Le lendemain matin, Candice débarqua à la BSU toujours sans nouvelles d'Antoine. L'inquiétude se mêlait désormais à l'énervement de faire face à son ignorance. À peine arrivée dans le long couloir qu'elle fut alpaguée par Marquez qui l'invita à rejoindre la salle de contrôle. Elle le suivit et prit place aux côtés de Mehdi.

« C'est qui ? demanda-t-elle les yeux froncés.

- La compagne d'un des patients d'Henri… Elle vient de tout nous raconter.

- C'est pas vrai… lâcha-t-elle d'étonnement.

- Si… Elle supportait plus le comportement de son mec et quand elle a appris qu'un autre s'était suicidé elle a eu peur…

- Donc elle est venue parler… Alléluia ! s'exclama-t-elle de joie. On y croyait plus !

- On va pouvoir transmettre l'affaire aux stups maintenant…

- Ouais… Mais il reste encore le mystère de l'argent d'Henri… Vous avez vu Antoine ?

- Euh non… On pensait que vous alliez arriver ensemble… expliqua le brigadier-chef.

- Non… J'suis sans nouvelles depuis hier soir.

- Aïe… rétorqua son collègue ».

. . . . .

Stressé et énervé, le commissaire tambourina violemment à une porte qui ne tarda pas à s'ouvrir.

« Antoine ? Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je peux entrer ? demanda-t-il sèchement.

- Ou…Oui…

- Bon maintenant tu vas arrêter de me prendre pour un con papa et tu vas m'expliquer.

- T'expliquer quoi ?

- Arrête… Vraiment arrête… Depuis le début tu sais ! Pourquoi t'as rien dit ?

- Je… Je pouvais pas… finit-il par avouer. J'avais pas envie de salir sa mémoire et j'voulais pas être impliqué…

- Donc tu savais pour le trafic ?

- Oui… Henri m'en avait parlé, il m'avait même proposé de participer mais j'ai refusé.

- C'est toi qu'a son fric ?

Harold acquiesça.

Putain j'y crois pas ! Droit dans les yeux t'as pas hésité à me mentir…

- Je suis désolé Antoine… Pourtant j'ai essayé de l'aider comme à chaque fois !

- À chaque fois ? répéta-t-il. Parce que c'est pas la première fois ?

- Non… C'est même pour ça que j'ai coupé contact avec lui y a vingt-cinq ans.

Antoine le fixait durement, attendant des explications.

- Assis-toi je vais tout te raconter.

Le commissaire s'installa sur le canapé et souffla.

- Je t'écoute.

- Henri adorait jouer aux jeux, c'était sa passion. Son addiction même… Mais évidemment un jour il a tout perdu. Il m'a demandé de l'aider, j'ai accepté à condition qu'il me rembourse. Il m'en a fait la promesse mais il a pas tenu parole. Je le voyais dilapider tout l'argent que je lui avais prêter, sans scrupule. Il a même refusé de prendre Pierre en stage à l'hôpital… J'avais la haine, j'avoue…

- Maman était au courant ?

- Non… En plus ils étaient proches tous les deux, toi tu l'idolâtrais… Ça me rendait dingue. Donc j'ai décidé de couper contact. Et y a quelques mois il est venu me trouver pour me déposer de l'argent en cash en guise de remboursement. J'ai pas cherché à comprendre, j'ai pris l'argent et… la semaine dernière on s'est revu. Il m'a tout expliqué pour le trafic. J'étais outré…

- Et le jeudi de sa mort, vous aviez vraiment rendez-vous ?

- Non… Je voulais lui rendre son argent. C'était de l'argent sale, je cautionnais pas ça ! Et… la suite tu la connais.

- Putain mais je comprends pas pourquoi tu m'as pas dit tout ça plus tôt ?!

- Je suis désolé…

- Pas autant que moi…

- Qu'est-ce qui va se passer maintenant ?

- L'affaire va sûrement être transmise à la brigade ses stupéfiants. Tu vas devoir témoigner, expliqua-t-il en se levant.

- Ok… Tu pars déjà ? s'étonna-t-il en le voyant se diriger vers la porte.

- Oui. J'ai plus rien à faire ici.

- Antoine… Tu crois pas qu'on pourrait essayer de faire la paix et de renouer un lien tous les deux ?

- Je suis pas sûr que ce soit une bonne idée… On a déjà essayé et ça n'a pas marché.

- Alors accepte au moins que je puisse voir ta fille de temps en temps…

- Je vais y réfléchir.

- Merci… Et… Tu m'excuseras auprès de ta femme pour la dernière fois.

- Je suis pas sûr qu'elle accepte tes excuses. Bonne journée. Lâcha-t-il avec amertume en quittant la maison. »

. . . . .

Une heure plus tard, l'équipe débriefait dans l'openspace et évidemment, l'affaire de l'argent était remise sur le tapis. Chacun émettait des hypothèses lorsqu'Antoine intervint dans la grande pièce : « Ne cherchez pas… C'est mon père qui a l'argent… Je vais contacter les stups » annonça-t-il simplement avant de quitter la pièce à nouveau.

Candice leva les sourcils, outrée par son comportement. Il était parti la veille comme un voleur, n'avait pas donné signe de vie et se pointait comme une fleur au bureau pour donner la clé de l'affaire. Énervée, elle intériorisa du mieux qu'elle pût et se rendit en salle de repos. Quelques minutes plus tard, le commissaire sortit de son bureau pour se faire un café. Il aperçut sa partenaire, de dos, se préparant un thé. Voulant la surprendre, il arriva au pas et l'enlaça à la taille avant de l'embrasser tendrement dans le cou. À son contact, Candice tourna la tête, refusant son baiser.

« Ok… lâcha-t-il perplexe. T'es fâchée… demanda-t-il en se décalant.

- À ton avis ?! répliqua-t-elle sèchement. J'ai essayé de te joindre toute la soirée ! J'étais morte d'inquiétude ! expliqua-t-elle en faisant volte-face.

- Ça va… J'suis un grand garçon ! Qu'est-ce que tu veux qu'il m'arrive ?

- Pfff…. Souffla-t-elle d'agacement. T'étais où ?

- Chez moi… J'avais besoin d'être seul.

Candice rigola jaune.

- Me mens pas… J'suis allée chez toi y avait personne !

- Parce que tu me fliques en plus ? s'indigna-t-il. Je t'ai dit que j'avais besoin de changer d'air ! Tu peux comprendre ça quand même ? s'emporta-t-il.

- Et toi tu peux comprendre que je m'inquiétais non ? J'attendais juste un message… juste pour savoir que tout allait bien… T'es parti du bureau sans rien dire Antoine !

- Mais parce que j'avais pas envie de parler… Antoine marqua un temps pendant lequel il fixait Candice dont le regard s'était assombri. Ok… C'est bon, je suis allé dans un bar, je me suis changé les idées, je suis rentré et maintenant je suis là. Tout va bien… Fin de la discussion !

- Attend… commença-t-elle outrée. Donc pendant que je m'inquiétais… t'étais en train de t'amuser dans un bar !? Dis-moi que c'est une blague ? s'énerva-t-elle.

- J'ai plus le droit de sortir maintenant ? s'offusqua-t-il.

- Tout seul ? T'es allé dans un bar… tout seul ?

- Non ! J'ai retrouvé un pote au Neptune et on s'est bourré la gueule, on est rentrés à 3h du matin, c'était génial. Lâcha-t-il avec ironie exprès pour la piquer. À ton avis ?

- Vas-y fous toi de moi en plus ! s'agaça-t-elle les larmes aux yeux. Ça m'apprendra à m'inquiéter pour rien… marmonna-t-elle en se retournant vers l'évier pour lui tourner le dos.

- Je t'ai pas demandé de t'inquiéter en même temps… rétorqua-t-il amer.

Candice hocha la tête de gauche à droite en levant les yeux au ciel.

Tu sais à qui tu me fais penser quand t'es comme ça ? À ta sœur ! C'est exactement pour ça que je la supportais plus.

Candice fit volte-face, le regard noir.

- Et toi… Quand tu réagis comme ça… Tu me fais penser à ton père !

- PARDON ? Je…

- OH ! intervint Nathalie en coupant Antoine. On vous entend depuis le fond du couloir ! C'est quoi ce bazar ?

- Rien… De toute façon on avait terminé… répliqua Candice en contournant Antoine tout en prenant le soin de le bousculer volontairement.

Nathalie s'immobilisa et regarda fixement Antoine, pleine de reproches.

- Bah quoi ? s'agaça-t-il en quittant la salle à son tour. »

La tension entre les deux demeura intacte toute la journée. Candice lui en voulait de ne pas l'avoir contacté, et Antoine, bien que conscient de son erreur, n'arrivait pas à faire taire la haine qu'il avait en lui. C'est à nouveau sans son compagnon que la commandante rentra chez elle en début de soirée.

« Bonsoir! déclara-t-elle en entrant dans la maison.

- Ah ! Salut maman !

- Bah… commença-t-elle en fronçant les sourcils en observant la table dressée à l'extérieur et le four en route. Vous avez tout préparé pour ce soir ?

- Ouais ! lâcha fièrement sa fille. Enfin c'est Sacha plutôt…

- Eh beh… Et qu'est-ce que vous nous avez fait de bon ?

- Vous verrez bien ! En fait j'ai testé une recette qu'Antoine m'a donné la dernière fois.

- Ok… répondit-elle simplement.

- J'espère que ce sera réussi parce que sinon il va se foutre de ta gueule toute la soirée… plaisanta la brune.

- Ça risque pas… Il sera pas là pour goûter... Annonça Candice.

- Ah bon ? s'étonna Emma. Il rentre pas non plus ce soir ?

- Non ! s'exclama-t-elle faussement enjouée.

Emma regarda Sacha en faisant les gros yeux.

- Mais et pour demain ? demanda-t-il en chuchotant pour que sa belle-mère n'entende pas.

Emma haussa les épaules et se dirigea vers sa mère prête à aller à la pêche aux informations. Elle se plaça dans l'encadrement de la porte de sa chambre.

- Vous vous êtes engueulés ?

- Oh Emma ! Ça te regarde pas !

- Ok… donc vous vous êtes engueulés… C'est à cause d'hier soir ?

- Qu'est-ce que je viens de dire ? s'agaça-t-elle.

- Oh mais ça va t'énerve pas ! J'essaye juste de comprendre ce qu'il s'est passé !

- Mais ça va…

- Oui enfin c'est comme d'hab quoi ! Vous vous êtes dit des trucs que vous pensiez pas, donc vous vous parlez plus et d'ici quelques jours vous allez revenir l'un envers l'autre en vous excusant parce que vous vous manquez… expliqua-t-elle d'un air las. On commence à avoir l'habitude hein ! déclara-t-elle en quittant la pièce sous les yeux ébahis de Candice.

- C'est pas du tout ça… répliqua-t-elle pour se défendre.

- Si…

- Non…

- Si…

- Bon Emma !

- Ah d'ailleurs ! Bonne nouvelle, finalement Sacha va tout seul à Montpellier demain. Donc on pourra aller se balader sur la plage toutes les deux si tu veux.

- Ouais ! Ok… accepta-t-elle »