Dans la salle de repos, Val rejoignait Mehdi qui était en train de boire un café. L'air las, il se massait les tempes en fermant les yeux.

« Bah qu'est-ce que t'as ?

- Mais le monsieur que j'ai ramené là… Insupportable ! Il arrêtait pas de critiquer ma conduite ! Soi-disant j'ai pris un chemin plus long… Comme si je connaissais pas la ville ! Puis j'ai rien compris il me racontait sa vie… « Et vous trouvez pas que mon fils serait mieux dans un grand commissariat réputé »… et gnagnagna, répéta-t-il en prenant un ton hautain.

- Bah tu t'attendais à quoi en ramenant Harold Dumas ?

- Bah… Attends quoi ? Il a le même nom qu'Antoine ?

- Mais t'as vraiment RIEN compris en fait… lâcha Val en explosant de rire.

- Bah non ?

- C'est mon père ! intervint sèchement Antoine en entrant dans la salle de repos avec Candice.

- Aaaaaaaaaaah ! Je me disais bien que…

- Que ? demanda Antoine faussement intrigué.

- Non rien… répliqua-t-il gêné alors que Candice ricanait discrètement derrière

- Sinon… du nouveau peut-être ? demanda le commissaire.

- Euh, Marquez a commencé à regarder son agenda mais y a rien de suspect. Il a contacté le dernier patient mais il a pas répondu donc il a laissé un message.

- Ok ! On va attendre demain donc… De toute façon… Rien ne presse maintenant… Vous pouvez rentrer !

- Déjà ? s'étonna Val.

- Oui ! Dépêchez-vous avant que je change d'avis ! lâcha-t-il en rigolant doucement avant de prendre une tasse de café.

- Merci ! lâchèrent-ils en cœur. Bonne soirée !

- Eh beh… Que vous arrive-t-il monsieur Dumas ? plaisanta Candice en s'approchant.

- Rien ! Pourquoi tu me demandes ça ?

- Bah je sais pas… C'est pas dans tes habitudes…

- D'être un commissaire sympa ?

Candice l'observa en fronçant les sourcils avant de comprendre.

- Oh toi ! Tu stresses pour ce soir !

- Non… mentit-il.

- Arrête Antoine ! Je te connais quand même… Il est si horrible que ça ?

- Y a cinq ans… Ouais… Il l'était.

- Mais ça va aller… On emmène Suzanne ?

- Je préfère pas non… Je lui dirai que c'est pas ma semaine. Tu crois qu'Emma pourrait la garder, avec Sacha ?

- Bah oui ! Puis ça leur fera de l'entraînement comme ça !

- Ok… Bon ! Je traîne pas plus, je vais récupérer Suzanne à la garderie.

- On se rejoint à la maison de toute façon ?

- Oui… enfin… je vais passer un peu de temps avec elle et on vous rejoint après. Ok ? expliqua-t-il en caressant son menton.

- Ok ! À tout à l'heure alors. Accepta-t-elle en souriant.

- Oui ! »

. . . . .

Dans la voiture, Antoine tenait le volant d'une main crispée. Candice l'aperçut mais n'osa rien dire ayant peur de le brusquer. Un rien ne l'irritait. La tension était palpable. Le commissaire Dumas était définitivement angoissé par ce dîner. Il pesta vulgairement contre un deux-roues ayant oublié son clignotant et déclencha un éclat de rire chez sa compagne. Pour l'apaiser, elle approcha sa main de sa nuque et lui caressa doucement.

« Allez détends-toi…

- J'y peux rien ! Dès que j'y pense ça me tend !

- Eh bah pense à autre chose le temps qu'on arrive… Sinon on va finir par arriver en petits morceaux à ce tarif-là…

- Ouais… grommela-t-il en fronçant les sourcils d'agacement. »

Une dizaine de minutes plus tard, le couple se gara et sortit de la voiture. Il sonna à la porte d'une grande maison et fut rapidement accueillit par le père d'Antoine d'une humeur étrangement joviale. Il regarda sa compagne d'un air surpris et finit par entrer dans un long couloir qui desservait le salon. Il pria ses invités de s'installer à table et les quitta le temps d'aller récupérer une bouteille de vin en cuisine.

« Vous avez des nouvelles concernant Henri ? demanda Harold avec inquiétude.

- Pas pour l'instant non… On y verra plus clair demain…répondit le commissaire.

- Ok… À vrai dire j'ai toujours du mal à me remettre de ce qu'il s'est passé…

- C'est normal…

- Et Suzanne est pas avec vous donc ? demanda-t-il à son fils d'un air déçu.

- Non… C'est sa mère qui l'avait cette semaine… mentit-il.

- Ça fait cinq ans que vous êtes plus ensemble c'est ça ?

- Oui…

- Bon en même temps à l'époque… Je t'avais prévenu que c'était pas une fille pour toi…

- Tu vas pas commencer là ? Ça fait à peine cinq minutes qu'on est assis.

- Pardon ! J'arrête ! Bon… Vous voulez du vin Caroline ?

- Avec plaisir mais… Moi c'est Candice ! le corrigea-t-elle.

- Ah oui ! Pardon… J'avais oublié qu'Antoine avait un faible pour les prénoms comment dire…

- Originaux ? termina-t-elle.

- C'est ça ! mentit-il.

Antoine fixait durement son père d'un regard noir.

- Bah me regarde pas comme ça Antoine ! Mais c'est vrai qu'entre Jennifer et maintenant Candice… C'est du grand art ! se moqua-t-il sans rien laisser paraître.

- Et encore ça aurait pu être pire… ma sœur s'appelle Belinda… J'y ai échappé de peu ! plaisanta la commandante en joignant son verre à ses lèvres.

- Eh bah ! C'est même plus de l'art là… mais du cirque ! lâcha-t-il en s'adressant à Antoine en levant les yeux au ciel.

- Antoine ? Du vin ?

- Merci… accepta-t-il après avoir ravalé sa salive.

- Bon en plus ! J'ai voulu marquer le coup donc j'ai cuisiné ! lâcha Harold en s'éclipsant à nouveau vers la cuisine.

- Et bah ! Comme quoi… Tout arrive ! répliqua malicieusement Antoine alors que Candice lui faisait les gros yeux.

- J'espère que ce sera bon… J'ai mijoté une bonne blanquette de veau… Toi qui adore ça !

Harold servit Candice puis Antoine qui n'avait rien osé répondre à son père.

- Allez-y ! Mangez pendant que c'est chaud.

- Mais… commença Candice dubitative. Je croyais que t'aimais pas ça… lâcha-t-elle à son compagnon.

- Ne dites pas n'importe quoi ! Il adore ça…

- Non… C'est vrai… Elle a raison ! Je déteste la blanquette… En fait c'est Pierre qui adore ça…

- Ah bon bah… Je… Tu veux autre chose ?

- Non c'est bon t'inquiète pas, c'est pas grave ! concilia-t-il sincèrement.

Soudain le silence s'installa. Seuls les bruits de couverts retentissaient dans les assiettes.

- Et du coup, commença Candice, Antoine m'a dit que vous étiez médecin… Ça devait pas être facile tous les jours.

- C'est vrai… Ça demande beaucoup de temps et d'énergie mais pour sauver des vies il faut ce qu'il faut !

- Ouais enfin… Certains arrivent à ne pas oublier leur vie de famille… Mais hélas ! Ce n'est pas le cas de tout le monde ! lâcha Antoine plein de reproches.

Harold leva les yeux au ciel et se tourna vers sa belle-fille.

- Et vous donc, vous êtes aussi capitaine, comme Antoine ?

- Euh… répliqua Candice en rigolant doucement. Alors Antoine est commissaire et je suis commandant.

- Ah oui pardon… Tous ces grades… Je m'y perds ! Et vous travaillez ensemble depuis combien de temps ?

- 10 ans ! répondit-elle fièrement.

- Et vous êtes ensemble depuis combien de temps ?

- Papa…

- Bah quoi je m'intéresse à vous !

- Bah disons que c'est un peu compliqué… Comme on travaille ensemble c'est pas facile mais on a réussi à trouver un équilibre et ça fait quasiment un an maintenant.

- Et on va se marier, rajouta Antoine. Enfin… Pas officiellement, mais on va faire une grande fête avec tout le monde pour l'occasion.

- Pas officiellement ? tiqua Harold.

- Non… On a pas envie d'engager de procédure officielle… Ça engage trop de choses justement… et les conséquences que ça peut engendrer si ça se passe mal… on a envie de s'en passer !

- Ah ça je te le fais pas dire ! Avec ta mère j'ai cru que je ne m'en sortirai jamais…

- Et moi j'ai déjà deux divorces au compteur alors j'ai pas envie de remettre ça…

Harold failli s'étouffer en buvant une gorgée de vin.

- Deux ? répéta-t-il outré.

- Oui. Le premier avec le père de mes quatre enfants et le second avec un homme que j'avais rencontré mais ça n'a pas marché.

- Ça pose un problème ? demanda Antoine qui avait senti un malaise.

- Non… Enfin, j'espère que vous changez pas si souvent non plus…

Choquée de cette insinuation, Candice ne répondit rien et avala le reste de son verre avant de tripoter sa bague de fiançailles.

- Donc cette fête… Elle aura lieu quand ?

- On ne sait pas encore. On fera ça avant que Candice parte.

- Vous allez où ?

- J'ai été mutée ! À Marseille… Je prends mes nouvelles fonctions dans un mois, expliqua-t-elle fièrement.

- Et tu la suis ? s'étonna son père.

- Bah oui ! Enfin pas tout de suite, mais je vais la rejoindre dans quelques mois.

- Tu ne vas quand même pas aller là-bas ? À Marseille ? Non mais franchement Antoine…

- Ça va ! C'est pas le ghetto non plus…

- Mais c'est une mutation volontaire ?

- Non ! Candice a reçu la légion d'honneur… Et forcément, une promotion y est liée. Donc elle pouvait pas refuser.

-La légion d'honneur ? Mais ils donnent ça à n'importe qui maintenant en fait ?

Outrée, Candice leva ses sourcils et regardait fixement Antoine qui baissait la tête.

Paris ça aurait été plus prestigieux quand même non ?

- Ah mais je viens de Paris ! J'ai commencé au 36.

- Ouais enfin si vous en êtes partis c'est qu'il y a une raison quand même…

- Qu'est-ce que t'insinues là ? demanda Antoine qui sentait la pression monter.

- Bah quand on commence au 36 et qu'on finit à la BSU de Sète c'est qu'il y a un problème quand même… Non ?

- Non… Elle a quitté Paris pour suivre son ex-mari et ses enfants. Tu vois ! Comme quoi certaines personnes ont le sens des priorités…

- Ça va… C'est pas pareil…

- Ah oui ! C'est vrai… J'suis flic et pas médecin, donc je ne peux pas comprendre !

- C'est pas ce que j'ai dit… Vous êtes pas carriériste, après tout, c'est pas grave… Et vous avez toujours voulu faire ça ?

- Je crois oui… Même si ça plaisait pas à mes parents… Ils me voyaient faire autre chose !

- Ah bah comme nous… Quand on est parent, on aspire au meilleur pour ses enfants… C'était la douche froide quand Antoine nous a annoncé qu'il voulait entrer dans la police… Ils vous voyaient faire quoi les vôtres ?

- Mon père était garagiste donc il s'imaginait que je reprendrais l'entreprise familiale et ma mère… a toujours rêvé que je fasse mannequin.

- Ah… répliqua Harold qui ne s'attendait visiblement pas à cette configuration. En effet… Heureusement que vous ne l'avez pas écouté.

- Papa ! intervint Antoine avec énervement.

- Je… commença-t-elle en bégayant. Euh… Je peux vous emprunter vos toilettes ? demanda Candice qui venait de se prendre une véritable claque.

- Bien sûr ! Deuxième porte à gauche au fond du couloir.

Candice acquiesça et s'éclipsa de la pièce. Harold s'adressa à nouveau à son fils.

- Bah quoi ? Me regarde pas comme ça ! C'est vrai nan ?

- En fait t'as pas changé… lâcha Antoine énervé.

- Non mais franchement Antoine… Je pensais qu'avec Jennifer on avait obtenu le gros lot… Mais apparemment tu continues sur ta lancée…

À l'entente de cette phrase, Candice se tint au mur et sentit les larmes monter. Silencieuse, elle tendit l'oreille et écouta la suite de son discours.

Excuse-moi mais… c'est pas quelqu'un pour toi ça ! Tu mérites nettement mieux fiston. Je comprends pas pourquoi tu t'entêtes à choisir des femmes qui n'ont strictement rien à t'apporter !

Antoine l'écoutait, impassible. Il encaissait ses mots et pensait à Candice. Il finit par trouver la force de s'énerver et osa lui répondre.

- Mais de toute façon j'aurais pu te ramener n'importe qui… T'aurais forcément trouvé quelque chose à redire ! lâcha-t-il en se levant.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Je me casse ! J'ai pas envie de lui faire subir ça plus longtemps.

Candice revint dans le salon, abasourdie par ce qu'elle venait d'entendre. Elle aperçut son compagnon debout prêt à partir et l'interrogea du regard.

Mon amour, on y va ! On est pas les bienvenus ici. Déclara-t-il durement.

- Antoine… Le prend pas comme ça ! s'exclama son père alors qu'il aidait Candice à mettre son manteau.

- Ah bon ? s'énerva-t-il, Et comment tu veux que je le prenne ? Je sais même pas pourquoi tu m'as demandé de venir avec elle si c'est pour l'insulter comme ça… En fait… Tu sais quoi papa… ? C'est toi qui me fait honte !

- Je ne te permets pas !

- J'en ai rien à faire… Ah oui ! Et tu te douteras bien que tu n'es pas invité au mariage. Ce serait… comment dire… pas assez chic pour toi. Bonne soirée. rétorqua-t-il avant d'ouvrir la porte et quitter les lieux avec sa femme. »