For a Sick Boy

Chapitre six :

"The hedgehog's love"


Tu veux que j'enlève mon blouson ? Je t'ai déjà raconté ce que j'ai fait, alors…je pense que ça n'est pas important.

Il n'y aura pas de surprise.

Je ne suis pas sûr de savoir pourquoi j'ai refusé de te les montrer en premier lieu. Je savais que je finirai par tout avouer. Il y a quelque chose de spécial chez toi.

Tu me donne envie de parler.

Comme si je devais parler.

Peut-être parce que tu es la première personne à m'avoir demandé.

J'ai attendu longtemps pour que quelqu'un daigne enfin poser la question…si longtemps…

Et personne n'a demandé.

Je les aurais probablement envoyé bouler s'ils avaient posé des questions inconfortables- mais pardonne-moi de cette contradiction. Je n'ai pas besoin d'être heureux ou en colère. Je peux être les deux.
En général je ressens tellement de choses que je peux à peine les classifier.

C'est probablement…utile…d'avoir quelqu'un avec qui discuter de ça. Quelqu'un qui enlève ce poids de ma vie de tous les jours- et ce même si tu me juge (tout le monde se juge je suis sûr que tu juges les gens à qui tu n'as jamais parlé rien qu'en les regardant marcher dans la rue) ça ne m'affecte pas vraiment.

Est-ce que je viens de dire « je me fiche de ton opinion ? »

…Je pense que oui.

Ou je l'ai sous-entendu.

Je suis désolé si c'était impoli. C'est un compliment, vraiment. J'ai l'impression que je peux te parler, et que tu va m'écouter- et ça m'aide à examiner ces pensées.

Juste un peu.

Je ne vais pas dire quelque chose de cliché du genre « Je te fais confiance » parce que je ne peux pas. Si tu mets trop de confiance en quelqu'un, il va se retourner et te planter un couteau dans le dos intentionnellement ou pas.

Si tu deviens trop proche des autres gens, ils te feront mal.

C'est comme ça qu'est la vie.

J'ai fait du mal à des gens.

J'ai blessé Tei- et je le regrette je souhaite que ça ne fusse jamais arrivé- mais ça ne change rien.

On ne peut s'excuser à une morte.

Mes sentiments n'ont pas d'importance.

Je l'ai quand même blessée.

Alors je ne te fais pas confiance.

Je ne pense pas que je vais te faire confiance.

Mais je ne fais confiance à personne maintenant pas même à moi. Alors c'est pas grave. La « confiance » n'est pas importante. C'est un…concept étrange, mais les humains sont d'étranges créatures. Penses-tu vraiment que quelqu'un te sauvera toi plutôt que lui-même ? Tu vas peut-être dire « évidemment ! je suis ton ami » mais en réalité, personne n'est si altruiste.

Personne.

Si on les poussait à l'extrême, la plupart des êtres humains- comme les égoïstes créatures qu'ils sont- penseront à eux-mêmes plutôt qu'à leurs amis.

Ces films d'Hollywood ou les gens se sacrifient pour leurs aimés, ou même- dans certains cas- pour l'univers entier…

J-je ne sais pas.

Combien de gens agiraient comme ça, en dehors des scénarios de films et de la télévision ? Et ces gens sont seulement des acteurs.

Même si tu te sacrifiais pour quelqu'un d'autre, ça ne serait pas purement par compassion, pas vrai ? Si tu vis et que quelqu'un qui comptait pour moi mourrait, et que tu sais que tu ne pourrais le sauver, ça te déchirerait en morceaux.

Ca te…

J…Je sais ce que ça fait ressentir…

Et- je ne connaissais même pas bien Tei.

Alors la motivation pour l'autosacrifice est égoïste. Une peur égoïste de se sentir coupable- et une tentative de déverser sa culpabilité sur quelqu'un d'autre.

Ca n'est pas important à quel point les gens sont gentils, ou maternels ça ne change rien au fait qu'ils sont tous égoïstes.

Et ils auront toujours, toujours, un moyen de juger les autres personnes, en se basant sur l'apparence avant la personnalité, parce que ton apparence compte. Certains diront « pas moi ! » mais ils mentent.

…Je ne vois même pas à quoi ça me sert de ruminer tout ça.

Désolé.

Ahahahahaha…

J-je pense que j'essayais de justifier mon impolitesse de tout à l'heure. Je suis désolé de ne pouvoir te faire confiance, et je sais que tu me juges- mais, je n'en prends pas compte (en dépit de ton humanité et de tes défauts), je me sens toujours à l'aise à côté de toi.

Je vais…

Continuer à te parler.

Parce que ça aide de parler de ce genre de choses- vraiment, ça aide.

Alors, je vais te montrer.

Pas parce que je te fais confiance ou parce que, d'une certaine manière, tu es un « meilleur » humain parmi tous les autres humains que j'ai rencontré- évidemment. Nous sommes tous exactement pareils au plus profond de nous les mêmes instincts, la même nature égoïste engrainée dans nos cerveaux depuis la naissance.

Mais je vais te montrer, puisqu'en dépit de ça, je t'aime bien.

Oui, ce n'est pas rationnel, je sais mais si les êtres humains étaient rationnels, nous vivrions tous tout seuls dans des grottes.

Et j'ai besoin de montrer à quelqu'un.

Les gens n'étaient pas programmés pour vivre seuls durant toute leur vie. Les anciennes relations vont indubitablement te faire du mal, parce que les gens font des choses stupides et parfois ils ne pensent pas que leurs actions auront un impact sur les autres gens. Exactement comme les hérissons essayent de se blottir les uns contre les autres pour se réchauffer, les êtres humains percent la chair de ceux dont ils font attention avec de coupantes épines…

Mais les humains ne peuvent être seuls.

Etre seul est probablement…encore plus terrifiant…que d'être blessé.

O-okay…

Je vais te montrer.

Je n'ai jamais montré ça à personne avant- mais c'est plus facile avec toi.

Peut-être que c'est parce que tu es un étranger.

Oui…

Je vais te montrer ce que ma propre confusion et ma propre peur…et mon propre dégoût de moi-même, je suppose…m'a fait faire à mon corps.

Tu peux même faire des « oooh » et des « aaah » comme si tu regardais une foire aux monstres, si tu veux- si ça te fait te sentir mieux.

N-non, je sais que tu ne feras pas vraiment ça- je blague.

C'est une blague.

J-je pense.

J-je peux voir comment tu me regardes- tes yeux écarquillés par la surprise. « Comment peux-tu te faire ça ? » Est-ce que c'est ça que tu veux me demander ?

Ce n'est pas si difficile, tu sais. N'importe qui peut le faire.

Tu peux le faire.

Peut-être que tu y as pensé avant, si jamais trop de pression tombe sur toi et que tu ne peux tout supporter par toi-même et que tu veux que quelqu'un remarque que tu souffres mais que tu es trop timide pour aller les trouver et leur raconter-

Tu vas trouver un rasoir, ou un couteau, ou quelque chose, n'importe quoi, quelque chose qui cause assez de douleur si tu le plantes dans la chair assez longtemps.

Un crayon. Un compas. Une règle, même ! Je sais que ça peut paraître inoffensif, mais si tu continues à couper et couper ça te fera éventuellement mal et il restera des cicatrices.

C'est ce que certaines personnes font…s'ils ne peuvent pas parler aux autres.

Ils se font mal.

Et ensuite ils espèrent que quelqu'un d'autre verra ces cicatrices- même s'ils prétendent qu'ils ne veulent que personne ne sache- et qu'il leur offrira son aide. Ils espèrent que quelqu'un verra la représentation physique de leur douleur, comme ça ils n'auront pas à ouvrir la bouche parce que c'est trop difficile- et que cette personne attrapera leur main pour les tirer hors de l'obscurité.

Peut-être que c'est « attirer l'attention ».

Mais c'est plus profond que ça- et les gens qui donnent des horribles étiquettes aux gens qui sont confus, perdus, seuls… ne comprennent vraiment pas.

Ou peut-être qu'ils comprennent tout très bien- et qu'ils veulent juste s'en éloigner. Les pousser au loin, et prétendre qu'ils n'ont jamais ressenti cette dépression avant.

T-tu dis que tu n'y as jamais pensé ?

Pas même une fois ?

…Peut-être que c'est la meilleure chose à faire.

Ces marques sont hideuse, hein ? Elles sont laides des cicatrices rouges, de la chair exposée certaines sont guéries, mais d'autres ont l'air…fraîches…

N-non, je n'ai pas laissé tomber cette habitude.

Je suis désolé.

Certaines cicatrices sont côte à côte parallèlement, les autres s'entrelacent sans aucun sens.

Il n'y pas que mes bras, d'ailleurs. Il y en a un peu, sur mes jambes, à l'intérieur des cuisses- parce que j'avais raisonné que c'était bien plus facile à cacher que les coupures sur mes poignets…M-mais ça ne marchait plus après un moment. C-ça devenait trop douloureux de s'asseoir, et je ne faisais que m'agiter sur mon siège- et j'ouvrais les anciennes blessures et ensuite le sang commençait à coaguler, tachait mon pantalon et mes jambes. Cela faisait si mal, surtout quand je devais peler la chair morte au-dessus de la peau irritée…

J'aurais dû faire plus attention et m'entraîner à continuer à couper la peau sur mes jambes, parce qu'il était plus difficile de remarquer ainsi- mais…

M…

T-tu as raison.

C'aurait été plus judicieux d'arrêter, simplement.

Je sais cela.

C'est malade- dégoûtant- bizarre tout cela- et…c'est…

Misérable.

Déprimant.

J'aurais dû en parler à quelqu'un- mais à qui ? Je ne voulais pas que Rin sache je ne voulais pas que Rin me déteste, ou se détourne de moi. Logiquement, je savais qu'elle ne ferait jamais ça. Rin est ma sœur- je l'ai aimée- et je sais que jamais elle ne m'aurait traité comme un lépreux que jamais elle ne m'aurait laissé tomber.

Elle aurait essayé de m'aider.

Vraiment.

Logiquement, je savais tout ça.

Mais la « logique » n'a pas de place dans les émotions humaines.

Si Rin m'avait regardé en pensant que j'étais malade, je…

Je ne sais pas ce que j'aurais fait.

Alors j'ai essayé de garder le secret. Je restais loin des gens- ou alors je reculais quand ils me touchaient, ou sans faire exprès me tiraient les manches de ma chemise e-et j'avais l'impression…

J'avais l'impression d'avoir fait quelque chose de terrible.

Comme si j'avais commis un meurtre.

J-j'avais déjà aidé à tuer Tei…

E-et parce que je me faisais ça à moi-même, aussi. Parce que je ne pouvais affronter les visions qui courraient dans ma tête la nuit- et je ne pouvais affronter mes pensées et mes fantasmes sur Rin qui tourbillonnaient dans mon esprit- et je ne pouvais affronter le visage fermé de Neru chaque jour au fur et à mesure qu'elle devenait de plus en plus battue et brisée…

J-je pouvais difficilement affronter le fait d'être vivant.

Et je ne savais pas vers qui me tourner.

Les gens à l'école ont commencé à tous se ressembler. Il y avait toujours des gestes différents et des apparences différentes et des personnalités différentes, oui- mais au fond, nous étions tous pareils. Je savais qu'ils se seraient empressés de se moquer de moi alors que j'étais au plus bas- parce que j'étais différent- j'avais les marques sur mes bras pour prouver que j'étais différent- et ils auraient choisi ce sujet.

Tout ça pour me manger vivant.

Partout où je bougeais, je voyais…J-je voyais seulement des ennemis. Des gens aux yeux vides, vitreux comme le marbre- et aux sourires cruels.

Je ne pouvais regarder personne dans les yeux maintenant- pas même quand je marchais sur le chemin de l'école, ou quand je sortais pour une acheter une bouteille de lait au supermarché.

Les gens étaient…

Ils étaient…effrayants…

E-et je devais baisser la tête à chaque fois que je les voyais.

Je pense que j'avais peur.

J-je…

Je sais que j'avais peur.

Je vivais ma vie avec la peur de…

Tout.

J'avais peur qu'on découvre mon secret.

Les autres humains avaient des yeux vides et des sourires cruels- vagabondaient ensemble en groupes comme une meute- et leurs légères conversations bourdonnaient haineusement dans ma tête tous en train de me regarder, de me juger-

E-et à chaque fois que je passais devant des êtres humains les laides marques sur mes bras et mes jambes semblaient brûler…

Un honteux rappel de ce que j'avais fait.

Ou de ce que je faisais toujours.

Que je fais toujours.

J-je pense que j'étais…un peu paranoïaque…

Ahaha.

Je ne pense pas « qu'un peu » soit approprié- parce que, pendant une période, j'ai vraiment eu l'impression…q-que j'allais devenir…un peu fou…

Je ne me sens même pas comme moi-même maintenant.

Pas Kagamine Len.

J'étais…

Un étranger- et ce, même pour moi.

Un enfant malade qui avait besoin d'aide.

J'ai toujours été timide, mais c'était…une peur paralysante si intense que je pouvais difficilement me traîner hors du lit le matin. Cela pesait sur moi si lourdement que j'avais l'impression que je coulais- luttant pour de l'air et les gens autour de moi (le monde était constitué de tellement de personnes je n'arrivais pas à croire que je ne l'avais jamais remarqué) me ramenaient sous l'eau pour que mes poumons se remplissent d'eau salée.

Les cicatrices sur mes poignets étaient un secret- une marque de comment j'avais trahi Tei, trahi Rin, trahi moi-même- et je ne voulais pas que quelqu'un sache.

Je ne pouvais laisser personne laisser voir.

Et pourtant…

Je…

J-je pense que je voulais que quelqu'un s'en rende compte.

Je pense que je voulais que quelqu'un me vois tirer inconfortablement mes manches et demander « qu'est-ce qu'il y a ? » E-et si quelqu'un avait demandé, j'aurai paniqué- je l'aurai repoussé je lui aurai dit que tout allait bien…

Je sais tout ça.

Alors pourquoi je voulais qu'ils demandent ?

M-mais…

Si quelqu'un avait su…

J-je pense que je me serai senti un peu mieux.

Pas tout seul.

Mais c'est là qu'est le dilemme, pas vrai ?

Je voulais que quelqu'un sache à quel point je me faisais mal. Après tout, un trouble partagé est un trouve à moitié soigné- m…mais il y a certains troubles dont tu n'as pas envie d'expliquer et de gêner les autres.

Parfois, partager ses secrets peut faire que les gens se retournent contre toi, te détestent- et ça…ça te fait sentir encore pire…

C'était un désir conflictuel qui me déchirait littéralement- bien plus que le rasoir contre ma chair.

Je voulais que personne ne le sache.

Je ne pouvais les laisser savoir.

J'avais peur.

Après tout, s'ils avaient trouvé les cicatrices sur mes poignets, combien de temps aurait-il fallu avant qu'ils ne trouvent mes autres secrets ? Ils auraient demandé :

-Pourquoi ? Pourquoi te fais-tu ça ?

Et j'aurai dû leur dire à propos de Tei.

A propos de Rin.

Je ne pouvais que très difficilement leur dire :

-Sans raison.

Parce qu'ils ne m'auraient pas cru et dire aux gens ce genre de secrets peut me détruire complètement…

E-et pourtant, en même temps…

Je voulais que quelqu'un sache.

Vraiment.

J-je ne pense pas que je me serais coupé si je ne l'avais pas voulu- parce que cette preuve créée de ma souffrance et de ma confusion; une confusion que je n'aurais pas pu avoir avec des mots- je n'aurais pas pu me comprendre.

Mais avec ces cicatrices, tout le monde aurait su.

Tout ce que j'avais à faire était de leur montrer.

Je voulais que quelqu'un sache…M-mais je ne savais pas à qui parler. Alors, je me suis retranché dans mon inconscient, en repoussant tous ceux qui auraient pu potentiellement m'aider- même Miku.

A-alors, mes essais pour chercher de l'aide…

Etaient contre-productifs, je suppose.

Ca a simplement rendu les choses encore plus pires qu'elles ne l'étaient déjà.

J-je…

Je suis très doué à ça. C'est probablement mon seul talent.

Hahahaha…

C-ce n'est pas vraiment drôle.

Pas du tout.

M-mais ça fait du bien de rire de ça.

Après la mort de Tei, les gens disaient que « j'avais commencé à changer ». Ils disaient que j'étais plus doux, plus retiré- encore plus que d'habitude. Je pense que Rin a dit, à un moment :

-Bon sang, Len ! Si tu deviens encore plus silencieux je vais devoir te secouer jusqu'à ce que tu arrêtes d'être aussi entêté et que tu renonces à cette inexistence !

Je souriais simplement et je disais à Rin qu'elle était idiote.

-Ce n'est pas comme si j'allais mourir.

Rin m'a regardé d'une drôle de façon- et pas un regard amusant, « drôle ». Elle tenait une orange dans sa main, les doigts tâchés d'un jus jaune poisseux, et elle allait détacher un morceau pour l'enfourner délicatement dans sa bouche…

Quand elle s'est arrêtée.

Elle s'est arrêtée, s'est tournée, et m'a regardé- je veux dire, elle m'a vraiment regardé.

-Je n'ai jamais dit que tu allais mourir, elle a dit.

Alors j'ai dit- en forçant un autre sourire- que j'étais juste en train d'exagérer.

Rin a dit, ce morceau d'orange encore posé sur ses lèvres, l'autre main serrant l'orange si fort que le jus coulait de ses bouts de doigts, que généralement je n'exagérais jamais.

-C'est mon boulot, de faire ça.

J'ai juste haussé les épaules.

Ma réponse était probablement insatisfaisante, mais ça l'a calmée.

Mais, alors que le regard marin de Rin continuait à me détailler, j'ai eu l'impression que ces coupures zigzaguant sur ma peau- cachées par mes manches- commençaient à…faire mal, presque.

Soudainement, ces cicatrices me semblaient visibles. Même si Rin ne pouvait pas les voir, j'étais sûr qu'elle les voyait.

Comment aurait-elle pu savoir.

J'étais paranoïaque encore, évidemment. C'était un sentiment familier qui pesait sur moi- qui me suivait partout même dans mes rêves.

J'ai toujours nettoyé la salle de bains après l'avoir utilisée- et j'étais très méticuleux. Je me coupais toujours dans la baignoire assis sous la douche, laissant les gouttes d'eau trop chaude ou trop froide (parce que notre douche était cassée depuis un moment et on ne l'avait pas faite réparer) laver mon sang en petites rivières de rouge clair, presque rose.

La partie la plus pire était quand le tuyau d'évacuation se bouchait de morceaux de chair- certains étaient trop gros pour pouvoir partir par le trou un rappel de ce que j'avais fait…Et je devais attraper ces bouts de peau, pièce par pièce, avec des doigts tremblants, et les jeter consciencieusement dans un sac…

C'était la mauvaise partie…

M-mais…

Personne n'avait à savoir.

C'était plus facile comme ça.

Même si je voulais qu'ils sachent.

J'ai vraiment voulu…

-Len, Miku me disait, (elle me disait cela fréquemment, même depuis la mort de Tei) les yeux inquiets, qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi es-tu si distant ? E-est-ce que ça va ?

Et je lui souriais- je me forçais à sourire, même si Miku me faisait peur maintenant et ses yeux semblaient vitreux comme ceux de n'importe qui.

Presque morts.

Comme ceux de Tei dans mes rêves des mouches bourdonnant dans ses yeux qui ne clignaient jamais, certaines d'entre elles vibrant dans sa bouche perpétuellement ouverte.

Encore un douloureux rappel.

C'est ce qui arrive quand tu laisses les gens te faire confiance.

Tu va seulement les décevoir.

Les tuer.

Et ils te font confiance.

-Je vais bien, je lui disais.

Miku essayait de me contredire :

-M-mais…

Mais elle n'était jamais la personne la plus combattive ni la plus argumentative, et elle se serait sentie coupable si elle me poussait trop loin. Alors, après plusieurs secondes de défiance, elle souriait- un sourire forcé- et elle triturait ses baguettes avant de les remettre dans sa boîte à repas.*

-D'accord, Miku disait- on mangeait notre déjeuner ensemble dans un silence glacé, tandis que tout le monde dans la cantine riait et parlait en second plan. Je ne mangeais plus beaucoup les souvenirs de Tei me hantaient, et la nourriture avait le goût des cendres dans ma bouche.

-D'accord…Tu vas bien, donc, Len ?

-Je vais bien.

-Bien, Miku disait ensuite- et cette partie me fait le plus mal me déchire en morceaux. Parce que tu dois me dire si il y a quelque chose…Parce qu'on est amis. On est amis, et je te fais confiance. O-oui…Je sais, ça…J-je suis idiote…Pardon…

Elle se répétait ça- comme si elle essayait de se convaincre de ce fait.

E-et…

Je pense qu'elle essayait.

Miku, vraiment, me faisait confiance. Je peux le dire rien que par le regard brumeux dans ses yeux- le même regard que Tei m'avait donné une fois, quand elle avait pensé qu'elle pouvait se tourner vers moi pour de l'aide.

La confiance.

C-c'est…

Une émotion stupide.

Tu dois le savoir maintenant- je le sais- que je ne peux plus faire « confiance » à personne. T-tu ne me fais même pas confiance, toi…J-je veux dire, je pense que je t'ai déjà montré que je n'étais pas la personne la plus fiable et équilibrée e-et quand Tei est devenue trop proche de moi…

E-elle aurait aussi bien pu ouvrir sa propre cage thoracique avec ses doigts- ses os éclatés, ses ongles déchirés et le sang coulant tout autour de sa poitrine.

Elle aurait pu aussi m'inviter à briser son cœur exposé avec mes propres mains.

Parce que c'est ce que j'ai fait- et je suis censé être une bonne personne.

Miku me faisait confiance.

Elle croyait en moi.

Mais c'est une émotion stupide- et j'ai toujours pensé que Miku était naïve elle croyait toujours à ces contes de fées avec des fins heureuses et me forçait à regarder avec elle des vieux films de Disney, enroulés dans sa couette tandis que nous mangions de la glace à la fraise.

Elle croyait toujours que les êtres humains pouvaient se racheter- et que nous n'étions pas tous égoïstes.

Peut-être…

J-je ne sais pas.

Miku est la personne la plus gentille que j'ai rencontrée- et je l'aime je l'aime vraiment.

Mais elle est…un peu obtuse, je suppose ou peut-être qu'elle essayait d'oublier à quel point les êtres humains peuvent être cruels en essayant de se créer un monde fantastique autour d'elle. Peut-être que c'était pour ça qu'elle attachait toujours ses cheveux en deux longues et enfantines couettes, même au lycée- parce qu'elle voulait encore être un enfant…

Elle voulait rester heureuse.

Et elle voulait me faire confiance.

Mais, en dépit de mon amour pour Miku, à ce moment, quand elle a dit :

-Je te fais confiance.

J-je…

Ca va sonner horrible- m-mais je l'ai détestée.

Je l'ai vraiment détestée.

Elle était trop aimante, trop confiante en moi, et pourquoi elle « aimerait » quelqu'un comme moi ? J-je suis seulement un être humain- je vais seulement la décevoir et j'ai ressenti quelque chose d'épouvantable exactement comme lors de l'histoire avec Tei.

J'avais l'impression que Miku m'invitait à lui faire du mal.

M'invitait à trahir sa confiance.

M'invitait à ce que je me transforme en monstre.

M'invitait à ce que je me transforme en monstre simplement pour être humain.

J-je…

J-je déteste qu'on me fasse confiance…

C'est trop de responsabilité et c'est inévitable que je vais seulement briser leur confiance encore et encore et encore et encore parce que je suis…

Je suis inutile.

Au cas où tu n'avais pas remarqué.

Je trahis les expectations des gens et je brise leurs cœurs- et quand Miku a dit « je te fais confiance » elle aurait dû dire « s'il te plaît, fais-moi du mal ». Elle aurait dû m'inviter à découper un trou dans sa poitrine et à prendre son cœur entre mes doigts et de serrer et serrer, jusqu'à ce qu'il brûle.

J'ai fait ça à Tei.

Pourquoi ne l'aurai-je pas fait à Miku, aussi ?

Il n'y avait rien pour arrêter.

Pas que je sois intrinsèquement cruel ou sadique- m-mais parce que je suis faible, et lâche, et si confus, je ne savais pas si je devais ouvrir mon cœur aux autres gens (pour le voir se faire déchirer par des épines et des ronces) ou l'enfermer et me condamner à fêter ma propre misère.

M-mais Miku…

Oh mon Dieu…

Miku était…

Seulement la pointe de l'iceberg…

Parce que quelque chose de pire est arrivé après…

Q-quelque chose de bien pire…


*Panier-repas : ou boîte-repas, communément appelée « bentô ». Les collèges, lycées et universités n'ayant pas de cantine propre, les étudiants amènent eux-mêmes leur repas. En général, un bentô est froid, mais les Japonais ont tellement l'habitude d'en manger, que désormais, un système ingénieux de cuisson au soufre est intégré sous certaines boîtes-repas. Il suffit de tirer une languette. On les achète à la gare, ou au supermarché ouvert 24/7, le conbini.


A/N : Encore de sombres babillages XD; Ce chapitre est plus pour remplir le vide, avant que les choses sérieuses se calment un peu :S Le prochain chapitre sera plus léger, je promets.

J'pense que l'OST de ce chapitre est "Potato Head in Wonderland" et "The hedgehog's love" que j'ai écouté en boucle durant toute son écriture.

~renahhchen xoxo


T/N : Deux update en un jour ! Deux ! Vous vous rendez compte ? Mon cerveau tourne à plein régime ! :DD Et pas pour les bonnes choses, en plus x) Normalement demain je passe mon oral d'Histoire des Arts... Je suis un peu censée réviser ._.'''

Je me fais l'intégrale du CD de Deco*27 et de Yuyoyuppe, soit les screamo/hard rock de Megurine Luka et de Kagamine Rin. Juste pour anecdoter (je sais même pas si ce mot existe, lol) mon oreille droite ne marche plus depuis deux semaines. La solution pour oreilles arrache, et en plus de ça, elle ne marche pas ! Dire qu'elle m'a couté cher, j'ai plus keud ! Faudra que j'aille chez l'ORL ._.

Et puis, merci encore à Nemeseia et Sarabeka. C'est dur, et je comprends votre réaction... Enfin, c'est quand même bizarre d'arriver à faire perdre ses mots à Sarabeka, d'autant que c'est moi d'ordinaire qui suis bouche bée quand je la lis ! XD

~Paru-ch4n