CHAPITRE 10

- Vous êtes bien sur le répondeur d'Alice, je ne suis pas joignable pour l'instant... laissez un message !

- Merde, Alice... grogné-je en raccrochant.

Je peste en relançant l'appel pour la troisième fois en 5 minutes. La patience n'a clairement jamais été mon fort.

En raccrochant après une nouvelle tentative échouée, je soupire lourdement. Un demi-heure que je l'attends au café où elle m'a donné rendez vous. Elle veut apparemment me parler de quelques chose d'important. Elle est en retard... et ça ne lui ressemble pas. Alice est toujours ponctuelle. Toujours.

Je refoule l'inquiétude qui veut monter en moi en passant mes mains sur mon visage pour tenter de sortir de cet inconfort.

- Vous êtes sûr de rien vouloir commander en attendant ? m'interroge le serveur une nouvelle fois.

Je soupire. Il est venu plusieurs fois me demander poliment si je désirais boire quelque chose en attendant que ma sœur daigne se présenter ici depuis que je suis là sans que je n'accepte jamais... mes parents m'ont bien élevé : je veux attendre Alice.

- Finalement je veux bien un café noir, sans sucre.

Tant pis pour la politesse. Il sourit et s'éclipse, me laissant seul dans la petite salle intimiste et tamisée où je me suis installé une demi-heure plutôt. A peine a-t-il quitté ma vue que mon téléphone vibre sur la table en bois devant moi. Je soupire en voyant l'identifiant, brièvement soulagé.

- C'est pas trop tôt ! marmonné-je en décrochant.

- Désolée, je suis vraiment, vraiment, vraiment désolée, s'excuse ma sœur le souffle court.

- Alice, de quoi tu...

- Je ne peux pas venir, s'excuse-t-elle rapidement. Le Times à besoin de moi ils ont eu un problème avec un article et je dois absolument y aller et je...

- Alice ! Respire, lui conseillé-je en la coupant à mon tour.

Je l'entends respirer tandis qu'une légère déception me secoue. Passer du temps avec elle aurait été bénéfique.

- Tu ne m'en veux pas ? questionne-t-elle au bout d'un léger silence où je tente de contrôler mes pensées.

Si je lui en veux ? Avant son appel supposément, mais là j'imagine parfaitement sa petite moue contrite et c'est de suite plus difficile d'être en colère contre elle. Je lève les yeux au ciel avant de sourire malgré moi.

- Non Alice, c'est ok...

- Super... bon, à plus tard ? Je dois filer.

- A plus tard Lily.

Elle raccroche rapidement. Je pose mon portable sur la table en soupirant à nouveau. Ma sœur vient de me poser un lapin. Ma propre sœur ! Le serveur revient une seconde plus tard avec mon café brulant.

- Voulez-vous que je commande quelque chose pour la personne que vous attendez ? demande-t-il poliment en ramenant son plateau contre lui.

- Elle ne viendra pas, soupiré-je en baissant les yeux sur la petite tasse blanche remplie devant moi.

C'est presque idiot comme geste. Je sais qu'il m'a reconnu. Je l'ai su à l'instant où j'ai pénétré dans ce café il y a plus d'une demie heure.

Mais je vois déjà les gros titres qu'il pourrait communiquer sur le lapin qu'une fille m'a foutu et la foule de photos qui circule certainement déjà sur les réseaux sociaux...

- Apparemment c'est une mode aujourd'hui, sourit-il, me faisant relever les yeux vers lui.

Ses doigts tatoués tapotent une seconde le plateau qu'il a dans les mains puis son regard se dirige hors de la salle.

- La petite brune là-bas attends quelqu'un elle aussi, m'explique-t-il sans que je n'arrive à réellement saisir pourquoi. Mais je doute que ce quelqu'un vienne.

You could be my unintended choice to live my life extended

(Tu pourrais être mon choix involontaire de vivre ma vie plus longtemps)

You could be the one I'll always love

(Tu pourrais être celle que j'aimerai toujours)

Je me penche un peu plus en avant, permettant à mon regard de tomber sur la brune en question, dans la salle principale du petit café.

Isabella.

Je retombe contre le dossier de ma chaise, essayant de calmer ma respiration soudain courte et la brulure que cela engendre en moi.

Un frisson me traverse tandis que je lutte pour faire taire tout ce que sa simple vision réveille. Après un instant seulement, je me rends compte que le serveur a disparu et que je suis à nouveau seul.

Je dois littéralement lutter pendant plusieurs minutes contre moi-même pour ne pas me lever et disparaitre d'ici.

Qu'est ce qu'elle fait là ? Et qui attend-elle ?

Je tente d'éloigner l'envie de la regarder encore, de lui parler, de la toucher encore... de ressentir encore ce même désir fou que cette nuit là.

Je déglutis difficilement, me faisant violence alors que les souvenirs de son souffle, de son corps contre le mien m'assaillent.

Rien ne sera plus jamais pareil, je le sais désormais.

4 jours à me planquer littéralement. A étouffer ce que cette nuit avec elle m'a fait ressentir et à refouler tout ce qu'elle provoque dans ma vie... tout ça pour n'en n'être que plus atteint à cet instant précis... que m'a-t-elle fait ?

J'ai parfaitement conscience que m'éclipser au petit matin de son appartement pour me terrer chez moi n'est certainement pas la meilleure décision que j'ai prise dans ma vie, pourtant, je sais que j'ai fait ce qu'il fallait que je fasse. Pour elle... Je n'ai pas d'autre choix.

Je refoule la brûlure de ma gorge, de mon corps entier avant de soupirer lourdement, sentant littéralement le désir de la regarder me tordre l'estomac.

Quand je bouge ma chaise pour pouvoir l'observer sans me tordre le cou, la culpabilité se rappelle à moi comme depuis que je l'ai laissée seule la nuit de Noël... pourquoi ai-je eu besoin de la raccompagner chez elle ? De m'endormir contre elle ? Pire encore, de me perdre le temps d'un instant dans ce désir qu'elle réveille chez moi alors que cela fait des semaines que je la repousse sans cesse ?

Assise à une table dans le fond de la salle près de la fenêtre contre laquelle la pluie tape avec force depuis un moment, elle observe l'extérieur, absorbée par quelque chose que je ne peux voir.

You could be the one who listens to

(Tu pourrais être celle qui écoute)

My deepest inquisitions

(Mes interrogations les plus profondes)

L'eau ruisselant contre la vitre dessine des reflets sur sa peau pâle, me donnant subitement envie de l'atteindre, de la toucher... à nouveau. Je serre les mains en poing, refoulant à nouveau le souvenir de sa peau sous mes doigts.

You could be the one I'll always love

(Tu pourrais être celle que j'aimerai toujours)

Je secoue la tête en détournant les yeux un instant, tentant de reprendre pieds avec la réalité.

Comme si mon corps essayait lui aussi de m'en persuader, la brûlure de mes poumons s'intensifie. La réalité est violemment là, sous mes yeux : Elle mérite mieux que tout ça... tellement mieux, tellement plus que le peu de temps et d'espérance que j'ai a lui offrir.

Je relève les yeux vers elle pour la voir fouiller dans sac pendant que la sonnerie de ce que je devine être son téléphone résonne dans le bar. Les joues légèrement roses, elle décroche. Je suis trop loin pour entendre sa conversation et le son de sa voix... et brutalement, je le regrette amèrement.

Cependant, son visage passe de la joie à une expression plus terne. Elle semble déçue. Lorsqu'elle raccroche quelques secondes plus tard, je la vois soupirer longuement.

Balançant son portable dans son sac, elle jette un œil à la salle pour faire un signe de la main au serveur. Figé dans ma comptemplation, j'observe ce dernier lui sourire en venant à elle, provoquant une succession de sentiments violents en moi.

Ils échangent quelques mots, elle lui sourit... et mon sang s'affole.

La jalousie.

Profonde, intense et étouffante.

Elle rit légèrement après une seconde, faisant sourire le serveur de satisfaction.

Bordel.

Mon corps se lève de ma chaise sans que je ne le contrôle réellement lorsqu'elle règle sa commande avant que le serveur ne s'éclipse dans une pirouette ridicule.

Elle va partir.

Tout autour de moi m'étouffe alors que mes pieds me font sortir de la petite salle : Je ne peux pas la laisser partir... je ne peux pas le supporter alors que, depuis que je la connais, c'est moi qui l'ai toujours fait.

Qu'est-ce que je fous putain ?

I'll be there as soon as I can

(Je serai là dès que je le pourrai)

But I'm busy mending broken

(Mais je suis occupé à réparer)

Pieces of the life I had before

(Les morceaux cassés de la vie que j'avais avant)

Arrivé devant elle, je me fige en me traitant de tous les noms silencieusement. Qui suis-je pour venir la voir, là, maintenant ? Qui suis-je pour l'avoir touché, l'avoir voulu plus que personne avant de disparaître presque quatre jours ? Qui suis-je pour, encore aujourd'hui, pile à cet instant là, revenir dans sa vie, m'imposer ainsi ?

Elle relève les yeux vers moi et ceux-ci s'écarquillent brusquement quand elle me voit.

- Edward ? souffle-t-elle comme si elle n'y croyait pas.

Je serre les dents à l'instant où ses joues se colorent violemment, provoquant un lourd frisson dans tout mon corps.

- Salut, lâché-je nerveusement, le cœur battant.

Elle fronce légèrement les sourcils, perdue. Quel genre de connard suis-je donc ? Je disparais 4 jours après... après ce que nous avons fait, après ce que je lui ai fait et je lui dit "Salut" ?

- Qu'est ce que... qu'est ce que tu fais là ? demande-t-elle.

Ses doigts tremblants descendent la manche de son pull gris dans un geste nerveux qui me fait déglutir.

- Je... Alice m'a posé un lapin, expliqué-je, tentant de repousser de mon esprit le souvenir cruellement érotique de ces mêmes doigts agrippant les miens.

- Alice ? répète-t-elle en fronçant les sourcils.

J'étouffe les tremblements de mon corps en inspirant lentement.

- On avait rendez-vous, elle devait...

- Te parler d'un truc important ? questionne-t-elle, les yeux légèrement dans le vague entre nous.

- Je... ouais, lâché-je un peu hagard avant de froncer les sourcils, mon sang se figeant dans mes veines.

Un éclair de lucidité traverse le visage de Bella face à moi.

- Merde, soufflé-je quand tout devient très -trop- limpide. Elle t'avait donné rendez-vous à toi aussi n'est-ce pas ?

Son regard brun retrouve le mien, faisant accélérer les battements de mon cœur. Elle hoche la tête avant qu'un rire désabusé ne lui échappe.

- Ta sœur est...

- Je sais, la coupé-je en ne pouvant m'empêcher d'être abasourdi. Quand je te dis qu'elle fait peur à Emmet ce n'est pas pour rien...

Elle secoue la tête, estomaquée avant que son expression ne se fige. Je comprends qu'elle saisit que j'ai dû parler à Alice de... de nous... de ça. Après que ma sœur ait débarqué chez moi au bout de 3 jours de silence, je n'ai pu faire autrement. Et puis, Alice me connait mieux que personne et est loin, très loin d'être aveugle.

Je serre les dents en détournant un instant les yeux vers la rue derrière Bella où les gens marchent rapidement, protégés par leurs parapluies sombres en me rappelant les mots d'Alice...

- Ce qu'elle mérite Edward, ça n'est pas de se faire ignorer après un début de relation comme vous avez...

- Il est là le problème Alice, m'étais-je agacé, je ne veux pas commencer une quelconque relation !

- A t'entendre on croirait que tu n'as aucun avenir, avait-elle asséné, les larmes aux yeux.

Il y avait eu un silence entre nous où je n'avais pu trouver les mots pour la rassurer -me rassurer. L'avenir, mon avenir était incertain. L'accepter était littéralement impossible pour moi, pour ma soeur... impliquer quelqu'un d'autre dans cette réalité là était tout bonnement le pire égoïsme au monde.

- Fais ce que tu veux Edward, avait-elle soupiré après un instant, mais je sais, je sens que le destin veut vous réunir. Vous avez été mis sur le chemin de l'autre trop de fois pour que cela ne soit pas le cas. Si tu n'es pas capable de comprendre que Bella peut-être une nouvelle chance de te battre pour la vie, alors le destin te frappera à nouveau, que tu le veuilles ou non.

Quand je reporte mon regard sur Bella, elle m'observe en silence, mille questions dansant dans ses pupilles sombres. Elle mérite au moins que je lui explique comment on en est arrivé là.

- Puisqu'on qu'on est là, suivant les vœux d'Alice la Terrible... est-ce tu veux un café ? lui demandé-je en posant mes mains sur le dossier de la chaise devant moi.

Son regard suit mon geste. Je la vois déglutir, presque perdue. Elle va refuser, j'en suis certain. D'avance je tente de repousser la solitude qui veut m'étreindre avec force. Pourquoi me semble-t-elle brutalement aussi nécessaire ?

- Ou si tu préfères, tu peux t'en aller.

Je veux lui laisser le choix. J'espère pourtant le plus égoïstement du monde qu'elle veut tout le contraire.

You could be my unintended

(Tu pourrais être mon choix Involontaire)

Ses yeux remontent vers les miens avant que son sourcil ne s'arque.

- Je croyais que c'était ta spécialité.

Choice to live my life extended

(de vivre ma vie jusqu'au bout)

A nouveau, je serre les dents en expirant lentement, encaissant ce qu'elle vient de lâcher sans même hésiter une seconde. Elle a totalement raison. Je suis le parfait abruti qu'elle décrit et imagine si bien.

- Tu as raison, murmuré-je, faisant écho à mes pensées.

Elle reste un instant à me dévisager alors que je tente de trouver une excuse à mon comportement sans en être réellement capable... et quand bien même mon cancer serait l'excuse parfaite, cela ne serait certainement pas suffisant... elle mérite bien mieux que ça.

- Ok pour un café, se reprend-elle avant de regarder rapidement autour de nous. Tu veux qu'on... commence-t-elle en désignant la salle principale du bar derrière moi.

Je jette un coup d'œil rapide à la salle moi aussi. Certes, il y a un peu de monde mais personne ne semble nous regarder, chacun semble plongé dans ses conversation, ses pensées... néanmoins, je sais que nous serons plus tranquille pour parler où j'étais précédemment assis.

- Ouais, me contenté-je de dire pendant qu'elle se lève.

Elle attrape son sac et sa veste avant de me regarder, attendant apparemment que je la guide. Je fais demi-tour pour ne pas rester comme un idiot à la dévisager et retourne dans la petite pièce intime où ma veste a gardé ma table, le cœur battant.

On prend place après que je lui ai tiré sa chaise pour qu'elle s'assoit, me remerciant d'un léger sourire qui me tord les entrailles.

You should be the one I'll always love

(Tu devrais être celle que j'aimerai toujours)

But I'm busy mending broken

(Mais je suis occupé à réparer)

Pieces of the life I had before

(Les morceaux cassés de la vie que j'avais avant)

Pendant des jours, je me suis trouvé toutes les raisons du monde de ne pas l'appeler, de ne pas débarqué chez elle en pleine nuit pour pouvoir m'endormir simplement contre elle. Ce matin, j'ai le sentiment dévastateur qu'être avec elle est la seule chose que je devrais faire... la seule chose qui réussira à me maintenir en vie...

Comment peut-elle me changer, me bouleverser à ce point et anéantir toutes mes convictions les plus profondes en un seul regard ? Alice a-t-elle raison ? Cette fois, c'est elle qui a provoqué le destin mais je suis intimement convaincu que j'aurai fini par retomber sur elle, à un moment ou a un autre...

Je prends place en face d'elle, me passe une main sur les yeux en soupirant, essayant de chasser la fatigue, la tension qui semblent me broyer.

- Tu n'as pas l'air en forme.

Ses mots me font sourire malgré moi.

- Les nuits sont courtes, avoué-je. Tu veux boire quelque chose ?

- Je ne suis pas contre un café.

J'interpelle le serveur qui vient jusqu'à nous pour passer notre commande pendant que le silence entre nous s'installe.

Pendant un instant alors que le serveur nous laisse seuls à nouveau non sans avoir jeté un coup d'œil à Bella qui ne me plait pas, je ne sais brutalement plus si l'inviter à partager un moment avec moi est réellement une bonne idée.

Que puis-je lui dire qui justifierai le fait de l'avoir ignorée pendant des jours entiers ?

Je finis par soupirer avant de relever les yeux vers elle pour la voir me dévisager encore en silence, perdue dans ses pensées.

- Je... Je sais que je te dois des excuses.

Elle ne répond rien, se contentant de me regarder de cette manière qui me bouleverse totalement.

Je cherche les mots une minute, ne sachant par où commencer.

- Pour l'autre jour, je... je n'aurai pas dû...

- T'aurais pas dû quoi ? me coupe-t-elle un peu perdue. Partir en me plantant sans explication ou faire ce qu'on a fait ? Ce que tu as fait ? demande-t-elle calmement en posant une main tremblante sur la table entre nous.

Son regard puissant figé dans le mien, je me demande un instant ce que je peux bien répondre à ça. Mes pensées, mes envies se bousculent dans mon esprit. Tout est si confus : mon envie d'elle, ma peur et ce qu'il faudrait faire pour son bien.

- Je... les deux, sûrement... murmuré-je.

Je la vois brièvement froncer les sourcils, ses yeux trahissant sa peine.

Quelque chose change dans l'atmosphère entre nous.

Soudain, je prends conscience de ce qu'elle va faire : elle veut partir. Je le ressens de partout. Quand elle se lève, la panique s'insinue douloureusement dans chacun de mes membres.

- Attends, tenté-je de la retenir en acquiesçant un geste vers elle avant de ramener mon bras contre moi.

Je suis le pire des idiots.

La tension de mes muscles me fige sur ma chaise à la seule pensée qu'elle va partir, qu'elle veut partir. Je ne veux pas qu'elle parte... Bien que je sache pertinemment que c'est ce qu'elle doit faire... pour elle. Elle doit partir. Je dois la laisser partir... mais ça me parait déjà au dessus de mes forces.

- Je suis pas venue pour que tu me dises que tu regrettes absolument tout Edward, souffle-t-elle, debout devant moi.

- Je ne suis définitivement pas doué pour communiqué avec toi... abdiqué-je avant de secouer la tête, m'enfonçant dans mes tourments. Laisse moi t'expliquer... Je... ne voulais pas te blesser, ni l'autre nuit, ni maintenant.

- Tu aurais dû y penser avant Edward... murmure-t-elle d'une voix tremblante.

- Je... reste, s'il te plaît.

Elle hésite une longue seconde avant de soupirer longuement.

- Je t'écoute, finit-elle par dire en s'asseyant à nouveau en face de moi.

Le soulagement me traverse quand je prends conscience qu'elle est en train d'accepter de me donner cette chance que je ne mérite pas le moins du monde mais dont j'ai tellement, tellement envie et besoin.

J'observe en silence ses mains qui se posent sur la table entre nous. Le serveur revient avec son café qu'il dépose devant elle avant de disparaitre.

Elle est si près, si loin.

Encore quelques centimètres et je pourrais sentir ses doigts... sa peau que je savais chaude...

La brulure dans mon thorax se réveille brutalement, m'empêchant de respirer, de penser.

La toux revient alors qu'elle s'était calmée depuis quelques heures.

Ca me dévore.

Ca me déchire.

Quand mon souffle redevient plus calme, je me redresse en relevant les yeux vers elle. Comme cette nuit là, elle semble retenir ses larmes, ses mots. Le tremblement de ses doigts ne m'échappe pas et mon cœur en prends un coup.

Voilà pourquoi nous ne devons pas entamer cette relation que je repousse depuis que je la connais : elle ne ferait que souffrir, comme là, à cet instant et même bien pire... et ça n'est pas acceptable.

- Je… je te dois des explications... et des excuses.

Ma voix cassée nous fait tressallire d'un même ensemble.

- L'autre nuit, je... j'ai cessé quelques heures d'écouter ma conscience.

- Edward... tente-t-elle de m'interrompre.

- Peu importe à quel point j'ai envie que tu fasses partie de ma vie... différemment, on ne doit pas faire ça.

- Tu...

- Je ne serais pas ton ami, la coupé-je maladroitement, incapable de l'entendre me dire que j'ai tord. Je ne veux pas l'être.

Je soupire, cherchant mes mots avant d'abandonner quand je comprends que c'est peine perdu face à tout ce qu'elle provoque en moi, rien que par sa présence ici et maintenant.

- Je... je veux beaucoup plus.

Mes mots la font rougir furieusement. Pendant un instant elle semble lutter pour ne pas détourner les yeux alors que leur profondeur semble sans fin.

- Mais peu importe combien j'en ai envie, ça n'est pas possible.

- Tu ne peux pas dire ça, murmure-t-elle en secouant légèrement la tête, semblant ne pas réussir à comprendre ce que je suis en train de lui dire.

Je serre les dents, en proie à la colère qui me ronge depuis des semaines et que je refoule sans cesse.

- Ce cancer va finir par me ronger totalement Bella et il abimera tout ce que suis.

- Ne dis pas ça, lâche-t-elle d'une voix pleine d'émotion, ses doigts effleurant les miens sur la table.

Je fixe nos mains s'effleurant une seconde, sentant mon âme en pâtir. Quand je ramène mon bras contre mon torse, ses yeux deviennent plus brillants encore.

- Quoi qu'il se passe entre nous tu finiras par en souffrir, ça, c'est la seule vérité que je connaisse.

A nouveau, elle secoue la tête, refusant littéralement tout ce que je suis en train de lui dire, tout ce que je tente de lui faire comprendre.

Je croise les mains devant moi sur la table pour garder un certain ancrage dans la réalité face aux dizaines d'émotions en elle. C'est la première fois que j'admet haut et fort que je la veux... que je la veux de cette manière qui me terrasse totalement... mais j'ai une saleté de cancer, un de ces trucs dont on ressort rarement indemne et c'est hors de question de l'impliquer dans ma vie. Elle y est déjà bien trop présente... tout cela doit cesser, pour elle.

Elle reste silencieuse un moment, contrôlant sa respiration en cherchant ce qu'elle va répondre. J'inspire lentement, comme si ce qu'elle s'apprête à dire va m'asséner le coup de grâce.

- J'ai du mal à suivre, avoue-t-elle avec un calme détonnant. Tu dis que tu ne veux pas être mon ami et tu... Tu viens, tu pars... Je... je sais plus à quoi m'attendre avec toi Edward, murmure-t-elle difficilement.

Pourquoi est-ce si difficile ?

Je dois couper là, ce lien qui va la tirer vers le bas et qui ne cessera de la faire souffrir bien plus qu'elle ne le pense.

- A rien. Je ne peux pas te donner ce que tu veux, me résigné-je.

- Alors tu vas t'empêcher de vivre parce que tu es malade ? demande-t elle en reposant sa main non loin de la mienne pour la deuxième fois.

- Tu aurais envie toi, de faire des projets alors que tu as plus d'une chance sur deux de mourir ?

Elle tressaille à mes mots mais n'en démord pas. Elle doit réaliser à quel point tout ça est néfaste pour elle, elle doit l'admettre et comprendre...

- Edward...

- C'est la vérité Bella ! m'énervé-je en la faisant légèrement sursauter. Comment veux-tu que je... que je t'implique dans ma vie ainsi ?

- Et si moi je le veux ? s'agace-t-elle vivement. Tu y as pensé une seconde, à ce dont, moi, j'ai envie ? Si je veux être avec toi ?

- Bella s'il te plaît...

- Non ! me coupe-t-elle à nouveau. Arrêtes d'ignorer volontairement ce qu'il se passe... supplie-t-elle, les yeux brillants.

Je ferme les paupières, incapable, soudainement, de faire face à ce qui est en train de nous arriver... pourquoi maintenant ?

Pourquoi ?

Sa main glisse dans la mienne, me faisant rouvrir les yeux. Ce seul contact fait s'accélérer mon cœur, mon souffle. L'électricité parcourt mon corps entier quand ses doigts enlacent les miens. Sa peau chaude contre la mienne va me faire perdre la raison, je le sais, je le sens.

Quel pouvoir a-t-elle sur moi pour me troubler à ce point ?

- Que tu le veuilles ou non, ce que l'on ressent l'un pour l'autre ne disparaitra pas, reprend-elle avec émotion et assurance mêlées.

I'll be there as soon as I can

(Je serai là dès que je le pourrai)

But I'm busy mending broken

(Mais je suis occupé à réparer)

Pieces of the life I had before

(Les morceaux cassés de la vie que j'avais avant)

I'll be there as soon as I can

(Je serai là dès que je le pourrai)

A-t-elle conscience de tout ce que ses mots provoquent en moi ? Je reste de longues secondes incapable d'émettre le moindre son.

Elle veut rester.

Elle le veut.

Violemment, comme un barrage qui cède à la pression trop forte de l'eau, quelque chose se repend en moi et englouti mon âme sans que je ne puisse lutter contre.

Je n'ai plus la force de lui résister. D'ailleurs, je crois brutalement que je ne l'ai jamais eu.

Elle a l'air tellement sûre d'elle, tellement confiante que je me laisse me noyer sans me débattre dans ce que je ressens pour elle, dans ce qu'elle provoque depuis les premiers instants. Le souvenir de sa présence dans la loge à NY, des semaines plus tôt se réveille à moi. L'électricité est toujours là, plus forte, plus vive et plus bouleversante encore.

Qui suis-je, pour l'empêcher de faire ce dont elle a envie ? Cela n'est pas le bon choix, pour elle, mais je brûle de connaître encore cette force qui apparait en moi lorsque je suis avec elle, lorsque je la touche, lorsqu'elle me sourit...

J'ai brièvement la pensée insupportable que si les semaines à venir sont mes dernières, je ne veux plus priver mon âme de la sienne.

- Tu as conscience de ce que ça implique ? réussi-je à dire au bout d'un temps interminable.

- Oui, souffle-t-elle juste.

Je passe ma main libre sur mon visage, tentant de reprendre le contrôle de mes pensées qui s'affolent face à la détermination brillant dans son regard. Ses doigts serrent légèrement les miens.

- Je ne te laisserai pas tomber, murmure-t-elle doucement, comme une promesse.

- Tu ne changeras pas d'avis hum ? Même si je te supplie ?

Un léger sourire nait sur ses lèvres. Dieu ses lèvres...

- Non, chuchote-t-elle en pressant ma main.

- Quelle tête de mule, marmonné-je en sentant mes lèvres frémir légèrement.

C'est la première fois depuis des jours, des mois que l'apaisement me gagne lentement.

Elle ne veut pas laisser tomber... me laisser tomber.

You could be my unintended choice to live my life extended

(Tu pourrais être mon choix involontaire de vivre ma vie plus longtemps)

You could be the one I'll always love

(Tu pourrais être celle que j'aimerai toujours)

Une nouvelle raison de me battre... Alice a-t-elle finalement insupportablement raison ?

On reste silencieux un instant. Je savoure la paix qui m'entoure presque malgré moi... je ne sais pas si je suis totalement prêt à laisser tomber totalement l'idée de la protéger du plus que je le peux mais, pour le moment, sa présence est suffisante. Largement suffisante.

- Qu'est ce que... tu fais, ce soir ? me demande-t-elle, sa tasse de café vide qu'elle repose devant elle.

Son regard glisse sur nos mains enlacées sur la table entre nous, ses doigts caressant légèrement ma peau, de mon poignet à mes doigts lentement.

Son contact est si grisant que s'en est déroutant. De longs frissons courent le long de ma colonne vertébrale et je réprime difficilement mes envies les plus profondes.

Mon corps entier semble se réduire à ma main, à la peau qu'elle caresse.

- Je... je ne sais pas, marmonné-je en fermant les yeux, savourant la façon dont elle me trouble.

- Jazz veut... il veut faire un truc avec ta sœur, Rosalie et Emmett, explique-t-elle, son regard brûlant remontant à mon visage.

J'ouvre les yeux pour la regarder me dévisager. L'ombre d'un sourire se dessine sur ses lèvres et le mien lui fait écho.

- Viens... souffle-t-elle doucement.

- Il veut aller où ? m'informé-je.

Ses doigts se posent sur les miens et ne bougent plus. Je reste sans bouger un cil, dans l'attente d'un mouvement, voulant désespérément qu'elle me touche plus que ça. Ce contact me fait me sentir vivant, à nouveau.

- Chez lui. Juste une soirée calme, entre nous.

- D'accord, cédé-je au bout d'une poignée de secondes, voulant oublier définitivement toutes les bonnes raisons que j'ai de ne plus la voir.

- Vraiment ?

- Tu en doutes ?

Un léger rire lui échappe et elle hausse les épaules.

- Tu as tendance à toujours vouloir allez dans le sens contraire du mien.

Je lève les yeux au ciel quand elle pique légèrement ma paume de ses ongles.

- Je suis sérieuse !

- Moi aussi.

Elle mord légèrement sa lèvre avant de reprendre sa caresse sur mes doigts, son regard suivant son geste lent et délicat. Je frissonne.

- Et puis, c'est toi qui va dans le sens contraire du mien, repris-je au bout d'une minute.

Elle secoue la tête lentement, les yeux toujours rivés sur nos doigts, un sourire aux coins des lèvres. Je prends le temps de l'observer sans retenue pendant un moment.

Pendant autant de temps, son regard est concentré sur la caresse douce et lente qu'elle exerce sur ma peau.

Elle était belle, vraiment belle.

J'aime le fait qu'elle ne se maquille pas, qu'elle reste... elle-même et complètement naturelle. Elle est définitivement différente de toutes les autres femmes que j'ai pu fréquenter de près ou de loin dans ma vie.

Les flash de notre nuit ensemble me bousculent brutalement, me faisant serrer les dents alors que je tente de contrôler tout ce que les souvenirs de son corps brulant éveille en moi. Je soupire, essayant de penser à tout sauf à ça.

You could be the one who listens to

(Tu pourrais être celle qui écoute)

My deepest inquisitions

(Mes interrogations les plus profondes)

- Quelque chose vous chagrine Monsieur Masen ? souffle-t-elle doucement en relevant les yeux vers mon visage sans rompre la caresse de ses doigts.

Mon nom entier dans sa bouche semble m'expédier en enfer, le sol s'ouvrant sous mes pieds.

Je me racle la gorge, soudainement presque mal à l'aise alors que son regard semble lire mon âme.

Pendant une poignée de secondes, je cherche mes mots avant de soupirer.

- Je... je ne sais pas comment être proche de toi.

You could be the one I'll always love

(Tu pourrais être celle que j'aimerai toujours)

Mes mots la surprenne un peu mais font naitre dans ses yeux une étincelle qui me colle la chaire de poule.

Lentement, elle se lève de sa chaise puis contourne la table pour me rejoindre. Je fronce légèrement les sourcils quand elle pousse un peu celle ci. Incapable d'acquiescer le moindre geste, son corps s'assoit sur le mien avec toute la délicatesse dont elle est capable.

Le cœur battant je ne la quitte pas des yeux quand elle pose sa joue sur mon épaule avant d'inspirer lentement.

You could be my unintended choice to live my life extended

(Tu pourrais être mon choix involontaire de vivre ma vie plus longtemps)

You could be the one I'll always love

(Tu pourrais être celle que j'aimerai toujours)

- Pour l'instant, ça me suffit, murmure-t-elle contre moi, son souffle brulant caressant mon cou.

Mes paupières se ferment avant de serrer son corps de mes bras autour d'elle, la ramenant plus près de moi.

Lentement, j'inspire son parfum fleurit et unique, savourant sa chaleur contre mon torse, là où mon cœur semble avoir reprit vie.

I'll be there as soon as I can

(Je serai là dès que je le pourrai)

But I'm busy mending broken

(Mais je suis occupé à réparer)

Pieces of the life I had before

(Les morceaux cassés de la vie que j'avais avant)

Before you...

(Avant toi...)


Hey coucou vous !

Mille excuses pour ce retard horrible et l'attente de ce nouveau chapitre ! il n'a clairement pas été simple à écrire et j'ai vraiment manqué de temps comme jamais...

La bonne nouvelle c'est que : je suis en vacances jeudi soir ! J'espère pouvoir en profiter pour écrire écrire et écrire !

Bon sinon, j'espère que vous allez bien et que ce chapitre vous a plu (même un peu)

Vous me laissez un mot sur ce que vous pensez/ressentez ? J'aimerais vous lire d'autant plus !

Passez une belle journée

A très vite, je vous embrasse

Tied