Le lendemain matin, Candice débarqua à la BSU aux aurores. Elle traversa rapidement le couloir et arriva dans l'openspace particulièrement animé pour une heure si matinale. Surprise, elle salua ses collègues et s'approcha du bureau de Marquez où tout le monde était regroupé.

« Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle intriguée.

- On a récupéré les images des vidéos de surveillance d'hier soir…

- Et ? lâcha-t-elle intriguée en poussant tout le monde pour approcher l'écran.

- Y a aucun doute… C'est bien nos hommes.

- Et Antoine ?

- Là ! ll les suit, ensuite, on le voit parler mais on avait déjà perdu la connexion…

- Et c'est tout ?

- On voit qu'il tombe au sol avant qu'ils interviennent pour le traîner.

- Et des nouvelles des officiers devant chez eux ?

- RAS pour l'instant…

- Donc, ils sont pas repassés chez eux pour récupérer l'argent… observa Gratien.

- Parce qu'ils savent qu'ils ont merdé en enlevant un flic et que c'est trop risqué… répondit la commandante plongée dans ses réflexions.

- Et moi j'ai quelques infos ! lâcha fièrement Nathalie les mains pleines de documents.

- Alors ?

- Concernant la balle qu'on a retrouvée, elle provient de l'arme d'Antoine. Ils ont dû la récupérer après l'avoir monopolisé. Et c'est avec elle qu'ils ont tiré sur leur frère.

- D'ailleurs on a des nouvelles ? demanda Candice.

- L'opération s'est bien passée, il est sorti d'affaires mais on doit encore attendre avant de pouvoir le voir.

- J'espère qu'il va vite se réveiller parce que c'est le seul qui peut nous parler… Et pour la voiture ?

- J'allais y venir… Gros modèle, type 4x4.

- Comme à Cassis… rajouta Gratien.

- Mais je ne comprends pas que personne n'ait rien vu quoi !

- Bah en pleine nuit… Certains affirment avoir vu le véhicule partir mais… ils ont rien vu de particulier quoi…

- Donc on a rien ? Y a deux mecs qui ont braqué un casino, tenté de tué quelqu'un avant d'enlever un homme… ET ON A RIEN ? Mais on est RIDICULES ! Je vous jure hein…! ON EST LA RISÉE DES FLICS DU PAYS LÀ ! s'emporta-t-elle.

- Commandant… commença Gratien plein de compassion, Je sais que la situation n'est pas simple mais on fait ce qu'on peut…

- SAUF QUE C'EST PAS ASSEZ !

- Bon écoutez, la Police aux frontières est prévenue, on a lancé l'alerte l'enlèvement, leurs photos circulent absolument partout ! Gardons espoir que ça nous apporte quelque chose ! tenta-t-il pour la rassurer.

- L'espoir… chuchota-t-elle en hochant la tête. C'est vrai que c'est ça qui va le sauver… l'espoir… répéta-t-elle en tournant les talons avant de quitter la pièce.

- J'y vais ! répondit doucement Nathalie. »

La responsable de l'IJ déposa ses documents sur le bureau de son compagnon avant de suivre les pas de son amie. Elle l'observa marcher rapidement et se diriger vers la salle de repos. Elle s'approcha doucement et se planta dans l'encadrement de la porte afin de l'observer. Après avoir appuyé sur le bouton d'actionnement de la machine à café, la commandante avait appuyé ses mains sur le rebord de l'évier, les yeux fixant le robinet. Nathalie ressentit toute son inquiétude qu'elle tentait de dissimuler par un air solide.

« Café ? T'es sûre ? lança-t-elle pour démarrer la conversation.

- J'ai pas dormi cette nuit… Faut bien que je tienne le coup, non ? se justifia-t-elle en récupérant sa tasse.

- Ok… Mais c'est pas la peine de t'en prendre à eux comme ça… Et Gratien a raison, on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a… affirma-t-elle en s'approchant de sa collègue.

Sentant sa carapace se fissurer petit à petit, Candice détourna le regard vers la fenêtre.

- Sauf qu'on a rien… murmura-t-elle les larmes aux yeux.

- Il nous reste encore à interroger le troisième frère… Il va forcément nous apprendre quelque chose !

- Ouais… commença-t-elle en faisant volte-face vers sa collègue. Mais dans combien de temps ? Ça fait déjà 8 heures qu'ils l'ont emmené, Nath… 8 heures… répéta-t-elle avec désarroi. On sait même pas s'il est encore en vie, on sait pas s'il est blessé… On sait rien ! Ils ont tué le croupier, ils ont tiré sur leur frère, pourquoi ils le garderaient en vie ? Hein ? Pourquoi ? continua-t-elle en lâchant un flot de larmes.

- Candice… la rassura-t-elle en caressant son bras.

- J'aurais jamais dû lui dire de la faire cette intervention. C'est de ma faute… Tout ça parce que j'étais en colère contre lui…

- Allons ! Dis pas n'importe quoi ! Quoique tu dises il l'aurait faite quand même son intervention !

Candice baissa la tête.

- Tu te rends compte que… la dernière chose que je lui ai dite, c'est que je voulais pas de sa demande, que je voulais pas l'épouser ?

- Mais t'as dit ça dans un moment d'énervement, il sait que tu le pensais pas ! Il te connaît quand même.

- Toute façon j'ai fait n'importe quoi…

Soudain on toqua à la porte. Candice ravala ses larmes et essuya furtivement ses yeux.

- Commandant ? l'interpella Gratien. Y a… Y a la procureure qu'est là. Elle aimerait vous parler.

- J'arrive ! affirma-t-elle avec aplomb pour ne pas montrer sa vulnérabilité. »

Elle avala sa tasse d'une traite avant de la poser dans l'évier et quitta la salle de repos en direction du bureau d'Antoine où la procureure attendait. Elle pénétra dans la pièce et vit tout de suite que sa visite n'était pas de courtoisie.

« Madame la procureure ! la salua-t-elle en souriant faussement.

- Ah ! Commandant… Heureusement que le commandant Gratien m'a prévenu de la situation… Parce que j'attends toujours votre appel.

- Pardonnez-moi… La situation s'est envenimée et…

- Ça m'est égal ! la coupa-t-elle. Ce que je vois, c'est que vous ne pouvez pas rester sur l'affaire.

- Pardon ?

- Votre équipe est bien trop impliquée pour enquêter avec lucidité… enfin… surtout vous.

- Mais on est en cosaisine avec la BRI, en travaillant ensemble, nos deux équipes peuvent s'en sortir non ? tenta-t-elle complètement déroutée.

- La cosaisine est terminée. C'est l'équipe de la BRI de Marseille qui reprend l'affaire.

- Madame la procureure… J'entends bien votre point de vue mais, l'aide de la BSU reste fondamentale pour nos investigations. Ils connaissent la région mieux que personne et… mon équipe a déjà investi leurs locaux. Ce serait une perte de temps considérable pour nous de devoir délocaliser… Et je ne vous apprends pas que le temps est précieux dans les cas d'enlèvement… Si on veut avoir une chance de retrouver le commissaire Dumas à temps, autant ne pas en perdre…

Sceptique, la procureure l'observa, semblant entendre ses arguments.

- Bien… Donc on reste comme ça. Mais je veux un rapport détaillé toutes les heures, c'est bien clair ? Et au moindre faux pas, je transmets l'affaire à la PJ de Montpellier.

- Très clair !

- Ah oui ! rajouta-t-elle, Les journalistes sont en ébullition… Vous vous doutez bien que l'enlèvement d'un commissaire reste un titre alléchant... Alors… Évitez que l'affaire ne se propage dans les journaux…

- Entendu ! Merci madame la procureure. Répondit mielleusement Candice. »

Les talons de la magistrate claquèrent vivement le sol avant de disparaitre de la pièce. Les deux collègues se regardèrent, l'air grave, mutiques.

« Merci de ne pas m'avoir évincé… lâcha-t-elle simplement.

- On bosse dessus depuis le début… Je pouvais pas vous faire ça ! Puis… mine de rien… sans vous je suis pas certain qu'on arrive à grand-chose… confessa-t-il en souriant.

- Je suis désolée pour tout à l'heure… C'est juste que… Avec tout ça… J'ai du mal à avoir les idées claires…

- Je comprends ! Moi qui pensais que vous vous détestiez…

Candice s'autorisa un petit rire discret.

- Disons que vous êtes pas arrivés au meilleur moment non plus…

- J'avais cru comprendre… lâcha-t-il en rigolant à son tour.

- On… On va rejoindre l'équipe ? »

Les deux commandants rejoignirent leurs équipes dans l'openspace. Tous s'affairèrent à la lecture des vidéos de surveillance, ainsi qu'au recueillement d'appels de pseudos témoins qui n'apportaient rien de nouveau à l'enquête. Les yeux rivés sur son ordinateur, Candice fut dérangée par la sonnerie de son téléphone personnel. Elle l'attrapa et fronça les sourcils face à son écran qui laissait apparaître un numéro inconnu. Perplexe, elle décrocha.

« Madame Renoir ?

- Euh oui ?

- Guillaume Faure, agence Century 21, vous m'avez contacté y a quelques jours concernant votre recherche d'appartements à Marseille.

- AH ! Oui… Excusez-moi, j'avais totalement oublié…

- Bien donc, j'ai trois biens à vous proposer. Ils viennent d'être mis sur le marché et correspondent à vos critères. Évidemment, je ne vous cache pas que la demande est assez forte… Faudrait que vous puissiez venir les visiter rapidement avec votre conjoint.

- D'accord je… Mais… J'vous avoue que c'est un peu compliqué et qu'on va pas pouvoir les visiter dans l'immédiat…

- Je peux vous envoyer la référence des annonces par mail et vous bloquer une date de visite pour ce week-end. Ensuite, vous serez libre de me rappeler si vous voulez annuler.

Mehdi débarqua près du bureau de Candice, l'air pressé.

- Euh… oui ! On fait comme ça, oui. Je vous rappelle. Merci ! conclut-elle en raccrochant.

- On vient d'avoir l'hôpital ! Il s'est réveillé et on peut l'interroger. »

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