Au bord d'une splendide piscine le couple s'attelait au dressage de la table où leurs hôtes seraient assis dans quelques heures. Sur le côté, Martin et Léo installaient les chaînes Hi-Fi qui entouraient un espace vide prévu pour la piste de danse. La décoration, évidemment dans les tons roses, était supervisée par Emma et Sacha qui alternaient entre gonflage de ballon et accrochage de guirlande. Les quatre jeunes s'activaient dans la bonne humeur lorsque des éclats de voix raisonnèrent derrière eux.

« QUOI ? Mais je t'avais dit de les prendre Antoine !

- Oui bah j'ai oublié ça va…

- Et on fait comment maintenant ?

- Bah c'est pas la mort Candice, c'est juste les écriteaux ! Au pire les gens se mettront où ils veulent… répliqua-t-il d'un ton las.

- Mais non ça va créer des histoires encore… pesta-t-elle.

- Sinon on trouvera autre chose, on prend des post-it et des petites pinces à linge et voilà !

- DES POST-IT ? s'indigna-t-elle. Mais tu te fous de moi ? Je vais pas coller des post-it sur les verres le jour de mon mariage enfin ! s'énerva-t-elle.

- Rooooh !

- En plus j'avais acheté des cœurs rose exprès ! bouda-t-elle.

- Mais c'est pas grave… Ça pourrait être pire… tenta-t-il pour la rassurer.

- Pffff !

- Sinon on a tout ?

- Bah oui je crois… Enfin… Je sais pas… Je sais plus… s'énerva-t-elle en quittant la terrasse aménagée pour la fête.

- Ohlala… Bah qu'est-ce qu'elle a ? demanda Antoine à Emma qui s'était approchée.

- Oh rien de grave… Là elle est juste stressée donc elle est chiante ! lâcha-t-elle en souriant.

- Ouais… Vous avez terminé vous ?

- Oui ! Tout est prêt et les jumeaux ont fini d'installer aussi. Et vous ?

- Je crois que c'est bon… Enfin à part les écriteaux du coup…

Candice revint vers eux, la moue boudeuse.

- Bon mon amour arrête de paniquer, tout est prêt. Ça va aller, ok ? la rassura-t-il en posant sa main dans le bas du dos.

- Pourquoi tu me dis ça ? Je stresse pas hein !

Les enfants regardèrent Antoine et firent une grimace attestant de la mauvaise foi de leur mère.

- Il est 17h30… Faut qu'on aille se préparer maintenant maman…

- T'as raison ! Les garçons… On vous laisse ! lâcha Candice en souriant. À tout à l'heure !

- T'oublies rien ? intervint Antoine en souriant doucement.

- Ah pardon ! À tout à l'heure chéri ! le salua-t-elle en l'embrassant.

- Mais non ! Ton sac ! déclara-t-il en rigolant avant de lui tendre.

- Ah… Euh… Oui ! Merci… À tout à l'heure… répondit-elle en s'emparant de son sac avant de courir jusqu'à sa voiture où Emma s'impatientait. »

Une heure et demie plus tard, Antoine accueillait les invités qui arrivaient petit à petit dans le mas réservé pour l'occasion. Toujours sans nouvelles de Candice et de sa fille qui étaient parties se préparer quelques temps plus tôt, le commissaire commençait à s'impatienter.

« Bon bah voilà… Techniquement tout le monde est arrivé ! déclara Sacha.

- Ouais… maugréa Antoine. Tout le monde sauf la principale intéressée quand même… Qu'est-ce qu'elles font bon sang ?

- Je sais pas… En plus Emma me répond pas !

Machinalement, Antoine regarda de nouveau l'heure sur sa montre avant de déverrouiller son téléphone.

- Putain… pesta-t-il soudainement angoissé.

- T'as peur qu'elle vienne pas au moins ?! demanda sa mère.

- Bah… On sait pas hein…

- Arrête ! Bien sûr qu'elle va venir ! répliqua Léo avec enthousiasme.

- Mais oui ! Puis si elle vient pas, t'inquiète qu'on va lui passer un savon… compléta son jumeau.

- Pour le coup ! Je suis d'accord avec mes neveux ! rajouta Belinda qui était finalement venue avec son compagnon.

- Ouais…

- AH ! Bah enfin Candie ! »

Antoine finit par se retourner et aperçut Candice arriver avec Emma. Il soupira de soulagement avant de reposer ses yeux sur sa femme vêtue d'une jolie robe longue rose pâle, complétée par une fleur accrochée dans ses cheveux. Souriante, la commandante saluait ses invités et répondait aux compliments de chacun sous l'œil ému d'Antoine qui se concentrait pour contenir ses larmes. Doucement, la commandante s'approcha du cercle formé autour du commissaire.

« Il croyait que vous n'alliez pas venir ! commença la mère d'Antoine d'un ton las.

- J'ai jamais dit ça ! objecta-t-il.

Candice rigola doucement.

- Eh beh tu vois… Malheureusement pour toi je suis venue ! déclara-t-elle fièrement avant de l'embrasser et d'enlacer sa taille en souriant.

- Bon bah maintenant que tout le monde est là… CHAMPAGNE ! lança vivement Sacha en ouvrant une bouteille à côté du buffet.

Très vite, tous les invités le suivirent, alpagués par les amuse-bouche et la promesse d'un verre pour trinquer à l'union de Candice et Antoine restés en retrait.

- Alors comme ça… T'avais peur que je te pose un lapin ? demanda-t-elle en souriant.

- Oui bah… On sait jamais hein…

- Jamais… chuchota-t-elle contre ses lèvres avant de l'embrasser.

- T'es belle… confessa-t-il en la regardant avec émotion.

- Hum… Et toi t'as la classe ! T'es beau avec ton petit nœud pap' ! rétorqua Candice en touchant le nœud papillon tout sourire.

- BON ! Vous venez ou quoi ? entendirent-ils crier depuis le buffet. »

Ils tournèrent leur tête vers le buffet en rigolant avant de rejoindre leurs invités. Ils réceptionnèrent une coupe de champagne et lancèrent les hostilités en trinquant avec leurs convives. Très vite, le couple fut sollicité pour faire un discours. Réticent, Antoine tiquait et finit par laisser sa compagne s'en charger.

« Je… J'avoue que… Je sais pas trop par où commencer… j'ai plein de choses à vous dire… Candice marqua un temps. En fait je sais pas quoi vous dire ! lâcha-t-elle avant d'exploser de rire. Je… Désolée je suis un petit peu émue… Je voulais simplement vous remercier d'être là ce soir. D'avoir répondu présent à notre petite invitation. C'est… C'est un jour important pour nous parce que… même si on a décidé de ne pas faire ça officiellement, le symbole reste le même à nos yeux et on est ravis de le partager avec vous. »

Tout le monde se mit à applaudir, visiblement ravi de partager ce moment avec eux. Candice se mit à sourire, émue d'être face à eux et surtout parmi eux en cette soirée spéciale. Elle attendit la fin des applaudissements avant de reprendre doucement son discours.

« Et aussi je… Enfin cette soirée à un goût particulier pour moi parce que je quitte Sète pour une nouvelle aventure et je tenais aussi à fêter ce moment en compagnie de mes collègues préférés. Enfin… Je dis collègue mais… c'est bien plus que ça en fait ! continua-t-elle alors que ses yeux s'embuaient. Et vous le savez… Vous allez tous beaucoup me manquer. Conclut-elle le cœur serré avant que Mehdi n'intervienne.

- Justement ! On a une petite surprise pour toi…

- Ah bon ? demanda-t-elle perplexe.

- Ouais ! Viens là… Les jumeaux vous êtes prêts ? »

Perplexe, Candice vint se placer aux côtés de son mari placé parmi les invités face au mur blanc de la grande bâtisse.

- T'étais au courant ? lui demanda-t-elle.

- Non ! Je te jure…

- Ok ! Go ! lâcha Mehdi »

Rapidement, les lumières s'éteignirent et l'obscurité fut accompagnée d'une douce musique. Une photo apparut, probablement des débuts de Candice à Sète lorsque toute l'équipe la détestait et lui avait encore joué un mauvais tour. Très vite les photos se succédèrent, laissant parfois place à quelques vidéos souvenirs de leurs moments passés à Sète. Les rires fusaient, parfois remplacés par des cris de stupéfaction face aux images devant eux. Mais malgré tout, l'émotion régnait. Dix ans de souvenirs, de rires, d'engueulades, de bêtises, d'amour cristallisés dans ces petits clichés qui pour certains étaient tombés aux oubliettes. Émue aux larmes, Candice sentit son partenaire la soutenir en enlaçant doucement sa taille. Elle le regarda doucement avant d'embrasser sa joue et se tourna à nouveau vers les images qui défilaient. L'écran finit par s'éteindre et les applaudissements retentirent à nouveau. Candice se dirigea vers son ex-brigadier-chef et le serra dans ses bras en guise de remerciements.

« J'ai pas fait ça tout seul ! On est partis à la chasse aux photos avec Chrystelle et Val. Même tes enfants ont participé…

- Mais oui ! J'ai vu ça… C'était super Mehdi… Merci à vous… »

Souriante, la commandante finit par se retourner vers ses convives qui attendaient visiblement qu'elle prenne à nouveau la parole. Elle essuya ses quelques larmes et osa parler à nouveau.

« Bon bah voilà… commença-t-elle. J'avais promis que je pleurerais pas et c'est foutu…

Tout le monde se mit à rigoler.

Non… Plus sérieusement merci à vous d'avoir monté ce petit film. Ça permet de montrer à tout le monde ô combien ces dix ans à Sète ont été marquants, importants et riches en émotions. Je suis arrivée y a dix ans dans une équipe qui me détestait. Je pensais tenir quelques mois et finalement ça a duré dix ans. Dix ans… répéta-t-elle en ravalant sa salive.

Je ne pensais pas rencontrer toutes ces petites têtes là… Je ne citerai pas de noms mais vous vous reconnaîtrez… Un petit bout de femme qui très vite est devenue ma première alliée. Enfin je dirais même, ma seule alliée… qui m'a vite lâché certes… mais bon, grâce à qui j'ai réussi à m'intégrer expliqua-t-elle en mimant les guillemets. Un papa poule… un peu trop poule d'ailleurs… que j'ai adoré conseiller en matière de maternité. Une tête de mule qui a adoré se moquer de moi. Que j'ai vu grandir, évoluer et finalement quitter le nid… à mon grand désespoir… Une femme au caractère bien trempé qui adore croquer la vie… et les hommes aussi ! Et que je ne remercierai jamais assez pour tous ces moments d'échanges et de conseils qu'on a pu avoir par le passé. Une tête en l'air, gaffeur, à côté de la plaque, qui malgré tout à beaucoup grandi et a ENFIN réussi à prendre confiance en lui. Une femme froide, stricte, autoritaire que j'ai adoré détester et qui est finalement devenue une fidèle amie. Un petit bout de femme solide, qui a réussi à s'assumer… à qui j'ai mené la vie dure aussi… et que je vais finalement beaucoup regretter. Un glouton macho au cœur tendre qui a intérêt de prendre soin de mon amie. Merci à elle d'ailleurs pour sa présence, ses conseils et son franc-parler. Elle va beaucoup me manquer… Une grande perche qui m'a rendu la vie dure, qui a fait voler notre groupe en éclat avant de devenir un bon petit soldat… Tu finiras par acquérir la méthode Renoir j'en suis sûre ! plaisanta-t-elle en provoquant les rires de ses convives. Alors merci à vous tous d'avoir réussi à me supporter pendant dix ans. Je cède ma place à quelqu'un qui aura beaucoup de chance d'être entouré par chacun d'entre vous. Voilà… Je crois que j'ai fait le tour…

- Bah et moi ? protesta Antoine en boudant.

- Qui ? J'entends pas ! plaisanta-t-elle

Tout le monde se mit à rire.

- Mais je sais même pas par où commencer… lâcha-t-elle avec émotion, les yeux remplis de larmes. Je suis arrivée y a dix ans, t'étais mon petit adjoint, tu me détestais et je repars dix ans plus tard… tu me passes la bague au doigt… Alors… Je sais pas à quel moment ça a merdé cette histoire…

Tout le monde éclata de rire à nouveau.

Non mais c'est vrai, si on m'avait dit que je finirai par me marier avec lui… jamais j'y aurais cru !

- Et pourtant… C'est pas faute de te l'avoir dit hein ! intervint JB. Ça se voyait comme le nez au milieu de la figure.

- Mais bien sûr ! ajouta Aline en rigolant. Combien de fois je te l'ai dit ? Hein !

- Oui c'est vrai… répondit Candice en rigolant. Mais j'avais pas envie de vous écouter voilà ! C'était compliqué et pourtant… pour rien au monde je reviendrai en arrière… avoua-t-elle en osant fixer Antoine qui contenait son émotion. On en a vécu des choses en dix ans… On est passés par toutes les émotions… par toutes les situations… Pas toutes positives d'ailleurs mais… si je devais en retenir qu'une ce serait celle que l'on vit en ce moment, confessa-t-elle les larmes aux yeux. Merci à toi d'avoir toujours été là, même quand je faisais n'importe quoi… et surtout merci de me rendre heureuse. »

En réponse, Antoine s'approcha doucement de Candice qui avait finalement laissé couler quelques larmes. Il la prit dans ses bras alors que tout le monde applaudissait. Il glissa sa tête dans son cou et chuchota un léger merci à son oreille avant d'embrasser sa joue et de la lâcher. Émue, Candice ordonna à ses enfants de remettre la musique et déclara la piste de danse ouverte. Très vite, les convives se dispersèrent et formèrent des groupes de discussion. Resté l'un à côté de l'autre, le couple fut approché par Paul Périer, une coupe de champagne à la main.

« Tchin ! lâcha-t-il en souriant avant de faire tinter son verre avec le leur.

- Vous m'excuserez de ne pas vous avoir cité mais… comment dire… c'était pas vraiment la même relation professionnelle qu'avec les autres…

- Je sais vous inquiétez pas ! répondit-il en souriant sincèrement. Merci de m'avoir invité en tout cas !

- Et là je sais ce que vous allez dire… Que vous le saviez, qu'on a mis du temps, qu'on a perdu du temps même…

- C'est vous qui pensez ça…

- Hein ?

- Oui… En voulant interpréter ce que potentiellement je pourrais penser, vous avez laissé exprimer vos propres mots.

Perplexe Antoine fronça les sourcils.

- J'ai rien compris… lâcha-t-il après réflexion.

- C'est pas grave ! répondit le psy en rigolant. L'essentiel c'est que vous ayez fini par comprendre que vous ne pouviez pas vivre l'un sans l'autre…

- C'est vrai… déclara Candice en souriant avant de regarder Antoine amoureusement.

- D'ailleurs commissaire… Vous n'oublierez pas que si besoin, j'assure toujours mes permanences le jeudi.

Antoine rigola doucement.

- Pourquoi j'aurais besoin de vous voir ? Tout va bien !

- Bah on ne sait pas mon amour, imagine un petit coup de blues parce que je te manque… Et hop ! Paul Périer à la rescousse pour t'éviter une petite dépression… expliqua-t-elle sur le ton de l'humour.

- Rigolez pas trop quand même… Ça vaut aussi pour vous… J'ai des contacts sur Marseille. Donc si jamais… je pourrais vous aiguiller. Lâcha fièrement le psy.

- Ah… Oui… Non… Mais ça va aller hein…

- Non mais il a raison, imagine un petit coup de blues parce que je te manque… Et hop ! répéta-t-il pour la taquiner.

Candice éclata de rire.

- Non mais… Tout devrait bien se passer maintenant… répondit-elle tout bas en prenant son mari par le bras.

- Je vous le souhaite en tout cas !

- Merci… répondirent-ils sincèrement en chœur »