Fermement accrochée au bras de sa fille, Candice avançait, tête baissée, le regard vide. Leurs pas lourds faisaient grincer les graviers dont le bruit se mêlait au souffle du vent. Doucement, dans une marche solennelle, elles approchaient de leur point de destination. La blonde lâcha le bras de la brune et se retourna. Ses yeux s'accrochèrent à ceux de ses amis, de sa famille, de ses collègues… Tous étaient présents. Elle ferma les yeux, inspira et pria intérieurement être dans un mauvais rêve. Elle finit par les ouvrir à nouveau. Rien n'avait bougé…
Elle observa le bouquet que lui tendait Mehdi et s'immobilisa. Elle était incapable de bouger. Elle restait stoïque, le regard fermement accroché à celui de son brigadier-chef. Elle lui accorda un faux sourire avant de tendre la main et d'attraper le bouquet. Soudain, l'environnement quasi immobile dans lequel le groupe était plongé s'obscurcit. Candice fronça les yeux et tourna la tête, intriguée par l'augmentation de la force du vent. Les rafales vinrent disturber les feuilles et les levèrent en un tourbillon dansant.
Surprise, Candice vint à nouveau poser l'œil sur ses proches. Personne. Tous avaient disparu. La commandante était désormais seule, au milieu d'une allée de gravier. Prise de panique, elle s'agita et tourna sur elle-même, espérant distinguer quelqu'un ou quelqu'une. Rien… La blonde était désormais dans l'obscurité la plus totale. Elle se retourna à nouveau et se retrouva face à un bloc de pierre qui perçait la terre, éclairé par un réverbère. Elle s'en approcha doucement.
« Antoine ? se contenta-t-elle de murmurer, déniant formellement la vérité.
- Il te répondra pas… lui répondit une voix féminine au loin.
- Je… Non ! continua-t-elle paniquée.
- C'est fini Candice… Je suis parti mon amour… Pour toujours…
- Non… ANTOINE ! hurla-t-elle en accélérant le pas vers ce bloc de pierre. »
Le silence lui répondit. Pourtant, la distance entre cette roche illuminée et la commandante ne semblait pas se réduire. Indéfiniment, elle marchait, sans pour autant s'en approcher. Désespérée, elle redoubla d'efforts et jeta vindicativement le bouquet devant elle. Il disparut dans la nuit et la distance semblât enfin se réduire. Elle parvint à se poser devant, distinguant quelques lettres gravées sur du marbre : « Antoine DUMAS DE L'ESTANG (1976-2022) ». Ses yeux s'embuèrent. Tout était donc terminé. L'équipe avait échoué. Antoine n'avait pas survécu. Elle approcha doucement ses doigts de ces gravures : « Non… » murmura-t-elle en s'effondrant en larmes. « Reviens !... » continua-t-elle.
« ANTOINEEEEEE » hurla-t-elle en se réveillant en transe dans son lit.
Candice marqua un temps, reprenant doucement ses esprits. « Putain… » pesta-t-elle en comprenant qu'il s'agissait d'un mauvais rêve. Elle tourna la tête vers le réveil qui affichait 2h47 avant de souffler à nouveau en s'allongeant violemment dans les draps. Prise de remords, elle récupéra son téléphone sur sa table de nuit et cliqua sur l'onglet de sa galerie, choisissant de regarder les quelques clichés qu'elle avait pu prendre de leurs moments en famille, avec leurs collègues et à deux.
. . . . .
Le lendemain matin, Candice ouvrit les yeux et s'observa dans son miroir. Ils étaient rouges et gonflés. La nuit avait été compliquée. Elle n'avait à nouveau pas beaucoup dormi, obnubilée par la disparition d'Antoine. Elle sortit difficilement du lit, enfila un pull et un jean avant d'ouvrir la porte pour rejoindre le salon où Sacha et Emma étaient en train de petit-déjeuner. Ils l'observèrent se diriger vers la cuisine et récupérer une tasse dans le tiroir.
« J'ai préparé des tartines ! s'exclama Emma avec espoir.
- Merci mais j'ai pas faim…
- Vous avez tort hein ! Faut manger…
- Allez, juste une seule ! renchérit sa fille.
- En plus, c'est la confiture qu'Antoine a achetée et elle est… EX-QUISE. Rajouta Sacha sans réfléchir. »
Emma lui jeta un regard noir pendant que Candice leva les yeux au ciel avant de retenir à nouveau ses larmes. Elle versa le liquide brûlant dans sa tasse et sortit sur sa terrasse munie d'un plaid. Sacha et Emma se regardèrent avec étonnement.
« Mais il fait super froid dehors… constata Sacha.
- Je sais… Laisse-là…
Soudain, le couple fut dérangé par un bruit sourd qui résonna contre la porte.
- Bah qui c'est qui vient à cette heure-là ?
- J'y vais ! déclara-t-elle en se levant avant de se diriger vers l'entrée. Val ?! s'étonna-t-elle en ouvrant la porte.
- Salut ! commença-t-elle gênée. Je… J'peux entrer ?
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Candice est là ?
- Sur la terrasse. Elle va pas bien…
- Ok… Je… On nous a signalé un corps… Sur la plage et… la description correspond à celle d'Antoine…
- QUOI ? cria-t-elle d'étonnement.
- Val ? Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Candice qui venait de rentrer après avoir été alertée par le cri de sa fille.
- Euh… Tu… Tu veux pas t'asseoir avant ?
- Non ! s'impatienta-t-elle. Qu'est-ce qui se passe ? Y a du nouveau c'est ça ? paniqua-t-elle.
- Oui… Enfin… On sait pas… On… On a retrouvé un corps sur la plage et…
- ET ? insista-t-elle.
- Il se pourrait qu'il s'agisse d'Antoine.
En réaction, Candice lâcha sa tasse qui s'écrasa sur le sol. Figée, elle ouvrit la bouche mais ne put sortir aucun son.
- Maman… Ça va ? demanda Emma inquiète.
Candice acquiesça en ravalant sa salive. Visiblement, la commandante encaissait difficilement la nouvelle.
- Mehdi et Nathalie sont partis sur place… Je vais les rejoindre...
- On y va ! murmura-t-elle avec amertume. »
Val parvint à convaincre sa collègue de rester sur le siège passager. Candice ne parlait pas, se contentant de tapoter sur la portière pour tenter de contenir son angoisse. L'ambiance était pesante. Le trajet lui semblait interminable. Pire encore, voilà qu'elles venaient d'être bloquées dans des embouteillages.
« ALLEZ ! s'emporta Candice rongée par l'angoisse. Putain…
- On est pas loin en plus… expliqua Val en lisant son GPS.
- Mets le gyro.
- Mais on y est presque…
- METS LE GYRO ! ordonna-t-elle »
Candice tentait de se contrôler comme elle pouvait mais plus le point de destination s'approchait, plus l'angoisse grimpait. Les images du cauchemar de cette nuit lui revinrent en mémoire, la convainquant presque d'avoir fait un rêve prémonitoire. Val accélérait dans les ruelles de la ville, doublant les véhicules qui s'écartaient pour les laisser passer. Elle finit par se garer sur le parking de la plage. Furtivement, la commandante se détacha, son cœur tambourinant dans sa poitrine. Portée par l'adrénaline, elle claqua la porte et commença une course effrénée jusqu'au bord de mer où Nathalie s'activait déjà.
« ANTOINE ! hurla-t-elle avec rage alors qu'elle s'approchait de la rubalise.
- STOP ! Vous pouvez pas passer ! l'empêcha un officier.
- POUSSEZ-VOUS ! protesta-t-elle. ANTOINE ! hurla-t-elle en tentant de se débattre de l'emprise du policier. LÂCHEZ-MOI ! »
Alerté par le bruit, Mehdi se retourna et l'observa s'emporter contre leur collègue. Rapidement, il courut en sa direction en priant l'agent de la laisser passer. Elle courut vers lui complètement transie de peur.
« C'est pas lui Candice… C'est pas lui ! » annonça-t-il avec assurance.
Candice sentit toute la pression descendre dans son corps. « Mais… » se contenta-t-elle de marmonner les larmes aux yeux. « C'est pas lui ! » répéta-t-il pour la rassurer. La commandante le fixa, encore sonnée par l'angoisse. Elle sentit ses jambes trembler et éclata en sanglot dans les bras de Mehdi qui tentait de la maintenir debout. « C'est pas lui… » répéta-t-il doucement à son oreille.
. . . . .
Une heure plus tard, l'équipe avait fait son retour à la BSU. Candice était parvenue à s'apaiser quelque peu grâce à l'intervention de ses collègues qui l'avaient rassuré. Réunis dans la salle de repos, Candice soufflait sur sa tasse de thé en écoutant la discussion de ses amis.
« Tu sais que t'as plein de farine dans les cheveux ? s'étonna Mehdi en approchant son visage des cheveux de sa collègue.
- Putain ! J'en ai encore ? sérieux ?
- Bah ouais… confirma-t-il amusé.
- J'vais tuer Marion… On faisait un gâteau ce matin et elle a donné le paquet de farine à Tom pour l'occuper. Il en a mis PARTOUT ! C'était terrible…
- Mais naaaaaan ? »
La commandante se mit à sourire, songeant à un moment qu'elle avait vécu quelques temps plus tôt avec son compagnon.
« T'as pris quelle farine pour la pâte à crêpes ? demanda Candice à son conjoint qui mélangeait les ingrédients dans un plat.
- Bah… J'en sais rien… quelle importance ?
- QUELLE IMPORTANCE ? s'indigna-t-elle.
- Bah quoi ? demanda-t-il perplexe.
- Chéri… Tu sais quand même que JE suis la spécialiste des crêpes… donc oui je te confirme que le choix de la farine est FONDAMENTALE dans la réalisation de la pâte à crêpes.
Antoine la regarda l'air renfrogné.
- C'était ce paquet. Expliqua-t-il en le pointant du doigt.
Candice récupéra le bol dans lequel Antoine avait versé la farine. Elle approcha sa tête et observa la quantité visible grâce aux graduations.
- Quoi ? Ça va pas c'est ça ?
- Si… lâcha-t-elle en soufflant.
- CANDICE ! pesta-t-il alors qu'il venait de recevoir de la farine sur son visage à cause du souffle de sa compagne.
La commandante éclata de rire, visiblement amusée par la situation.
- Quoi ? continua-t-elle avant de souffler à nouveau.
- T'es sérieuse ? s'indigna-t-il.
Candice éclata de rire à nouveau avant de voir son compagnon se munir du paquet de farine.
- AH NON ! le menaça-t-elle avec amusement.
- Si… contesta-t-il en rigolant.
- NON ! ANTOINE ! protesta-t-elle alors qu'il lui jetait de la farine au visage.
Le commissaire éclata de rire en voyant la mine faussement énervée de sa compagne.
- Tu sais que tu vas me le payer très très cher… le prévint-elle en jetant des regards sur son pot.
- C'est ce qu'on va voir ! répliqua-t-il avec fierté en poursuivant la bataille. »
...
« Oh ! Candice ? T'es avec nous ? demanda Mehdi. T'en penses quoi ?
- Ah ! Euh ! Oui… C'est bien ça…
Val et Mehdi se regardèrent perplexe.
- Mais non, on…
- On a l'identité de la victime ! déclara Gratien en faisant une apparition furtive dans la pièce. »
