Le lendemain matin, Marquez et Ismaël qui avaient fait des recherches sur leur victime déballèrent leurs trouvailles au reste de l'équipe.
« Il s'agit donc d'Enrique Gomez. Il a la double nationalité, française et espagnole. Il s'est installé sur Sète y a pas longtemps.
- D'après nos infos, y a un peu près huit mois.
- Ça colle avec ce que nous a dit la secrétaire du casino. Ça faisait six mois qu'il bossait là-bas.
- Ça a l'air d'être son premier job en France en tout cas. Il a pas de famille ici, mais on a prévenu sa famille espagnole.
- Ok ! Très bien, acquiesça la commandante. Et vous avez son adresse ?
- Oui ! s'exclama jovialement le capitaine. Il habite rue du Clair Matin.
- Parfait ! On y va ! déclara-t-elle en s'empressant de passer son manteau sur ses épaules. »
Une dizaine de minutes plus tard, ils débarquèrent devant le domicile de leur victime. Dans l'impossibilité d'entrer, ils forcèrent la porte et pénètrent dans un duplex. Candice déambula dans les pièces, surprise par la neutralité de l'endroit. Aucune décoration, aucune photo, aucun bibelot ne venait animer l'appartement. La commandante grimpa à l'étage et débarqua dans la chambre du croupier avant de se faire interpeller par sa lieutenante.
« Bon on a pas le téléphone mais on a une tablette ici et un ordi. Je les récupère et je les ramène à la BSU… On sait jamais !
- Ok Val ! Très bien.
- T'as trouvé un truc toi en haut ?
- Rien… C'est hyper propre hein… Y a pas un truc qui traîne. Y a quasi plus rien dans l'armoire.
- Comme si…
- Il comptait partir… termina Candice.
- En même temps, ça confirme ta théorie. S'il avait envie de leur mettre à l'envers, vu l'argent qu'il avait encaissé… Il avait l'intention de se barrer !
- Oui… D'ailleurs… On a pas retrouvé le moindre billet ou le moindre jeton de casino.
- Et on a pas non plus les sacs… même vides.
- Donc quoi ? demanda Mehdi. Tu penses qu'il l'avait déjà utilisé ?
- Non… Je pense plutôt que les propriétaires des sacs sont venus récupérer ce qui leur appartenait.
- Sauf qu'on a aucune idée de qui cela pourrait être…
- On verra bien si ses appareils électroniques sont un peu plus bavards. En attendant, retour au bureau ! »
De retour à l'hôtel de police, Val et Ismaël s'attelèrent à cracker le code de la tablette et de l'ordinateur d'Enrique. En attendant, Marquez tentait une géolocalisation du portable de la victime, épaulé par Candice qui scrutait son écran d'ordinateur avec espoir.
« Rien ! Les mecs sont pas si cons… Ils l'ont éteint ou ils l'ont explosés…
- Putain ! maugréa-t-elle.
- Ah vous êtes là ! déclara le commissaire en s'immisçant dans le bureau. Candice, on peut se parler ? demanda-t-il sérieusement.
- Euh oui ! lâcha-t-elle perplexe en le suivant jusqu'à son bureau. Qu'est-ce qui se passe ?
- J'ai eu le substitut du procureur au téléphone. Il veut absolument faire une cosaisine avec la BRI de Marseille.
- Pourquoi ? s'étonna Candice.
- Parce que les deux affaires sont liées et qu'il pense que c'est plus simple comme ça…
- Ok ! et donc ?
- Je les ai appelés et Gratien et son équipe sont en route. Ils seront là d'ici une heure et demie.
- Ah bah super ! s'exclama-t-elle avec engouement. Au moins on sait à qui on a à faire… Ça évitera de nombreux problèmes.
- Ouais… Puis comme ça tu reverras tes futurs collègues ! déclara-t-il faussement emballé.
- C'est vrai ! acquiesça-t-elle en souriant. D'ailleurs, à ce propos, commença-t-elle en s'approchant de lui, ce serait bien qu'on ne leur dise pas pour nous deux.
- Pourquoi ? T'as honte de moi ? lâcha-t-il dans un rire jaune.
- Mais non… le rassura-t-elle en enlaçant sa taille. C'est juste que comme tu dois me rejoindre à Marseille après, bah… j'ai pas trop envie qu'ils le sachent tout de suite. Tu sais bien que les rumeurs vont vite…
- Des rumeurs de quoi ? s'étonna-t-il du discours de sa compagne.
- Bah de nous… s'ils comprennent qu'on est ensemble, tout de suite, on va dire que je t'ai pistonné… Fin' ça va foutre la merde quoi !
Antoine serra la mâchoire, affecté par ce qu'elle était en train de lui dire.
- Donc à Sète tu assumes notre histoire, mais pas à Marseille, c'est ça ?
- Mais non, j'ai pas dit ça !
- Bah si Candice ! T'es en train de me parler d'une relation cachée là ! affirma-t-il en s'énervant légèrement.
- Oui mais au début ! Le temps que je prenne mes marques et que je parvienne à asseoir mon autorité. Tu sais bien que c'est jamais facile de débarquer dans un groupe… Je vais pas te rappeler ce qu'il s'est passé y a dix ans quand même.
- Ouais enfin c'est pas pareil là !
- Bah si ! rétorqua-t-elle en s'énervant à son tour.
- Bah non ! Le dire dès le début ça évite les emmerdes par la suite, je te signale.
- Mais tu comprends rien fait ? s'agaça-t-elle. Tu me vois débarquer en disant « Bonjour, Commandant Renoir. Vivement le départ du commissaire, mon mari vient le remplacer ». Non mais franchement ? mima-t-elle grotesquement en haussant le ton.
- Ça va ! je t'ai pas demandé de faire une annonce publique ! Puis, on est même pas mariés en plus !
- Tu vas pas jouer sur les mots non plus ? De toute façon, j'ai décidé qu'on disait rien, donc on ne dit rien. Point.
- Bah évidemment ! C'est toujours toi qui décides de toute façon ! Je te signale qu'on en serait pas là si t'avais refusé le poste hein ! lâcha-t-il plein de reproches.
- Et moi je te signale que c'est toi qui as accepté de me suivre hein ! Moi je t'ai rien demandé ! T'as qu'à rester à Sète et puis c'est tout !
- Eh bah voilà ! Très bien ! Je reste là donc ! Comme ça, ça règlera le problème !
- Eh bah voilà ! PARFAIT !
Soudain on toqua à la porte.
- Oui ! lâcha-t-il avec énervement.
- Euh… on a réussi à trouver le mot de passe de l'ordinateur… intervint Val légèrement gênée.
- Et bah on arrive ! déclara Candice en suivant sa subordonnée. »
Énervée, la commandante suivit Val d'un pas décidé. Antoine ravala sa salive et souffla avant de les rejoindre. Il pénétra dans l'openspace et s'approcha du bureau de Val en prenant le soin d'ignorer sa compagne. Toute l'équipe sentit la tension qui émanait du couple et les regarda, médusée par leur comportement.
« Ce qui est super pratique avec la technologie, c'est qu'on peut désormais connecter tous ses appareils les uns aux autres. Et donc… on a pu récupérer quelques messages échangés avec un numéro.
- Vous avez pu le localiser ?
- Non… C'est une carte prépayée surement… MAIS… on a une adresse dans les messages.
- Sérieux ? demanda Candice pleine d'espoir.
- Et oui ! lâcha fièrement Val en tendant un post-it à sa supérieure.
- Eh bien on y va !
- Vous voulez pas attendre l'arrivée de Gratien ? demanda Antoine.
- Pourquoi ? Ils viennent ? s'interrogea Mehdi.
- Ouais ! Le substitut a demandé une cosaisine avec la BRI de Marseille… donc pas le choix.
- Eh beh ! Même quand vous n'allez pas à Marseille… Marseille vient à vous. Plaisanta Marquez qui se heurta à l'indifférence de ses collègues.
- Ouais… lâcha Antoine en jetant un regard noir à Candice.
- Quoi ? C'était pas drôle c'est ça ? demanda Marquez soudainement gêné.
Antoine sortit de l'openspace sans un regard pour sa compagne avant de faire une rapide intrusion dans la pièce.
- Ah oui ! J'oubliais ! Si jamais la BRI vous demande… Vous dites que je suis célibataire. Ordre du commandant ! lâcha-t-il plein de reproches avant de sortir de la pièce.
Candice leva les yeux au ciel avant de rejoindre son bureau pour récupérer son sac. Perplexe, Mehdi s'immobilisa et fronça les sourcils avant de s'exprimer.
- Pourquoi il dit ça ? Il est intéressé par Gratien ? »
Tous éclatèrent de rire à la remarque de Mehdi sauf Candice, toujours énervée contre son commissaire. Elle ne prit pas la peine de réagir à sa remarque et pressa son équipe de sortir de la BSU pour rejoindre l'adresse qu'ils avaient notée. Arrivés sur place, ils toquèrent violemment à la porte d'entrée de l'appartement. Hélas inanimé, la concierge leur indiqua que cela faisait deux jours que personne n'était passé. Ils finirent par utiliser la force pour pénétrer dans un appartement qui contrairement au précédemment, se trouvait joliment habillé par une décoration personnelle. Candice se saisit d'un cadre photo posé dans l'entrée et scruta avec perplexité les visages qui s'offraient à ses yeux.
« Vous avez vu ? La ressemblance ! constata-t-elle.
- Oh putain ! Oui ! s'étonna Ismaël.
- Trois frères, trois braqueurs…
- Tu penses qu'ils font ça ensemble ?
- Les liens du sang Mehdi… C'est plus fort que tout ! Vous connaissez la devise de Dumas non ?
- Antoine a une devise ? demanda Marquez perplexe.
- Mais non ! Alexandre Dumas… « Un pour tous, tous pour un » !
- Ah oui ! Les trois mousquetaires…
- Exactement…
- Reste à savoir pourquoi ils voulaient tout cet argent…
- Candice ?
- Oui ?
- Regarde ! Y a un prospectus pour le casino de Palavas. Soirée spéciale avec un gros lot à la clé… Et la date est entourée.
- C'est quand ?
- Demain soir !
- T'as trouvé ça où ? demanda-t-elle.
- Là ! C'était au pied de l'armoire.
Candice releva la tête et ouvrit l'armoire en esquivant un sac noir qui chuta de l'étagère.
- Eh bien je crois qu'on a retrouvé notre magot ! lâcha-t-elle avec fierté. Bien ! On a les noms et les photos. On lance les avis de recherche.
- On les diffuse à la police aux frontières aussi non ? On sait jamais, s'ils voulaient se faire la malle ? proposa Mehdi.
- Sans argent ? J'en doute fort…. Je pense plutôt qu'ils veulent rafler la mise à nouveau, avant de partir. »
Soudain, Candice fut dérangée par la sonnerie de son téléphone. Elle cliqua sur le bouton de déverrouillage et lut le message d'Antoine « L'équipe de la BRI est arrivée. ». Elle répondit simplement qu'ils avaient terminé et qu'ils rentraient d'ici une quinzaine de minutes. À peine était-elle remontée dans sa voiture qu'il vibra à nouveau, laissant s'afficher la réponse du commissaire : « Ne t'inquiète pas… Je leur ai rien dit pour nous… ». Candice souffla en lisant ces quelques mots. La mâchoire serrée, elle mit les clés sur le contact et démarra le véhicule pour rejoindre la BSU.
