Dans l'openspace, l'équipe venait d'apprendre que le corps retrouvé sur la plage n'avait rien à voir avec leur enquête. L'espoir s'amoindrissait encore au grand damne de Candice qui venait de vivre un véritable ascenseur émotionnel. La blonde retourna à son bureau et souffla un bon coup afin de reprendre ses esprits.

« Ça va faire presque 48h qu'ils ont emmené Antoine… On a rien… MAIS… Ils vont forcément faire une erreur. C'est deux jeunes qui sur un coup de tête ont décidé de mener le casse du siècle… C'est impossible qu'ils ne commettent pas d'impairs… Impossible… réfléchit-elle à haute voix en observant le tableau transparent où trônait une photo d'Antoine.

- Ils sont tellement imprévisibles… constata Gratien. C'est complexe…

- Et leur voiture n'a été repéré à aucun endroit… Qu'est-ce que vous feriez en premier si vous aviez enlevé quelqu'un vous ?

- Je chercherais de quoi le nourrir ! intervint Mehdi.

- Mais non Mehdi… Faut se mettre à leur place ! Tu crois vraiment qu'ils vont le chouchouter ?

- Ouais… pardon… j'ai pas réfléchi…

- Ils vont chercher à fuir je pense… réfléchit Gratien. Ils savent qu'ils ont fait de la merde… qu'il leur reste qu'à se barrer. Mais… s'ils décident de partir c'est…

- Sans Antoine… termina-t-elle l'air grave.

- Y a deux solutions, commença l'homme de la BRI. Soit ils l'ont laissé dans le coffre de la voiture et ils l'ont stationné quelque part. Soit…

- Ils l'ont mis quelque part et se sont débarrassés de la voiture.

- Exactement ! affirma Gratien. Bon, déjà ils sont pas allés dans des lieux qu'ils connaissent…

- Personne n'a signalé une voiture abandonnée, calcinée ou je ne sais quoi ces dernières heures ? demanda Candice.

- Je me renseigne ! lâcha Ismaël.

- Merci !

- Donc tu penses qu'ils vont quitter la France à pied ? demanda Marquez perplexe.

- Non… par contre, ils peuvent récupérer un autre véhicule. Regarde les dernières plaintes pour véhicule volés tiens !

- Ok je m'y mets. »

Ils s'activèrent devant leurs écrans d'ordinateur pendant plus d'une heure. Recensant les véhicules volés, identifiant les zones du vol et en estimant les temps de parcours potentiel avec la voiture.

« J'ai une voiture qui pourrait correspondre à la leur. Elle a été retrouvée hier soir complètement carbonisée derrière une décharge à quelques kilomètres de Béziers. Elle a été emmenée à la casse.

- Tu les as appelés ? Ils ont vérifié s'il y avait pas un corps dedans ? demanda Gratien.

- A priori, elle est vide.

- Bien. Ismaël et Val vous allez sur place voir s'il s'agit bien de leur voiture. On sait jamais, le contexte dans lequel elle a été retrouvée pourrait peut-être nous aider.

- Concernant les plaintes pour voiture volée, commença le capitaine, j'en ai deux à Sète ces derniers jours et si on élargit jusqu'à 60 kilomètres, j'en ai six.

- Fais un focus sur les dernières heures. Disons douze heures maximum.

- Ok ! C'est parti. Alooooors… J'en ai une ! Plainte recensée à Béziers ce matin même.

- Béziers… C'est pas anodin… Je les appelle ! annonça Candice. »

La commandante se dirigea rapidement dans son bureau et s'empara de son téléphone. Elle tapa les coordonnées transmises par son collègue et attendit impatiemment une réponse.

. . . . .

Prostré dans un recoin de la pièce sombre et insalubre dans laquelle il avait été conduit de force, Antoine luttait contre la fatigue. Il ouvrit difficilement les yeux et entendit des voix.

« C'est quoi le plan maintenant ?

- J'en sais rien… Maintenant qu'on a changé de caisse…

- Faut qu'on se casse…

- Ouais mais avec lui là… On est pas dans la merde…

- Je t'avais dit de le faire taire une bonne fois pour toute !

- Ça va… T'as vu ce que je lui ai mis ? Il peut plus bouger là…

- Oui mais il peut parler… C'est déjà de trop !

- Ça va bientôt faire deux jours qu'il a pas mangé, il a bu trois gouttes d'eau… Il partira de lui-même. »

Les deux hommes ouvrirent la porte. La lumière du jour pénétra dans la pièce et éblouit le commissaire.

« Vous allez où ?

Les deux hommes se regardèrent et éclatèrent de rire.

- Parce que tu crois vraiment qu'on va te le dire ? s'amusa l'un des deux en s'approchant de lui.

- On se casse ! Ça te suffit comme réponse ?

- Ma femme est flic… Ils me cherchent… Vous… Vous allez le payer cher… parvint-il à articuler.

- Hum… Pour ça faudrait déjà qu'ils te retrouvent… Et vu où on est… Ce sera pas demain la veille ! Alors d'ici là…

- Bande de connards…

- T'as dit quoi là ? s'emporta l'un des frères. T'AS DIT QUOI LÀ ?

- Bande de connards… répéta-t-il avec assurance en articulant bien.

En réaction, Cédric lui attrapa le col de sa veste et le menaça avec le poing.

- CÉDRIC ! C'est bon on s'en fout ! Viens !

- Non mais il se prend pour qui cette petite merde là ! Il veut crever plus tôt en fait !

- CÉDRIC ! hurla l'autre alors qu'il était en train de le frapper violemment au visage. »

. . . . .

« Ah ! s'exclama-t-elle de joie en entendant une voix féminine l'interpeller. Bonjour, Commandant Renoir de la BSU de Sète. Je vous appelle pour avoir des renseignements sur une plainte qui a été déposée chez vous ce matin.

- Je vous écoute.

- Il s'agit d'une voiture volée. D'après le fichier, l'homme serait venu chez vous vers 8h.

- Oui c'est bien ça. Ce matin, plainte recensée à 7h53. Contre « X » évidemment, puisque l'homme n'a pas pu voir le voleur. C'est une Peugeot 308 rouge immatriculée BC-580-PC.

- Merci. Et est-ce que vous auriez davantage de renseignements sur le contexte du vol ? Ça nous serait très utile… On pense que ça a un lien avec l'enlèvement d'un commissaire de police.

- Euh… D'après les détails, l'homme était en train de faire ses courses et quand il est revenu sur le parking, elle n'était plus là. Il nous a également informé qu'il n'avait plus d'essence. Donc ils n'ont pas dû aller bien loin sans en remettre…

- Vous avez récupéré les caméras de surveillance du parking ?

- Euh… Pas encore. Je vous avoue qu'on a pas eu le temps de s'y pencher.

- On va s'en charger… Ça vous dérangerait de nous transmettre le dossier ? Le temps est compté et on a peu de pistes…

- Aucun problème, j'en parle à mon supérieur et il vous transmet le dossier.

- Bien je vous remercie. J'attends votre e-mail. Au revoir. »

Candice revint voir ses collègues avec ces nouvelles informations. Cependant, rien ne prouvait que le vol de la voiture eût été réalisé par les deux frères et encore moins qu'ils n'avaient pas déjà quitté le territoire. À peine le mail reçu, la commandante contacta le supermarché en question, les pressant pour obtenir les vidéosurveillances de ce matin. Face à leur refus, le ton monta très vite et Candice finit par les convaincre de coopérer en employant le ton de la menace.

« J'ai quelque chose ! s'écria Mehdi.

- ALORS ? s'exclama-t-elle partagée entre inquiétude et excitation.

- C'est bien eux… Y a aucun doute.

- Ils sont que deux ?

- Ouais… Antoine a pas l'air d'être avec eux.

- Putain… Qu'est-ce qu'ils en ont fait ?

- Ils ont pas les sacs avec l'argent non plus…

- Ils ont forcément stocké les sacs quelque part… Ils vont pas partir sans !

- Bon ! On diffuse les photos de la voiture au maximum, on alerte la PAF, on relance les avis de recherche… Ils doivent pas être bien loin !

- Il faut regarder les stations-services à proximité de Béziers… Ils ont forcément dû faire le plein.

- Combien de kilomètres à la ronde ? demandant Mehdi.

- Une trentaine pour commencer.

- Y en a à la sortie de Béziers…

- Mais de toute façon, s'ils veulent partir c'est pour quitter la France… Ils ont forcément pris la départementale 64 pour prendre l'A9.

- Où ils savaient que c'était risqué et ont pris les petites routes…

- Putain… maugréa-t-elle. »

La blonde pesta à nouveau contre leur impuissance. Elle s'approcha du tableau transparent et relut les différents éléments d'enquête qui s'offraient à elle. Ils savaient où étaient les frères, mais Antoine… Sans les coffrer, elle savait qu'elle ne le retrouverait pas. Mais le temps était compté… Ses yeux s'arrêtèrent sur la photo d'Antoine. Elle accrocha son regard au sien et ferma les yeux avant d'être interrompue par Marquez qui débarquait en furie dans le bureau.

« On vient de recevoir un coup de fil ! La voiture qu'on recherche a été repérée à une aire de repos de l'A9 entre Narbonne et Perpignan.

- QUOI ? hurla-t-elle d'étonnement. Et ils sont avec ?

- Ils doivent pas être loin en tout cas, la police locale est partie sur place.

- C'est à combien de temps d'ici ?

- 45 minutes.

- On y va ! lâcha la commandante en s'empressant de prendre ses affaires ».