Candice tambourina à la porte et sans prendre de pincettes, annonça la mort de sa femme. Visiblement affecté par cette annonce, elle profita de sa déstabilisation pour ouvertement l'accuser de violences conjugales.

« Mais vous êtes pas bien hein !? Jamais j'aurais fait ça !

- Pourtant on a retrouvé des traces sur son corps…

- Oui mais c'est un traumatisme de son enfance ça ! Son père les battait, elle et sa mère. On a pas tous eu la chance d'avoir une enfance heureuse ! Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise !? lâcha-t-il avec arrogance.

Candice intériorisa sa colère pour ne pas vriller.

- On peut les trouver où ses parents ?

- À Mèze ! Au cimetière ! Je recommande, on peut même y louer des voiturettes.

- Je rêve ou il est en train de se foutre de ma gueule là ? demanda-t-elle au capitaine.

-Ils sont morts d'un accident de voiture y a quatre ans ! rajouta-t-il.

- Et vous ? Vous étiez où hier soir ?

- Je mangeais chez ma sœur. Mélanie avait un concert.

- Elle y allait seule ?

- Oui ! Personne voulait l'accompagner.

- Et vous êtes pas allé avec elle ?

- Bah non… Le rock c'est pas mon truc !

- D'accord… Mehdi, tu l'embarques.

- Hein ? demanda-t-il paniqué avant de tirer Candice dans le couloir. On a rien pour l'embarquer, Candice !

- Il a raison… ajouta Val.

- Rappelez-moi qui est chef de groupe ? Bien ! Alors on l'embarque. »

De retour à la BSU, Candice demanda à son équipe de placer le suspect en salle d'interrogatoire en attendant qu'elle vienne le cuisiner. La commandante grimpa à l'étage et se dirigea vers la salle de repos pour se faire un thé. Très vite, elle fut rejointe par son compagnon qui pénétra dans la pièce d'un pas déterminé.

« Tu m'expliques ?

- Quoi ? Il s'est foutu de ma gueule, il est arrogant et son alibi est bancal. Donc je l'ai ramené ici.

- Je te préviens ! Si on n'a rien de probant à l'issue de l'interrogatoire, on le relâche.

- Bah oui ! Je connais mon métier hein…

- Bon Candice… Tu vas me faire la gueule encore longtemps ? demanda-t-il en s'approchant doucement d'elle. J'aurais pas dû te mentir. Voilà ! T'es contente ?!

- On en parlera tout à l'heure. Je dois l'interroger là.

- Candice… »

La commandante entra dans la salle d'interrogatoire et posa ses questions avec véhémence, manifestant son énervement envers cet homme qu'elle accusait de tous les maux. Pourtant, il campait sur ses positions, affirmant ne pas frapper sa femme et avoir passé la soirée avec sa sœur. Mehdi vint interrompre l'interrogatoire venant rapporter la confirmation de la sœur du suspect. Énervée de ne rien trouver, elle décida d'outrepasser la préconisation qu'Antoine lui avait faite plus tôt, et donc de le placer en garde-à-vue. Elle se résigna finalement à rejoindre l'association « Droit Des Femmes » avec son équipe.

Une heure plus tard, Antoine fut perturbé par des éclats de voix en provenance du couloir. Il lâcha son stylo en fronçant les sourcils et sortit vivement de son bureau.

« Qu'est-ce qui se passe ici ? demanda-t-il à un OPJ.

- AH ! Commissaire !

- Maître Maurel, qu'est-ce que vous faites là ?

- Mon client doit être relâché.

- Votre client ?

- Jérôme Vauthier.

- Ah ! Oui ! Euh… C'est moi j'ai… Fin j'ai demandé au commandant Renoir de le maintenir en garde-à-vue en attendant qu'ils vérifient d'autres informations.

- Lesquelles ?

- C'est confidentiel.

- Mais vous n'avez rien contre lui. Rien qui justifie de maintenir la garde-à-vue.

Antoine reçut un e-mail sur son téléphone et le consulta.

- De toute façon je viens d'avoir de nouvelles informations. On va pouvoir le relâcher. Mentit-il. »

. . . . .

Du côté de l'association, l'équipe discutait avec plusieurs de ses membres. D'après elles, Mélanie était une nouvelle recrue. Elle parlait peu d'elle, mais plusieurs vinrent confirmer qu'elle venait d'arriver dans la région et qu'elle s'était montrée convaincante pour intégrer l'association, motivée par la défense des droits des femmes. Concernant la soirée, c'est le même discours qui revenait. Mélanie était montée sur scène avec les autres et est soudainement descendue, l'air paniqué.

Candice et son équipe les remercièrent et rentrèrent à la BSU pour un debrief.

« Bon ! On a pas grand-chose…

- Quand même… lâcha Candice. On sait qu'elle venait d'arriver dans la région avec son mari… Et qu'elle lui a menti.

- Comment ça ?

- Elle lui a dit qu'elle allait assister au concert ! Et non pas qu'elle allait manifester là-bas. Donc ça confirme bien ce que je pense. Si elle voulait que ça reste secret… C'est pas pour rien.

- Et pourquoi elle serait subitement descendue de la scène ?

- Ça c'est une bonne question ! Voyez avec les photos et vidéos qu'on a récupérées des téléphones des témoins. On sait jamais, si on peut récupérer un truc.

- Ok boss !

- En attendant, je vais retourner voir le mari, lui demander pourquoi est-ce qu'ils sont venus s'installer ici. »

Candice sortit de l'openspace et se dirigea vers la droite. À peine avait-elle passé devant le bureau du commissaire qu'il l'interpella. La blonde tourna les talons et le rejoignit dans son bureau.

« Alors ? Ça avance ? demanda-t-il innocemment.

- Mélanie avait bien intégré l'association récemment… ils viennent d'emménager dans la région avec son mari donc j'allais lui demander pourquoi.

- Ok… Sauf que je l'ai relâché.

- Quoi !? s'indigna-t-elle.

- On avait rien contre lui et son avocate est venue faire un esclandre dans le couloir.

- Et donc toi, tu t'es pliée à elle !? Je te dis que je sens un truc pas net mais tu préfères l'écouter elle ?!

- Mais non ! C'est juste que légalement on pouvait pas le garder. Rien ne justifiait sa garde-à-vue, et j'avais pas envie de récupérer la proc sur le dos !

- Donc frapper sa femme ne vaut pas une garde-à-vue ?

- Mais on a aucune preuve de ça, Candice ! On peut pas rester focalisés sur cette piste sans explorer les autres, s'agaça-t-il.

- Mais c'est la plus évidente, Antoine ! Bon sang !

- Tu dis ça sans aucune objectivité...

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

Antoine s'approcha doucement d'elle.

- Écoute, je sais que c'est pas facile à cause de ton père mais tu mélanges tout là…

- Qu'est-ce que mon père a à voir là-dedans ? Je le sens pas, c'est tout.

- Ah ouais !? T'es sûre que t'es pas en train de nous faire un transfert là ?

- Non… rétorqua-t-elle en baissant la tête.

- Est-ce que… t'as déjà pensé à aller voir un psy pour… ça ?

- Un psy ? répéta-t-elle en levant la tête, visiblement vexée par ses paroles. Un psy… répéta-t-elle à nouveau en quittant le bureau d'Antoine. »

Blessée et remuée par cette journée, Candice récupéra ses affaires dans son bureau et décida de rentrer chez elle. Elle salua Sacha et Emma qui se chamaillaient dans le salon avant de se rendre dans sa chambre. Elle changea de tenue, enfila son peignoir et récupéra un gros livre rectangulaire qui siégeait sur la commode au-dessus de son lit. Elle caressa la première de couverture et s'installa en tailleur sur son lit. Après mûre réflexion, elle se décida à l'ouvrir.