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Le lendemain matin, la commandante se massait les tempes en fixant sa tasse de thé fumante. Frappée par un douloureux mal de crâne qui résultait d'une nuit d'insomnie à tergiverser sur leur dispute, elle s'empara de son téléphone dans l'espoir de voir un mot d'excuse s'afficher. Mais pour la trentième fois, rien ne s'affichait. Machinalement, elle reposa son téléphone et appuya sa tête sur la paume de sa main lorsqu'une silhouette fit son apparition. Antoine la contourna sans un regard. Pourtant la commandante le fixait, les yeux embués, fatiguée de cette situation. Et de nouveau, elle se heurta à son indifférence. Elle finit par baisser les armes et dévia le regard vers son thé chaud, laissant échapper un bâillement qui ne passa pas inaperçu aux yeux du commissaire qui lâcha un petit rire. En réaction, elle leva la tête vers lui et l'interrogea du regard.

« Quoi ? demanda-t-elle sèchement à demi-mot.

- Sacré bâillement dis-donc… Petite nuit on dirait ? … Ah ! Laisse-moi deviner… Vous êtes restés jusqu'au bout de la nuit et… peut-être même que ça a fini à l'hôtel ! s'exclama-t-il sans toutefois la regarder.

Candice hocha la tête de gauche à droite, enragée par son comportement.

- T'es vraiment ridicule Antoine… se contenta-t-elle de lâcher.

- Ok… répliqua-t-il simplement en haussant les épaules avant de la contourner à nouveau pour quitter la pièce.

- D'ailleurs ! commença-t-elle pour l'interpeller. Pour ce soir… Antoine s'immobilisa et resta dos à elle. Tu peux annuler la réservation du restaurant. Parce que ta demande, j'en veux pas.

Antoine ravala sa salive, définitivement blessé par ce qu'il venait d'entendre. Il parvint à se contenir et trouva la force pour se retourner afin de la fixer.

- T'inquiète pas… De toute façon j'ai pas attendu ton avis pour annuler le plan. Lâcha-t-il froidement avant de quitter la pièce d'un pas vif.

- Putain… marmonna-t-elle les yeux embués par les larmes qui montaient. »

Sétois et Marseillais passèrent le reste de la journée à préparer leur infiltration nocturne. Sans rien changer, Candice et Antoine s'ignoraient personnellement et s'autorisaient à se répondre sur le plan professionnel. L'équipe de la BSU ressentait leur malaise mais décida de ne pas s'en mêler, préférant rester focus sur leurs objectifs.

Le soir même, comme convenu, l'équipe marseillaise venait de se stationner devant le casino. Un peu plus loin, sur le côté gauche, Candice et Marquez étaient en voiture, directement connectés aux infiltrés grâce à une oreillette. À l'intérieur, Antoine, Mehdi, Val et Ismaël naviguaient de pièces en pièces, espérant tomber sur leurs suspects. Mehdi s'immisça dans un cercle de jeu de poker, Val déambulait entre les machines à sou, Ismaël observait les chanceux qui jouaient à la roulette russe et Antoine s'était arrêté au bar d'une grande pièce, lui permettant d'avoir un large angle de vue.

Depuis le parking, Candice et Marquez écoutaient avec attention l'intervention de leur équipe qui communiquaient des signaux négatifs. Vers 23h, l'équipe commençait à désespérer alors que le commissaire suspectait deux hommes physiquement louches. Il prévint ses coéquipiers qu'il les suivait et commença sa filature. Les deux hommes se dirigèrent vers les bureaux où les membres de la direction avaient été évincés pour le bien de l'opération. Antoine donna le signal mais personne ne répondit, tous étourdis par des grésillements.

« C'était quoi ça ? demanda discrètement Mehdi.

- Je sais pas… La connexion doit planter ! répondit Ismaël.

- Je le sens pas… lâcha Val en quittant les machines à sou. Antoine ? Tout va bien ?

- Putain… grommela Marquez. C'est quoi ce bordel ?

- Antoine ?! répéta Candice qui s'impatientait. Oh ! Antoine ?

- Il répond pas…

- On y va !

- Quoi ? Mais ? contesta Gratien depuis son fourgon.

- On y va j'ai dit ! ordonna-t-elle en sortant de la voiture »

Dissimulé derrière un poteau dans le couloir de la sortie de secours, Antoine observait la scène. Les deux hommes qu'il suivait rejoignirent un troisième homme chargé de sacs. Le dernier sortit par l'issue de secours, laissant les deux autres ramasser le reste des sacs. Le commissaire décida de s'approcher, l'arme à la main et les interpella. Instinctivement, ils lâchèrent leurs sacs et se dirigèrent vers la sortie en courant, suivis de près par Antoine qui fut frappé violemment à la tête avant de s'écraser sur le sol.

Le reste de l'équipe ne tarda pas à rejoindre les bureaux du casino lorsqu'un coup de feu retentit. Paniquée et inquiète, Candice hurlait son prénom à travers les couloirs, sans toutefois obtenir de réponse. Ils débarquèrent rapidement au fond du couloir, où ils aperçurent la porte de l'issue de secours grande ouverte. Les hommes de Gratien ne tardèrent pas à débouler en courant depuis le parking.

« Y a une voiture qui vient de partir à toute allure. On a entendu les pneus crisser, on a couru aussi vite qu'on pouvait mais… c'était trop tard, expliqua l'un des lieutenants.

- Putain… Antoine… chuchota-t-elle paralysée par l'inquiétude.

- Y a des traces de pneus là ! observa Val.

- Appelez Nathalie qu'elle vienne faire un relevé. Ordonna la commandante.

- Là y a des liasses de billets au pied du mur ! rajouta Mehdi.

- J'ai un téléphone ici ! lâcha victorieusement Gratien en constatant que seul l'écran avait quelques fissures.

- Montrez-moi ! répliqua Candice avec autorité.

- Je… Je crois que c'est le sien… constata-t-il en observant le fond d'écran du téléphone où Candice tenait Antoine par la taille au mariage de Val.

- Oui… confirma-t-elle en fixant la photo les larmes aux yeux. Putain… ANTOINE !? Cria-t-elle pleine de rage.

- OH ! l'arrêta Gratien. Ça sert à rien de crier ! Ils l'ont emmené…

- Ah ouais ? s'énerva-t-elle. Et qui vous dit que c'est pas sur lui qu'ils ont tiré ? HEIN ?!

- Candice… Calmez-vous… tenta-t-il de l'arrêter en attrapant ses poignets.

- QUE JE ME CALME ? Mais il est fou lui ! s'emporta-t-elle en regardant ses collègues impuissants. CHERCHEZ-LE, BON SANG ! ÇA SE TROUVE IL EST EN TRAIN DE CREVER SUR LE BORD DE LA ROUTE.

- Ok ! Ok ! On va le chercher ! Adrien, Jean, vous allez faire le tour à la lampe torche, on sait jamais…

- Nathalie arrive… prévint Marquez. »

Une trentaine de minutes plus tard, Nathalie débarqua au casino avec ses agents. Les consignes avaient été données et chacun se mit rapidement au travail. L'ambiance était pesante, presque solennelle. Elle observait Candice, prostrée sur le rebord d'un mur à jouer machinalement avec le téléphone de son compagnon. Elle souffla doucement et s'approcha d'elle en s'autorisant à déposer une main sur son épaule.

« Allez… Ça va aller, d'accord ? On va le retrouver…

- J'espère… chuchota-t-elle les yeux rivés sur leur photo.

- APPELEZ LES SECOURS !

- Putain… paniqua la commandante avant de se relever en trombe et de courir vers la voix masculine qui venait d'articuler. ANTOINE ! cria-t-elle alors qu'elle s'approchait de l'homme.

- NON ! C'est pas lui. La stoppa un lieutenant. C'est un des frères, il a été touché à l'abdomen. Il est inconscient.

- ET MERDE ! maugréa-t-elle en s'isolant pour laisser couler quelques larmes. »

Les secours arrivèrent rapidement et prirent en charge le blessé rapatrié jusqu'à l'hôpital le plus proche. La commandante s'était murée dans le silence pour ne pas laisser transparaitre sa fragilité. En retrait, elle observait les agents en blouse blanche s'activer autour des traces de sang, de pneus et des indices laissés par les braqueurs. Plus d'une heure et demie plus tard, tous retournèrent à la BSU, particulièrement affectés par les derniers évènements. Nathalie lança ses analyses mais vue l'heure, ils n'auraient rien avant le lendemain matin. Les policiers entrèrent en contact avec les agents qui planquaient devant le domicile des trois frères mais aucun mouvement particulier n'avait été remarqué.

« De toute façon, tant qu'on aura pas les résultats d'analyse de la PTS… On pourra pas avancer… lança Gratien.

- Mais on aura rien avant demain… Il est bientôt deux heures du matin…

- Et bien chacun rentre chez soi. De toute façon, y a rien d'autre à faire. Et je pense que vue la situation, on a tous besoin de se reposer… »

Candice ne participa pas à la conversation. En retrait, la commandante ne pensait qu'à lui et à leurs derniers échanges. Premièrement, elle refusa de rentrer, n'en voyant pas l'intérêt. Mais force de persuasion, Mehdi parvint à la convaincre et lui proposa de la raccompagner chez elle. Elle pénétra dans sa maison le plus silencieusement possible et ôta son manteau et son sac qu'elle déposa dans l'entrée. Dans la cuisine, elle s'empara d'une tasse qu'elle finit par faire chuter au sol. Un bruit de verre retentit brusquement, lui déclenchant un flot de larmes. Elle s'appuya contre son plan de travail et mit ses deux mains sur sa bouche pour tenter de camoufler le bruit de ses pleurs, lorsqu'une petite voix se fit entendre depuis le haut de l'escalier.

« Maman ? C'est toi ?

Candice ravala sa salive et ses larmes pour ne rien laisser paraître.

- Oui… C'est rien…

Intriguée, Emma descendit les escaliers et arriva dans la cuisine.

- Bah qu'est-ce qu'il y a ? demanda la brunette en voyant les larmes de sa mère.

- An.. Antoine a été enlevé. Parvint-elle à lâcher entre deux/trois pleurs.

- Quoi ? l'interrogea-t-elle en la prenant dans ses bras.

- Je… On… On était en infiltration et ça… ça a mal tourné…

- Hey… Allez… Ça va aller… Vous allez le retrouver, d'accord ? Ils ont pas l'air futé ces mecs-là, ils vont bien finir par faire une erreur.

- Et si on le retrouve pas ? Si ça dérape et qu'ils décident de s'en débarrasser ?

- Pense pas au pire d'accord ! Tu devrais aller te reposer un peu… Ça te ferait du bien… Va t'installer je te prépare un thé, ok ?

- Merci ma chérie… la remercia-t-elle en embrassant bruyamment sa joue. »

Emma observa sa mère disparaître dans sa chambre. Faussement rassurante, la jeunette n'en demeurait pas moins inquiète. Elle ramassa les morceaux de verre de la tasse et fit chauffer la bouilloire pour lui en préparer une autre.

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