Rapidement, les deux collègues se retrouvèrent dans le couloir de la direction. Ils observèrent les portes et trouvèrent celle du principal, laissée ouverte. Candice s'y dirigea et toqua avant de voir sa tête se relever. Il quitta rapidement son siège pour venir leur serrer la main.
« David Alphonse, principal de l'établissement.. Je… J'vous en prie.
- Commandant Renoir et Capitaine Marquez, BSU de Sète… On est désolés de ce qui est arrivé.
L'homme acquiesça, visiblement affecté.
- Madame Moreau était un très bon élément, beaucoup la regretteront.
- Elle travaillait depuis longtemps ici ?
- Depuis trois ans. Mais moi je suis arrivé de cette année. Je le connais peu mais elle était très professionnelle, investie, efficace aussi. Je n'ai jamais vraiment eu de problèmes avec elle.
- Oui enfin… Entre les collègues, les élèves, les parents, l'administration… Il me paraît difficile de n'avoir rencontré aucun problème en une année scolaire… ajouta Candice.
- En effet, elle est déjà venue me voir parce qu'elle avait rencontré quelques problèmes avec certaines familles qui n'acceptaient pas ses critères de notation. Ce sont des familles dont les enfants sont en grande difficulté scolaire et qui posent de nombreux problèmes de discipline…
- On peut avoir leur nom ?
- Bien sûr ! Erwan Robert, Antoine Redont et surtout, le plus problématique, Rayan Razani.
- Je vous remercie ! acquiesça-t-elle en récupérant le post-it. Et… On a vu qu'il y avait des réunions hier soir.
- Oui, on a des conseils d'enseignement pour organiser les services de chacun pour la rentrée prochaine. Chaque discipline réunit ses professeurs et ils échangent pour le bon déroulement de l'année à venir.
- D'accord… Et Madame Moreau y a participé donc ?
- Oui, avec les autres professeurs de langue. Ils sont peu en espagnol donc ils se greffent à ceux d'anglais et d'allemands. Elle est restée dans le bureau à côté de la salle des professeurs ensuite. Je me souviens avoir plaisanté avec elle en disant qu'elle allait bientôt dormir là et ensuite je ne l'ai pas revu.
- Il était quelle heure ?
- 17h45 quelque chose comme ça… À cette heure-là l'établissement était vide.
- Pourtant… Elle n'est pas morte toute seule si je peux me permettre.
- Oui enfin… On l'a retrouvé à l'extérieur de l'établissement donc rien ne prouve qu'il s'agisse d'un de mes agents…
- Ça c'est à nous de le déterminer monsieur…
- Évidemment… Après je ne peux vous renseigner que sur le côté professionnel. Ses collègues seront plus à même de vous répondre pour le côté personnel.
- Bien ! Sur ce, on va aller les voir directement. On risque de réquisitionner quelques salles pour pouvoir les interroger.
- Aucun problème. De toute façon j'ai fait fermer l'établissement. Seuls les troisièmes peuvent venir aux ateliers de révisions… On est à quelques jours du brevet et on pouvait pas se permettre de les refuser.
- Je comprends. On va également faire en sorte de vous donner les moyens pour ouvrir une cellule psychologique. Que ce soit pour les élèves, les familles, les agents… Ça me paraît indispensable.
- Très bien ! Merci.
- Merci à vous ! »
De retour dans le grand hall d'entrée, les deux collègues constatèrent que de nouveaux agents étaient arrivés. Ils les regroupèrent dans la salle de réunion, plus spacieuse et expliquèrent que chacun allait être interrogés. Ils sortirent de la salle et rejoignirent la salle des professeurs où ils trouvèrent Val affalée sur un siège complètement dépitée.
« Alors ? La petite balade de santé t'a plu ? plaisanta Candice.
- Ce mec est complètement fou… J'ai tout gouté ! TOUT ! J'ai limite eu le droit d'aller voir les abeilles dans la ruche d'à côté.
Candice éclata de rire.
- Bon sinon on va pas avoir le choix que d'interroger tous les profs…
- Mais ça va prendre trois plombes !
- Je sais… Ce qu'on va faire c'est que tous ceux qui sont ici, on va s'en occuper. Et on va convoquer les autres. Je vais appeler le reste de l'équipe en renfort et je vais voir avec Antoine s'il peut venir. »
Mehdi et Ismaël rappliquèrent sur le champ. Antoine réussit à se libérer pour les rejoindre et obtint même deux agents supplémentaires pour les interroger. Satisfaite, Candice l'attendait de pied ferme à l'extérieur de l'établissement. Elle vit sa voiture arriver et arpenta un joli sourire en le voyant descendre avant de se diriger vers elle à pied.
« Merci d'être venu… lâcha-t-elle mielleusement.
- 50 personnes à interroger… Je pouvais pas faire autrement… répondit-il simplement.
- Bon Antoine ! Tu vas pas me faire la gueule 107 ans juste parce que j'ai mangé les œufs de Laurent quand même… s'agaça-t-elle.
- Mais je fais pas la gueule ! Ça me saoule de l'avoir dans les pattes, c'est tout !
- Mais moi aussi ça m'agace de l'avoir dans les pattes hein…
- Vraiment ? répondit-il peu convaincu.
- Vraiment oui !
- Mouais… rétorqua-t-il en avançant doucement.
- Antoine… l'interpella-t-elle alors que son téléphone se mit à sonner. Rooh ! C'est Laurent… Oui ?
Antoine leva les yeux au ciel.
- Oui je t'appelle pour ce soir ! Qu'est-ce que tu dirais d'une soirée crêpe ?
- Tu m'appelles pour ça ?
- Bah oui mais faut bien que je vérifie qu'on a tout ce qu'il faut.
- Oui bah si tu veux !
- Parfait ! Et… Antoine sera là ?
- Bah évidemment…
- Ok ! Bon je prépare tout ! À ce soir.
- À ce soir. Conclut-elle en raccrochant sous les yeux énervés de son compagnon.
- Qu'est-ce qu'il voulait ?
- Rien… Enfin c'était pour ce soir, il veut faire une soirée crêpe ! Pour une fois qu'il prend des initiatives… J'ai dit oui.
- Ah ouais… lâcha-t-il déçu. Donc la soirée pizza… Ça tombe à l'eau, c'est ça ?
- Oh mince… Excuse-moi mon amour, j'ai complètement zappé… rétorqua-t-elle d'une voix enfantine.
- Sympa… J'avais tout prévu mais c'est pas grave…
- Tu sais quoi ? commença-t-elle en s'approchant doucement de lui. Exceptionnellement on fait une petite soirée crêpe et on fera notre soirée à nous quand il sera parti… Ok ? proposa-t-elle d'une voix douce.
- Ok… finit-il par accepter en soufflant. Mais je trouve ça bizarre quand même…
- De ?
- Bah je sais pas… Toutes ses initiatives là, envers toi… C'est bizarre non ?
- Mais non… Tu te fais des idées… le rassura-t-elle en caressant son bras.
- Ouais… Peut-être… Bon ! Elle est où la salle des profs ? »
Candice le guida jusqu'à la fameuse salle où le reste de l'équipe s'attelait à étudier les différents emploi du temps du personnel. Entre temps, Mehdi avait fait la liste des membres présents dans l'établissement. Il y en avait une vingtaine et il fallait maintenant se répartir le travail. Candice discutait avec l'agent d'accueil lorsque Marquez appela discrètement le commissaire.
« Antoine! Viens voir le trombinoscope là… Est-ce qu'on se répartirait pas selon le client… ou plutôt la cliente… si tu vois ce que je veux dire… plaisanta-t-il en montrant les photos de certaines profs.
- Ah ouais… oh la vache! Elles étaient pas comme ça quand j'étais en cours hein… Sinon t'inquiète pas que j'aurais été plus concentré… lâcha Antoine en riant.
Derrière eux, la commandante les écoutait. Bras croisés, elle leva les yeux au ciel sans les interpeller.
- Regarde celle-là… j'aurais bien aimé l'avoir en prof…
- Moi je m'occupe d'elle… je crois que je l'ai aperçu tout à l'heure en entrant, c'est un avion de chasse laisse tomber…
- Ça va on vous dérange pas trop ? demanda Candice d'un ton autoritaire.
- Ah non mais c'est pas ce que tu crois… tenta Marquez en se retournant subitement pour se défendre.
- Ah oui ? lâcha-t-elle faussement dubitative.
- Non mais… commença le commissaire avant que se faire tirer le bras.
- Viens par là toi !
- Aïe ! se plaignit-il alors que Marquez quittait les lieux.
- Rassure moi Antoine, t'as pas oublié que tu te mariais bientôt ?
- Non mais c'est Marquez qui a dit que… tenta-t-il tout penaud.
- Tutututututu pas d'excuses !
- Mais mon amou… chuchota-t-il avant de se faire couper.
- C'est ça… Prend ta voix mielleuse en plus… Val ! Tu t'occupes de madame… commença-t-elle en cherchant la femme en question sur le trombinoscope. Berdot s'il te plaît.
- Mais…
- Chut! Monsieur Michel t'attend en salle 4.
- Ouais bah j'aurais préféré la mère Michèle… marmonna-t-il en tournant les talons sous le regard désabusé de sa compagne. »
Ils passèrent une bonne partie de la journée dans l'établissement à interroger l'ensemble de l'équipe enseignante. D'un commun accord, ils quittèrent les lieux, promettant de faire un debrief une fois rentrés à la BSU. Le couple marchait en direction de la sortie lorsqu'une voix féminine les interrompit. Ils se retournèrent et Candice constata avec une fausse joie qu'il s'agissait de « l'avion de chasse » de son commissaire.
« Oui ?! répondirent-ils en chœur.
- Je voulais vous voir… commença-t-elle avec hésitation.
- Commandant ? Je peux vous parler ? l'interpella Annie au loin.
- Roooh… J'arrive… maugréa-t-elle en se résignant à laisser son compagnon en compagnie de la jolie prof.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- En fait, j'ai pas osé tout à l'heure mais…
- Oui ? força-t-il alors qu'elle hésitait.
- Non rien ! finit-elle en tournant les talons.
- Madame ! l'interpella Antoine en essayant de la suivre en vain.
- Qu'est-ce qu'elle voulait ?
- J'en sais rien… répondit-il perplexe.
- Je vous préviens commissaire, si elle a craqué pour vos beaux yeux… Je vous les arrache ! le menaça-t-elle fièrement. »
