Elle s'empressa d'aller en toucher deux mots à son partenaire assis à son bureau. Elle toqua, entra dans la foulée, et le vit sursauter.
« Putain tu m'as fait peur ! T'es déjà là ? demanda-t-il étonné en se levant de sa chaise.
- Oui… j'ai pensé à un truc là… pour l'enquête.
- Oui ?
- Bah ils étaient mariés depuis huit ans mais… pas sûre qu'ils s'aimaient encore.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Ils partageaient plus rien ensemble ! Et puis même, la façon dont il a réagit… je sais pas… j'ai senti un truc pas net.
- Comment ça ?
- Bah regarde nous. Quand j'ai envie de faire quelque chose que t'aimes pas forcément, tu le fais quand même non ?
- Oui parce que j'ai pas le choix… Après tu fais la gueule sinon… précisa-t-il d'un ton boudeur.
- Oui donc tu le fais parce que tu veux me faire plaisir. Ah d'ailleurs ! s'interrompit-elle dans la réflexion. Merci pour le petit-déjeuner ! lâcha-t-elle en l'embrassant furtivement. Et donc ! Elle lui a dit qu'elle allait seule à son concert ce soir-là et juste parce qu'il n'aime pas le rock, il n'y est pas allé. Il est allé dîner seul, chez sa sœur. C'est très bizarre comme vision du couple ça… surtout après huit ans.
- Bah peut-être qu'elle a insisté pour y aller sans lui…
- Hum… J'en sais rien… finit-elle par lâcher en s'adossant au bureau à côté de son compagnon.
- Qu'est-ce que tu veux faire ?
Candice haussa les épaules.
- Y a un truc qui m'échappe et je déteste ça !
- En attendant, essayez de voir ce que donnent les photos/vidéos, peut-être qu'on aura un visu sur la personne qu'est venue voir Mélanie ce soir-là. Et on essaiera aussi de comprendre pourquoi ils sont arrivés récemment.
- Tu pourrais regarder ce qu'on a sur elle avant son arrivée ? J'suis sûre que ça cache quelque chose.
- Ok… Je vais regarder…
- Merci ! le remercia-t-elle en l'embrassant tendrement avant de se diriger vers la sortie. Ah oui ! commença-t-elle en faisant demi-tour vers le bureau pour se planter devant lui. J'aime bien les croissants mais je préfère quand t'es là quand même… annonça-t-elle tout bas en le saisissant par la taille.
- Toi aussi tu m'as manqué… répliqua-t-il en rigolant doucement avant de l'embrasser. »
De retour dans l'openspace, la commandante s'installa à son bureau et demanda à ses collègues les résultats de leurs observations nocturnes.
« C'est hyper compliqué à éplucher… commença Val.
- Bah ouais y a des heures entières de vidéos et je parle pas des photos…
- Surtout qu'au final on sait même pas ce qu'on cherche… rajouta Marquez.
- Je vais venir vous donner un coup de main. Mehdi ?! Tu peux me convoquer le mari s'il-te-plaît ? Rapidement si possible.
- Yes ! Je fais ça !
- Croissant ? demanda Ismaël en s'approchant de sa patronne.
- Oh ! Merci mais… non merci… J'y ai déjà eu le droit au petit-déjeuner… expliqua-t-elle avec une légère pointe de déception.
- Eh bah ! On ne se refuse rien à ce que je vois… ironisa Val.
- Eh ! J'y suis pour rien… Cadeau du commissaire…. Précisa Candice avant de s'installer à son bureau sous les rires de ses collègues.
- Roooh mais Marquez ! s'agaça Val.
- Bah quoi ? demanda-t-il la bouche pleine.
- Bah tu veux pas fermer ta bouche non ? T'en fous partout en plus !»
La commandante s'installa sur sa chaise et récupéra quelques fichiers photos et vidéos non traités pour aider ses collègues. Elle y passa deux bonnes heures avant de pouvoir interroger le mari de la victime à nouveau. Changement de tactique pour la blonde, il fallait impérativement se radoucir et temporiser la discussion s'ils voulaient en ressortir avec des informations. Candice s'assit en salle d'interrogatoire à côté de son brigadier-chef sous la supervision distancée de Marquez, resté dans la salle de contrôle.
« Monsieur Vauthier bonjour. Débuta Candice sur un ton doux. Merci d'avoir répondu présent à notre convocation. C'était important qu'on s'entretienne avec vous pour éclaircir quelques points d'ombres…
- De rien. Allez-y je vous écoute.
- On a appris que vous veniez d'emménager dans la région mais… je vous avoue qu'on a du mal à comprendre la raison.
Jérôme baissa la tête.
- Disons que y a pas vraiment de raison particulière… On avait envie de bouger, de changer d'environnement.
- Alors pourquoi ici ? demanda le brigadier.
- Je… J'en sais rien… Ma sœur était pas loin… Mélanie avait grandi ici, ses parents sont enterrés à Mèze…
- J'ai l'impression que ça n'allait pas très fort entre vous… j'me trompe ?
- Disons qu'on espérait que ça change quelque chose justement…
- C'est-à-dire ?
- Bon, ok, notre couple allait pas très fort. On se disputait tout le temps, on partageait plus rien et… on s'est dit que recommencer une nouvelle vie ailleurs ça pouvait être l'occasion de repartir sur des bases meilleures.
- Donc vous avez tout quitté ?
- Ouais… Fin' après on avait pas grand-chose. Mélanie était au chômage, elle avait plus de famille, juste quelques amis…
- Donc elle connaissait personne ici ?
- Pas vraiment, non… Ça faisait plus de 20 ans qu'elle y avait pas mis les pieds.
- Pourtant, ce soir-là, elle avait reconnu quelqu'un dans la foule. Pour l'instant, on ne peut pas l'identifier mais… vous auriez pas une idée de qui cela pourrait être ?
- Euh non fin, j'en sais rien…
- Vous étiez au courant qu'elle venait d'intégrer une association pour le droit des femmes ?
- Non ?! C'est l'association qu'a manifesté ce soir-là ? C'est ça ? Elle était avec elles ?
- Oui… confirma Mehdi.
- Elle m'avait rien dit mais ça m'étonne pas… Son père était violent avec sa mère, au début il était adorable avec Mélanie. Il la considérait vraiment comme sa princesse puis… ses pulsions ont repris le dessus. Il s'est mis à la frapper elle aussi… C'était un vrai traumatisme pour elle, quand ses parents ont eu cet accident, c'est terrible mais elle était tellement soulagée.
- La souffrance a fait taire la souffrance… murmura Candice le regard vide en fixant la table.
- Hein ?
- Excusez-moi… lâcha-t-elle d'une voix fébrile avant de sortir précipitamment de la salle d'interrogatoire sous le regard dépourvu de Marquez. »
Mehdi reprit les rênes afin de clore l'entretien. Il fit renvoyer le mari chez lui en le remerciant pour ces informations et retourna dans l'openspace pour en parler avec ses collègues. Évidemment, Candice se trouva au centre de l'attention. Marquez l'observait par la fenêtre. Il la vit debout sur les quais, scrutant le doux mouvement de l'eau remuée par l'action des bateaux de quelques touristes qui s'étaient octroyés une balade maritime en cette journée ensoleillée.
« Alors ça a donné quoi ? demanda le commissaire en pénétrant dans l'openspace.
- Il avait l'air sincère mais… disons qu'on en a su plus sur l'enfance de Mélanie et que c'était pas joyeux… précisa-t-il.
- Son père la battait, elle et sa mère, expliqua Mehdi.
- Je vois… lâcha-t-il en pensant forcément à sa compagne. Et Candice ?
- Elle est partie dehors… Elle était pas très bien.
- Ok. J'y vais. »
