L'équipe parvint à débarquer sur les lieux une demi-heure plus tard. La police locale était déjà sur place et était parvenue à les identifier. La commandante s'empressa d'ouvrir le coffre de la voiture avant de constater qu'il était vide.
« C'est le policier que vous cherchez ? demanda malicieusement l'un des frères.
Candice ferma les yeux et intériorisa son énervement.
Non parce que si c'est ça… Je vous le dis direct, c'est fini.
Candice fit volte-face.
- Il est où ? demanda -t-elle en s'approchant d'eux. IL EST OÙ PUTAIN ? s'emporta-t-elle. RÉPONDEZ ! OOOOH !
- Commandant ! intervint Gratien. Oh ! Oh ! Stop ! déclara-t-il en l'emmenant plus loin.
- Mais… Ils se foutent de notre gueule ! déclara-t-elle à bout de nerfs.
- Je sais ! répondit-il doucement. Mais c'est pas en s'énervant comme ça que ça va changer les choses…
- Alors faites-le ! Si vous savez mieux que tout le monde ! lâcha-t-elle avec hargne avant de le contourner pour s'isoler.
- Sacré caractère… constata Gratien en s'adressant à Mehdi, tout penaud.
- Ah ça ! répliqua le brigadier amusé. Et encore… Vous avez pas tout vu… »
Les deux frères furent rapatriés à la BSU et directement placés en salle d'interrogatoire. D'abord réunis, les policiers se rendirent vite compte qu'ils n'en tireraient rien. Il fallait désormais changer de stratégie. D'un commun accord, ils décidèrent de les séparer et de les interroger individuellement. Trois heures plus tard, les frères s'entêtaient et ne comptaient pas lâcher le morceau au grand damne de Candice qui s'impatientait. Énervée, elle sortit de la salle et claqua le dossier sur la table de contrôle où ses collègues étaient restés.
« Je sors sinon… Je vais me le faire… déclara-t-elle avec énervement.
- Ils diront rien… Enfin en tout cas pas à toi… observa Val.
- Pourquoi tu dis ça ? s'étonna-t-elle.
- Parce qu'ils savent qui tu es pour Antoine…
- Tu crois ?
- Oui… Romain a dit à Gratien « vous pourrez dire à sa femme, qu'elle le retrouvera jamais… Ça sert à rien de s'énerver comme ça… »
- Putain… marmonna-t-elle. Donc c'est fini là ? demanda-t-elle les larmes aux yeux.
- Y a peut-être une solution… intervint Gratien. On peut bluffer.
- C'est-à-dire ?
- Ce qui les rend invulnérable c'est leur lien… C'est même ce qui les a entraîné à faire ce braquage.
- Ah je vois… répliqua-t-elle intéressée. Donc si on dit à l'un, que l'autre nous a donné l'endroit… On peut les faire craquer.
- Exactement ! Il faut qu'on s'échange les suspects...
- Mais c'est risqué…
- C'est quitte ou double…. Mais pour des spécialistes de casino… Autant lancer la mise non ?
- Et moi… Je vous suis ! lâcha Candice qui avait repris toute sa vigueur.
- Allez ! C'est parti ! On va les mettre au tapis… »
Tête haute, Candice récupéra son dossier et changea de salle d'interrogatoire. Il fallait désormais tenter le tout pour le tout. Elle débarqua dans la salle avec assurance et s'installa face à Romain.
« Ah ! C'est plus votre collègue ?
- Eh non ! Désolée de vous décevoir… Il a dû partir précipitamment là où vous gardez le commissaire... Il avait pas de temps à perdre vous voyez…
L'homme éclata de rire.
- Vous bluffez… J'suis pas si con vous savez…
- Vous croyez que je bluffe pour un collègue… ? Enfin… Non… pardon on est entre nous donc je peux bien vous dire que c'est plus qu'un collègue pour moi… Enfin vous le savez déjà de toute manière…
- Mais si vous avez l'adresse… Pourquoi vous êtes encore là ? Vous voulez pas retrouver votre mari ?
Candice s'autorisa un large sourire.
- En fait… J'suis un peu déçue… Non c'est vrai, au début je trouvais ça beau une telle solidarité, entre vous. Une vraie fraternité. Vous êtes un peu comme les trois mousquetaires… Un pour tous… Tous pour un… Enfin, plutôt « était »…
- Le trio s'est finalement transformé en duo… Tant pis…
- En duo ? lâcha-t-elle dans un éclat de rire. Mais comment pensez-vous qu'on a obtenu l'adresse ?
- Cédric ? Non… C'est pas possible il est trop bête pour avoir fait ça…
- Aïe… C'est bien ce que je pensais… Unis sur le papier mais… quand il s'agit de sauver sa peau… c'est chacun pour soi.
Candice marqua un temps face au silence de Romain.
Yohan vous a trahis, vous a pris de l'argent… Il a même essayé de nous aider à vous retrouver… Et là, Cédric… en qui vous aviez confiance… qui nous donne l'adresse… Non c'est fâcheux… Surtout que là, comme ils ont coopéré… Le juge sera nettement plus clément avec eux.
- Quoi ? Mais non ? On était deux à l'avoir gardé dans cette cabane, c'est quand même pas moi qui vais payer pour lui aussi !
- Ah mais… C'est comme ça…
- Mais en plus c'est lui qu'a eu l'idée de la cabane à Roquebrun ! Il se fout de ma gueule ! s'emporta-t-il.
- La cabane de Roquebrun vous avez dit ?
- Hein ?
- Putain… chuchota-t-elle avant de se lever en trombe »
Candice sortit de la salle d'interrogatoire en chargeant un officier de prendre en charge Romain qui venait de donner des renseignements sur le lieu où Antoine était retenu. Elle débarqua dans l'openspace et chargea Ismaël de regarder sur un plan les environs de la commune. Entourée d'un espace forestier, la tâche s'annonçait ardue. Ils passèrent presqu'une heure à scruter les environs et parvinrent à isoler trois zones de recherches. Ils s'y rendirent en groupe et se séparèrent pour multiplier les chances de tomber sur Antoine. Candice décida de suivre Mehdi, Val et quelques officiers de police, Gratien et ses deux lieutenants se chargeaient d'une autre zone et enfin Marquez et Ismaël accompagnés d'officiers allaient dans la dernière.
« Candice ! cria Mehdi à travers la forêt. Y a des traces de pneus là… Elles sont fraîches.
- Vu la taille ça peut correspondre à un 4x4. Ils avaient pas encore la 208 à ce moment là…
- Les traces continuent par là… observa Val.
- On a qu'à les suivre ! »
La commandante indiqua la direction à prendre et l'équipe de 6 agents décida de se séparer sans trop s'écarter. Dix minutes plus tard, Candice commençait à sentir le stress grimper en elle. Cela faisait des kilomètres qu'ils marchaient mais jusqu'à présent, ils n'étaient tombés sur aucune cabane. Elle décida de prendre une pause dans sa marche lorsqu'un agent hurla son grade à travers les arbres : « Commandant ! IL EST LÀ ! » entendit-elle crier. La blonde marmonna un « putain » et, les larmes aux yeux, commença une course effrénée jusqu'à son collègue. Elle débarqua devant une petite maison en pierre et entra furtivement à l'intérieur. Elle aperçut son compagnon prostré dans un coin de la cabane, inerte.
« POUSSEZ-VOUS ! hurla-t-elle aux officiers qui s'étaient approchés du commissaire.
- Y a un pouls, mais il est faible.
- APPELEZ LES SECOURS ! s'époumonna-t-elle en se jetant sur son partenaire. »
Candice l'observa, mal en point. Antoine était inconscient mais, à son grand soulagement, il était vivant… Elle caressa doucement sa joue, les yeux remplis de larmes.
« Je suis là mon amour… Je suis là… Je reste avec toi… Ça va aller hein ! Les secours arrivent… Ça va aller… » chuchota-t-elle en embrassant sa main avant de laisser couler quelques larmes.
. . . . .
Dans le hall de l'hôpital, Candice attendait impatiemment des nouvelles de son compagnon. Elle était montée dans le camion de pompiers qui l'avait transporté jusqu'au centre de santé le plus proche. Sans attendre, le commissaire avait été pris en charge et conduit à passer une batterie d'examens. Une heure plus tard, un médecin sortit d'une pièce et se dirigea vers la commandante.
« Alors ? demanda-t-elle au médecin avec impatience.
- Il est tiré d'affaires ! On le réhydrate par intraveineuse et on a soigné ses blessures. En revanche on a dû lui administrer des antidouleurs pour le soulager… Ils n'ont pas été tendre avec lui…
- D'accord ! J'peux le voir ?
- Allez-y ! Mais il s'est endormi là… Il risque d'être un peu dans les vapes les prochaines heures.
- Merci ! lâcha-t-elle en souriant avant de se diriger vers sa chambre ».
Candice ouvrit doucement la porte. Instinctivement, un grand sourire se dessina sur son visage. En silence, elle déposa ses affaires sur la chaise à côté du lit et l'observa. Il dormait paisiblement, le bras droit dans une atèle et le bras gauche immobilisé par la perfusion destinée à l'hydrater. La commandante s'autorisa à s'asseoir sur le côté du lit et embrassa sa main avant de nicher sa tête dans le creux de son cou. Apaisée par sa présence, elle soupira de satisfaction et ferma les yeux à son tour lorsqu'elle le sentit bouger. Doucement, elle releva la tête et rencontra ses yeux à peine ouverts.
« Oh… Mon amour… chuchota-t-elle avant de l'embrasser tendrement.
- Aïe ! Aïe ! protesta-t-il lorsque ses lèvres touchèrent les siennes.
- Pardon… T'as mal ? demanda-t-elle en effleurant ses blessures de ses doigts.
- Ça va… répondit-il en souriant faussement.
- Tu m'as fait tellement peur… confessa-t-elle au creux de son oreille.
Antoine soupira, toujours dans le coltard sous l'effet des médicaments.
- Tout va bien. Je suis là.
Candice acquiesça en souriant avant de nicher sa tête dans le creux de son cou à nouveau.
- J'ai cru qu'on te retrouverait jamais… chuchota-t-elle. »
Soudain, la sonnerie du téléphone de la commandante retentit. À contrecœur elle se détacha d'Antoine qui peinait à garder les yeux ouverts. Elle répondit évasivement à son collègue tout en maintenant le regard sur son compagnon. Elle raccrocha rapidement et rangea le téléphone dans son sac avant de reprendre place à ses côtés.
« Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il doucement.
- Ils ont besoin de moi à la brigade… Je dois y aller… expliqua-t-elle avec déception en saisissant sa main.
- Ah…
- Je règle tout ça et je reviens vite, d'accord ? Antoine acquiesça. En attendant, repose-toi… conseilla-t-elle en caressant son visage.
- Aïe ! maugréa-t-il au contact de ses doigts.
- Pardon… chuchota-t-elle en approchant son visage du sien. Promis je fais attention ! jura-t-elle avant de l'embrasser doucement. À tout à l'heure mon amour ! »
Candice délaissa son compagnon à conte-cœur et rejoignit son équipe à la BSU. Sans commissaire, la procureure exigeait la présence de la commandante pour régler les dernières formalités administratives relatives à l'enquête. D'autant plus que dans ce cas précis, se trouvaient mêlées le braquage du casino de Cassis, la tricherie de celui de Balaruc, le braquage de celui de Palavas, la tentative de meurtre sur l'un des trois frères ainsi que l'enlèvement et la séquestration d'un commissaire de police. Les charges encourues étaient lourdes et la procédure se devait d'être minutieuse. Candice prit le soin de rassurer ses coéquipiers sur l'état de santé d'Antoine qui devait rester en observation pour les 24 prochaines heures, avant de se plonger dans la paperasse pour une bonne partie de la soirée.
