Faites vos jeux !
« Donc techniquement, commença l'agent en lisant sa feuille, on est en plein centre de Marseille, proche du commissariat. On a la terrasse, les trois chambres, la cuisine ouverte sur le salon, les deux salles de bain et le bureau… on devrait cocher toutes les cases non ?
- Ah oui ! franchement, moi je le trouve pas mal. Y a tout ce qu'on recherche dedans… affirma le commissaire en souriant. Non ?
- Hum… Bof… je préférais le premier qu'on a visité moi…
- Le premier ? Non mais c'est une blague ?
- Bah quoi ?
- Ce matin t'as dit qu'il était pas assez lumineux et que tu voulais voir autre chose. Alors que c'était celui que je préférais aussi ! s'indigna-t-il contre sa compagne.
- Eh bah voilà ! Ça veut dire que maintenant on est d'accord. Donc on peut revenir sur le premier et faire une offre. Affirma-t-elle avec un large sourire scotché sur le visage.
- Oui… Enfin… Le problème… c'est que y a déjà plusieurs offres pour celui-là… Ça risque d'être compliqué… rétorqua l'agent avec hésitation.
- Eh bah voilà ! s'agaça légèrement Antoine, le ton plein de reproches.
- Quoi ? s'indigna-t-elle à son tour. C'est de ma faute maintenant ?
- Bah oui ! Si tu m'avais pas contredit tout à l'heure on en serait pas là !
- Oui bah je te signale que celui d'hier était très bien aussi, mais tout ça parce que monsieur ne voulait pas de la salle de bain…
- Y avait que des baies vitrées ! s'offusqua-t-il.
- Et alors ? C'est exactement comme dans ma chambre hein… Et ça te pose pas de problèmes pour y dormir non ?
- Oui sauf que là, c'est une salle de bain Candice… Excuse-moi de ne pas avoir envie que toute la ville nous observe pendant qu'on se douche.
- Rooooh ! pesta-t-elle. Tout de suite les grands mots… s'exclama-t-elle en levant les yeux au ciel. Bon et le deuxième de ce matin alors ? Il était pas si mal non plus.
- Avec les toilettes et la salle de bain dans la chambre ? s'offusqua-t-il à nouveau.
- Rooh ça va ! C'est bon… Je le connais ton petit oiseau.
- Candice…. La brima-t-il avec gêne face à la mine consternée de l'agent immobilier.
- Bon qu'est-ce qu'on fait du coup ? demanda l'agent désespéré.
- Bah j'en sais rien ! Voilà ! lâcha la commandante en quittant les lieux.
- Bon ! A priori ce sera pas celui-là non plus ! conclut le commissaire en suivant sa compagne.
Candice quitta l'appartement en trombe, énervée par toutes ces recherches infructueuses. Partagé entre agacement et frustration, Antoine la suivait péniblement, le visage fermé. Quelques mètres plus tard, le couple débarqua sur une petite place, toujours prostré dans le silence.
« Bon Candice ! Tu veux pas ralentir le rythme là ? demanda-t-il éreinté.
- Oui bah ça va je t'attends ! répliqua-t-elle vivement en stoppant sa course.
- Pourquoi t'es partie comme ça ? On a même pas remercié le mec de l'agence !
- Tu parles ! Ça fait déjà trois fois qu'on fait des aller-retours pour soi-disant visiter des « pépites » et voilà où on en est… s'énerva-t-elle en reprenant une marche plus tranquille.
- Toute façon on arrivera jamais à se mettre d'accord ! constata-t-il légèrement amusé. À ce compte-là chacun va prendre son propre appart et ce sera très bien comme ça.
- T'es sérieux ? répliqua-t-elle après s'être brusquement arrêtée.
- Et pourquoi pas ? plaisanta-t-il.
- Ah donc t'as plus envie de vivre avec moi ? demanda-t-elle la mine attristée.
- Mais si ! C'était pour plaisanter… la rassura-t-il en prenant sa main dans la sienne pendant qu'ils marchaient.
- De toute façon, y aura bien d'autres opportunités…
- Ouais… Enfin faut pas trop que tu tardes non plus. Tu prends ton poste dans deux mois quand même.
- Ou… au pire… comme tu seras à Sète, si on trouve pas… je pourrais faire les aller-retours tous les jours.
- Tu vas être crevée… puis t'as vu les heures qu'on fait… Non c'est pas possible Candice...
- Hum… répliqua-t-elle déçue. Ça va être long ces trois mois loin de toi… confessa-t-elle d'une moue enfantine alors qu'elle lâchait sa main pour l'enserrer par la taille.
- Je sais… Mais c'est le temps que ma mutation soit effective. Tu sais bien que Sylvie a essayé mais qu'elle a pas pu accélérer la procédure… Puis, on se verra le week-end !
- Oui… enfin si on est pas d'astreinte, si on a pas d'enquêtes, si on fait les mêmes horaires, si…
- Oh ! Oh ! Oh ! Eh…. la coupa-t-il. On en a déjà parlé pendant des heures… Tu sais bien qu'on a pas le choix…
Candice acquiesça en fixant devant elle pendant qu'ils marchaient.
- J'espère que tu choisiras bien mon remplaçant !
- Ou remplaçante ! Sois pas sexiste mon amour ! la taquina-t-il en rigolant doucement.
- Eh ! répliqua-t-elle en donnant une tape sur son torse.
Antoine éclata de rire face à la jalousie de sa compagne.
- On rentre à l'hôtel ? Le train est dans moins de deux heures.
- Ouais ! confirma-t-elle avant de se laisser embrasser sur la joue. »
. . . . .
Assis à leur place en attendant le départ du train, Candice et Antoine scrutaient les annonces immobilières sur la tablette. C'était le troisième week-end qu'ils réservaient pour la visite d'appartements et le troisième où… ils rentraient bredouilles.
« Non mais regarde… y a que deux chambres dans celui-là… c'est pas possible… déplora Candice en soufflant.
- Je sais… Y a plus qu'à attendre que l'agent nous recontacte ou qu'on trouve un truc nous-même… conclut-il en fermant la tablette.
- Huum… répliqua Candice en posant sa tête contre l'épaule de son compagnon. Je pensais pas que ce serait si compliqué…
- Puis si vraiment on s'en sort pas… on pourra toujours appeler Stéphane Plaza…
- T'es con ! affirma-t-elle dans un éclat de rire.
- Aux grands maux les grands remèdes, comme dirait ta grand-mère.
- Pfffffouuu ! souffla-t-elle en riant à nouveau.
Candice marqua un temps.
- Eh ! T'avais repris la bouteille d'eau à l'hôtel ou pas ?
- Ah non merde ! J'ai zappé…
- Tu crois que j'ai le temps d'aller en rechercher une à la boutique avant de partir ?
- Le train part dans un quart d'heure.
- Bah j'y vais alors ! déclara-t-elle en se levant avant de quitter son siège.
Antoine l'observa faire quelque pas dans l'allée avant de la voir rebrousser chemin vers lui.
- Ton sac ? demanda-t-il en souriant légèrement, le sac en main. »
En réponse, la commandante lui tira la langue et récupéra son sac pour quitter le wagon. Elle accéléra le pas et débarquant rapidement sur le quai, heurta un homme qui avançait tête baissée. Désolée, la blonde se confondit en excuses alors qu'il s'abaissait pour mettre en ordre les affaires qui venaient de tomber de ses sacs. Candice se baissa à son tour et posa son sac sur le sol pour l'aider à les rassembler.
« Je vais vous aider !
- C'est pas la peine. Répondit sèchement l'homme sans la regarder.
- Oh bah si j'insiste ! lâcha-t-elle en s'emparant de plusieurs enveloppes jonchant le sol.
- NON ! hurla-t-il. C'est bon je vous dis !
- Ok… répliqua-t-elle en se relevant, choquée de cette agressivité. Bonne journée ! déclara-t-elle sèchement en récupérant son sac avant de se diriger vers la boutique »
Une dizaine de minutes plus tard, Candice fit sa réapparition dans le wagon. La bouteille d'eau à la main, elle s'excusa auprès des gens qui stationnaient dans l'allée avant d'arriver à côté d'Antoine.
« Ah bah enfin ! J'ai cru que t'allais jamais revenir à temps !
- Oui… j'ai… j'ai été ralenti par un mec super bizarre… Tu l'as pas vu d'ailleurs ?
- Qui ça ?
- Bah le monsieur bizarre. Il était habillé tout en noir, avec une casquette et il avait plein de sacs !
- Euh non… ça me dit rien… Tu veux pas t'asseoir ? demanda-t-il en l'observant guetter les alentours à la recherche de l'homme mystère.
- Bah si ! répliqua-t-elle tout sourire. Tadam ! s'exclama-t-elle fièrement en agitant la bouteille d'eau devant ses yeux.
- Ok ! lâcha-t-il perplexe en riant doucement.
- J'ai pris des oursons en guimauves aussi… rajouta-t-elle d'une voix enfantine.
- En espérant avoir le droit d'en manger un cette fois… répliqua-t-il faussement désabusé.
- Ça dépend si t'es sage ! chuchota-t-elle sensuellement à son oreille avant d'embrasser son cou. »
Deux heures plus tard, le couple descendit en gare de Sète. Ils marchaient calmement sur le quai en direction de la sortie lorsque Candice stoppa son monologue.
« REGARDE !
- Quoi ? paniqua-t-il.
- Là-bas ! En noir. C'est le monsieur de tout à l'heure !
- Ah ! Tu m'as fait peur !
- Mais avoue qu'il est étrange !
- Bah… Oui… enfin c'est pas le premier à mettre une casquette et des lunettes de soleil alors qu'il pleut hein.
- Oui mais quand même… Il est chelou je te dis…
- Chelou ? répéta-t-il légèrement amusé.
- Oui ! Chelou, oui ! Rah merde, on l'a perdu de vue.
- Bah tant mieux ! J'aimerai bien rentrer moi….
- Ouais… On y va… marmonna-t-elle la mine renfrognée. »
