Sur place, elle accueillit les trois hommes de la BRI et les invita dans l'openspace. Elle présenta son équipe et les briefa sur leurs dernières trouvailles. Tous étaient d'accord, il fallait entrer en contact avec le casino de Palavas. Ils contactèrent le patron qui leur fixa rendez-vous en début d'après-midi. En attendant, deux OPJ planquaient devant l'appartement des trois frères, au cas où ils feraient apparition. Dans la salle de repos, Candice buvait son thé avec Gratien et ses deux hommes. La bonne humeur était de mise et les rires fusaient dans la pièce. Le commissaire, de retour de son rendez-vous à la mairie grimpa les escaliers et reconnut le rire de sa compagne. Il s'approcha doucement de la pièce et les observa de loin, avant que son regard n'accroche celui de sa compagne. Cette dernière s'arrêta de rire, et, le regard fermé, le fixa à son tour, conduisant ses pairs à faire de même.
« Bonjour, commissaire Dumas. C'est moi que vous avez eu au téléphone.
- Ah bonjour ! Commandant Gratien et voici mes lieutenants, Jean Valère et Adrien Garnier.
- Bien… Je vois que vous avez déjà découvert nos locaux. Lâcha Antoine sans aucune amabilité.
- Oui ! acquiesça-t-il tout sourire, On a été placés entre de bonnes mains !
Candice éclata de rire pour provoquer son compagnon.
- Oh c'est gentil ça ! lâcha-t-elle mielleuse.
- Attention quand même, parce que parfois les siennes peuvent être un peu rugueuses. Lâcha-t-il impassible avant de tourner les talons.
- Ouh là ! Pas commode monsieur le commissaire… chuchota Gratien.
- Non ! Même que son surnom c'est monsieur ronchon ! plaisanta-t-elle avant de quitter la salle de repos à son tour.
- Sympa l'ambiance ! déclara-t-il en s'adressant à ses collègues qui levèrent les yeux au ciel en grimaçant.
- Tu vas voir si elles sont rugueuses mes mains ! marmonna-t-elle en marchant d'un pas vif dans le couloir.
Candice ne prit même pas la peine de toquer au bureau d'Antoine, qu'elle ouvrit la porte.
- En fait t'as vraiment rien compris ! s'énerva-t-elle après avoir claqué la porte.
- Bah quoi ? C'est pas ce que tu voulais ? Faire comme si de rien ?
- Mais je t'ai demandé de rien dire ! Pas de faire comme si on se détestait.
- Bah au moins comme ça, y aura aucun soupçon ! déclara-t-il fièrement avant de replonger la tête dans son dossier.
- Sérieusement ?
- Vous pouvez disposer commandant !
- T'es vraiment qu'un enfant Antoine ! lâcha-t-elle partagée entre énervement et déception avant de quitter la pièce. »
En début d'après-midi, Candice accompagnée de Marquez et de l'équipe de Gratien se rendirent au casino pour s'entretenir avec le gérant. In situ, ils furent accueillis chaleureusement par un vieil homme qui déchanta rapidement en écoutant leurs théories.
« Est-ce que vous auriez déjà vu ces trois hommes ?
- Le troisième là ! Oui ! Je l'ai vu dans le journal. C'est celui qu'a gagné le jackpot à Balaruc y a quelques jours. Mais les autres ça me dit rien… faudrait demander aux employés… Ce sont les plus à même de vous répondre.
- Vous vous en chargez ? demanda Gratien à ses deux hommes.
- Marquez, tu vas avec eux ! ordonna Candice.
- On pense que ces trois hommes vont revenir chez vous demain soir. Il y a une soirée spéciale, et ils veulent gagner beaucoup d'argent donc…
- Il y a deux solutions : soit ils tentent de braquer le coffre, soit ils essayent de gagner le jackpot, comme l'a déjà fait l'un des trois frères.
- Et qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Que j'annule la soirée ?
- Surtout pas ! C'est notre seul moyen de les coincer…
- Vous êtes d'accord avec moi ? demanda Gratien à Candice.
- Oui… On aura pas le choix de procéder à une infiltration ! répliqua-t-elle en cohésion avec son nouveau binôme. »
De retour à la BSU, ils expliquèrent à leurs collègues que les trois hommes avaient été aperçus par des employés du casino la veille au soir. Comprenant qu'ils étaient en phase de repérage, la stratégie était la suivante. Gratien et ses hommes seraient dans un fourgon situé sur le parking avant du casino et Candice et Marquez, s'étant montrés dans le casino, resteraient eux aussi dans une voiture à l'extérieur du casino. Le reste de l'équipe se chargera donc de l'intérieur. Il fallait qu'ils parviennent à naviguer entre les différentes pièces afin de les identifier et de les coffrer. Sur le papier, cela paraissait simple. Cinq devaient rester dehors, trois à l'intérieur.
« Bon par contre, pour équilibrer les effectifs, il nous faut une quatrième personne à l'intérieur. C'est non négociable. Affirma Gratien.
- En même temps… On a pas trois mille solutions… répliqua Candice en tournant la tête vers son commissaire.
- Vous êtes ok ? demanda l'homme de la BRI.
- Oui bah… si y a pas le choix, j'irais avec eux ! accepta-t-il malgré tout sur un ton protestataire.
- Bon bah voilà !
- Je vais récupérer les autorisations pour demain soir alors. Enfin… vue l'heure… j'vais voir ce que j'arrive à faire ! déclara-t-il en quittant son équipe.
- Eh bah c'était du bon boulot aujourd'hui ! On a bien avancé !
- Carrément ! lâcha Marquez avec satisfaction.
- Pour fêter ça et pour fêter notre rencontre aussi… Je propose qu'on se retrouve autour d'un verre. Si ça vous dit ? proposa Gratien.
- Je suis partant… En plus Justine est pas là ce soir, donc ça tombe bien !
- Je suis dispo aussi et je préviens Nathalie. On sera là !
- Idem ! déclara Val en écho avec Ismaël.
- Bon bah parfait ! Et vous commandant ?
- Euh… commença-t-elle dubitative. Oui, pourquoi pas !
- On demande à Antoine aussi, non ? proposa le brigadier-chef.
- AH ! Bah comme vous voulez… Je pensais que vos relations n'étaient pas au beau fixe avec lui mais… oui, on peut ! »
Mehdi regarda le commandant perplexe quant à sa dernière remarque. Il tourna la tête et rencontra Candice, légèrement gênée par cette conversation. Gratien laissa entendre qu'il allait proposer au commissaire et s'éclipsa de l'openspace pour rejoindre son bureau. D'abord réticent, Antoine finit par accepter lorsqu'il entendit que sa compagne était de la partie. Une heure plus tard, ils quittèrent tous ensemble l'hôtel de police afin de se diriger vers le bar situé au coin de la rue. Le couple continuait de s'ignorer, et Candice avait trouvé refuge auprès de son amie Nathalie qui ne comprenait pas ce qu'il se passait.
« Qu'est-ce qui va pas ? tenta-t-elle à voix basse.
- Rien… On s'est embrouillé avec Antoine mais c'est rien… t'inquiète pas ! la rassura-t-elle.
- T'es sûre ?
- Oui ! Ça va passer. »
Dans le bar, les collègues prirent place le long d'une grande tablée. Volontairement, Candice s'était placée loin de son compagnon, resté mutique depuis l'entrée dans ce bar. Silencieux, il l'observait s'amuser avec l'équipe et rire aux éclats. Visiblement, elle ne paraissait absolument pas affectée par leur dispute, alors qu'Antoine avait leurs mots qui tournaient en boucle dans sa tête. Pire encore, il voyait Gratien rire à ses blagues, la complimenter et lui proposer d'aller danser. Il souffla intérieurement pour se contenir et les fixa durement. Candice le remarqua et s'autorisa à lui jeter des regards noirs, légèrement provocatrice. Agacé, il avala son verre d'une traite et déclara qu'il rentrait chez lui avant d'aller régler au bar. Sa compagne l'observa et constata son énervement. Elle se leva brusquement de sa chaise et sortit en trombe du bar afin de l'interpeller.
« ANTOINE ! cria-t-elle alors qu'il s'éloignait dans la rue.
- Ah ? Tu connais mon prénom donc ?
- Est-ce qu'on peut se parler comme des adultes ?
- Tu veux me parler alors que t'as passé la soirée à m'ignorer ? C'est une blague j'espère !?
- Mais t'es resté tout seul dans ton coin ! Tu parlais à personne ! s'emporta-t-elle en joignant les gestes à la parole.
- Bah ouais ! Parce que j'avais pas envie de m'amuser, moi !
- Je rêve…. Tu sais quoi ? En fait t'es juste jaloux que je m'entende bien avec mes futurs collègues ! Mais tu vois… au moins ça me change. C'était pas comme ça y a dix ans !
- Mais bien sûr… Évidemment qu'il t'a accepté les bras ouvert l'autre Gratien là ! T'as fait ton numéro de charme et hop c'était plié.
- Non mais, commença-t-elle offusquée. Tu me prends pour qui là ?
- C'est ça… Comme d'habitude ! Fais comme si de rien, c'est ce que tu sais faire le mieux, de toute façon. Moi j'me casse. Tu peux aller le retrouver. Lâcha-t-il hargneusement en tournant les talons.
- C'EST ÇA ! VA-T-EN ! DE TOUTE FAÇON J'AI PAS BESOIN DE TOI POUR M'AMUSER, cria-t-elle alors qu'il s'éloignait.»
Depuis l'intérieur du bar, l'équipe les observait, gênée et embarrassée de la situation. Seule Nathalie savait qu'ils étaient fâchés et les autres ne comprenaient pas le motif de la dispute. Intrigué, Gratien hocha la tête de gauche à droite en voyant leurs gestes d'énervement. Il tiqua avant de lâcher à haute voix « Je savais bien qu'on n'aurait pas dû l'inviter celui-là ! ».
Ils virent Candice revenir dans le bar sans grande conviction. Attristée par leur dispute et déçue du comportement de son commissaire, elle déclara qu'elle préférait rentrer. Nathalie parvint finalement à la convaincre de rester pour se changer les idées mais Candice ne s'éternisa pas et quitta ses collègues en milieu de soirée.
