Ses yeux parcouraient les pages de cet album rempli de souvenirs, de moments de vie immortalisés pour se rappeler ô combien le bonheur avait réussi à bercer son existence. Ses doigts glissaient de pages en pages, prenant parfois le temps de s'arrêter sur un ou deux clichés. La commandante tourna la page, ses yeux se posèrent sur une photo et instinctivement elle perdit son sourire. Fixant machinalement une photo qui trônait au centre de la page de gauche de l'album, ses yeux s'embuèrent. Elle l'attrapa et s'observa du haut de ses 12 ans, assise sur les genoux de son père, sa sœur à ses côtés. Ses yeux se fermèrent et les évènements resurgirent soudainement. Cela avait été une soirée placée sous le signe du bonheur mais qui, comme beaucoup de fois, s'était terminée dans les pleurs. Là était le problème. Tous ces moments de bonheurs étaient bien souvent ternis par les coups et les cris qui résonnaient dans cette maison. Oui, Candice aimait son père. Parce qu'il ne l'avait jamais frappé, mais il la frappait elle. Et c'était pour elle qu'elle avait pris cette décision…

La commandante laissa glisser les larmes sur ses joues, ne pouvant résister à l'émotion. Elle s'apprêtait à reposer la photo lorsqu'elle entendit toquer à sa chambre et la porte coulisser dans la foulée.

« Euh… Je… les enfants m'ont laissé entrer… commença-t-il en entrant dans la chambre, quelque peu hésitant.

Ça va ? demanda-t-il en voyant ses yeux rougis par les larmes. Candice acquiesça faussement, toujours murée dans le silence. Antoine fit quelques pas afin de s'approcher du lit.

- En fait, je voulais m'excuser pour tout à l'heure… J'ai été con fin… J'aurais pas dû dire ça….

- Non c'est moi… finit-elle par répondre tout bas. J'ai fait n'importe quoi…

- Je peux ? demanda-t-il en pointant du doigt le lit. »

Candice acquiesça et récupéra les photos éparpillées sur le côté gauche du lit pour lui faire de la place. Antoine l'observait, ressentant toute sa vulnérabilité face à l'évocation de ces souvenirs à la fois joyeux et douloureux. La blonde n'osait le regarder. Elle se contentait de fixer l'album posé devant elle et profitait des douces caresses que son compagnon lui prodiguait dans le dos. Pourtant, elle ressentait à ce moment précis ce besoin indescriptible d'être dans ses bras. Sa carapace se fissurait peu à peu et Candice finit par craquer. Elle tourna la tête vers celle de son partenaire qui ne pouvait que constater son désarroi. Il caressa sa joue humidifiée par les larmes avant de la voir venir se lover dans ses bras. Le commissaire l'enserra, laissant le silence s'installer dans la chambre.

« C'est de ma faute s'il est mort… murmura-t-elle tout bas en ravalant ses larmes.

- Dis pas n'importe quoi…

- Si… Si j'étais pas allée le dénoncer il aurait encore été là, avec nous…

- Mais il a fait son choix Candice… S'il a décidé de partir c'est pas pour rien. T'as fait ce qui te semblait le plus juste… pour toi, pour ta mère, pour Belinda aussi.

- Mais on était heureux… et après ça…

- Arrête… Tu peux pas penser comme ça éternellement… Alors oui, vous avez beaucoup souffert après son départ mais en même temps… est-ce que c'est pas grâce à ce drame que vous avez réussi à trouver le bonheur ?

- Comment ça ? demanda-t-elle intriguée.

- Ces photos là… commença-t-il en s'emparant de l'album pour le feuilleter devant eux. C'est la preuve que grâce à toi, vous avez enfin pu être heureuse. Mais ça n'empêche pas non plus de garder les bons moments que vous avez passés avec lui, expliqua-t-il en l'embrassant sur la tempe.

- C'est vrai… acquiesça-t-elle en s'emparant d'une photo d'elle avec Laurent et les enfants.

Antoine éclata de rire.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle surprise.

- C'est quoi ça ? s'interrogea-t-il en montrant une photo.

Candice éclata de rire à son tour.

- C'était à Singapour… On avait emmené les enfants à la plage avec Laurent, et ils se sont tous mis d'accord pour me jeter à l'eau…

- Eh bah ça t'a réussi ! Tes cheveux… On dirait que t'as un poulpe sur la tête là ! constata-t-il en riant.

- T'es con ! lâcha-t-elle dans un rire avant de continuer de tourner les pages de l'album. En fait t'as raison… sans ça j'aurais peut-être jamais réussi à la construire cette famille…

- Oui et puis, regarde là ! Et là ! s'exclama-t-il en tournant les dernières pages vides de l'album.

- Quoi ? demanda-t-elle sans comprendre.

- Il te reste encore plein de places pour en rajouter des souvenirs… Emma, le bébé…

- Nous, aussi… rajouta-t-elle en se réinstallant confortablement dans ses bras.

- C'est vrai que cet album ne peut pas être parfait tant que je ne suis pas dessus… ! ironisa-t-il en embrassant sa joue.

- Pffff… souffla-t-elle en souriant.

- Tu… Il fut coupé par l'intrusion d'Emma dans la chambre.

- C'est juste pour savoir si Antoine reste manger. Demanda la brunette. On est en train de préparer le repas…

- Oui pourquoi pas !?

- Oh vous regardez les photos ? Candice acquiesça en rangeant une photo dans son compartiment. Je peux ? demanda-t-elle en s'approchant du lit.

- Évidemment ! confirma sa mère avant de l'observer venir s'installer à leurs côtés.

- Alors ? Vous restez manger ? demanda Sacha qui venait lui aussi de faire intrusion dans la pièce. Mais vous faites quoi ? s'interrogea-t-il en les observant tous les trois assis sur le lit avant qu'ils n'explosent de rire face à sa mine décomposée »

. . . . .

7h00. Candice ouvrit légèrement les yeux, dérangée par la lumière qui émanait de l'extérieur de sa chambre. Instinctivement elle se retourna afin de trouver les bras de son compagnon mais se heurta au vide. La commandante grogna de mécontentement en sentant le froid à ses côtés et parvint finalement à se lever légèrement groggy par le sommeil.

« Bonjour ma chérie ! lâcha-t-elle en baillant.

- Salut maman. Ouh là ! Bien dormi ?

- Hum ! acquiesça-t-elle en s'approchant de la table où Emma petit-déjeunait. C'est pour moi tout ça ? demanda-t-elle en observant une tasse posée à côté d'un croissant et d'une grappe de raisin.

- Ouais… J'crois qu'Antoine est passé par là… Il a laissé un sachet avec des croissants.

- Huuuum… lâcha-t-elle en souriant après s'être emparée d'un petit papier « Pour me faire pardonner de mon absence… ».

- C'est mignon… murmura-t-elle avant d'avaler un grain de raisin.

- Bah c'est Antoine quoi…

- Oui…

- Tu sais que… pendant que t'étais à l'hôpital, il arrêtait pas de demander des conseils pâtisseries à Jules ?

- Ah bon ? s'étonna-t-elle touchée par cet aveu. Mais tu me l'as jamais dit ça !

- Bah non…

- C'est pour ça qu'il me ramenait toujours plein de gâteaux… réfléchit-elle le sourire aux lèvres.

- Ouais… confirma-t-elle en souriant. Avec Sacha on le trouvait complètement taré… Candice rigola doucement.

- En vrai, j'me demande ce que t'as fait pendant 10 ans ? T'avais le mec parfait à tes côtés mais non… t'as cherché la complication.

- Oui bah c'était pas si simple… et puis l'important c'est ce qu'on vit maintenant…

- Ouais 'fin quand même ! Tu t'es mariée avec un homme alors que t'en aimais un autre… J'sais pas comment t'as fait sérieux…

- Non mais… Candice stoppa sa réflexion brusquement et releva la tête. Mais c'est ça !

- De quoi ? demanda Emma perplexe.

- Elle était mariée avec un homme, mais ils s'aimaient pas…

- Mais de qui tu parles ?

- Mais de mon enquête ! expliqua-t-elle en croquant dans son croissant. Merci ma chérie !

- Euh j'ai pas fait grand-chose mais ok… »

Une heure plus tard, Candice débarqua à la BSU convaincue par sa nouvelle théorie.