Une heure plus tard ses collègues rentrèrent de leurs investigations. Comme ils le pensaient avant de partir, les résultats n'étaient pas fructueux. C'était un joggeur qui avait trouvé le corps alors qu'il s'étirait sur un rocher et personne n'avait rien vu. Bredouilles, tous espéraient que Nathalie parviendrait à faire parler leur victime. Impatiente (et tourmentée), Candice ne put attendre davantage avant de retrouver sa collègue dans son labo.

« Coucou ! lâcha-t-elle d'une voix suraiguë.

- Ah Candice !

- Alors… T'as réussi à trouver quelque chose ?

- Rien de chez rien… Aucun ADN, aucune empreinte exploitable. Le mec est carbonisé ! Qu'est-ce que tu veux ?

- Donc y a plus qu'à attendre que quelqu'un vienne le déclarer disparu…

- Bah ouais… Parce que là, à part l'appeler Casper… J'vois pas hein !

- Hum…

- Y a autre chose ? demanda Nathalie en observant la mine perplexe de sa collègue.

- Euh non ! Pourquoi… ? mentit-elle en souriant faussement.

- C'est ça ! Prends-moi pour une blonde… Je te connais Candice !

La commandante souffla bruyamment.

- Ok…

- Bien ! Je t'écoute !

- Antoine est venu te parler de quelque chose ?

- Euh… Bah non… Pourquoi il était censé venir me parler ?

- Non mais comme t'es mon amie… Je me disais qu'il aurait pu venir te parler de quelque chose, me concernant…

Nathalie la fixa en plissant les yeux.

- Je comprends rien… Tu veux pas faire plus clair ? la pria-t-elle complètement perdue.

- Bon ok… Candice regarda derrière elle afin de s'assurer que personne n'était dans les parages. J'suis tombée sur une bague planquée dans le tiroir de la table-basse, chez lui...

- Une bague ?

- De fiançailles… précisa-t-elle en s'asseyant sur le tabouret.

- Ah… Et tu lui en as parlé ?

- Nooooon ! T'es folle ! J'ai remis l'écrin à sa place et j'ai fait comme si de rien était. Mais… Elle marqua un temps.

- Mais… ?

- Bah c'est pas la première fois que je me pose des questions… avoua-t-elle à demi-mot.

- Explique ! demanda-t-elle curieuse.

- La dernière fois on… On est allés au cinéma voir le film dont je t'avais parlé là … ''Pas un jour sans toi'' et…

- Antoine a accepté d'aller voir ça ? la coupa-t-elle en rigolant aux éclats.

- Bah oui… Bon après, c'est vrai qu'il a pas eu trop le choix… précisa-t-elle en réfléchissant.

- Tu m'étonnes…

- Donc on est allés voir le film et je sais pas en sortant il était bizarre… Il a insisté pour monter sur le kiosque là… et moi je me suis moquée en disant que le film lui avait monté à la tête parce que ça ressemblait à une demande en mariage…

- Et comment il a réagi ?

- Il a nié et… il a esquivé mais il était bizarre… Je commence à croire qu'en fait je me faisais pas des idées…

- Bah c'est vrai que vu ce que tu me racontes… la question se pose… !

- On est d'accord… répondit la blonde perplexe en tenant sa tête entre ses mains. Pourtant ça fait plusieurs fois que je lui tends des perches ! Tiens ! Encore ce matin… Mais rien…

- Il attend peut-être le bon moment puis… il a peut-être peur de ta réponse aussi… Non ?

- Hummm…

- Et… S'il te faisait sa demande… Qu'est-ce que tu répondrais ? demanda-t-elle les yeux rieurs.

- Baaaaah… Je… Je… tenta-t-elle de répondre, paniquée.

- Ah tu bégayes maintenant ?

- J'en sais rien voilà ! lâcha-t-elle vivement en se levant de son tabouret avant de se diriger vers la sortie. »

La blonde traversa le couloir, l'esprit toujours embué par cette découverte de bague quelques semaines plus tôt. Elle salua quelques OPJ sur son chemin avant de faire son retour dans l'openspace.

« Bon bah RAS… Nathalie peut pas l'identifier… déplora Candice en scrutant le tableau de verre.

- Donc on a quoi ? Un tatouage et….

- Rien ! On a Rien !

- Candice ? l'interpella le commissaire en entrant dans la pièce.

- Oui ?

- T'as pas vu mes clés de voiture par hasard ? Je les cherche partout depuis tout à l'heure et j'ai rendez-vous à Montpellier dans 1h30…

- Euh non… répondit-elle en se dirigeant vers son bureau. AH ! Si ! Dans mon sac je crois. Attends… lâcha-t-elle en retournant son sac sur le bureau.

Antoine éclata de rire en s'emparant d'un petit objet.

- Pourquoi tu ris ? demanda-t-elle étonnée.

- Tu m'as caché quelque chose ? l'interrogea-t-il amusé en lui montrant l'objet.

- Quoi ? Mais non ! Mais qu'est-ce que tu veux qu'un jeton de casino fasse dans mon sac… rétorqua-t-elle en rigolant à moitié.

- Bahhh…

Soudain Candice s'immobilisa, prise d'une révélation, elle releva la tête, bouche béante.

- Mais c'est ça !

- De quoi ?

- Le mec du train, ses sacs ! Son déguisement ! Il venait d'un casino. Un jeton a dû se glisser dans mon sac quand j'ai voulu l'aider.

Le reste de l'équipe s'était approché du bureau de Candice afin de profiter de ses explications.

- Tu penses que c'est lui qu'a gagné le jackpot à Balaruc ? demanda Mehdi.

- Bah non ! Il arrivait à Sète, de Marseille.

- Et bien vous me dressez la liste de tous les casinos des environs de Marseille et vous les contactez. À tout à l'heure ! conclut le commissaire en récupérant ses clés avant de quitter la pièce. »

L'équipe ne tarda pas à s'affairer devant leurs écrans. Tous absorbés dans leur travail, ils relevèrent la tête lorsqu'Ismaël poussa un cri triomphant.

« Je crois que j'ai un truc !

- Un jackpot ?

- Alors oui… mais… pas celui qu'on croit… annonça-t-il en tournant son écran vers le reste de l'équipe.

- Deux hommes braquent le casino de Cassis, lit Candice les sourcils froncés.

- Ça date d'il y a deux jours. Constata Marquez.

- Donc ça colle… Qui est-ce qui a récupéré l'affaire ? demanda la commandante.

- La BRI de Marseille.

- Bien… C'est le moment d'entrer en contact avec mes futurs camarades ! lâcha Candice en se dirigeant vers son bureau.

- N'empêche que c'est bizarre vous trouvez pas ? Un mec remporte le jackpot à la Balaruc pendant qu'un autre casino se fait braquer… réfléchit Ismaël devant le tableau transparent.

- C'est vrai que c'est pas commun mais… pas de conclusion hâtive. C'est peut-être simplement un concours de circonstances. Je vais leur passer un coup de fil. »

La commandante s'installa à son bureau, et s'empara de son téléphone afin de contacter le commandant en charge de l'enquête. Quelques minutes plus tard, elle raccrocha.

« Gratien me propose une visio, je vais dans le bureau d'Antoine. Annonça-t-elle

- Il t'a rien dit de particulier ?

- Non… Je vous tiens au courant ! »

Candice débarqua dans le bureau d'Antoine et s'installa à sa place. Elle déverrouilla l'ordinateur et fronça les sourcils en observant la page ouverte devant elle. Perplexe, elle mit ses lunettes sur son nez et lut à haute voix : « Réservation pour deux confirmée… ''Restaurant Le Saint Clair''… Le 26… Mais c'est dans deux jours ça… ». Elle n'eut pas le temps de pousser sa réflexion qu'un onglet apparut au centre de l'écran, signalant l'appel entrant du commandant de la BRI marseillaise.

« Rebonjour ! s'exclama-t-il. Voilà qui est mieux. Donc vous êtes de Sète, c'est ça ?

- Oui c'est ça. Commandant Renoir de la BSU de Sète.

- Attendez, mais c'est vous qui devez bientôt rejoindre la PJ non ?

- C'est exact. Je prends mes fonctions dans deux mois précisément.

- Très bien ! Et bien enchanté ! Je pense qu'on sera amené à travailler ensemble…

- De même ! Même si j'aurais préféré une rencontre dans d'autres circonstances…

- Évidemment. Donc… vous vouliez des infos sur le braquage du casino de Cassis ?

- C'est ça… On a retrouvé un corps ce matin, et y a de fortes chances pour qu'il ait fait partie de votre braquage. Problème : on ne peut pas l'identifier. On a juste un tatouage à la cheville…

- Ok… Bon, nous on a pas pu identifier non plus nos braqueurs. Y avait une voiture qui attendait à l'extérieur, pendant que 3 hommes se chargeaient de l'intérieur… C'est un peu complexe comme situation…

- Est-ce que vous pourriez nous transmettre les images des caméras de surveillance du casino et les éléments d'enquête dont vous disposez ? On sait jamais si…

- Sincèrement… je pense que ce serait plus simple si vous veniez directement sur place. Enfin, ce serait plus efficace et vous pourriez aller directement à Cassis.

- C'est vrai…

- Nous on pourra vous accueillir.

- Très bien ! On tarde pas. Je préviens mon équipe et on devrait être là en début d'après-midi. »

La commandante raccrocha et s'apprêtait à sortir lorsqu'elle se retrouva nez à nez avec son commissaire.

« Qu'est-ce que tu fais là ? s'étonna-t-il en la voyant dans son bureau.

- Ah ! J'avais besoin de ton ordinateur pour appeler la BRI de Marseille. On a une piste avec le casino de Cassis, y a eu un braquage y a deux jours.

- T'aurais pu me prévenir non ?

- De ?

- Bah pour mon ordinateur… C'est perso… marmonna-t-il en espérant intérieurement que sa surprise ne tombe pas à l'eau.

- Ça va j'ai pas fouillé non plus… Puis t'as rien à me cacher, si ? demanda-t-elle malicieusement.

- Euh… Bah non ! Bon et du coup ? éluda-t-il.

- Bah du coup on va à Marseille ! Ils nous attendent.

- Ah carrément ?

- Bah oui, c'est plus simple. Vu l'heure on y sera vers 14h. On fait un briefe avec eux, on descend au casino, on récupère tout ce dont on a besoin et voilà.

- Ok ! Bah allez-y alors. Tu me tiens au courant surtout.

- Évidemment. À tout à l'heure. »