De retour à la BSU, l'équipe débriefait dans l'openspace. L'ensemble du corps enseignant avait été interrogé. Les agents administratifs et d'entretien également. Le commissaire félicita son équipe du travail accomplit avant d'en tirer les grandes conclusions.
« Donc si on résume… Personne n'a rien vu, ni entendu. À 17h45 tout le monde était quasiment déjà parti…
- Justine était très appréciée de tous et restait très discrète sur sa vie privée.
- D'ailleurs, commença Marquez. J'ai vu son compagnon tout à l'heure… Il était très mal. J'ai pas osé le cuisiner davantage.
- On s'occupera de ça demain… répondit le commissaire.
- Par contre elle avait vraiment des problèmes de discipline dans ses cours…
- Oui ! Ça c'est revenu plusieurs fois. Elle faisait beaucoup de rapports incidents, surtout contre le fameux Rayan. Un élève de cinquième.
- D'après le professeur principal de la classe du gamin, c'était commun à tous les professeurs. Mais c'était pire en espagnol. Ils se battaient avec l'administration pour obtenir un conseil de discipline parce que ça devenait invivable.
- Bien ! Donc on va convoquer la famille demain. Proposa Antoine.
- Je suis pas certaine… Si le gamin a un rapport difficile à l'autorité, l'enfermer dans une salle avec des flics j'suis pas sûre que ce soit la solution. Le contredit Candice.
- Qu'est-ce que tu proposes ?
- Qu'on aille directement chez lui. Au moins il sera en confiance.
- Ok ! Alors demain matin, première heure on va là-bas. On voit ce que ça donne et on essaye de voir avec son compagnon…
- Parfait ! répondit Candice en souriant.
- En attendant, vous me finissez de taper les compte-rendu d'interrogatoire et vous pouvez y aller ! »
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Chez la commandante, mère et fille étaient assises dans le canapé, s'occupant de la petite qui visiblement ne voulait pas dormir. Sur la terrasse, Antoine s'entêtait à peaufiner les conclusions de son dossier en soufflant. Il finit par le fermer violemment en rentra dans la maison.
« Tu révises quoi ? demanda Antoine intrigué à Sacha qui planchait sur la table du salon.
- Ah! C'est pour mon casting de vendredi…
- Pour quelle pièce ?
- Une pièce de Feydeau, ils cherchent quelqu'un pour le rôle d'un majordome.
- Feydeau ? C'est quoi ça ?
- Bah chéri !? Georges Feydeau… s'indigna Candice.
- Celui qui écrit des vaudevilles, rajouta Sacha dépité.
- Je connais pas… Fais voir !
- Ah… bah tu devrais peut-être prendre des cours particuliers… Madame Berdot est prof de français non?
- Gnagnagna ! grimaça Antoine.
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Demanda Emma.
- Y a que monsieur aimerait bien retourner au collège…
- Hein ?
- Bonjour la compagnie ! S'exclama Laurent en entrant fièrement dans le salon.
- Oh je l'avais oublié lui ! Ronchonna Antoine.
- Roh! S'agaça Candice en déposant une tape sur son bras
- Aïe !
- Vous parlez de quoi?
- De Georges Feydeau ! répondit Emma en l'embrassant.
- Ah ouais ! J'adore ses pièces… Le dindon c'est ma préférée ! Tu te rappelles Candice on avait été la voir à Paris ?
- Je savais pas que t'aimais le théâtre… répondit Antoine avec étonnement.
- Ah bon!? Pourtant à Paris, on essayait d'y aller le plus souvent possible !
- Non mais à Paris c'était différent… se justifia-t-elle gênée
- Ouais….
- Bon on les fait ces crêpes ? J'ai acheté tout ce qu'il faut !
- Je peux m'en occuper si vous voulez… proposa Antoine.
- T'insinues que je sais pas faire la pâte à crêpe là ? s'agaça Laurent.
- Euh…
- Non parce que je suis un pro !
- Rien que ça… répondit Antoine en entrant dans son jeu avec malice.
- Ouais… Tiens tu sais quoi… Je te mets au défi !
- Laurent… intervint Candice.
- On fait chacun sa pâte et on verra lesquelles seront meilleures...
- Non mais laisse tomber Antoine ça sert à rien… Laisse-le faire et c'est tout… chuchota-t-elle en caressant son bras.
- Ah non, non… c'est hors de question que je me fasse écraser par ton ex…
- Antoine… »
Agacée Candice observa Antoine rejoindre la cuisine suivit de Laurent. Ce dernier ouvrit le réfrigérateur et sortit les ingrédients nécessaires sur le plan de travail. Et les deux s'attelèrent à leur préparation avec engouement.
« Je sens que la soirée va partir en vrille… confessa Emma.
- Ton père veut toujours en faire des caisses aussi… pesta Candice.
- Et Antoine est jaloux… rajouta Sacha en rigolant.
- N'importe quoi !
- Hum… répondirent les deux jeunes en chœur, visiblement dubitatifs. »
Une demi-heure plus tard, tous étaient réunis autour de la table du salon. Laurent et Antoine se faisaient face et se toisaient du regard alors que le reste entamait la dégustation.
« Alors ? Demanda fièrement Laurent.
- Bah… celles-là ont un goût bizarre… répondit Candice en fronçant les sourcils.
- Bizarre ?
- Ouais ça sent l'orange j'ai l'impression...
- Ah oui t'as raison maman !
- Ouais ! J'ai innové…
- Ah…
- Et les miennes alors ? demanda Antoine en souriant.
- Elles sont très bonnes tes crêpes mon amour ! répondit Candice en souriant à son tour.
- Pfff… Mon amour… répéta Laurent tout bas.
- Y a un problème…? Demanda Candice qui avait entendu.
- Aucun… Aucun… Mais bon… N'empêche qu'avant tu les aimais bien mes crêpes hein…
- Pardon? S'offusqua-t-elle. Mais t'étais jamais là Laurent ! C'est moi qui les faisais les crêpes !
- Tu insinues que j'en ai jamais fait la ? C'est ça ?
- Oh! On se calme… tenta Antoine.
- De quoi il se mêle lui ?
- Pardon mais je suis encore chez moi quand même…
- Chez toi ?! lâcha Laurent en éclatant de rire. Mais chez toi de quoi? C'est à Candice la maison… Elle te fout dehors t'as plus rien mon vieux…
- C'est toi que je vais mettre à la porte si tu continues Laurent donc baisse d'un ton… répondit Candice avec énervement.
- BON! On peut passer un repas sans que ça se gueule dessus ou pas? Intervint Emma en haussant la voix.
- Pourquoi ? Vous vous disputez souvent tous les deux ?
- PAPA !
- LAURENT ! crièrent-ils en chœur.
- Oh ça va je plaisante… »
Soudain le silence s'installa. Laurent en faisait des tonnes et tentait de pousser à bout Antoine qui faisait mine de rester impassible malgré tout. Candice se contenait elle aussi et faisait bonne figure. La commandante ne tarda pas à remercier la brune qui parvint à apaiser la tension en détournant la conversation sur sa fille. Finalement, le repas se déroula sans encombre. Laurent finit par proposer une partie de jeux de société que le couple refusa. Il laissa le reste de la famille dans le salon et s'installa dans la chambre. Devant l'ordinateur, Antoine patientait l'arrivée de sa compagne qui venait d'en ressortir.
« Bon chaton t'es prête ? Ça va bientôt commencer là… demanda Antoine en s'impatientant alors qu'elle venait de refaire apparition dans la pièce.
- J'arrive… souffla-t-elle. Je m'assurais que Laurent manquait de rien pour pas qu'il vienne nous faire chier encore ! lâcha-t-elle hargneusement en fermant la porte.
Antoine éclata de rire
- Quelle vulgarité commandant… Je ne vous reconnais pas!
- C'est pas de ma faute ! Il me rend dingue! Et ça fait que 24h qu'il est là hein!
- Allez… Viens te détendre ça va aller… répondit-il en ouvrant la couverture pour qu'elle s'y installe.
- Ouais… c'est quoi ta série déjà ? demanda-t-elle en s'installant dans les bras d'Antoine.
- Je sais pas c'est Marquez qui me l'a conseillé. »
Le commissaire appuya sur le bouton play de l'épisode. Très vite les images parlèrent d'elle-même et la commandante comprit qu'il s'agissait d'une immersion dans un établissement scolaire pour suivre les destins d'élèves et de professeurs. Perplexe, elle fronça les sourcils avant de mettre en silence l'épisode.
« Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il sans comprendre.
- Non mais tu te moques de moi là? S'agaça-t-elle en sortant de ses bras.
- De quoi?
- La prof là c'est le sosie de madame Berdot!
- Mais pas du tout!
- Euh si excuse moi….Brune petite autoritaire… c'est elle tout craché…
- Y a un air mais sans plus hein…
- Mouais… marmonna-t-elle sans conviction avant de revenir dans ses bras. Je savais pas que c'était ton style de femme…
- J'ai jamais dit ca !
- Mais quel menteur ! Eh j'ai entendu hein… « Un avion de chasse » t'as dit… En plus j'ai l'ouïe fine…
- Oui mais c'est Marquez qui m'a influencé je te jure…
- Mais bien sûr… il a bon dos Marquez…
- Mais arrête… C'est toi mon petit avion de chasse… chuchota-t-il a son oreille avant de déposer un baiser sur sa joue.
- Fais pas trop le malin quand même parce que je te signale que si Laurent avait pas été là t'aurais dormi sur le canapé…
Antoine éclata de rire
- T'es même pas cap !
- Bien sûr que je suis cap!
- Arrête tu serais venu me chercher en pleine nuit parce que je te manquais trop !
- Pas du tout !
- Sûre ? Non parce que sinon on essaye ça me gêne pas…
- Tais-toi ! répondit-elle avant de remettre le son de la série sous les éclats de rire d'Antoine. »
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