Playlist : Muse - Time is running out
CHAPITRE 5
LOS ANGELES
Je pourrais passer une bonne soirée... le club est sympa. Il n'y a pas beaucoup de monde, les musiques sont entraînantes, les cocktails sont bons. Le seul bémol c'est les deux personnes avec qui je suis venue.
Après un énième appel de Mike dans l'après-midi, qui désespérait totalement de sortir pour se faire de nouveaux amis -ou pour approfondir son plan drague me concernant- j'ai eu le malheur de lui dire de me rejoindre au Redwood Bar, à Downtown.
Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai fait ça. Je n'arrive pas à me l'expliquer... depuis des jours, j'étouffe.
J'ai besoin d'air, de renouveau et de changements... j'ai envie d'autre chose que ma vie enfermée chez moi à ne vouloir voir personne.
J'aime bien ce club. L'ambiance y est plus chaleureuse que dans beaucoup d'autres clubs, bon, je n'en ai pas fait énormément sur LA mais j'aime bien celui-ci. J'ai trainé Jessica avec moi ce soir, espérant me divertir et me détendre... mais là est le cœur de mon problème.
Jessica.
Elle et Mike n'ont absolument rien à faire que je m'ennuie mortellement pendant qu'ils se draguent mutuellement à n'en plus finir. A plusieurs reprises, je me demande s'ils savent que je suis encore là, assise en face d'eux.
Mike fait des blagues de plus en plus nulles au fur et à mesure que son sang se dilue d'alcool.
Jessica, elle, rejette la tête en arrière et rit un peu plus à chacune d'elles... C'est répugnant et totalement ridicule. Ils m'ont littéralement oubliée. Quelque part, cette situation est presque satisfaisante : Mike à l'air de vouloir enfin me lâcher. Après des mois de tentatives désespérées de sa part, j'espère qu'il sera définitivement passé à autre chose quand Jessica et lui auront... bref, quand demain sera arrivé.
Je finis mon verre, fais un tour de la salle du regard avant de soupirer. Si seulement Jasper ou Jake étaient là... Pendant une minute, je me tâte à appeler Jasper à l'aide... sauf qu'ils ont -lui et Alice- prévus une soirée des plus romantiques tous les deux et si jamais j'osais les interrompre... je refoule un sourire, pensant à la tête de Jasper si je l'appelai pour lui demander de venir me divertir au milieu de cette soirée plate et ennuyeuse à mourir.
- Je vais me chercher un verre ! lancé-je après un instant en me levant.
Leur manque de réaction me fit lever les yeux au ciel. Désespérée, je passai entre les corps dansant dans la salle surchauffée.
- James ! Une double Tequila s'il te plaît, lancé-je en me forçant à avoir de l'entrain en m'appuyant contre le bar.
- Fais gaffe à pas abuser cette fois Bella ! S'amuse-t-il en faisant glisser un verre vide sur le bar entre nous.
- Ca n'est arrivé qu'une fois, marmonné-je entre mes dents, mal à l'aise.
- T'as quand même vomi sur mes chaussures, rigole-t-il en remplissant mon verre.
Sa bonne humeur fait briller ses yeux.
- A côté... à côté, James, me défendis-je en essayant de ne pas penser à cette stupide soirée d'anniversaire pour mes 27 ans, quelques mois plus tôt.
Si je ne savais pas que James était totalement et complètement homosexuel, je pourrais jurer que le regard qu'il m'envoie à l'instant a pour but de me faire fondre. James est beau. Ses cheveux blonds coupés courts sont ébouriffés et ses yeux clairs semblent vouloir raconter mille vies. Il est bel homme, il plait beaucoup (aux femmes et aux hommes -et il le sait-) Le fait qu'il soit totalement gay nous permets de rester dans cette sorte de relation linéaire... Bien qu'il m'ait souvent dit que, s'il n'avait pas aimé les hommes, il m'aurait certainement passé la bague au doigt... Ce qui nous a régulièrement menés à des discussions épiques.
Je jette un coup d'œil au fond de la salle où Mike et Jessica discutent tout en se fichant éperdument de savoir où je peux bien être.
La musique envoûtante de Time is running out résonne dans le pub, et quelques personnes font éclater leur joie en entendant les premiers accords.
Je regarde à ma droite, vois James en pleine discussion avec un grand brun au style mexicain. Ils échangent quelques mots, se sourient... Bordel ! Suis-je la seule à m'ennuyer ferme ce soir ? Je soupire lourdement, prends une gorgée de mon verre avant de me tourner pour m'appuyer contre le bar, mes yeux papillonnants sur les corps dansant de la pièce.
I think I'm drowning
(Je pense que je me noie)
Asphyxiated
(Asphyxié)
Pendant un instant, sans que je n'arrive réellement à l'expliquer, je me sens un peu... un peu bizarre. Comme si... comme si quelque chose était en train de changer, de bouger en moi. Je ne comprends pas bien quoi, ou ce qui m'arrive mais un sentiment étrange m'envahit alors que j'inspire lentement en regardant autour de moi.
Vaguement, ce sentiment étrange qui m'entoure me fait me dire qu'il faut que je ralentisse sur l'alcool que j'engloutis bien que ça ne soit que mon troisième verre depuis le début de cette soirée ennuyeuse à mourir.
Une femme se tient appuyée au bar à côté de moi. De l'autre coté, un groupe de jeunes hommes plutôt éméchés trinquent en poussant des hurlements qui surpassent la musique -c'est pour dire.
La brune à ma droite se fait tirer par -certainement- une copine à elle jusqu'à la piste de danse alors qu'elle se débat ridiculement pour terminer son verre avant d'éclater de rire. Je manque de lever les yeux au ciel par pure jalousie... n'ai-je réellement aucune amie ici ?
La silhouette sombre d'un homme apparait dans mon champ de vision quand mon regard tourne autour de moi à nouveau.
Mon cerveau bourdonne, ma vue se trouble d'incompréhension.
Brièvement, la vision de l'homme dans l'avion qui m'a ramené ici me fait brutalement suffoquer.
Mon cœur s'emballe avant même que je ne comprenne, avant même que je ne le reconnaisse. C'est difficile avec son sweat noir et sa capuche qui le cache de savoir que c'est lui, pourtant, quelque chose résonne en moi.. ça ne fait aucun doute.
Je sais qu'il est là.
Edward Masen est là, appuyé au même bar au moi. Le même endroit, la même ville... et ces mêmes ressentis auxquels j'ai refusé de penser depuis des jours.
Il est là... et j'ai le sentiment que moi, je n'y suis plus.
Est-ce un coup du sort une nouvelle fois ? Est-ce une blague que de me mettre encore dans le même endroit que lui ?
Pendant un instant la musique s'étouffe alors que je me sens presque partir. Je tremble sans le contrôler. Je flotte. c'est bizarre, presque effrayant mais... est-ce lui, qui me fait ressentir... ça ? C'est quand même... perturbant de me retrouver, encore, au même endroit que lui non ? Est-ce que je deviens folle ?
L'agacement qu'il m'a fait ressentir dans l'avion des jours auparavant a disparut, j'ai d'ailleurs le sentiment que tout à disparu. J'ai dû mal à cerner ce que je ressens lorsque je le vois. C'est déroutant et largement déconvenue.
Je reste plusieurs longues secondes sans bouger, incapable de détacher mes yeux de lui.
Je ne vois que son profil caché par sa capuche mais... je sais que c'est lui. Je le sens.
Mon regard papillonne plusieurs fois sur tout ce qu'il m'offre sans en être conscient alors que mon cerveau s'emballe.
Ses doigts tiennent un verre de whisky presque vide devant lui. Une bouteille posée à côté l'accompagne. Je n'ai pas de mal à voir qu'elle est largement entamée. Je fronce les sourcils, un peu perdue... C'est pour ça, qu'il a mis fin à sa carrière ? Pour aller boire dans un bar ?
En quoi ça me regarde ?
Je me retourne pour m'appuyer à nouveau contre le bar, jouant avec mon verre du bout des doigts pour essayer de me reprendre. Savoir ce qu'il fait ou non ne me regarde pas... je n'ai pas besoin de savoir pourquoi et comment nous sommes encore au même endroit et pourquoi ça me fait... ça.
Quelque chose me dit de rejoindre Mike et Jessica en l'ignorant mais... une partie de moi me cris que... ça, tout ça, n'est pas... rien.
Bordel qu'est-ce qui peut bien me pousser à me retrouver toujours, toujours là où il est ?
Je pense brièvement à Jessica avant de serrer les dents, sentant l'agacement m'effleurer à nouveau... si elle savait que Masen se trouve ici...
Du coin de l'œil, sans même le vouloir, je le vois se servir un autre verre.
Je fronce les sourcils à nouveau en observant ses longs doigts revisser le bouchon de la bouteille avec difficulté. J'ai le sentiment absurde et incontrôlé que je ne peux détacher mes yeux de lui. J'aimerais pourtant en être capable une bonne fois pour toute ! Qu'est-ce que ça peut faire ce qu'il a décidé de faire ou non de sa vie ?
I wanna break this spell
(Je veux briser ce sort)
That you've created
(Que tu as créé)
Je reporte mon attention sur mon verre en me pinçant les lèvres pour ne rien dire d'absurde ou ne rien dire tout court. Peut-être... a-t-il besoin d'aide ? De compagnie ? Qu'aimerais-je qu'il fasse si... si la situation était inversée ? Si c'était moi dans ce bar, seule avec ma bouteille et ma détresse qui émane si fort ?
Certainement... j'aimerais certainement qu'il me laisse seule.
Bien que notre première rencontre ait été assez turbulente et perturbante, révélant mon manque de sang froid et l'infantilité qui me secoue en sa présence, cet homme me... il me fait mal.
Je n'arrive pas l'expliquer... Quelque chose en lui me donne irrévocablement envie de lui dire qu'il n'est pas seul.
Ca n'a aucun sens... mais je sens de plus en plus fort, à mesure que les secondes passent ce besoin absurde et pourtant viscéral de le protéger. Depuis New-York, je suis totalement... totalement détraquée. Je ne tournerai plus jamais rond et j'ai le sentiment que tout me pousse vers lui, vers ça, quoi que je fasse.
Mes yeux me brulent encore. Quelque chose de douloureux l'entoure... je ne sais pas quoi. C'est pourtant idiot... on ne s'est réellement parlé qu'une seule fois si l'on oubli l'épisode étrange du bar à New-York - et ça a plutôt mal fini. Le souvenir de son sourire lent lorsque l'on s'est croisé dans l'avion nous ramenant ici fait se serrer mon estomac.
Qu'est ce que cet homme me fait ?
Ce que je ressens, ce que mon corps éprouve en sa présence est totalement inconvenant, absurde et pourtant, mon cœur bat plus fort à l'idée qu'il soit là, tout près. Ca n'est pas vraiment douloureux c'est juste... c'est déroutant. Mon ventre est noué mais mon être entier semble plus... plus vivant.
Je suis en train de virer folle, ça y est.
You're something beautiful
(Tu es quelque chose de magnifique)
A contradiction
(Une contradiction)
Incapable de faire autre chose que le regarder, je serre les dents quand je le vois vider son verre en une gorgée et le reposer d'un coup sec sur le bar.
Sa main atteint la bouteille la seconde d'après.
Je ne comprends pas bien ce qui arrive mais, avant que je ne puisse l'intégrer, la bouteille vacille et ma main l'atteint en même temps que la sienne veut la rattraper.
Nos doigts se frôlèrent.
Tout disparait.
On relève les yeux l'un vers l'autre en même temps alors qu'un hoquet de stupeur me secoue tout entière.
Putain de bordel de...
J'ai du mal à comprendre pourquoi je viens de faire ça en ramenant ma main contre ma poitrine, m'excusant à mi-voix face à la colère que je lis dans ses yeux sombres.
J'ai envie de m'enfoncer dans le sol tant il a l'air débordant de colère et moi de gêne.
Pour autant, je suis incapable de cesser de le dévisager.
I wanna play the game
(Je veux jouer le jeu)
I want the friction
(Je veux l'affrontement)
Il jette un très léger coup d'œil autour de lui avant de revenir à mon visage. C'est comme si... comme s'il prenait soudainement conscience de ma présence et, presque, de sa présence ici aussi.
- Vous devriez arrêter, murmuré-je sans pouvoir m'en empêcher après un court instant où il me dévisage le moins poliment du monde.
Il a un rire désabusé qui me glace avant de détourner les yeux en se servant un nouveau verre. Il faudrait.. je sais que je devrais le quitter des yeux, mais j'en suis tout bonnement incapable.
- Vous devriez ne pas avoir un verre dans les mains pour pouvoir me dire ça, réplique-t-il d'une voix plate, ses yeux revenant sur mon visage après avoir reposé la bouteille presque vide.
Je dois avouer qu'il n'a pas totalement tort et je me demande franchement en quoi tout ça me regarde avant de baisser les yeux sur mon verre. Je devrais partir d'ici et arrêter de tenter la communication avec lui. A chaque fois, c'est un échec... un lourd et pesant échec.
Je finis par soupirer et décide de finir mon verre pour pouvoir partir d'ici. Je vais même certainement rentrer chez moi et ne plus jamais... ne plus jamais juste vouloir comprendre ce qu'il se passe.
Pourtant, quelque chose m'empêche de bouger.
Il y a un long silence pendant lequel je me bat avec moi-même pour savoir ce que je dois faire... Pourquoi je n'arrive simplement pas à partir ? A le laisse se débrouiller et me mêler seulement de ce qui me regarde ?
- Quel que soit votre... problème, boire ne va pas le résoudre, repris-je après un court silence sans pouvoir m'en empêcher.
Il est retourné à son verre de Whisky qu'il boit sans le déguster. Je ne suis même pas sûr qu'il sache que je suis encore là et que je viens de lui parler.
Bordel Swan !
- Quel que soit mon... problème il ne vous regarde en rien, claque-t-il à nouveau froidement.
Sa voix rauque me fait frémir douloureusement. De quoi je me mêle bordel ? A nouveau, je me pince les lèvres pour ne pas prononcer des paroles que je ne maitriseraient pas avant de finir définitivement mon verre. Je dois partir d'ici.
- J'ai pas lu d'autre article de vous sur moi depuis un moment, argue-t-il alors que j'effectue un mouvement pour m'éloigner de lui, de... de ça. Vous avez là, ce soir, de quoi écrire !
Sa phrase me fige, et sa colère... pourquoi me déteste-t-il à ce point ?
J'avais presque oublié que j'avais écris sur lui après la conférence ! Il l'a, bon sang, il l'a donc lu et il sait parfaitement qui je suis... Génial.
- Je peux peut-être même vous donner deux ou trois scoops, poursuit-il avant de rire amèrement.
Son rire me glace le sang. Il est... terrifiant et tellement, tellement dénué de vie qu'il me noue l'estomac alors que je tente de contrôler l'agacement, la déception qui me secoue. Je risque un regard vers lui pour voir que son attention est perdue dans son verre sous ses yeux. Il le remue légèrement, faisant danser les glaçons qui tapent les rebords du verre avant d'inspirer lentement, un sourire sombre sur les lèvres.
- Vous allez pouvoir faire un magnifique article sur mon cancer, s'exclame-t-il d'une voix monocorde qu'il veut dépourvue d'émotion.
Il me faut une seule seconde pour que ce qu'il dise m'atteigne et fasse s'arrêter de battre mon cœur. J'avale ma salive difficilement, tentant de ne pas défaillir.
- Vous...
- J'ai un putain de cancer, me coupe-t-il brusquement, me faisant sursauter en se tournant brusquement vers moi. J'ai pas trente-cinq ans et un cancer qui va me faire crever. C'est con, l'ironie de la vie hein ? Un chanteur avec un cancer des poumons, qui va l'envoyer dans la tombe, avant même qu'il...
You will be
(Tu seras)
The death of me
(Ma mort)
Je blinde immédiatement mes propres émotions en n'étant incapable de continuer à l'écouter.
Que... qu'a-t-il dit ? Que veut-il que je fasse de ça, comment veut-il que je réagisse face à ça ? Que doit-on dire, faire, face à quelqu'un qui nous dit une chose pareille avec tellement de colère en lui qu'il n'est pas capable de contrôler quoi que ce soit ?
Je me mords la langue en retrouvant son regard, tellement plus sombre que dans mes souvenirs.
Il a l'air dépassé, complétement dévasté.
Pourtant il se recompose rapidement un visage impassible et je ne peux désormais plus déchiffrer son expression. Il semble si... vide. J'ai quelques secondes l'impression qu'il ne ressent plus rien.
Je reste silencieuse, presque sonnée, incapable de réagir face à ce qu'il vient de me lancer le plus froidement du monde.
- Vous devriez partir, finit-il par dire froidement, ne coupant pas le lien de nos regards pour autant.
C'est plus un ordre plus qu'un conseil, pourtant, mes pieds sont incapables d'exécuter le moindre mouvement. Je suis comme collée au sol, engluée dans les brides de nos rencontres et de ce à quoi tout cela nous a mené... ici et maintenant.
I wanted freedom
(Je voulais la liberté)
But I'm restricted
(Mais je suis limité)
Abasourdie, incapable de lui dire quoi que ce soit je dois respirer plusieurs fois pour me reprendre.
Une poignée de secondes passent et me paraissent une éternité.
Tout se mélange, tout se mêle alors que nos rencontres multiples ces dernières semaines remontent en moi. Les mots, les larmes semblent coincés dans ma gorge. Mon cerveau me répète inlassablement ce qu'il vient de dire, son visage, la façon dont la douleur se reflète dans ses yeux, la façon dont il a serré les dents pour contenir son désarroi... la façon dont ses mots me percutent violemment. La façon absurde avec laquelle il me touche, avec laquelle il me fait mal.
Cancer... il a un cancer.
- Je... je suis désolée, réussis-je à souffler au bout d'un court instant qui me parait pourtant bien trop long.
Il détourne les yeux pour retourner à son verre une nouvelle fois. C'est violent... trop violent.
Je n'ose presque pas regarder son profil pendant que le silence nous entoure malgré le monde, la musique autour. J'ai le sentiment absurde et pourtant dévastateur, que si je pose à nouveau les yeux sur son visage défait, mes émotions -mais surtout les siennes- vont m'engloutir.
Bordel mais qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?!
- Ça ne changera rien que vous soyez désolée ou non, finit-il par dire au bout d'une minute pendant laquelle je tente de comprendre ce qu'il m'arrive.
Son ton est totalement déplaisant. Il me parle comme si je n'étais... comme si je n'étais qu'une moins que rien, comme si je ne pouvais en aucun cas comprendre ce qu'il traverse, ce qu'il ressent. Je fixe mon verre vide en serrant les dents tout en essayant de me reprendre.
Au delà de sa carrière, de son charisme, il n'est qu'un homme. Qu'un humain, qu'une personne que je ne connais pas le moins du monde et qui ne m'a certainement pas montré la meilleure facette de lui...
Depuis le départ, il est détestable avec moi. Il est très loin de l'homme des toilettes du bar qui a été drôle et prévenant. Celui qui m'a fait rire alors que j'étais enfermée et -légèrement- paniquée. Celui dont la voix a fait sursauté mon cœur plusieurs fois et dont le rire m'a serré la poitrine... Comment peut-il être cet homme là et, ce soir dans ce bar, être celui qui est tellement... tellement froid, détestable ?
Malgré tout, sa douleur me fait mal, sans que je ne m'explique pourquoi. C'est là, au fond de mon ventre et je ne peux ignorer qu'il me touche... Plus que n'importe qui.
I tried to give you up
(J'ai essayé de renoncer à toi)
But I'm addicted
(Mais je suis dépendant)
Une chose en moi me crie que, peut-être, tout ce qu'il veut finalement c'est être un être humain, une personne normale... comme les autres.
Je ne le décide pas réellement mais, alors que tout me crie de rentrer chez moi et de m'éloigner le plus possible d'ici, de lui, je fais taire mes pensées et décide volontairement et pleinement de rester... Et quelque chose s'apaise en moi.
Oui, je vire définitivement folle.
Sans réussir à me l'expliquer complètement, je demande à James un autre verre qu'il me serre rapidement avant de me tourner à nouveau pour regarder la pièce où les corps dansent et s'amusent.
Mon mouvement me fait me rapprocher de celui qui torture mes sens et me fait vivre n'importe quoi.
J'ignore son regard qui brule mon profile pendant que je calme mon esprit en tentant de concentrer mon attention ailleurs.
La musique fait vibrer le sol, je l'avais presque oubliée. J'avais presque oubliée aussi tous les gens présents ici. Cette réflexion me perturbe plus qu'il ne le faudrait... ils avaient comme... tout avait comme disparut, aspirer par Masen et... et le reste.
Même si le pub n'est pas plein, tous ont l'air de passer une bonne soirée. Tous sont à mille lieux de ce que je vis- ressens près d'Edward Masen. Je ne comprends pas grand chose à tout ça mais... en prenant la décision de rester à l'instant, j'ai le profond sentiment de faire ce qu'il faut que je fasse, ce pour quoi je suis faite... C'est étrange non ?
L'homme quelques centimètres de moi fait un mouvement pour boire un nouveau verre. A nouveau, son parfum arrive jusqu'à moi et je ferme les yeux une fraction de seconde, en inspirant doucement.
C'est fou que ça soit lui... que ça soit vraiment lui, l'inconnu de toutes ces rencontres étranges...
Je lui jette un coup d'œil, comme pour vérifier qu'il est toujours là, qu'il est toujours... réel.
Son regard se pose sur mon visage après une seconde. Mon cœur sursaute imperceptiblement tandis que je tente d'assimiler ce qui est en train d'arriver... il a un cancer.
- Vous le savez depuis longtemps ? Demandé-je doucement au bout d'un instant à nous dévisager.
Ses yeux ne quittent pas mon visage, créant un lien invisible entre nous qui me serre le ventre. Cette chose si étrange et pourtant bien présente. Le bout de mes doigts me picote. L'électricité. Elle semble courir dans mes veines à vive allure alors que son regard glisse comme une brûlure sur ma peau.
Quelque chose change dans son regard quand il semble réaliser que je lui ai parlé. Il a l'air... tellement en colère contre moi soudain que je me raidis sans le contrôler.
- Vous voulez une date pour votre torchon ? J'pourrais peut être vous faire transmettre les radiographies de mes poumons pendant qu'on y est... vous pourrez alors faire le meilleur article de votre putain de vie !
Je reste à le regarder plusieurs secondes, me demandant s'il a réellement dit tout ça ou si je l'ai inventé pour me trouver une excuse pour partir, pour m'éloigner de lui.
La colère qui flotte dans son regard et l'attitude crispée de son corps me prouve qu'il me déteste au plus haut point. A mon tour, l'incompréhension me secoue. Nous ne serons donc jamais capable de nous comprendre ? De discuter le plus... humainement du monde ? Me déteste-t-il simplement parce que je suis journalise ou est-ce plus profond que ça ?
- Je... j'ai pas l'intention de faire d'article sur vous, me défendis-je difficilement. Vous avez le droit d'avoir une vie privée !
La colère boue en moi alors qu'il est secoué d'un rire ironique qui fige mon sang dans mes veines.
- C'est nouveau ça ! S'exclame-t-il en levant les yeux au ciel avant de finir à nouveau son verre. J'ai pas besoin de votre pitié et je...
- Je n'ai pas pitié de vous parce que vous êtes malade, le coupé-je sans réussir à me taire. Vous n'êtes pas le seul homme sur Terre à avoir un cancer... Je n'ai pas pitié de vous ! Vous semblez juste... trop borné et trop fier pour accepter l'aide de quelqu'un qui ne vous veut aucun mal ! Vous devriez ouvrir les yeux parce que le monde ne va pas être toujours à vos pieds. Le fait que vous ayez un cancer va faire parler de vous quelques semaines et les gens oublieront parce que votre vie n'est pas leur priorité !
Je réprime un frisson devant la stupeur de ses prunelles flambants de colère mais n'en démord pas. Je ne peux pas regretter ce que je viens de dire. S'il y bien une chose que je ne ressens pas le concernant, c'est la pitié. Je suis en colère contre lui, je suis... je suis perturbée, triste, indignée et je ne comprends pas pourquoi il me parle de la sorte mais je n'ai pas pitié de lui.
Je veux qu'il réagisse. Il doit réagir... Il doit reprendre le dessus.
Quand il fronce les sourcils, je me sens rougir. De colère, de honte, de peine. Je suis totalement incohérente depuis notre rencontre et si ça continue, je vais exploser. Rien n'a de sens et je dois partir d'ici, rentrer chez moi et hurler à m'en briser la voix pour évacuer tout ce qu'il provoque en moi et qui n'a pas le moindre sens.
- Mais vous avez raison, finissez donc cette bouteille et abîmez-vous un peu plus... Ca n'est pas comme si des gens vous aimaient et comptaient sur vous !
Pour la deuxième fois de la soirée, le masque d'impassibilité se fissure alors que son regard change face à ma colère.
Je finis mon verre et le claque sèchement sur le bar avant d'inspirer pour essayer de calmer la colère définitivement réveillée en moi.
Je dois partir d'ici, m'éloigner. Ce qu'il me fait ressentir n'est pas normal, ça n'est pas bon... Je devrais m'en foutre et ça n'est pas le cas ! Comment ça pourrait l'être ? Il a l'air d'avoir baissé les bras avant même d'avoir commencé à se battre et ça me révolte ! C'est inhumain d'être aussi égoïste, aussi peu buté !
Now that you know I'm trapped
(Maintenant que tu sais que je suis emprisonné)
Sense of elation
(Sentiment d'exultation)
Je fais demi tour pour m'en aller le cœur battant.
Je suis épuisée, lasse de ne pas réussir à communiquer avec lui. Chaque fois que je passe plus de cinq minutes en sa présence, je finis en colère, déboussolée et infantile. Je peux comprendre sa colère, sa détresse, mais pas son agressivité envers moi.
Il ne me connait pas, il ne sait rien de moi et de mes émotions, de ma vie et de mes sentiments. Il ne sait rien...
You'll never dream of breaking this fixation
(Tu ne rêveras jamais de briser cette fixation)
You will squeeze the life out of me
(Tu presseras la vie hors de moi)
Avant même que j'ai pu faire un pas, Edward Masen se lève pour me rattraper.
Il se lève, lui, pour me rattraper, moi.
Ses doigts agrippent mon poignet le moins doucement du monde.
La surprise fait sursauter mon cœur alors que je le dévisage, incapable de comprendre ce qui peut bien se passer en lui. Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez ce type bon sang ? Et chez moi ?
Je me rougir sous son regard déboussolant malgré le combat que je veux mener contre tout ça...
Une seconde, ses doigts glacés sur ma peau, il ne dit rien.
Ses yeux me scrutent, plus profonds que jamais. Mon cœur va certainement s'arrêter de battre.
Je veux parler, mais j'en suis incapable. Pourquoi je réagis si... si violemment ?
- Pardonnez-moi, souffle-t-il avec un calme qui me coupe le souffle. Je ne voulais pas être... je suis désolé, bafouille-t-il avant de reculer un peu.
Je me rends compte qu'il était vraiment grand, bien plus que moi et que je suis vraiment idiote. Que veut-il... comment veut-il que je me comporte si lui même oscille d'un sentiment à l'autre, passant du mec le plus détestable à celui qui me retient, qui ne veut pas que je parte ? J'ai du mal à soutenir son regard alors que la colère laisse place à quelque chose de plus... de plus doux en moi.
Il va certainement me rendre dingue. Nos rencontres vont me rendre dingue et je n'arrive pourtant pas à le détester.
- J'aimerais... je peux vous... offrir quelque chose à boire ? demande-t-il maladroitement en voyant que je ne réagis pas.
How did it come to this ?
(Comment en est-ce arrivé là ?)
Je me demande pendant quelques secondes si je ne rêve pas. Il fronce les sourcils face à moi, apparemment aussi perturbé que moi par sa demande. Je sais pertinemment que l'alcool coule dans ses veines et amplifie son comportement plus qu'étrange avec moi. Je suis sûre sans en être réellement certaine qu'il n'est pas dans son état normal... je sais que ce soir n'est définitivement pas le bon soir pour avoir une conversation constructive et trouver des réponses à mes troubles.
- Je ne suis pas sûre que ça soit une bonne idée, dis-je sincèrement alors qu'il s'appuie contre le bar dans son dos comme pour se maintenir debout.
Son regard profond et ô combien triste soutient le mien tandis que la déception le traverse. Sait-il qu'il s'est comporté comme un abruti ? Que je me sens malgré tout idiote moi aussi ?
- Je comprends, répond-il juste avant de baisser les yeux sur le sol.
Je sais qu'il peut comprendre... je le sais.
Une seconde, je me bats contre moi-même avant de soupirer et de revenir près de lui.
- Ça sera un Gin Tonic. Avec beaucoup de glaçons et un citron, l'informé-je en tentant d'ignorer son regard sur moi.
J'ignore son soupire et m'appuie contre le bar à mon tour, les yeux rivés sur mes doigts. Qu'est-ce que je suis en train de faire bordel ? N'étais-je censé partir d'ici, m'éloigner et rentrer chez moi ? Il commande ma boisson et prends le grand verre de coca que James lui prépare rapidement.
- Plus de whisky ? ironisé-je sans le regarder lorsqu'il fait glisser mon verre devant moi.
- Je crois que pour ce soir, j'ai assez abusé...
- Je pense aussi.
Je suis plus froide qu'à mon habitude, presque méfiante... mais je n'arrive pas à faire autrement. Quelque chose m'empêche de réussir à me détendre, pas temps qu'il sera là, à côté de moi. Pas temps que je n'aurai pas réussir à respirer convenablement et que je n'aurai pas assimiler les évènements de ces dernières minutes.
- Je... j'ai besoin d'oublier, pour quelques heures, soupire-t-il en passant une main sur sa nuque, sous la capuche sombre qui le cache des yeux des autres.
Je serre mon verre entre mes mains pour me maintenir consciente de sa réalité.
I won't let you bury it
(Je ne te laisserai pas l'enterrer)
I won't let you smother it
(Je ne te laisserai pas l'étouffer)
I won't let you murder it
(Je ne te laisserai pas l'assassiner)
- L'alcool vous fera oublier pour quelques heures mais à votre réveil, votre maladie sera toujours là et en plus de ça, vous aurez une monstrueuse gueule de bois.
- Vous avez raison.
Je réprime un sourire presque ironique alors que son regard me brule le visage. Vraiment, quelque chose ne tourne pas rond.
- Quoi ? demande-t-il après une seconde.
Mon regard retrouve le sien. Le dessin de sa mâchoire taillée à coup de serpe se serre légèrement alors que je réprime un frisson face à lui. C'est la première fois qu'il est si près de moi et j'ai du mal à ne pas le dévisager avidement. Bon sang, a-t-il toujours été si grand ? Je me sens minuscule à côté de lui !
- C'est la première fois que vous ne vous donnez pas corps et âme pour me donner tort.
Ma réflexion fait danser quelque chose que je en comprends pas dans son regard sombre. De la colère ? Du doute ? Pourtant, l'ombre d'un sourire étire sa bouche une seconde.
- Je ne crois pas que nous soyons faits pour être amis, souffle-t-il en se penchant très légèrement vers moi avant qu'il ne reporte son attention sur sa boisson.
Je baisse les yeux sur la mienne, sentant mon ventre se nouer... Nous ne sommes pas fait pour être amis ? Cela veut-il dire que nos vies, nos caractères sont tellement... tellement aux antipodes l'un de l'autre que nouer une amitié serait impossible ? Il a certainement raison...
- Vous avez certainement raison, murmuré-je, faisant écho à mes pensées emmêlées.
Non, définitivement, je sais que nous ne sommes pas faits pour être amis.
Tout en moi depuis notre rencontre me pousse à croire que rien n'a de sens depuis les premiers instants... je sais qu'il a raison. Nous ne pourrons jamais être amis.
Je le sais.
Hello !
Je sais, c'est presque inespéré... Pour tout vous dire, je traverse une grosse période de doutes concernant cette romance... Comme beaucoup le savent, je l'ai écrite la première fois il y a plusieurs années en co-écriture avec une amie.
Retravailler cette histoire remue beaucoup de choses, beaucoup de souvenirs... Pour dire vrai, je ne pensais pas que cela serait si difficile. Et puis, il y a aussi le fait que beaucoup lisent, mais peu commente... et c'est extrêmement frustrant. Je ne sais pas si ça plait, si ce que j'écris à un sens et résonne en vous. J'ai penser à tout stopper, je me suis dit que, certainement, vous pourriez comprendre.
Mais... pour le moment, je ne sais pas, je veux continuer. J'en ai rêvé, et finalement ce que j'en fais s'éloigne aussi de l'histoire initiale et je me dis que c'est pas plus mal... je me l'approprie, j'espère que j'arriverai à en faire quelque chose, quelque chose qui me plait et qui vous plait aussi.
Je vais essayer de publier la suite bientôt pour ne pas vous faire attendre trop longtemps... Ecrivez-moi, dites-moi ce que vous pensez, même si ça n'est pas forcément positif... tout est constructif !
Je vous embrasse
Tied
