Playlist : Feel - Robbie Williams

CHAPITRE 7

- Alors ?

- Quoi ? Marmonné-je, gardant les yeux fermés.

- Redis-le... Continue-t-il, un sourire dans la voix.

- Edward, soupiré-je faussement.

Son prénom dans ma bouche me fait toujours le même effet... familier et étranger, à la fois. C'est déroutant.

- Allez Bella... dis-le que c'était vraiment, vraiment bon...

J'ouvre un œil pour le regarder à mon côté. Ses cheveux totalement décoiffés, son sourire en coin et ses yeux si intenses...

- Non.

- T'es une peste ! raille-t-il en me poussant de son épaule.

- Ça fait déjà trois fois que je le dis... t'as besoin d'être rassuré à ce point ?

Il roule des yeux avant de regarder à nouveau le ciel. Je resserre mes bras autour de moi, frissonnant lorsque le vent fait virevolter les mèches de cheveux autour de mon visage.

Je laisse passer un long silence en refermant les yeux, rien que pour le narguer -un peu- et pour savourer cette paix nouvelle que je ressens... Pourquoi maintenant ? En est-il responsable ?

- C'était vraiment, vraiment bon, le complimenté-je, pour la quatrième fois en dix minutes.

Son sourire m'accueille lorsque je lui jette un nouveau regard. Il a l'air... différent. Il l'est, d'ailleurs. Il l'est bien plus que ce que je pensais... tellement plus.

Nous venons de manger les pancakes qu'il a fait, et, pour être honnête, ce sont les meilleurs que j'ai jamais mangés.

Après ce petit déjeuner improvisé, nous nous sommes installés sur le banc de sa terrasse, profitant des rayons du soleil de ce mois de décembre déjà très, très avancé.

Son sourire retombe en même temps que ces sourcils se froncent quand son regard quitte le mien.

Même si je ne le connais que très peu, je comprends assez rapidement ce que ça veut dire.

Son corps se redresse pour s'asseoir sur le bord du banc presque au ralenti alors qu'il tente de respirer lentement, comme pour éviter la quinte de toux qui s'annonce, comme pour pouvoir respirer comme il le faudrait, comme il le voudrait... mais rien n'y fait.

Quand les premières toux le secouent, il prends appui sur ses cuisses.

Presque automatiquement, sans que je n'arrive à le contrôler ou ne serait-ce qu'y réfléchir une seconde, ma main se pose sur le tissus fin qui couvre son dos.

Absorbée douloureusement par les soubresauts que fait son corps, je glisse ma main tremblante le long de sa colonne vertébrale, cherchant à apaiser ce qui ressemble à de la torture.

Son contacte me grise et me trouble, sa chaleur à travers son vêtement me brûle presque les doigts, sa douleur m'aspire sans même que je n'arrive à l'en empêcher... Je ne le contrôle rien. Rien de ce que je ressens, rien de ce que ça me fait de le voir ainsi... J'ai d'ailleurs, depuis que je le connais, le sentiment de ne plus contrôler grand chose de ce que je vis, de ce que j'éprouve.

Mon voyage dans son dos monte et descend lentement, effleurant sa nuque du bout des doigts pour tenter de l'apaiser, de l'aider à surmonter... ça.

La toux finit par disparaitre comme elle est apparue. Sa respiration est courte et rauque, comme s'il manquait d'air.

Je ramène ma main contre moi, presque honteuse, intimidée d'avoir osé de le toucher de la sorte sans même lui demander son avis alors qu'on se connait à peine.

Les yeux fixés sur son visage que je vois de biais et sa mâchoire serrée, je le regarde se redresser en tremblant pour s'appuyer à nouveau contre le banc dans son dos, retrouvant sa place initiale et une respiration bientôt plus normale.

- Merci... murmure-t-il la voix grave.

Sa réaction m'émeut plus que je ne saurais le dire...

Définitivement, cet homme me touche plus que n'importe qui, et je n'arrive pas à l'expliquer.

J'aurais aimé pouvoir faire plus. Tellement, tellement plus...

Je me contente de regarder au loin pendant un moment, détaillant chaque centimètre de cet endroit. C'est beau, même plus encore. Encore une fois, et malgré le soleil qui chauffe doucement au dessus de nous, je frissonne.

- Tu veux rentrer ? demande-t-il doucement.

Je secoue la tête négativement.

- Non c'est... C'est apaisant, d'être ici, avoué-je en me tournant légèrement pour le regarder.

- J'ai longtemps trouvé cette vue... presque insignifiante, avoue-t-il avec calme, presque lassitude.

- Vraiment ? m'étonné-je en jetant un coup d'œil circulaire au jardin s'étalant en contre bas devant nous. Ca n'a rien d'insignifiant !

Un léger rire le secoue quand il penche légèrement la tête en arrière pour reposer sa nuque contre le banc, fermant les paupières.

- La prochaine fois je t'emmènerai voir la piscine naturelle au bout du terrain. Mais pas aujourd'hui, je suis trop lourd.

Mon cerveau stoppe son fonctionnement un quart de seconde.

- La prochaine fois ? répété-je malgré moi.

- Ca t'étonne à ce point ?

- Je croyais qu'on ne serait jamais amis, fais-je remarquer d'une voix volontairement légère.

Son regard retrouve le mien, me rendant brutalement plus nerveuse que je ne le voudrais.

- Nous ne sommes pas amis... nous sommes juste... deux personnes qui mangeons des pancakes ensemble un dimanche midi.

Je retiens mal le sourire qui veut me percer les joues à m'en faire mal devant son regard pétillant. Est-ce de la complicité, que je vois là ?

- Option sirop d'érable, m'amusé-je pour cacher mon trouble.

La quantité de sirop d'érable que met cet homme sur ces pancakes devrait être illégale. Vraiment ! J'ai pris deux kilos rien qu'à le regarder se servir. Un sourire étire ses lèvres et mon ventre se noue. Ai-je déjà rencontrer un être humain comme lui ? Quelqu'un dont le sourire m'a déjà réchauffé à ce point ?

- Je suis américain, se défend-il avant de se tourner vers le ciel.

- Le sirop d'érable est canadien, fais-je remarquer.

- Tellement pointilliste... raille-t-il en levant les yeux au ciel délibérément.

- Je ne sais même pas si ce mot existe ! me moqué-je alors que son rire me noue le ventre.

- Et j'aime bien votre compagnie, Miss Swan, m'ignore-t-il volontairement.

Sa phrase pourrait faire décoller mon cœur. Infantile... toujours.

- Même si nous ne sommes pas amis, souligné-je pour dissimuler ma gêne.

- Cela va de soit.

Je me mords la lèvre pour étouffer un rire, presque comme si... comme si notre relation n'était pas largement entachée et ternie par le crabe qui le ronge.

Je reste un moment à le regarder, observant la texture de sa peau, savourant chacun de ses traits avec délectation, du dessin de sa mâchoire à la droiture parfaite de son nez, les contours précis de sa bouche.

Pendant longtemps, je grave tout dans ma mémoire, j'absorbe tout ce que je peux de lui, consciente que ce moment me hantera à jamais, et que, certainement, je n'y aurai plus le droit quand il aura décidé que notre début de relation à assez duré. Mes doigts tremblants dégagent doucement une mèche rebelle de ses cheveux qui tombe négligemment sur son front.

There's a hole in my soul

(Il y a un vide dans mon âme)

You can see it in my face

(Tu peux le voir sur mon visage)

Je retire ma main quand il ouvre les yeux en tournant légèrement la tête pour me voir.

- On rentre au chaud ?

Je hoche la tête en réponse, perturbée par l'intensité de son regard et les tremblements de mon corps. Ca n'est pas le froid, c'est juste... c'est lui.

And I need to feel

(Et j'ai besoin de ressentir)

Real love and the love ever after

(Le véritable amour et l'amour éternel qui lui succède)

I can not get enough

(Je ne peux pas en avoir suffisamment)

A l'intérieur, je me sens presque... perdue.

Une partie de moi a terriblement envie de rester avec lui, l'autre n'a de cesse de me répéter qu'il ne veut pas être mon ami et que je dois respecter son choix.

- Je vais rentrer, annoncé-je en avançant déjà vers mon sac à main posé sur l'immense table en bois trônant fièrement au milieu de la pièce.

- Tu peux rester, répond-il presque aussitôt.

- Je ne veux pas m'imposer plus que ce que je ne l'ai déjà fait, le rassuré-je en souriant doucement.

- Il reste des pancakes.

- Et du sirop d'érable ?

Il lève les yeux au ciel.

- On pourrait juste continuer notre journée de pantouflard et regarder un film.

Cette fois, je ris. S'il veut que je reste... alors, je reste. Temps qu'il le voudra.

- Fais-moi penser à t'en offrir une bouteille de 3 litres, à l'occasion, repris-je en revenant vers lui.

- Tu crois que ça existe ? s'intéresse-t-il en m'invitant à m'installer dans la canapé d'un bras.

- Nous sommes en Californie. Tout est possible.

Quelque chose que je ne saisi pas vraiment flotte dans son regard une seconde alors que nous gagnons le canapé d'angle immense, noir et magnifique.

- Que veux-tu regarder ? demande-t-il en s'asseyant en même temps que moi.

- Ce que tu veux, temps que tu ne me forces pas à regarder les Avengers.

Son air incrédule me fait légèrement rire.

- Sérieusement ?

- Quoi sérieusement ? Tu trouves que des films bourrés d'actions qui n'ont ni queues ni têtes et plein de blagues de mauvais goût valent autant d'argent ?

- Qu'est-ce cette haine contre les Avengers, Swan ?

- Je ne les hais pas, me défendis-je maladroitement sous l'étonnement de ses yeux. Je dis juste qu'ils ne valent pas la pub qu'on leur fait !

- Elle n'aime pas les Avengers, répète-t-il en se parlant à lui-même, je rêve !

Mon rire ne lui échappe pas et provoque le sien.

- Nous ne pourrons vraiment jamais être amis, affirme-t-il un instant après. Tu n'aimes pas les Avengers !

Je lève les yeux au ciel avant de le pousser à choisir un film au hasard.

Je ne saurai dire le nom de ce dernier, tant je m'en fiche quand il le met en route.

Après une minute de visionnage, Edward actionne une petite télécommande sur le coté du canapé qui fait descendre tous les stores de la pièce de vie, nous plongeant lentement mais sûrement dans l'obscurité.

Cette vision me fait sourire. Je l'ai découvert pour la première fois dans le noir sans même savoir qui il était, sans même le connaitre et depuis, il me hante. Littéralement.

En si peu de temps, tant de choses ont changées.

Aurai-je pu croire que je serais ici, aujourd'hui, avec lui ? Si l'on m'avait dit ça il y a des semaines... j'aurai certainement rit plus que jamais.

Je lui jette un coup d'œil que j'espère discret, comme pour vérifier qu'il est bien là, avec moi dans ce canapé.

Il est loin, trop loin et, en même temps, il est trop près pour que mon corps soit totalement calme.

Malgré notre apparente décontraction, le silence dans lequel nous plonge le film me fait frissonner. Je restais tendue pendant plusieurs longues minutes, incapable de me laisser aller face à la distance entre nous, face à cette chose monstrueuse en moi qui semble grandir à chaque seconde.

There's a hole in my soul

(Il y a un vide dans mon âme)

You can see it in my face

(Tu peux le voir sur mon visage)

Je voudrais être proche de lui, mais je n'ai aucune idée de ce que j'ai le droit de faire, de ce qu'il est prêt à faire, surtout de ce qu'il est prêt à accepter de moi et de... de ça. Cette chose bizarre entre nous depuis le premier instant.

It's a real big place

(C'est un très grand vide)

N'osant pas le regarder, je me déplace légèrement en repliant mes pieds sous mes cuisses dans le seul but d'être plus près de lui.

Etre proche de lui physiquement est quelque chose qui m'échappe totalement. Je ne sais pas ce à quoi j'ai le droit, et les limites que je ne peux pas dépasser. Je ne sais pas si ne pas être son amie veut dire qu'il a tout de même envie de me faire une place dans sa vie... ou si cela est totalement proscrit. Mais être près de lui... je ne sais pas, ça me fait du bien, physiquement... quelque chose en lui m'apaise et je n'arrive pas à l'expliquer.

La crispation de son corps me lance des vagues de frissons lorsqu'il étend ses jambes devant lui, se vautrant légèrement. Son geste le fait se rapprocher de moi. En a-t-il conscience ?

Je réprime un frisson qui me secoue des pieds à la tête quand sa cuisse effleure la mienne une première fois.

Je reporte toute mon attention sur l'écran, consciente de le sentir d'autant plus crisper à mon seul contact.

Au bout d'un mouvement, il bouge une autre fois.

A nouveau, sa cuisse frôle la mienne mais, cette fois, il reste en place.

J'ai du mal à comprendre le film qui défile sous mes yeux mais que je ne regarde pas vraiment.

Pour la première fois depuis longtemps, j'ai envie de me blottir contre quelqu'un. Sentir sa chaleur, son étreinte rassurante et apaisante...

Edward est près, trop près, sûrement et mon sang boue dans mes veines quand il inspire lentement avant d'étendre son bras sur le dossier du canapé juste au dessus de moi.

Je ferme les yeux en soupirant discrètement quand ses doigts effleurent mon épaule distraitement, comme s'il n'en avait pas vraiment conscience, comme s'il ne voulait pas en avoir conscience...

Come and hold my hand

(Viens et prends ma main)

I wanna contact the living

(Je veux toucher le vivant)

J'ai du mal à suivre le film, à comprendre de quoi il en retourne et finalement, je m'en fiche éperdument. Je suis trop obnubilée par l'odeur et la présence d'Edward près de moi pour réussir à m'y intéresser.

Au bout d'un moment, son corps se détend un peu plus, sa main se fige sur le haut du canapé, le bout de ses doigts reposant à peine sur mon épaule. Son touché est apaisant et déroutant... tout comme lui.

Lorsque le film touche à sa fin sans que j'ai réussi à réellement m'y intéresser, je me redresse légèrement, juste assez pour le voir.

Son visage endormi et paisible m'accueille, légèrement penché sur le côté.

L'apaisement me gagne lentement, moi aussi. Il semble ne plus souffrir ainsi, ne plus avoir peur ainsi.

Pendant un moment, j'écoute sa respiration régulière et calme en détaillant son visage.

Mes yeux finissent par glisser jusqu'à sa main libre reposant sur sa cuisse.

Hésitante, je tends mes doigts tremblants et en effleure le dos.

Sans pouvoir m'en empêcher, je m'émerveille de la texture de sa peau, douce comme du satin, chaude et apaisante contre la mienne qui me parait glacée. Le bout de ses doigts est plus rêche, presque plus usé, preuve du nombre d'heure qu'il a dû passer à jouer de sa guitare. Joue-t-il encore parfois ?

Lorsque je relève les yeux vers son visage, les siens me dévisagent attentivement. Mon cœur loupe un battement face à la profondeur de son regard et aux émotions qui semblent le secouer. J'ai l'intime conviction que s'il pouvait lire en moi, il le ferait.

Not sure I understand

(Pas sûr que je comprenne)

This role I've been given

(Ce rôle qu'on m'a donné)

Presque dans un état second, comme si je ne pouvais plus lutter contre, je me rapproche légèrement, osant toucher les contours de son avant-bras du bout de mes doigts qui tremblent, ce qu'il ne va sûrement pas tarder à remarquer.

- Je t'embête ? Murmuré-je en voyant qu'il a fermé les yeux à nouveau.

- Non. Tu n'imagines pas les sensations que tu me procures.

Je me sens rougir et je suis brutalement heureuse qu'il ne puisse pas me voir derrière ses paupières closes. Je fais courir ma paume le long des muscles de son avant-bras, suivant le réseau bleuâtre des veines jusqu'au creux de son coude. Sa peau frissonne sous mes doigts, me faisant me reculer sagement quand il ouvre les yeux. Ses pupilles légèrement assombries sondent les miennes avec tant d'intensité que mon souffle s'étrangle dans ma gorge.

Ce que je ressens ici et maintenant, dépasse probablement tout ce que j'ai pu ressentir durant ma vie. Le désir crépite sous mes veines et sa respiration trop lente pour ne pas être contrôlée n'arrange rien.

Des milliers de questions flottent dans son regard flamboyant. La sent-il, lui aussi, cette électricité entre nous ?

Il repousse soigneusement mes cheveux en même temps que son regard perds légèrement de son éclat.

La bulle vient d'éclater, je le sais avant même qu'il ait ouvert la bouche.

Not sure I understand

(Pas sûr que je comprenne)

- Tu devrais rentrer chez toi, conseille-t-il doucement, comme pour ne pas me brusquer.

Je hoche la tête, sans pour autant être capable bouger pendant de longues secondes. Je sais que je dois partir. Je sais qu'il ne veut pas de ça, qu'il ne veut pas qu'on soit amis et que là, je dépasse largement les limites qu'il cherche à m'imposer.

Je dois partir... mais je n'en ai aucune envie.

Not sure I understand

(Pas sûr que je comprenne)

Je dois me battre contre moi-même pour réussir à me lever du canapé et me persuader que c'est là, la chose à faire. Je l'observe du coin de l'œil éteindre la télévision et venir à moi pour me raccompagner à la porte d'entrée.

Je jette un regard à la pièce de vie qui s'étale devant moi. Sa maison est immense mais chaleureuse. Je ne sais pas pourquoi mais ici, je me sens bien.

Pendant une seconde, je ne sais pas vraiment ce que je dois dire, ce que je dois penser de tout ça.

Définitivement, tout depuis que je le connais est particulier.

- Merci pour... tout ça, soufflé-je quand il ouvre la porte d'entrée, se poussant pour me laisser passer.

Son sourire me répond, accentuant le sentiment étrange qui règne en moi et m'étreint insupportablement.

Pourquoi me donne-t-il la sensation que c'est la dernière fois qu'il me regarde ?

Not sure I understand

(Pas sûr que je comprenne)

Le temps que nous regardions le film, le ciel s'est légèrement couvert et une bourrasque d'air frais me fait frissonner lorsque je sors de la maison.

- Au fait, ton idée de m'apporter de l'aspirine était miraculeuse, sourit-il doucement avant se gratter la gorge lorsque sa voix déraille.

Sa phrase n'a rien d'extraordinaire, son ton n'est pas émouvant, pourtant, sans savoir pourquoi, soudain je suis presque émue.

- Je le referais sans hésiter.

- Tu sais où me trouver.

- Sans amitié aucune, bien sûr, lancé-je en reculant d'un pas.

Il secoue légèrement la tête malgré le sourire qui éclaire ses yeux.

- Joyeux Noël Edward, finis-je par dire d'une petite voix, comme si le lui dire ne m'était pas réellement autorisé.

Une émotion particulière flotte dans son regard avant qu'il n'inspire lentement.

- Joyeux Noël Bella.

Not sure I understand

(Pas sûr que je comprenne)

Je fais demi-tour pour descendre l'allée me séparant de son énorme portail bordeaux en serrant les dents pour ne pas rebrousser chemin.

Son regard sur moi semble bruler ma peau alors que je m'éloigne et regagne ma voiture.

Peut-être devrais-je lui donner mon numéro de téléphone, mon adresse mail, la rue où j'habite ou une quelconque solution pour me contacter mais je ne le fais pas...

Comme depuis le début de cette histoire, je m'en remets au destin.

Not sure I understand

(Pas sûr que je comprenne)


Je soupire une nouvelle fois. Jasper me jette un regard en soupirant à son tour.

- Bon sang calme toi Bella ! C'est moi qui devrais être nerveux... Je présente ma cinglée de meilleure amie à la famille de ma petite amie !

Je souffle d'agacement et me pince les lèvres avant de finalement exploser.

- Je ne vois même pas pourquoi tu m'as forcé à venir sérieux ! Noël est une fête familiale. Les parents d'Alice t'ont invité, c'est cool. Tu vas entrer dans leur famille mais j'aurai vraiment pu rester à l'appart. J'ai pas envie d'être le boulet qu'on se traine à Noël, j'ai franchement pas ma place Jazz !

- Je ne te traine pas comme un boulet Bella, j'ai envie de partager ça avec toi.

- Peut-être, mais ça n'est certainement pas le cas de la famille d'Alice, je n'ai...

- C'est eux qui ont proposés, me coupe-t-il en me lançant un regard presque sévère. Ils sont tous tellement gentils, tu devrais en prendre de la graine.

Je ne me sens pas le moins du monde vexée par ses propos. On se connait tellement lui et moi que nous pourrions probablement vivre dans la peau de l'autre sans que cela nous soit étranger.

D'apparence, Jasper est calme depuis qu'il a débarquer à l'appart à 18h en m'ordonnant de m'habiller. Mon sweat et mon jogging étaient pourtant en train de devenir mes meilleurs amis. Pourtant, une légère tension émane de lui depuis que nous avons quitté mon appartement. Ses mains sont légèrement crispées sur le volant et ses traits sont tendus.

Je sais que pour lui cette journée est importante.

Depuis presque une demi-heure, nous roulons dans les embouteillages, sous la pluie légère qui tombe depuis la fin de l'après-midi -depuis que j'ai quitté Edward, en somme. Sa pensée me ferait presque gémir de désespoir. Je suis ridicule.

Ne lui répondant pas pendant un moment, je finis par soupirer et me résigner. Je me promet de faire un effort pour lui, parce qu'il est mon meilleur ami, mon frère, parce que qui compte pour lui compte pour moi... Il a toujours été là pour moi. Il a été le seul à me soutenir autant depuis le départ de ma mère, il ne m'a jamais lâché, même dans mes pires états, dans les pires moments.

- Je vais faire un effort... finis-je par dire après lui avoir jeté un coup d'oeil plus tendre. Je te promets d'être sympa avec eux.

- Avec tout le monde ? C'est promis ?

Son insistance me ferait presque grincer des dents mais je l'ignore.

Je pose ma main sur la sienne accrochée au pommeau de vitesse en acquiesçant.

Il me lance un bref regard puis esquisse un petit sourire. Jasper est beau. Grand, la peau matte, blond aux yeux bleu profonds et calmes, peu de femme ne saurait voir l'homme loyale et incroyable qu'il est. Je comprends que la petite Alice ait craqué sur lui. Bizarrement, je ne peux plus l'imaginer avec une autre femme, depuis que je les ai vus tous les deux. Ils vont vraiment bien ensemble, ils se complètent, comme le yin et le yang, l'eau et le feu... Je sais qu'elle est celle qu'il lui faut.

Mes pensées me renvoient brièvement au dernier sourire d'Edward sur le pas de sa porte alors que mon ventre se serre. J'étouffe un nouveau soupire, soudainement moins soucieuse de la soirée qui m'attends. J'aimerais savoir ce qu'il fait, à présent. Où il est, avec qui et ce qu'il a prévu ce soir. Je n'ai même pas osé lui demandé, trop nerveuse à l'idée de pénétrer de trop dans sa vie... du moins, plus qu'il ne me l'aurait permis.

A nouveau, je soupire tandis je me sens soudain plus morose.

Je commence à regretter cette histoire de destin...

Les routes sinueuses des collines d'L.A. m'émerveilleront toujours. Plus vous montez haut, plus les maisons sont chères et plus elles se transforment en villas de luxe toutes plus belles à regarder les unes que les autres.

Très chic. Très... riche.

Je siffle d'admiration lorsqu'il se gare devant une villa au type victorien, blanche et... parfaite. Littéralement. Rien ne dépasse, rien n'est de travers, rien n'est bancal. Tout est beau, jusqu'aux gouttières et au moindre arbre qui entoure la demeure.

- Eh bien, tu es sûr qu'on est au bon endroit ?

- C'est la maison de ses parents, sourit-il tandis qu'on se détache en même temps. Son père est médecin. Célèbre et très compètent, précise-t-il dans un sourire qu'il veut complice alors que je ne connais rien en médecine et qu'il est psychologue. Il bosse au California Hospital. Tu verras qu'il est vraiment cool, toute sa famille est très gentille.

Nous sommes garés devant des parterres plus beaux les uns que les autres et une pelouse dont chaque brin d'un vert éclatant semblait être coupé la même longueur, au millimètre près.

La maison trônant sur ce velours est digne des immenses maisons que l'on voit dans Life. Deux autres voitures, une Mercedes noire rutilante et un SUV de chez Volvo sont garés sur le dégagement en pavé devant la maison. Je me racle la gorge en jetant un coup d'oeil à ma tenue. Suis-je assez habillée ? Cette robe est-elle assez classe ? Je me sens soudainement beaucoup plus inquiète du monde dans lequel Jasper va me projeter que de ma propre tenue.

Dehors la pluie fine ne cesse de tomber doucement.

- Jazz tu es sûr que...

- Oh oui ma grande. Je suis sûr !

Je n'ai pas le temps de sortir de la voiture qu'une tornade brune arrive en courant, parapluie à la main alors qu'il pleut à peine et m'ouvre la portière.

- Bella ! Tu es venue ! s'exclame-t-elle joyeusement tandis que je m'extirpe du véhicule. Jasper m'a dit que tu ne voulais pas venir ? T'es folle ! Il faut vraiment qu'on discute toi et moi ! Viens faire connaissance de toute la famille. J'ai hâte que...

Sans réellement le vouloir, j'ai déjà arrêté de l'écouter. Un homme superbe, blond aux yeux marrons s'approche de la voiture d'un pas tranquille malgré la pluie qui semble tomber autour de lui, et non sur lui. Il ne doit pas avoir beaucoup plus que la cinquantaine et dégage une telle sérénité et un tel calme que je me demande pourquoi cette soirée m'a semblé être une si mauvaise idée.

- Alice, tu vas l'épuisée avant même qu'elle ne rentre à l'intérieur, la réprimande-t-il dans un sourire en passant sous l'immense parapluie que cette dernière tient encore, nous protégeant du mauvais temps. Bella, je suppose ? Entrez, entrez, vous allez vous faire tremper !

- Monsieur Cullen votre maison est...

- Carlisle, me reprend Alice lorsque nous atteignons le perron couvert et qu'elle repli son parapluie désormais dégoulinant.

- Histoire de me sentir aussi jeune que mes fils, s'amuse ce dernier en souriant grandement avant de saluer chaleureusement Jasper. Vous avez fait bonne route ? Quel temps n'est-ce pas ?

Ils échangent deux mots avec Jasper tandis que ce dernier secoue ses cheveux humides de pluie. Il à l'air... dans son élément.

Un autre spécimen masculin passe rapidement l'immense porte d'entrée restée ouverte, ne s'attendant visiblement pas à tomber sur nous, sur le pas de celle-ci.

Brun aux yeux marrons, un sourire énorme et les yeux rieurs, il nous salue gaiement en racontant une anecdote comportant sa femme et un meurtre dans la cuisine que je ne saisis pas totalement. Peu importe, ce mec est-il rugbyman professionnel ? Comment des épaules aussi larges peuvent-elles passer une simple porte ?

S'ils sont tous comme ça dans cette famille, je crois bien que je vais me mettre à prier pour qu'il reste un célibataire.

- Bella je suppose ? La copine du grand psy ?

- Le frère de la tornade ?

Il éclate de rire, me faisant presque sursauter nerveusement. Bordel, décoince toi Swan !

- Exact ! Emmett, pour te servir...

Il m'étudie quelques courtes secondes de cette façon curieuse qu'on parfois les enfants... sauf que l'homme en face de moi doit avoir une trentaine d'années.

- Toi et moi on va être copains, je le jure, finit-il par dire sérieusement avant de rire légèrement. En attendant, je dois aller au magasin à côté chercher du caviar d'aubergine. Mon frère est incapable d'en trouver tout seul !

- Oh, mais laisse, je vais y aller, proposé-je, désireuse de me rendre utile et, surtout, d'avoir cinq minutes à moi toute seule. C'est à la superette de la rue à côté ? Je l'ai repérée en passant !

Déjà, je rabat la capuche de ma veste sur ma tête pour affronter la pluie fine qui continue de tomber sans cesse.

- Ouais, mais c'est...

- Ca ne me dérange pas, j'ai besoin de marcher un peu, la voiture de Jasper est trop inconfortable.

- Hé ! se défend maladroitement ce dernier.

- Ok, comme tu veux, reprend Emmett en ignorant Jasper. C'est cool ! Prends en deux pots ou Rosalie va me crever les yeux.

Je réprime un rire en descendant les marches du perron pour regagner la cour.

- Si jamais tu vois mon frère, reprend-il alors que je m'éloigne déjà, dis-lui de rentrer avec du bon champagne ou de ne jamais revenir.

Un sourire amusé m'anime. Peut-être que cette soirée sera finalement beaucoup plus agréable que ce à quoi je m'attendais.

- Et comment je saurais que c'est lui ? demandé-je en marchant à reculons pour voir la carrure impressionnante d'Emmett s'éloigner.

Un éclat de rire le secoue.

Définitivement, je crois qu'il a raison. Nous allons être copains lui et moi.

- Oh crois moi, tu le sauras.

Intriguée mais amusée, j'enfonce mes mains dans les poches de ma veste en m'éloignant pour gagner la rue d'à côté et la fameuse superette.

Une fois dedans, j'ôte ma capuche humide et remonte les petites allées à la recherche de ce dont m'a missionné Emmett -plutôt, de ce dont je me suis missionnée toute seule.

Le silence du magasin presque vide à cette heure me fait du bien.

Je prends le temps d'arpenter les allées avant de tomber sur ce que je cherche.

Je grince des dents en m'apercevant que mon mètre soixante me donne un peu trop de limite pour atteindre le haut du rayon.

Me hissant sur la pointe des pieds, je tâtonne le métal froid de l'étagère à l'aveugle jusqu'à ce que le bout de mes doigts attrapent l'emballage lisse de ma trouvaille.

- Besoin d'un coup de main ? résonne une voix rauque derrière moi.

Foutu destin !


Hello vous !

Merci infiniment pour vos réactions sur les derniers chapitres !

J'aime tellement vous lire, vous n'imaginez pas ! Je m'en vais de ce pas vous répondre, d'ailleurs !

Si on veut la suite, on me laisse un mot pour que je sache ce que vous avez pensé de ce chapitre et vos théories concernant le destin !

PS: je n'ai rien contre les Avengers ! C'est juste le premier truc qui m'est venu à l'esprit :')

J'vous embrasse

Tied