Assis sur une chaise du salon de jardin, le père d'Antoine se tenait la tête entre les mains, véritablement bouleversé par la perte de son ami. Depuis le salon, le commissaire l'observait, le regard perdu, lorsqu'il entendit son prénom résonner depuis l'entrée.
« Je suis là… déclara-t-il en arrivant dans l'entrée face à Candice.
- Je suis désolée pour votre ami… Eh… ! lâcha-t-elle en s'approchant avant de caresser tendrement sa joue.
- Ça va… mentit-il. C'est pour lui que c'est plus dur…
- Il est où ?
- Dehors… Sur la terrasse… J'ai renvoyé Maryvonne chez elle… Elle était pas bien non plus…
- Tu m'étonnes… T'as bien fait…
- Ouais…
- Nathalie va pas tarder…
- Ok… acquiesça-t-il en baissant la tête.
En silence, Candice l'observa, touchée par cette vulnérabilité qu'il exposait rarement devant elle.
- Hum… J'en connais un qui aurait bien besoin d'un câlin… lâcha-t-elle en souriant.
- Ah non ! Hors de question que je le prenne dans mes bras… protesta-t-il.
Candice rigola doucement.
- Mais non… Je parle de toi… avoua-t-elle avant de l'enlacer par la taille.
- Merci… chuchota-t-il en osant nicher sa tête dans le creux de son cou à l'abris des regards indiscrets. »
Une dizaine de minutes plus tard, Nathalie et son équipe débarquèrent sur les lieux de l'incident. Ils s'activèrent pendant une heure avant que la responsable de l'IJ ne fasse un débriefe au commissaire.
« Bon… Vu les rigidités cadavériques, il s'est tué hier soir. On a que ses empreintes sur l'arme et dans tout le bureau. Ça confirme donc l'hypothèse du suicide. D'autant plus qu'il a laissé une feuille avec quelques mots dessus… expliqua-t-elle en tendant la feuille sous scellé à Antoine.
- « Je suis désolé pour tout… Pardonne-moi Harold… » lut-il à haute voix. Je vais le voir ! lâcha-t-il durement.
- Merci Nathalie… déclara Candice avant de quitter la pièce pour suivre son partenaire.
- Papa ?
- Oui ? Y a du nouveau ? demanda-il depuis le salon.
- Je peux savoir ce que vous trafiquiez ?
- Hein ? Mais rien du tout…
- Je cite « pardonne-moi Harold ». Il parle bien de toi là non ?
- Oui mais… Je comprends pas…
- Vous deviez vous voir hier soir ?
- Oui ! C'était notre rituel du jeudi soir. Tu me soupçonnes de quoi là au juste ?
- De rien ! J'aimerai juste comprendre pourquoi est-ce qu'il en est arrivé là ? Sachant que tu es impliqué dans cette histoire ! s'énerva-t-il.
- Mais j'en sais rien ! Je te jure !
- Bon ! temporisa la commandante. Ça sert à rien de s'énerver ! Visiblement, Henri avait des remords qui vous concernaient. Si vous ne voyez pas de quoi il s'agit, c'est pas grave. Dans tous les cas, on finira par trouver.
- Non… se radoucit-il. On allait au golf ensemble, on assistait aux matchs de tennis, on se rendait des services… C'était comme mon frère…
Antoine éclata de rire.
- Ton frère ? Tiens-donc ! T'as pas toujours dit ça hein… commença-t-il en s'emportant.
- Bon ! ANTOINE ! Vous règlerez vos comptes plus tard. Un brigadier va prendre votre déposition, expliqua-t-elle au septuagénaire. Nous on va voir la voisine. »
Agacé par cette situation semblable à un ring de boxe, Candice tourna les talons en priant Antoine de la suivre. À peine étaient-ils arrivés au bout du chemin de graviers que la commandante lui remit les pendules à l'heure.
« Bon Antoine je te préviens… Tu peux pas continuer comme ça ! Qu'est-ce qui se passe ? Je te reconnais pas là !
- C'est pas de ma faute ! Il me rend dingue ! Il fait celui qui sait rien mais… crois-moi il en sait beaucoup plus que tu ne le penses !
- Peut-être mais c'est pas la peine de réagir au quart de tour à chaque fois bon sang !
- Ça c'est parce que tu sais pas à qui tu as à faire…
- Ah bah c'est sûr que je risque pas de savoir puisque tu ne m'en as jamais parlé… lâcha-t-elle pleine de reproches.
- Parce que y a rien à dire, voilà !
- Au contraire… Je crois que t'as plein de choses à dire justement…
- Tu m'emmerdes Candice ! lâcha-t-il en la devançant sur le trottoir.
- Ah ! Ah ! On dirait que j'ai touché un point sensible… se vanta-t-elle fièrement. »
Antoine souffla en jurant entre ses dents. Jamais le commissaire n'avait été aussi exposé dans sa vulnérabilité. Et Candice venait de réussir à toucher sa corde sensible. Son histoire avec son père était houleuse, douloureuse et méritait d'être enfouie au fin fond de sa carcasse. Pourtant, ce suicide venait l'ébranler de plein fouet. Alors… Il fallait désormais faire bonne figure, encaisser et respecter la devise familiale « garder ses émotions ».
Maryvonne accueillit le couple et l'invita à s'asseoir au salon. Il accepta et Candice, restée en retrait, laissa son compagnon poser les questions.
« Il est bientôt 16h30… Vous prendrez bien un petit goûter ? proposa-t-elle gentiment.
- C'est gentil merci mais on va pas être longs… répondit Antoine en souriant.
- Ah ! C'est parce que je n'ai pas tes cookies préférés… C'est ça ?! Je me souviens… À chaque fois que tu venais chez Henri, je savais qu'à 16h tu te pointerais devant ma porte pour les dévorer…
Antoine se mit à sourire en repensant à ses souvenirs.
- Ouais… C'était le bon vieux temps…
- N'empêche que t'as pas changé ! Toujours beau garçon… T'as dû en faire tourner des têtes… Hein ?!
Candice rigola doucement et rencontra le regard amusé de son compagnon.
- C'est pas moi qui le dit… plaisanta-t-il en acceptant une tasse de café.
- Et comment va-t-on frère ?
- Pierre va bien ! Toujours dans son cabinet à Montpellier… Il bosse tout le temps… Je le vois jamais !
- Hum… Lui aussi ça fait une éternité que je l'ai pas vu… Peut-être quoi ? Quinze ans ?
- Ouais… Mais avec ce qu'il s'est passé… On a arrêté de venir ici… C'était mieux pour tout le monde.
- Je comprends…
- Je suis même étonné que papa soit redevenu ami avec lui… À l'époque, ils se tiraient dans les pattes… On avait l'interdiction formelle de poser un pied ici…
- Ton père était jaloux… Puis y a eu cette histoire de fausse paternité… T'étais difficile à gérer, rebelle même… alors il s'est convaincu que s'il y arrivait pas avec toi c'est parce que c'était pas ton père…
Antoine baissa la tête. Candice fronça les sourcils, intriguée par cette histoire dont elle n'avait jamais entendu parler.
- Et si on parlait du temps présent ? proposa la commandante en souriant.
- Bien sûr… accepta la grand-mère en souriant à son tour. Henri était très discret mais il était apprécié. Je l'aurais jamais cru capable d'une chose pareille.
- Vous savez parfois on croit connaître les gens mais… on se rend compte qu'on a encore plein de choses à apprendre sur eux… répliqua la commandante en glissant un message subliminal à son compagnon.
- Ça faisait cinq ans qu'il avait pris sa retraite à l'hôpital. Mais il continuait de faire des consultations chez lui… C'était très select d'ailleurs.
- Vous savez quand il a reçu son dernier patient ?
- Non pas précisément… Je sais qu'hier il n'y a eu personne. Mais avant-hier il a du recevoir quelques patients.
- Il doit sûrement tenir un registre… Je vais demander à Val de checker. Annonça la commandante en s'emparant de son téléphone.
- Je t'ai même pas demandé… T'as des enfants ?
- Oui ! Une fille, Suzanne, répondit-il fièrement en lui montrant une photo sur son téléphone.
- Oh… Elle est mignonne ! Et qu'est-ce qu'elle te ressemble… Par contre… elle ressemble pas beaucoup à sa mère… constata-elle en observant Candice.
Antoine rigola doucement.
- Je suis pas sa mère… affirma-t-elle en souriant.
- Mais vous êtes sa femme…
- Laisse-tomber, on peut jamais rien lui cacher… lâcha-t-il en souriant. Déjà à l'époque, elle comprenait tout, tout de suite.
- Et je crois qu'avec l'âge c'est encore pire ! affirma la grand-mère en rigolant. »
Candice et Antoine finirent par remercier Maryvonne et quittèrent les lieux pour rejoindre leur équipe qui venait de terminer leurs recherches. D'un commun accord ils se donnèrent rendez-vous à la BSU. Antoine devait maintenant demander à son père de quitter le domicile d'Henri à son tour.
« Mehdi, mon collègue, va te ramener chez toi papa.
- Je peux pas venir avec vous ?
- Non ! s'agaça-t-il. Tu vas rentrer te reposer et on te tiendra au courant si y a du nouveau.
- Ok…
- Bien… lâcha Antoine en tournant les talons avec sa partenaire.
- Antoine ?
- Quoi ?
- Je me disais, avec tout ça… ce serait bien qu'on apaise les choses… Pourquoi est-ce que tu ne viendrais pas dîner à la maison ce soir, avec Jennifer évidemment ?
Antoine lâcha un petit rire jaune avant de regarder sa compagne le sourire en coin.
- Ça fait cinq ans qu'on est séparés papa…
- Ah ! Je savais pas…
- Étonnant… ironisa-t-il. Puis je sais pas si c'est une bonne idée…
- Mais si… Il est temps de faire taire nos vieilles rancœurs… Tu crois pas ?
- Hum… répliqua-t-il dubitatif. Ok… Mais… Je viendrai quand même accompagné.
- Eh bien parfait ! Comme ça, on fera les présentations. Elle s'appelle comment ?
- En fait… Tu la connais déjà…
- Ah… Euh ? l'interrogea-t-il perplexe.
Antoine se tourna vers Candice et dans un sourire la rapprocha d'eux en passant sa main dans son dos.
- C'est moi ! lâcha-t-elle dans un rire strident.
- Ah ! Je… Ok ! Candice c'est ça ?
- Exactement.
- Bon beh à ce soir alors.
- À ce soir ! répondit son fils en l'observant faire demi-tour.
- Ça va être un fiasco ce dîner… songea Antoine l'air désespéré.
- Mais non… Ça va bien se passer ! Enfin… Si évidemment tu parviens à garder ton calme…
- Ça c'est moins sûr… Puis ça se voit que tu le connais pas…
- Hum… C'est vrai que j'ai l'impression de découvrir une partie de toi que je connais pas…
- Peut-être parce que c'est pas la meilleure… lâcha-t-il mystérieusement avant de s'approcher de sa voiture.
- Mais elle fait quand même partie de toi…
- C'est vrai…
- Tu me raconteras un jour ? demanda-t-elle d'une voix enfantine en se plantant face à lui.
- De ?
- Ce qui t'as rendu si dur alors qu'au fond t'as un petit cœur qui souffre… chuchota-t-elle sur le même ton en prenant soin de mettre une main sur son cœur.
Antoine ferma les yeux une seconde et évita son regard.
Quand je te dis que tu peux rien me cacher… lâcha-t-elle fièrement. »
En réponse, Antoine se contenta de vérifier que personne ne les regardait avant de déposer un doux baiser sur ses lèvres. Il observa Candice grimper dans sa voiture et referma la portière avant de se diriger vers la sienne pour rejoindre la BSU.
