérange peut-être ?

- Pas du tout ! répliqua Candice gênée.

- On… On regardait un film ! expliqua Antoine en se rasseyant.

- Avec la télé en sourdine ? répliqua Sacha, le sourire aux lèvres.

- Vous êtes déjà rentrés ? demanda la commandante en observant discrètement Antoine qui tentait de refermer ses boutons de chemise.

- Ouais… C'est parti en vrille donc on voulait pas prendre de risque avec le bébé… répondit Sacha.

- Comment ça ? s'étonna Candice.

- Bah on attendait le concert sur la place et y a un groupe de féministes qu'est monté sur scène. Ça a commencé à gueuler, limite à se frapper dessus.

- Ouais… manifestation illégale quoi ! Au bout d'un moment faut pas s'étonner si y a de la casse hein ! râla Sacha.

- C'est bizarre qu'on nous ait pas appelé… constata Antoine en se levant. Les flics sont intervenus ?

- Ouais…

- Putain ! 5 appels manqués. Merde ! s'exclama-t-il paniqué.

- Bah rappelle ! rétorqua Candice avec autorité.

- Ouais… marmonna-t-il en approchant son portable de son oreille.

- C'est ça de mettre tout en silencieux aussi… lâcha la jeune brune en riant doucement avant de disparaitre à l'étage. »

Candice la fixa et ignora sa remarque, gênée par la situation dans laquelle ils s'étaient mis tous les deux. Ses yeux changèrent de trajectoire et vinrent se poser sur son compagnon visiblement en entretien téléphonique avec l'un de ses collègues. Les sourcils froncés, il se contentait de répondre évasivement tout en jetant quelques regards vers la commandante, toujours assise dans le canapé. Antoine finit par remercier son interlocuteur et raccrocha son téléphone avant de s'approcher du salon.

« Alors ? demanda-t-elle intriguée.

- Faut que j'y aille ! Y a eu quelques débordements donc je préfère aller voir quand même… On sait jamais ! expliqua-t-il en enfilant sa veste.

- Ah bon ? Mais s'ils t'appellent c'est que c'est grave, non ?

- A priori non… Mais ils veulent que je passe quand même au cas où !

- Ok… lâcha-t-elle perplexe en l'observant mettre son manteau. Tu veux que je vienne avec toi ?

- Non t'inquiète pas. Repose toi ! On se voit demain, ok ? annonça-t-il doucement avant de l'embrasser.

- Ok… accepta-t-elle en répondant à son baiser. Tu me tiens au courant ?

- Oui ! »

. . . . .

Le commissaire débarqua sur la grande place rendue déserte par les barrières qui avaient été imposées tout autour. Seules les ombres des gyrophares de police se balançaient sur les parois des immeubles alentour. Il se fraya un chemin parmi les curieux situés en retrait, et s'approcha des agents de police regroupés autour d'un drap blanc.

« Ah commissaire ! On voulait prévenir le commandant mais… on a préféré attendre de voir avec vous.

- Vous avez bien fait ! On va gérer ça entre nous pour l'instant. Ok ?! … Bon, alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Les gens attendaient le début du concert mais y a une association féministe « DDF » qu'a rompu les barrières de sécurité et elles sont montées sur scène.

- Manif illégale à mon avis… Elles dénonçaient les femmes battues et critiquaient le patriarcat en hurlant dans les micros.

- Elles étaient combien ?

- Une quinzaine… Mais c'était préparé… elles avaient des cartons et tee-shirts avec des slogan… Tenez… précisa l'agent de police en tendant un tee-shirt au commissaire.

- « Les hommes sont meurtriers… Les laissez se faire frapper, c'est frapper à son tour » Ah oui quand même…

- Ouais… Donc ça a commencé à bouger du côté de la foule.

- Bouger comment ? demanda-t-il pour avoir plus de précisions.

- Bah y en a qui soutenaient et d'autres non, donc forcément, ça a commencé à se gueuler et à se taper dessus… et… voilà quoi ! conclut-il en montrant du doigt le drap blanc sur le sol.

Antoine se baissa et ouvrit le drap pour observer le visage de la jeune femme.

- À part qu'elle est rousse… on n'a pas pu l'identifier vu l'état de son visage…

- Et personne n'a rien vu ? s'étonna-t-il.

- Bah il faisait sombre, puis tout le monde hurlait, se bousculait…

- OK. Bon, j'appelle la PTS. Et vous m'évacuez les derniers curieux là. C'est pas un spectacle non plus, demanda-t-il avec autorité.

- Ok !

- Et eux ? demanda-t-il en pointant du doigt un groupe réuni sous le kiosque.

- Nos témoins principaux. Mais ils sont un peu secoués…

- Bien. Vous me les convoquer demain à la BSU, et vous vous assurez qu'ils soient pris en charge par une cellule psychologique en attendant. Merci ! »

Concentrée dans sa lecture, la commandante fut dérangée par la sonnerie de son portable. Elle posa vivement son livre sur sa couette et attrapa son téléphone des mains pour lire le message de son compagnon : « C'est bon. Calme revenu… Tout va bien ! ». Souriante, la blonde tapota sur son clavier quelques mots « Ok ! Bonne nuit…Tu me manques déjà…» et attendit la réponse de son commissaire. Quelques minutes plus tard, l'écran de son téléphone s'illumina à nouveau, laissant apparaître sa réponse : « Toi aussi… À demain. ». Candice sourit à nouveau, certes frustrée de ne pas s'endormir dans ses bras ce soir, mais heureuse de savoir qu'elle le retrouverait dès le lendemain.