Badhou, Renoir, Gratien et Marquez se retrouvèrent dans la chambre d'hôpital du troisième frère, tout juste sorti de sa léthargie. Bien que vindicative contre lui, Candice dût prendre sur elle et se radoucir afin de ne pas le brusquer. Gratien la laissa mener l'interrogatoire.
« C'est bien Yohan votre prénom ? commença-t-elle doucement.
- Oui…
- Bien, nous allons devoir vous poser des questions afin d'en savoir un peu plus sur les derniers évènements.
- Cédric et Romain ? demanda-t-il paniqué.
- Ils sont partis depuis le dernier braquage… On ne sait pas où ils sont et… ils ont enlevé un policier.
- Putain… Je leur avais dit de le laisser parterre…
- Pourquoi ils vous ont tiré dessus ?
- Parce qu'ils ont cru que je les avais trahis en les livrant à la police. Quand le flic est arrivé, ils ont cru que c'était moi qui les avais appelés…
- Donc, ils ont assommé le policier, ils l'ont traîné par terre avant de le glisser dans le coffre et…
- On l'a porté à trois… Il était trop lourd… Mais j'étais contre l'idée…
- Et ensuite qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Ils ont pris son arme, ils m'ont braqué et j'ai voulu me barrer en courant sauf que Cédric a tiré avant que Romain démarre à toute allure la caisse.
- Ils avaient des raisons de croire ça ?
Yohan souffla, visiblement coupable.
- J'étais de mèche avec Enrique après le casse de Cassis… avoua-t-il doucement.
- C'est-à-dire ?
- Je devais un paquet de blé à un mec… sauf que c'était impossible de rassembler la somme demandée rapidement… Cédric et Romain ont voulu m'aider et ont eu cette idée. J'avais déjà joué au poker donc je me suis chargée de récolter le magot à Balaruc avec l'aide d'un compteur de cartes…
- Et pendant ce temps-là, les deux autres se chargeaient de Cassis avec l'aide du croupier, Enrique ?
- C'est ça… Sauf que les plans avaient changé… Je savais qu'une fois l'argent rendu, il me lâcherait pas… Fallait que je parte... Alors j'ai fait un deal avec Enrique, il devait récupérer l'argent après le braquage. On se retrouvait à Sète et on disparaissait.
- Sans vos frères ?
- J'avais pas le choix ! Mais évidemment ça a mal tourné… Ils ont retrouvé Enrique avant qu'on se rejoigne au point de rendez-vous qu'on s'était donnés.
- Et ils l'ont tué… brûlé… et jeté du haut de la corniche…
- Et moi ils m'ont contraint de faire un dernier braquage avec eux… Ils voulaient me montrer ce que c'était la trahison. Fallait braquer Palavas, et ensuite ils récupéraient tout l'argent, pour eux...
- Vous savez ce qu'ils comptent faire de l'argent ?
- Non…
- Et vous avez pas une idée d'où ils pourraient bien vouloir aller ?
- Je… Je sais pas… Ils sont partis en vrille
- Même pas une idée d'un lieu où ils ont l'habitude d'aller, quelque chose de familier ?
- Euh… Nos grands-parents avaient une petite cabane de pêcheur près de Mèze, au bord de l'étang. Et on a aussi une maison de vacances familiale dans les Cévennes… mais ça m'étonnerait qu'ils soient allés là-bas…
- Bien merci. On va voir à ça ! »
Rapidement, la commandante sortit de la chambre d'hôpital et contacta la procureure afin d'obtenir les autorisations pour se déplacer dans ces lieux. Elle divisa son équipe en deux et les chargea d'aller investiguer les deux maisons. Restée à l'hôtel de police, Candice supervisait les opérations à distance.
Une heure plus tard, l'équipe chargée de l'opération de la cabane de Mèze la contacta afin de lui signaler que personne n'avait investi les lieux depuis bien longtemps. Seul l'espoir d'avoir des nouvelles de l'autre équipe persistait. La commandante avait trouvé refuge dans le bureau d'Antoine, attendant impatiemment les résultats de la seconde opération. Elle relisait le dossier de l'affaire en cours lorsqu'elle fut alertée par un cri depuis le couloir.
« ANTOINE !? entendit-elle crier depuis le couloir avant de voir la porte s'ouvrir violemment.
- Jennifer ? s'étonna-t-elle face à son énervement.
- Il est où ? On peut pas lui faire confiance putain ! Ça fait une heure que la maîtresse essaye de le joindre ! Il devait récupérer Suzanne à 16h mais on l'attend encore.
- Écoute… C'est pas le moment…
- QUOI ? s'emporta-t-elle. Il a une réunion c'est ça ? Toute façon il a toujours privilégier son boulot !
- NON ! s'énerva-t-elle à son tour. Antoine a disparu depuis hier soir. On sait pas où il est !
- Hein ?
- Oui… Je… J'suis désolée… J'avais zappé qu'il récupérait Suzanne ce soir et j'ai oublié de te prévenir…
- Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-elle soudainement inquiète.
- On était en infiltration et ça s'est mal passé… Les hommes qu'on cherchait à arrêter l'ont enlevé, expliqua-t-elle en contenant son émotion.
- Ok… Mais… Je… Vous avez des pistes ?
Candice haussa les épaules.
- On fait ce qu'on peut mais je… j'suis larguée j'avoue… Pour Suzanne, je suis désolée… Tu peux t'en occuper en attendant ? Et on s'arrangera après…
- Euh oui… Oui évidemment…
- Ok… concilia-t-elle en souriant doucement.
- Bon j'y vais… Tu me tiens au courant surtout… »
Candice acquiesça en souriant faussement, soudainement envahie d'un flot d'émotions provoqué par l'inquiétude de Jennifer. La commandante vit revenir Gratien de l'opération de Mèze, plein de compassion. Deux heures plus tard, l'autre équipe venait d'arriver sur les lieux de la maison de vacances située en pleine cambrousse. Ismaël qui menait l'opération inspecta les lieux avant d'appeler sa supérieure.
« Alors ? demanda-t-elle pleine d'espoir.
- Rien… Personne n'est venu depuis quelques mois. Pas de traces du véhicule non plus et on a interrogé les habitants alentour qui nous confirment qu'ils ont pas vu de mouvements depuis belle lurette.
Aucun son ne sortit de la bouche de Candice qui se contentait de contenir ses larmes et son énervement.
Je suis désolé… rajouta-t-il avec compassion.
- Vous pouvez revenir… se contenta-t-elle de répondre avant de raccrocher. »
Candice balança son téléphone sur le bureau de son partenaire, enragée par cette situation inextricable.
« PUTAIN ! hurla-t-elle en faisant tomber sur le sol la pile de dossiers qui trônait sur le bureau.
- Candice… intervint Gratien alerté par le bruit dans le bureau. Candice… répéta-t-il en s'approchant d'elle.
- On fait quoi maintenant ? C'était notre dernier espoir ! lâcha-t-elle en s'emportant.
- Je… Je vous avoue que j'en sais rien… Toutes les équipes sont mobilisées…
- Mais ils ont pas pu disparaître comme ça ?! C'est affolant quand même !
- Je sais… Vous avez l'air épuisée… constata-t-il en posant la main sur son épaule.
- Ça fait deux jours que j'ai pas dormi…
- Et vous voulez pas rentrer vous reposer ?
- Non ! On sait jamais si…
- Mais dans tous les cas on vous préviendra ! Vous devriez aller dormir un peu, vous allez pas tenir comme ça…
- Comment voulez-vous que je dorme avec tout ça ?
- Rien ne vous empêche d'essayer… »
Résignée, Candice finit par rentrer chez elle en fin de journée. Elle ouvrit douloureusement la porte de sa maison où résonnaient les éclats de rire d'Emma avant de laisser place au silence. Elle les salua à voix basse et traîna son corps jusqu'à la cuisine où elle se servit un verre de vin. Elle récupéra un plaid posé sur le bord du canapé, et, munie de son verre, ouvrit la baie vitrée pour prendre place sur un fauteuil de la terrasse.
« Ça a vraiment pas l'air d'aller… constata Sacha en faisant une grimace.
- Non… confirma la brunette. J'y vais… »
Emma arriva à son tour sur la terrasse. Elle observa sa mère, assise les pieds posés sur le siège, fixant le mouvement de l'eau devant elle. Elle finit par s'asseoir à ses côtés et appuya sa tête contre l'épaule de sa mère qui avait laissé couler quelques larmes.
« Toujours rien de nouveau ?
Candice hocha négativement la tête.
- C'est même de pire en pire… Plus on avance, moins on a d'infos… Je comprends pas pourquoi ils l'ont emmené… On sait même pas s'il est encore en vie… Ça se trouve il est tout seul, au milieu de nulle part…
- Je sais que la situation est pas facile mais… je suis sûre que là où il est, il pense très fort à toi.
- Hum. Répondit-elle dubitative. En plus, je lui ai dit des choses horribles… Il doit me détester…
- Comme ?
Candice prit une grande inspiration avant de répondre.
- Je voulais pas assumer notre relation devant les futurs collègues et… il l'a mal pris. On s'est pris la tête… et… Je lui ai dit que je voulais pas de lui à Marseille et que je voulais pas de sa demande…
- Comment t'étais au courant pour la demande ? s'étonna-t-elle.
- J'ai lu la confirmation de réservation sur son ordinateur…
- Eh bah ! Lui qui voulait que ce soit une surprise…
- Il t'en a parlé ? demanda-t-elle touchée.
- Ouais… Il avait peur de ta réponse…
- J'ai vraiment été nulle sur ce coup-là…
- T'en aurais envie ?
- De ?
- Le mariage…
- J'en sais rien… C'est avec lui que je veux être mais… en même temps je me dis qu'on a pas besoin de signer un bout de papier pour ça, non ?
- C'est vrai…
- Puis toute façon vue la situation… la question ne se pose même pas…
Soudain le silence s'installa. Candice laissa glisser quelques larmes sur ses joues avant d'oser prononcer quelques mots à peine audibles.
Il me manque… chuchota-t-elle.
- Je sais… Ça va aller… hein ? Puis la prochaine fois, vous réfléchirez avant de vous tirer dans les pattes comme ça…
- C'est une tête de mule aussi…
- C'est vrai que toi, t'es pas du tout pareil… plaisanta Emma en rigolant doucement.
- Oui ! Bon ! Ok… On est deux têtes de mule…
- Qui savent pas communiquer…
- Certes… »
Sacha vint interrompre la conversation, annonçant que le repas était prêt. Les deux femmes acquiescèrent et rentrèrent à l'intérieur où ils passèrent un repas silencieux. La commandante toucha à peine à son assiette. Elle aida les enfants à débarrasser et s'exila dans sa chambre. Elle alluma sa lampe de chevet et s'approcha de son miroir pour se démaquiller. Elle ôta ses vêtements lorsque son regard fut happé par un tissu bleu posé sur le dossier d'une chaise. Elle s'en empara et le sentit avant de s'autoriser à enfiler cette chemise qu'il avait laissée dans la chambre quelques jours plus tôt.
