For a Sick Boy

Chapitre un :

"Love Disease"


Je dois arrêter cela.

C'est malade.

Dégoûtant.

Cette voix au fond de ma tête me hurle :

-Qu'est-ce que tu attends, Len ? Force-toi !

D'accord.

Je vais essayer.

Je…Je vais essayer- donne-moi une seconde…

A-aah…

H-haa…

Merci. Je vais bien maintenant.

Ne-ne me regarde pas avec ces yeux.

C'est la vérité.

Je dis la vérité.

…Tu ne me crois pas, n'est-ce pas ?

Désolé.

Je n'ai jamais été un très bon menteur. E-elle était toujours meilleure à ça que moi. Elle était meilleure que moi dans beaucoup de choses. Mais tu le sais, ça.

Comment tu le sais, d'ailleurs ?

Hm. C'est pas important.

Je-je t'ai menti.

Je ne vais pas « bien ».

Je ne vais pas bien du tout.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Ne me demande pas ça- tu sais ce qu'il y a. Tu sais beaucoup de choses sur moi. Oh, et à propos, tu es un très mauvais menteur toi aussi. Peut-être est-ce une chose en commun ?

Hahahahaha…

Ha…

Pour te dire la vérité…

Ca fait longtemps que je ne vais pas « bien ».

Oh, pardon. Ca semblait un peu trop dramatique, pas vrai ?

Pourtant, j'ai à peine exagéré.

Je déteste le mélodrame. Tous ces romans pour ados, chaque page remplie de chagrin et de désespoir, c'est ridicule. Je referme ce genre de livres tout de suite lorsque je daigne y jeter un œil.

Miku, bizarrement, aime ces mauvais ramassis d'histoires écrits-à-la-và-vite-avec-l'effort-minimum-mais-pour-le-prix-maximum. Je ne comprends pas pourquoi; c'est une fille intelligente. Mais les livres qu'elle lit sont vraiment stupides. Je pense sérieusement que si j'essayais un de ces livres dont elle est obsédée, mon cerveau aurait vite fait de se transformer en gelée et de dégouliner de par mes oreilles.

Quand je me plains de ces intéressants choix de lecture, elle me taquine en retour (nous sommes tellement proches que l'on peut se dire n'importe quoi sans se fâcher).

Miku dit que je suis trop « pessimiste ».

Je préfère penser que je suis « réaliste », mais Miku rit quand je le lui rétorque. Elle répond qu'il n'y a pas beaucoup de différence entre les deux.

Miku a un très joli rire.

Tout à propos d'Hatsune Miku est joli; de ses cheveux turquoises longs jusqu'aux pieds, ainsi que son doux sourire, par exemple. Je sais ça mieux que personne. Je passe beaucoup de temps à l'observer- s-sans arrière-pensée, cependant !

Je ne suis pas un pervers, compris ?

Tu le sais déjà ? Tant mieux.

J-je ne suis pas comme les autres garçons de la classe. Ils disent toujours des choses lubriques, obscènes, sans cœur.

Je ne parlerai jamais comme ça.

Apparemment, je suis « mature ».

J'ai trop entendu ce mot.

T-tu penses aussi ?

Quelque chose de beau dans mes yeux ?

Haha…

Merci.

C'est très gentil (même si tu ne le pensais pas), alors, peut-être…

Peut-être vais-je te dévoiler un secret.

Tu m'écoutes ?

…D'accord.

Parfois je souhaite être amoureux de Miku.

Ma vie serait tellement plus facile.

Pourquoi ne puis-je pas être amoureux de Miku ?

C'est ma meilleure amie, depuis que nous sommes enfants. Je sais que cela peut paraître étrange d'être ami avec une fille, mais je n'ai jamais trouvé ça bizarre. C'est sûrement à cause de ma sœur jumelle.

A cause d'elle…

Rin.

N-non, ça va, ne t'en fais pas pour moi. Ca va aller.

Ca fait mal de prononcer son nom, c'est tout.

J-je…

Eh bien… Rin est mon identique jumelle. Nous sommes exactement pareils (sauf le sexe). On avait l'habitude de faire une farce à nos parents quand nous étions petits je prenais son nœud à cheveux surdimensionné tandis que Rin se coiffait d'une petite queue de cheval, et nous étions indifférenciables.

Mais tu le sais déjà, non ?

Tu sais…beaucoup de choses sur moi…C'est un peu bizarre, non ?

Ahahahaha…

Quoi qu'il en soit.

Parce que j'ai grandi avec Rin, je n'ai jamais développé cette mentalité qui disait que « les filles ça craint ! », celle que la plupart des jeunes garçons ont tendance à avoir. J'avais une sœur très autoritaire à mes côtés, et elle m'aurait donné une claque au moindre signe de misogynie.

Et même si à quatre ans, Rin ignorait le sens de ce mot (je doute qu'un enfant de quatre ans connaisse simplement ce mot), Rin détestait quand les garçons voisins disaient des choses du genre :

-Les filles ne grimpent pas aux arbres !

-Les filles restent à la maison pour jouer aux poupées !

Rin a toujours contredit ces garçons.

Et elle a toujours fait attention à ce que je ne devienne pas comme eux.

Souvent je pense que Rin était plus masculine que moi.

Je suis toujours assis dans ma chambre à lire. Rin était la plus courageuse de nous deux, celle qui faisait de grandes aventures de pirates et d'espions dans le jardin celle qui organisait les batailles d'eau sur les enfants méchants du quartier.

Rin a essayé de m'entraîner avec elle, mais j'ai refusé.

J'étais sûrement un enfant ennuyeux…

Ahaha…Ah, oui.

Je suis devenu ami avec Miku- et je n'y voyais aucun problème, même si mes parents se mordaient la lèvre et me demandaient d'aller trouver un ami garçon avec qui jouer.

Je n'avais pas envie de jouer avec les garçons. J'étais bien plus heureux en m'asseyant en face de Miku, pour discuter de livres de détectives et pour dessiner.

J'aurai souhaité…

J'aurai vraiment souhaité…

Etre amoureux de Miku.

J'aime Miku- je l'aime de tout mon cœur- mais je ne suis pas amoureux d'elle.

Et c'est triste- ou drôle- parce que Miku a tout pour être aimée, et elle est très populaire avec les garçons au lycée. Ils sont tous fous d'elle.

Tous.

Sauf moi.

La moitié de ma classe est convaincue que Miku est amoureuse de moi. Ils me demandent pourquoi je ne lui ai rien fait encore.

…Je n'ai pas l'intention de lui faire quoi que ce soit, d'ailleurs. Jamais.

Apparemment, ça fait de moi quelqu'un de bizarre.

Je suis étrange.

J'étais étrange à six ans parce que j'étais trop proche de Miku.

Maintenant je suis étrange parce qu'à seize ans je ne le suis pas assez.

Comment ça marche, de toute façon ? Des fois je déteste les gens et leur morale toute faite, leur perception de « bizarre » et « normal ».

Suis-je normal ? Est-ce que c'est normal ? Qu'est-ce que c'est, « normal » ?

Est-ce que c'est important ?

…La réponse est toujours oui.

Etre accepté, ça compte. C'est important. C'est important pour une personne faible comme moi. Je ne suis pas Kagamine Rin. Je ne suis ni fort ni brave.

Rin brille comme une étoile. En comparaison, je suis invisible.

Ennuyeux.

Je m'assieds en classe calmement, prend des notes, fait mes devoirs- j'ai toujours de bonnes notes. Mais je bouge, ignoré, à travers la vie, comme l'air- sans jamais laisser d'impressions à personne.

Rin est différente.

Rin est chaleureuse et joyeuse et inoubliable, tellement exubérante et drôle qu'elle apporte le sourire à n'importe qui.

Je bouge- comme un mouton, avec le reste de la société : désespéré de rentrer dans cette petite sphère qui dans l'esprit de tout le monde est « normale ».

Mais même si mes notes en maths et sciences sont parfaites (je plafonne le vingt de moyenne), il y a une chose que je dois parfaire.

« Etre normal ».

Ca aurait été tellement plus facile de tomber amoureux de Miku.

Si…Facile…

Et je suis sûre qu'elle m'aurait aimé en retour.

Mais je ne suis pas « normal ».

A la place, je suis tombé amoureux de la personne la plus improbable.

J-je…

Je…

Je suis désolé, ça arrive, quelquefois. N-non, pas besoin de ta sympathie.

Tu ne peux pas comprendre.

Tu dis que si, mais non.

Tu ne comprendrais pas, sauf si tu es dans le même cas.

E-et…

N-non…

Non, je ne pleure pas.

C'est juste…

Tu le sais déjà, n'est-ce pas ?

Dans ce cas pourquoi tu veux que je le dise ?

C'est dégoûtant.

Malade.

Je peux le voir dans tes yeux.

Tu me juges.

Comme n'importe qui.

Tu dis que tu veux m'aider, mais je ne te crois pas.

Tu veux me faire admettre que je suis un monstre.

Inhumain.

Alors tu peux me détester.

E-et…

Hahahahaha.

Je ne peux même pas te corriger.

Je ne peux même pas te contredire.

Parce que tu as raison.

Tu as raison.

Tu dois me haïr.

Je veux que tu me haïsses.

Peut-être me sentirais-je moins coupable.

M-mais, si la culpabilité se pardonnait avec le dégoût, il y a longtemps que j'aurais purgé ma peine.

Peut-être suis-je innocent, du coup.

Mais je ne le suis pas.

Je suis malade.

Je suis dégoûtant.

Je suis un humain raté.

Parce que je ne suis pas tombé amoureux d'Hatsune Miku.

…O-oh mon dieu…

J-je…

L-la personne dont je suis tombé amoureux…

La personne que j'aime toujours, de tout mon cœur…

Ca n'a jamais été Miku.

Toujours elle.

Son sourire chaleureux.

Son adorable ruban à cheveux.

Sa personnalité bruyante.

Toujours elle.

J'ai toujours été amoureux…

D-de Kagamine Rin.

Ma propre sœur.


A/N : Les dés sont jetés.

Je vois beaucoup de fictions Rin/Len où Rin (ou Len) a cette personnalité, du genre "Olololol je suis amoureux de mon frère, c'est bizarre mais peu importe~ !" et je ne trouvais pas ça très...pertinent...à propos de ce que peuvent ressentir les personnes dans cette situation.

Je veux dire, je sais, c'est sensé être de la /fanfiction/ et pas la vraie vie, et les gens n'ont pas vraiment envie de lire des textes étranges et psychologiques- la plupart du temps, ce sont des histoires de romance, toutes adorables et lumineuses. Et c'est très bien. Mais je voulais essayer, et écrire quelque chose de plus inquiétant concernant la paire Rin/Len- j'espère que c'est intéressant ^_^'

J'ai l'impression que ce style d'écriture est paresseux mais pas grave xDD Je trouve que ça rend bien.

Si vous aimez cette histoire, dites-le moi ^_^

~renahhchen xoxo


T/N : Me voilà avec une traduction qui m'a fait souffrir du dos très longtemps. J'espère que vous apprécierez cette histoire autant que moi. Elle comporte dix chapitres plus un épilogue, soit un total de onze chapitres. Ne vous attendez pas à de la romance fluffy/moelleuse/toute mignonne, je préviens, c'est sérieux et très angsty. Pour laisser la surprise, et je sens que vous allez l'être, aucun pairing ou personnage ne sera dévoilé dans les notes.

N'hésitez pas à laisser un review à l'auteure, comme à moi. Ça fait toujours plaisir ^_^

~Paru-ch4n