Play List : Lifehouse - Good Enough / Feel - Robbie Williams
CHAPITRE 6
LOS ANGELES
Il me regarde dans la pénombre de la voiture. Ses longs cils bruns balayent le haut de ses pommettes lentement, comme si le monde, lui aussi, avait ralenti sa course à ce seul mouvement.
Je tente de déchiffrer ce qui le traverse mais... sans succès.
Encore un de ses regards énigmatiques que je ne comprends pas le moins du monde. Je me demande vaguement si, au fond, j'y arriverai un jour : à le comprendre. L'homme que j'ai en face de moi est si différent de celui qui était en colère tout a l'heure dans le bar. Il est... il est doux, patient et malgré l'alcool dans ses veines, il est prévenant.
I wanted freedom
(Je voulais la liberté)
But I'm restricted
(Mais je suis limité)
Il finit par me remercier de l'avoir ramené chez lui de sa voix grave qui vibre jusqu'à moi. J'acquiesce un sourire maladroit, troublée par l'intimité de l'habitacle de ma voiture, par ses cheveux humides de pluie, par son parfum plus fort que toutes les fois où j'ai pu le sentir et le froid qui me saisi quand son regard quitte mon visage.
Je l'observe sortir de la voiture un peu maladroitement tandis que je retiens mon souffle.
Sa portière claque en se refermant, faisant vibrer l'habitacle tout entier.
Dehors, la pluie fine tombe encore, éclairée doucement par les lampadaires aux couleurs chaudes autour de la voiture.
Je le regarde faire quelques pas presque hésitants en direction de chez lui, taper un code pour tenter d'ouvrir le portail qui émet un son grave avant de jurer à haute voix et de recommencer.
Je pourrais rire si mon cœur n'était pas si... pas si lourd.
I know not what to do
(Je ne sais pas quoi faire)
My heart is worn
(Mon cœur est las)
Quand le portail automatique s'ouvre enfin, il se tourne vers moi une dernière fois. Je ne pense pas qu'il arrive à me voir ou alors, il devine, seulement, que je reste planter là comme une idiote à la regarder rentrer chez lui.
Je soupire au moment où il disparaît derrière la grande porte bordeaux.
Quelque part en moi, j'ai le sentiment étrange et amer que c'est la dernière fois que je le vois.
Lorsque le haut portail se referme et se verrouille dans léger son qui résonne dans la rue silencieuse, je laisse ma tête tomber contre mon volant en m'insultant à voix haute.
La soirée aurait pu être plus agréable, mais elle aurait aussi pu être plus détestable. Le verre que Masen m'a payé n'a en rien arranger de ce que je ressens lorsque je suis en contact avec lui. Pendant plusieurs minutes, aucun de nous n'a parlé. Nous nous sommes contentés de boire nos verres sans savoir quoi se dire.
Le silence à troublé mon cerveau et l'intégralité de nos rencontres m'a parut être... improbable. Toutes largement improbables. Nous ne sommes pas fait pour être amis. Sa voix résonne encore... Quelque part, je sais qu'il a raison. Nos vies sont aux antipodes l'une de l'autre. Il déteste mon métier et je ne comprendrais probablement jamais le sien. Nous ne sommes pas fait pour être amis. Que voulait-il dire ?
I feel as If I'm through
(Je me sens comme au bout du rouleau)
Please believe in me
(S'il te plaît crois en moi)
J'ai pourtant conscience d'être probablement incohérente et me traiter d'imbécile n'y changera certainement rien. Pour la première fois depuis très longtemps, en démarrant le moteur de mon vieux Chevrolet, j'eus un léger souffle d'espoir : si le destin a décidé de me torturer en remettant Edward Masen sur ma route autant de fois en si peu de temps, peut-être qu'il pourrait le refaire, à nouveau.
Peut-être ne serais-je jamais son amie mais, en attendant, si pouvais réussir à apaiser ce que je ressens là, maintenant, alors je n'aurai pas été la grande perdante de cette histoire.
Me sentant bizarre, presque étrangère à moi même, j'inspire doucement pour reprendre contenance et partir enfin. Enveloppée dans un brouillard cotonneux, accentué par le bruit de la pluie sur le pare-brise, je regagne mon appartement avec la sensation d'être en dehors de mon corps.
How did it come to this ?
(Comment en est-ce arrivé là ?)
Garée devant chez moi, mes yeux me brulent de fatigue et mon sang boue dans mes veines. Mes doigts tremblent en quittant l'habitacle de ma voiture qui enferme encore l'odeur tendre de mon compagnon de voyage.
Epices, musc et ambre.
Pendant un moment, je refuse de penser à notre presque dispute, à la façon dont son comportement à radicalement changé lorsque j'ai voulu partir, à cette conversation étrange et banale, presque normale, que nous avons échangée après un long moment de silence. Nous ne sommes pas restés longtemps au bar finalement et c'était certainement mieux ainsi.
Dans mon lit, incapable de m'endormir sans que ces dernière heures tournent en boucle, je réprime un frisson presque douloureux face à mes découvertes de la soirée qui me percutent : Edward a un cancer et je me sens littéralement vide à présent.
Lorsque j'ouvre les yeux quelques trop courtes heures plus tard, un sentiment intense m'envahit.
Je ne peux me l'expliquer. Je ne peux... je ne peux pas lutter contre, non plus. Je ne le veux pas.
Peut-être est-ce la façon dont Edward Masen me touche. Peut-être est-ce les émotions qui me bousculent lorsque je suis à son côté et son rire que j'ai entendu tellement peu de fois... peut-être est-ce juste moi, qui fini par virer folle et insensée.
Sans savoir distinctement ce qui me pousse à ressentir ça, et ce qui me pousse à me lever pour le faire, dans les rayons du soleil déjà haut dans le ciel, mon instinct me dit, me cri que, peut-être, je devrais arrêter d'attendre le foutu destin... oui, ce matin, je dois le provoquer.
LOS ANGELES, 24 décembre.
Vous avez déjà eu l'impression d'avoir un marteau piqueur dans la tête, qui vibre encore et encore, sans fin, contre votre tempe ?
C'est un peu ce que je ressens en ouvrant les yeux brusquement. Je plaque un oreiller sur mon visage en grognant quand un bruit de plus en plus vif retentit dans la maison vide. J'ai la sensation qu'il résonne sourdement dans ma tête pour ne plus s'arrêter. Je tente d'ouvrir un œil avant d'être aveuglé par la lumière vive du soleil entrant par la fenêtre de ma chambre.
Je referme les yeux derechef avant dégager plus prudemment mon oreiller. Le bruit dans ma tête s'atténue jusqu'à disparaitre, me laissant me réveiller moins violemment. L'élancement dans mon crâne semble s'être quelque peu calmé lorsque je me redresse lentement, le corps courbaturé et douloureux. Doucement, je m'assoie sur le bord de mon lit avant de soupirer longuement.
Je suis à peu près certain de deux choses.
La première : j'ai une gueule de bois montreuse. Ce qui veut donc dire que tout ce qui s'est déroulé hier -et depuis des semaines- n'est pas une illusion.
La seconde, j'ai passé la fin de ma soirée que je voulais impunément passer seul, avec Isabella Swan.
Cette pensée fait se contracter mon estomac.
Pourquoi la vie me mets donc cette femme sur ma route sans cesse depuis la conférence de presse à New-York ? Fait-elle exprès de se retrouver au même moment, au même endroit que moi ?
Un léger sentiment de soulagement me saisi à l'idée de ne pas avoir à la croiser souvent, désormais. Nous n'avons plus de raison de le faire : je n'exercerai plus et elle va très certainement éviter le goujat monstrueux que je suis. Comment pourrait-il en être autrement ? Si elle n'a pas compris qu'il faut qu'elle m'évite et ne pénètre pas dans ma vie, c'est qu'elle est idiote.
En me levant presque difficilement tant mon corps me fait mal, je ravale un sourire ironique. Que pourrais-je donc lui apporter ?
Comme au ralenti, j'ouvre mes placards de cuisine les uns après les autres à la recherche d'une Aspirine. Depuis combien d'années n'ai-je pas eu une gueule de bois comme celle-ci ?
La sonnerie de l'interphone résonne dans la maison alors que je balance tout dans ma salle de bain, toujours en quête d'un miracle... Le bruit strident semble faire battre mon sang douloureusement contre mes tempes.
Bordel de merde.
Je serre les dents en grognant avant de pouvoir atteindre l'objet de ma torture. Mes doigts l'arrache presque du mur en le décrochant sans douceur aucune. Qu'il se taise !
- Quoi ? grogné-je sans gentillesse, en priant pour que ça ne soit pas ce stupide livreur de journaux qui n'a apparemment toujours pas compris à quoi servait une boite aux lettres.
- Edward ? C'est... c'est Isabella, Swan, souffle une voix tremblante dans le combiné.
L'hésitation de sa voix me fait me figer. Bordel, qu'est-ce qu'elle fait là ?
Putain.
- Je... je m'inquiétais, bafouille-t-elle après un silence de ma part. Et comme je passais dans le coin... je, je me suis dit...
Elle n'achève pas sa phrase alors que la culpabilité me bouscule. Depuis quand suis-je devenu si malpoli ?
- C'est... gentil, grimacé-je avant d'appuyer mon front contre le mur en fermant les yeux.
It seems the more we talk
(Il semble que plus nous parlons)
The less I have to say
(Moins j'ai de choses à dire)
Sa fraîcheur me fait presque du bien tandis que dans le combiné, Isabella Swan émet un léger soupire, comme si elle était soulagée de m'entendre. Est-elle donc totalement idiote ?
- J'ai deux cafés chauds et un tube d'Aspirine si... si t'as envie, continua-t-elle presque timidement pendant que mes yeux s'ouvrent lentement.
Je met quelques secondes à comprendre ce qu'elle dit avant qu'une vague de soulagement m'effleure à mon tour.
- Tu as dit Aspirine ? T'es... géniale ! Je t'ouvre, répondis-je rapidement.
Je l'entends soupirer légèrement et j'enclenche l'ouverture du portail tout en coupant la communication. Le temps qu'elle remonte l'allée, je me précipite dans ma chambre pour enfiler un jogging et un t-shirt que j'enfile en quittant la pièce. En passant, je fais un détour rapide par la salle de bain où tout est encore en vrac.
Le regard que me renvoie mon reflet dans le miroir me trouble plus que de raison. L'homme pâle au cernes violets sous mes yeux est... il a l'air vide. J'étouffe ce que cette image provoque en moi et repars en direction de l'entrée. Je n'ai pas encore atteint la cuisine que deux légers coups sont frappés contre la porte d'entrée.
A son niveau, je prends une seconde pour respirer profondément avant d'ouvrir.
Je suis définitivement un idiot, moi aussi.
Lorsque la porte s'ouvre sur elle, je retiens presque mon souffle sans le contrôler. Le soleil semble l'inonder directement. Elle est là, rayonnante, ses cheveux ondulés encore humides. Ses grand yeux bruns accrochent les miens en une fraction de seconde, faisant remonter mon estomac dans ma gorge.
Putain.
I wanted to make you proud
(J'ai voulu te rendre fière)
But I just got In your way
(Mais je me suis mis en travers de ton chemin)
Ai-je déjà remarqué la finesse de ses traits ? La cicatrice au bas de son menton ? Les légères tâches de rousseurs sur son nez ? Un léger sourire orne sa bouche rose alors qu'elle parait presque... presque perdue, comme si elle se demandait brusquement ce qu'elle faisait là, elle aussi.
Dis un truc Masen !
- Salut, lâché-je un peu nerveusement, serrant la poignée de la porte entre mes doigts.
J'ai presque la voix qui tremble. Putain mais elle me fait quoi ?
- Tu as... une maison superbe, murmura-t-elle dans un sourire débordant de gentillesse.
L'espace d'une seconde, le vide dans mon torse semble être différent... par rempli mais juste... juste différent. L'éclat dans son regard se teinte d'hésitation alors que je reste figé dans ce qu'elle provoque en moi et que j'ai refusé de remarquer jusqu'à ce matin. Comment le pourrais-je ? Qui pourrait accepter qu'une femme telle qu'elle l'attire alors qu'il est condamné à la laisser tomber ?
Je refoule mes pensées sombres en m'écartant pour la laisser entrer.
- Ne regarde pas le bazar, je cherchais désespérément quelque chose pour ne pas que ma tête explose.
Are we running out of time ?
(Manquons-nous de temps ?)
What do I have to do
(Qu'est-ce que j'ai à faire ?)
Elle finit par se tourner vers moi arrivée au milieu du salon qu'elle découvre avec une curiosité légère. Je soupçonne qu'elle se retienne de faire trainer ses yeux dans tous les coins de la pièce avant d'accrocher son regard au mien.
Ai-je déjà pensé qu'un regard pouvait faire décoller une âme ?
La lumière de la grande baie vitrée l'éclaire directement. Elle me parait presque... presque irréelle, ici, au milieu de mon salon. Pour la énième fois depuis qu'elle a débarquée, je me demande ce qu'elle fou là.
Je finis par m'approcher. J'aimerais vraiment comprendre... pourquoi insiste-t-elle ? Est-elle maso ? Le fait que nous ne pouvons pas être amis n'est-il pas une raison suffisante pour ne pas débarquer chez moi ?
- J'ai... hum, je t'ai ramené ça, dit-elle dans un souffle quand elle se rends compte que je la fixe sans rien pouvoir dire de totalement débile.
Elle me tends le tube d'Aspirine que je saisis presque prudemment.
To try and make you see
(Pour essayer et te faire voir)
That this Is who I am
(Que c'est ce que je suis)
And It's all that I can be
(Et c'est tout ce que je peux être)
Je me prends à espérer brutalement que cette panne totale de mon cerveau est due à l'alcool. Je me racle la gorge après quelques secondes d'un silence pesant pendant lequel elle a l'air de ne plus savoir où regarder.
- Merci, c'est vraiment gentil.
Un léger sourire étire ses lèvres et l'espace d'une seconde je crois la voir rougir légèrement avant qu'elle ne glisse une mèche de cheveux derrière son oreille maladroitement. Son geste me réveille brutalement de ma torpeur. Depuis quand on dévisage quelqu'un de la sorte Masen ?
- Alors... deux cafés hein ? Lui demandé-je bêtement avant de manquer de m'en coller une moi-même.
C'est quoi ce bordel ?
- Oh euh... oui, tiens, sursaute-t-elle presque en me tendant un des cafés qu'elle avait amenés, comme si elle les avait oubliés, elle aussi.
Je la remercie brièvement avant de l'inviter à avancer autour de l'ilot de la cuisine que je contourne. Pourquoi les mots semblent tellement difficile ce matin ?
I tried to find myself
(J'ai essayé de me trouver)
Looking Inside your eyes
(En regardant dans tes yeux)
- L'aspirine était une foutue bonne idée, m'exclamé-je en reposant mon verre dans l'évier après l'avoir avalée.
- J'm'en suis doutée, sourit-elle doucement en penchant légèrement la tête pour m'observer quand je reviens vers elle. Tu as mauvaise mine.
Sa franchise me fait sourire. Personne hormis mon frère me parle de la sorte.
- J'ai peu dormi.
Un sourire presque complice étire sa bouche lentement.
Je secoue la tête aux souvenirs étranges de notre soirée d'hier, ma colère, mon rejet de tout ce qui fait ma vie aujourd'hui et puis, elle... encore. Son regard, ses gestes, ses tremblements... puis sa colère -plus que légitime envers moi- et puis... le calme. Presque la paix. Une conversation banale autour des endroits de la ville que nous avons visités et les collines environnantes à L.A. qui sont les plus belles. J'ai découvert au détour de cette fin de soirée qu'être avec elle, que discuter avec elle a quelque chose d'apaisant que je ne saurais décrire. Peut-être est-ce l'alcool. Peut-être est-ce ce cancer ou l'accumulation d'évènements de ces dernières semaines mais... je ne sais pas, elle est différente de tout ce que j'ai pu imaginer d'elle.
Elle ouvre la bouche pour me répondre quand une toux me traverse sans prévenir. Ca ne dure pas longtemps, comme souvent, mais j'ai l'impression qu'on me décolle douloureusement les poumons des os.
Lorsque je relève les yeux vers elle, son sourire disparut.
- A vrai dire je... j'ai un truc à t'avouer, reprend-elle avec hésitation après un silence à laisser ma respiration redevenir normale.
- Quoi ? T'es journaliste ? Plaisanté-je.
Elle lève les yeux au ciel dans un léger rire.
- Je passais là pas vraiment par hasard, avoue-t-elle en accrochant son regard intense au mien.
Sa gêne me trouble légèrement.
- Je ne m'en suis pas douté ! M'amusé-je encore, pour la détendre.
A nouveau, elle rit doucement et secoue légèrement la tête. Ce son à quelque chose que je n'explique pas. L'apaisement... le revoilà.
Oui, je suis idiot.
- Je... je veux pas m'imposer ou que tu penses que je suis une harceleuse, ok ? Ou pire, un de ces foutus paparazzis !
Elle serre les dents une seconde avant de reprendre d'une voix plus basse.
- Si tu veux que je parte, je partirai, continue-t-elle sérieusement. Mais je crois que... j'ai l'impression qu'on pourrait juste être... ensemble et discuter ?
- Donc ma suggestion qu'on ne sera pas amis ne tient pas ?
Elle se fige légèrement, incertaine de savoir comment réagir face à mes mots. Je tente de lui sourire sans y arriver sous la douleur dans mon torse. Est-ce encore mon cancer, au moins ?
- Je ne crois pas que c'était réellement une suggestion, avoue-t-elle sans me lâcher du regard pour autant.
Il y a un léger silence tandis qu'elle semble sonder mon âme. Je ne la connais pas. Je ne connais pas son histoire, ni qui elle est réellement mais cette femme... quelque chose en elle me donne envie de tout savoir. Depuis hier, tout est différent et être avec elle me fait du bien. Puis-je me contenter de ça ?
- C'était plus un... un avertissement, je crois, poursuit-elle face à mon silence.
- Je n'ai pas grand chose à apporter. Surtout en ce moment.
Elle se mord la lèvre nerveusement une seconde. Pourquoi cette conversation à un tel gout ? Ma gorge me brûle lentement tandis qu'elle me dévisage à nouveau.
- Je ne veux pas te déranger, explique-t-elle doucement. C'est juste...
- Tu ne me déranges pas. Du tout.
Ses yeux se relèvent vers les miens et lentement, elle rougit. Son émotion me fait frissonner. Ma contradiction me parait hors normes et à l'air de la perturber autant que moi.
Au contraire de tout ce que j'aurai pu croire, tout ce que j'aurai voulu croire depuis notre première rencontre... non, elle ne me dérange pas. L'avoir là, avec moi est... déroutant, mais apaisant. Oui... apaisant. Littéralement.
You were all that I wanted to be
(Tu étais tout ce que je voulais être)
There must be something else
(Il doit sûrement y avoir quelque chose d'autre)
- Je me sens... mieux quand tu es là, avoué-je fébrilement, surpris moi-même d'oser dire une chose pareille à voix haute.
Son rougissement s'amplifie vivement alors que son regard se baisse sur son café entre ses mains tremblantes.
Je suis définitivement un idiot.
Bella
Je suis une idiote. La pire des idiotes et plus je suis idiote, plus il a l'air d'apprécier ma... compagnie. J'ai débarqué chez lui à 11h du matin avec deux cafés et il m'a laissée entrer. Est-il idiot aussi ? Quelqu'un à déjà fait ça pour lui, au moins ?
What do I have to do
(Qu'est-ce que j'ai à faire ?)
To try and make you see
(Pour essayer et te faire voir)
Son attitude et son sourire en coin me perturbent plus que de raison. Son regard trahit quelque chose que je n'arrive pas à saisir, et finalement, tout chez lui est juste... troublant. Ce que je ressens en sa présence n'est pas normal. Il est si loin de l'homme plein de colère d'hier soir. Et voilà que je lui avoue, en plus, que je suis venue exprès pour le voir ! Et lui me souffle qu'il est... mieux quand je suis là. Que répondre à ça ? Lequel de nous tourne le moins rond ?
That this Is who I am
(Que c'est ce que je suis)
And It's all that I can be
(Et c'est tout ce que je peux être)
Je n'ose pas quitter mon café des yeux, ayant presque peur de retrouver son visage. Il est, ce matin, si loin de l'image que je me suis faite de lui, que j'avais encore de lui hier soir... Qui suis-je, d'ailleurs, pour l'avoir jugé ?
Je mords nerveusement les joues quand le silence s'installe à nouveau. Je ne sais que lui répondre. Moi aussi, je le ressens... cette chose entre nous. Sans même pouvoir l'expliquer ou sans même savoir ce que c'est. Qu'est-ce qui nous pousse donc à toujours nous retrouver au même endroit ? Je me suis réveillée sur cette pensée et, depuis, tout m'a mené ici. Moi qui croit au destin, je sais qu'il y a une raison à tout ça.
L'ambiance m'électrifie alors qu'il se recule légèrement pour atteindre son frigo en silence. J'ai envie de fuir à toutes jambes mais je sais pertinemment que si je passe cette porte, le sentiment terrible de solitude, de vide qui m'a saisie cette nuit reviendra s'abattre sur moi en hurlant.
- Est-ce que tu as faim ? demande-t-il en tournant le visage vers moi, une main sur la poignée du réfrigérateur ouvert.
- Je... je veux pas te déranger je suis juste passée pour voir si ça allait... refusé-je poliment en serrant mon café de mes doigts glacés.
- Tu ne me déranges pas, répète-t-il pour la deuxième fois de la journée.
Muette, je le regarde sortir des œufs et du lait du réfrigérateur.
- Je vais faire des pancakes et je crois qu'il y en aura assez pour nous deux. Bien assez, insiste-t-il, son regard clair dans le mien.
And I won't let you go
(Et je ne te laisserai pas partir)
And I won't let you down
(Et je ne te laisserai pas tomber)
Je recommence à mordre les joues inconsciemment sentant le piège de son invitation se refermer sur moi. C'est quand même moi qui a débarqué ici ! Mon attention se bloque sur l'œuf qu'il fait rouler entre ses doigts fins. Musicien. J'en aurai presque oublié...
- Alors ? demande-t-il, me faisant légèrement sursauter.
- Je... OK, finis-je par dire en évitant son regard.
Un sourire heureux illumine son visage avant qu'il attrape un saladier dans le meuble derrière lui. Son T-shirt gris se soulève quand il tend le bras, capturant mon attention sur le triangle de peau qu'il m'offre en bas de son dos.
I won't give you up
(Je ne t'abandonnerai pas)
Don't you give up on me now...
(Ne m'abandonne pas maintenant...)
- Est-ce que tu pourrais mettre de la musique ? demande-t-il après une minute pendant laquelle je le regarde casser les œufs sans mettre un seul morceau de coquille. Juste pas fort, s'il te plait, ma tête risque d'exploser.
Je reste une seconde sans bouger.
- C'est juste là, continue-t-il en désignant une chaîne encastrée dans le mur à ma droite d'un mouvement de tête pendant qu'il se met à battre les œufs avec une facilité déconcertante.
- Ok.
Je m'approche de la chaine, hésitante, avant d'appuyer sur le bouton play. Feel de Robbie Williams résonna doucement dans toute la maison. Je baisse encore un peu le son, histoire de ménager son tête.
- Merci, sourit-il à nouveau pendant que je m'appuie contre le plan de travail face à lui.
- Je ne voudrais pas que ta tête explose, m'amusé-je en croisant les bras.
- Ça serait embêtant en effet ! Rit-il avant de tousser une première fois.
Je le vois froncer brusquement les sourcils alors que son visage s'assombrie.
Il a à peine le temps de poser le récipient qu'il a entre les mains qu'il se voûte sous l'effet de la douleur que cela semble lui causer. L'angoisse s'insinue en moi sans que je n'arrive à le contrôler. Plusieurs fois, il tousse sans que je n'arrive à respirer correctement si bien que je m'approche de lui presque inconsciemment.
Come and hold my hand
(Viens et prends ma main)
I wanna contact the living
(Je veux toucher le vivant)
- Ça va ? demandé-je doucement faisant encore un pas vers lui lorsqu'il cesse de tousser.
Les mains appuyées sur le bord de l'îlot, il tente de répondre mais sa voix s'étrangle. Je serre les dents pour ne pas paniquer quand il recommence à tousser douloureusement.
- Putain, jure-t-il entre deux quintes de toux.
J'aimerais pouvoir faire autre chose que le regarder tousser. Mais je suis impuissante, tellement, tellement impuissante face à... ça.
Pendant un instant, alors qu'il tousse à s'en décoller les poumons, je sens le vide revenir en moi et m'inonder de partout. Je ne peux rien faire. Je ne peux rien faire du tout. Il y a-t-il quelque chose de plus injuste que ça sur Terre ? Vouloir aider quelqu'un et être aussi... aussi inutile ?
Lorsqu'il finit par se calmer, malgré sa respiration encore sifflante, je reste près de lui sans réellement le contrôler le vouloir. Les yeux fixés sur les contours de sa mâchoire, je respire avec lui un instant, impatiente qu'il retrouve une respiration plus calme et une attitude plus... normale.
Malgré moi, j'ai conscience d'être trop près de lui et lorsqu'il se redresse, il me dépasse d'une bonne tête. Je dois relever le visage pour continuer à le regarder. Je suis vraiment très près, vraiment trop près. Beaucoup trop pour les inconnus que nous sommes et pour cette sorte de début de relation étrange que nous avons... et définitivement trop près cette distance qu'il a mis entre nous dès les premiers instants... pourtant, je suis incapable de bouger.
Not sure I understand
(Pas sûr que je comprenne)
This role I've been given
(Ce rôle qu'on m'a donné)
- Ça va ? Finis-je par demander au bout de plusieurs secondes où son regard glisse sur mon visage sans se fixer nul part.
Sa respiration se calme doucement.
Il hoche doucement la tête et, lentement, sa main se lève vers moi, comme au ralenti, comme... comme malgré lui. Du bout des doigts, il écarte une mèche de cheveux de mon visage avant de la glisser lentement derrière mon oreille.
Mon cœur à un sursaut face à l'intensité de son regard et à tout ce que son touché provoque en moi.
I just wanna feel
(Je voudrais simplement sentir)
Real love fill the home that I live in
(Le véritable amour remplir la maison dans laquelle je vis)
Je ne sais pas s'il en a conscience, mais c'est la première fois que l'on est aussi proche. C'est la première fois qu'il me touche... comme ça.
- Ça va, souffle-t-il la voix cassée, ses doigts effleurant à peine ma peau avant de disparaitre.
Je frissonne lorsqu'il se concentre à nouveau sur sa préparation.
Pendant un moment, je refuse de penser à ce qui vient de se passer et à la façon dont mon corps à réagit. Je m'appuie à nouveau contre l'ilot, restant près de lui juste assez pour que son parfum m'entoure, apaise mon corps entier et l'observe préparer la pâte habilement.
'Cause I got too much life
(Car j'ai trop de vie)
Running thru my veins
(Qui coule dans mes veines)
Going to waste
(En train de se gaspiller)
- Tu te débrouilles bien, le complimenté-je après une minute d'un silence pesant où je ne sais plus quoi dire.
Il hausse les épaules, un sourire au coin des lèvres.
- Ma sœur est nulle en cuisine, m'explique-t-il en me regardant de biais. Quand mes parents partaient, c'était moi qui m'occupai de faire à manger.
- Une sœur donc ?
- Et un frère.
Ses yeux brillent d'une émotion que je ne déchiffre pas. Son corps semble désormais plus tendu que quelques secondes auparavant.
- Je suis fille unique, avoué-je en observent mes doigts pour tenter de me concentrer sur autre chose que sur lui. J'aurais... je crois que j'aurais aimé avoir une sœur. Même une qui ne sache pas cuisiner ! Plaisanté-je pour me détendre.
Un léger rire me parvient -le même que celui de l'homme du bar à New York et je relève le regard vers lui.
Il est beau. Vraiment... vraiment beau.
J'ai même le sentiment un instant de ne l'avoir jamais vraiment regardé avant aujourd'hui. L'ai-je déjà fait, au fond ? Ai-je déjà regardé qui il était vraiment ?
I don't wanna die
(Je ne veux pas mourir)
But I ain't keen on living either
(Mais je ne veux pas vivre non plus)
- Ouais c'est... c'est vraiment bien... dit-il en ayant visiblement du mal à répondre et à continuer sa préparation en même temps.
Il sort une poêle d'un placard à sa gauche, avant de passer une main dans ses cheveux en bataille. Son geste me fait légèrement sourire.
- Sauf quand la sœur en question t'oblige à prendre le thé avec elle et ses poupées jusqu'à ce qu'elle ait quinze ans, repend-il en retenant un rire.
- Je suis sûre que c'était pas si terrible... M'amusé-je.
- Tu ne connais pas ma sœur. Elle peut être la pire des...
Il sourit en secouant la tête puis rit à nouveau, sans finir sa phrase.
- Un jour mon frère a été obligé de l'aider à coiffer ses poupées, il avait dix-sept ans... Elle l'y a forcé, littéralement.
- Est-elle une sorte de... commandant en chef ? Vous aviez peur d'elle ?
Il éclate de rire en allumant le feu sous sa poêle, avant de se tourner vers moi le temps qu'elle chauffe.
- Encore aujourd'hui il a peur d'elle.
- Et pas toi ?
- Je ne voudrais pas que tu perdes cette image d'homme viril que tu te fais de moi ! Crane-t-il en bombant exagérément son torse.
- Idiot !
A nouveau, son rire me fait frissonner.
Before I fall in love
(Avant de tomber amoureux)
I'm preparing to leave her
(Je me prépare à la quitter)
Lorsqu'il met le premier pancake à cuire, une odeur délicieuse s'élève dans l'air et mon ventre gargouille honteusement et bruyamment. Vu le regard qu'il me lance, les bruits de ce dernier semblent l'amuser.
- Aurais-tu faim ?
- Non, mon ventre aime assez faire ça pendant les silences.
Il secoue la tête et me pointe de sa spatule.
- Ne vous foutez pas de moi, Mademoiselle Swan.
- Je... Commencé-je, avant d'être interrompue par une sonnerie de téléphone.
Je met quelques secondes à comprendre que c'est le mien qui sonne.
- Excuse-moi, lancé-je en sortant mon portable de ma poche, avant de sourire devant le nom de mon appelant. Je reviens dans une minute.
Il me sourit en reportant son attention à sa préparation dont l'odeur semble devenir plus alléchante de seconde en seconde. Je m'éloigne un peu et me poste devant la baie vitrée donnant sur une terrasse bordant un jardin immense au style tropical.
- Salut Jake ! Soufflé-je en décrochant.
- T'es encore de ce monde ! Soupire-t-il avant de crier : Leah ! Elle est vivante ! Ça t'arrive de donner des nouvelles de temps en temps ? Demande-t-il en s'adressant à moi à nouveau tandis que Leah parle en arrière fond, sans que je comprenne pour autant ce qu'elle dit.
- Je t'ai appelé il n'y a pas si longtemps, me défendis-je en levant les yeux au ciel.
- Il y a quatre jours. Quatre jours Bella. Tu sais que je me suis inquiété ?
- Franchement ça n'était vraiment pas la peine. J'avais juste... je suis occupée, marmonné-je en lançant un regard que j'espère discret vers Edward, qui s'affaire en cuisine en me tournant le dos.
- Occupée... sur l'oreiller d'un lit inconnu ? Demande-t-il, un sourire dans la voix.
- Jake ! M'offusqué-je en me retournant vers la baie vitrée, le soleil de ce mois de décembre réchauffant ma peau à travers la vitre.
Il laisse passer un silence volontairement et je soupire maladroitement, soudain plus morose.
- Donc, il y a bien un lit inconnu... Je le connais ?
- Jake...
- Tu dois m'en parler tu sais ? J'suis ton meilleur ami... on doit tout dire à son meilleur ami...
- Jake...
- Leah, tu te rends compte qu'elle me raconte même plus sa vie amoureuse ? S'écrit-il si fort que j'écarte le téléphone de mon oreille en grimaçant.
- Jacob ! M'énervé-je, en tentant de rester discrète. Il n'y a pas d'oreiller dans un lit inconnu. Arrête ça.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est...
Je soupire, ne sachant qu'en dire.
- Je t'en parle plus tard, ok ?
- Non Bella, tu ne raccroches pas ce...
- A plus Jake ! Rigolé-je avant de raccrocher alors que je l'entends protester.
Je me mords les joues pour ne pas rire, avant de me tourner vers la cuisine -vers Edward- qui, cette fois, m'observe en silence, appuyé de l'autre côté de l'ilot. La lumière du jour tombe directement dans ses yeux clairs et illumine son visage de façon spectaculaire.
- Un amoureux transi ? Questionne-t-il d'une voix calme.
Un sourire léger orne ses lèvres. M'a-t-il entendu ?
- Oh non, c'est juste Jacob, mon meilleur ami et il est un peu... indiscret, grimacé-je en m'approchant.
Ma réponse le fait sourire un peu plus. Il se racle la gorge un peu, me faisant froncer les sourcils. Est-ce un prémisse d'une quinte de toux ? On reste silencieux un instant, j'hésite même à avancer plus de lui.
- Les amis indiscrets ? reprend-il après une seconde. Tu lui as parlé de moi et il voulait savoir si le mystère Edward Masen est comme on le dit ?
- Comment tu crois qu'on parle de ce mystère ? Demandé-je en fronçant légèrement les sourcils.
Il retourne à la cuisson d'une nouvelle tournée de pancakes pendant que je contourne l'ilot pour le rejoindre à nouveau.
Scare myself to dead
(J'ai peur de la mort)
That's why I keep on running
(C'est pourquoi je continue de courir)
- J'ai lu tellement de choses sur moi tu sais... C'est... étrange et parfois un peu effrayant. Un magazine australien à dit un jour que j'étais enceinte.
- Oh félicitations !
Son sourire m'accueille et me fait frissonner.
- Ce qu'on raconte dans les tabloïds ne devrait pas être lu... et encore moins par toi.
Il hausse les épaules pour réponse tout en se penchant pour vérifier la cuisson d'un des ronds dorés devant lui.
- Heureusement, mon journal n'est pas un de ces torchons, repris-je en lui jetant un coup d'œil.
Son sourire s'étire en une moue adorable alors qu'il verse le reste de pâte dans la poêle chaude. Nous sommes, ici et maintenant, tellement, tellement loin de nos premiers échanges... est-il le même homme ? Je commence sérieusement à me le demander.
- Et Jacob n'est pas au courant pour... ça, continué-je en désignant maladroitement l'espace entre nous.
- Ça ? répète-t-il en imitant mon geste avant de s'approcher pour mettre le saladier dans l'évier derrière moi.
- Ça, tremblé-je en sentant mon coeur s'accélérer doucement face à sa proximité
Scare myself to dead
(J'ai peur de la mort)
That's why I keep on running...
(C'est pourquoi je continue de courir...)
Hello tout le monde !
Je sais, j'ai du retard et je crois que ça ne sera pas la dernière fois...
J'voulais vous remercier pour... pour tout, enfaite. Vos réactions à mon précédent chapitre m'ont donné la force de poursuivre. Merci pour vos mots, merci à celles qui n'écrivent jamais et qui là, l'ont fait. J'espère que vous allez le refaire, à nouveau. Vous lire me fait tellement de bien !
J'espère que cette suite vous a plu.
Dites moi ce que vous ressentez, ce que vous avez envie de lire pour la suite, vos théories...
Encore merci pour tout, merci pour vos mots et pour l'amour que vous me donnez à travers ça.
C'est grâce à vous que je peux continuer d'écrire et de publier ici... ne l'oubliez jamais !
Je vous embrasse
Tied
