For a Sick Boy

Chapitre huit :

"I-I like you, I love you


Tu dois te demander comment ma…aheh, j'allais dire « rencontre », mais ça sonnerait de mauvaise augure. Je vais plutôt dire, mon « entrevue ».

Oui.

Quoi qu'il en soit.

Tu dois te demander comment mon entrevue avec Megurine Luka a changé les choses. Après tout, j'ai passé un très bon moment avec Luka et Miku. J'aimais bien Luka. Je peux seulement assurer, si jamais je la vois plus tard, que je l'aimerais toujours- sauf si elle a eu une nouvelle personnalité. Luka est quelqu'un de bien- et si elle rend Miku heureuse, c'est tout ce qui compte.

Bien sûr !

Mais la rencontre- …zut- avec Luka a allumé quelque chose en moi quelque chose qui se cachait pendant un long moment…

J-je ne suis pas sûr de comment décrire ça. C'est un peu difficile de trouver les mots pour tous ces sentiments- et les mots sont souvent incompris. Mal communiqués. A la fin, ce qui sort de ta bouche est complètement différent de ce que tu as pu avoir dans ta tête- et personne ne saurait si tu ne peux pas expliquer, pas vrai ? C'aurait été différent si j'avais pu ouvrir ma tête en deux et te montrer ce qui se passe dans mes pensées…Mais je pense que des choses de ce genre n'existent que dans la science-fiction. Peut-être que c'est une bonne chose. Si c'avait été si facile de choisir les pensées comme on choisit un livre à la bibliothèque, ma vie aurait été misérable; pas même digne d'être vécue.

Sauf si mon cerveau était un sac d'arc-en-ciel et de bonbons à chaque seconde…Ahahaha.

Mais je suis toujours là.

Je suis assis dans cette chaise inconfortable, dans ce bureau, et je te parle.

Je ne suis pas mort.

J-je pense que tu sais ça, déjà, hahahahaha.

J'espère…

Je ne suis pas comme Tei…

Eh bien…

J-je suis désolé- je m'éloigne du sujet. Je fais beaucoup ça, pas vrai ?

Je ne veux pas t'ennuyer.

T-tu dis que c'est pas grave ?

D'accord…

Bon.

Quand j'ai rencontré Luka, et quand j'ai vu à quel point elle était heureuse- à quel point elle était « gnan-gnan »- quand elle était avec Miku, ça m'a rendu jaloux. Je t'ai déjà parlé de ça, n'est-ce-pas ? Je t'ai déjà dit que j'étais jaloux- mais…Mais je pense que c'est quelque chose d'assez important pour qu'on le dise deux fois (ou trois ? Combien de fois te l'ai-je dit ? Je ne m'en rappelle pas). Voir Miku et Luka ensemble m'a fait vouloir des choses- des choses pour moi-même.

J'ai toujours voulu des choses, évidemment. Mais je n'ai jamais eu le courage de les avoir.

Je pense que voir Luka et Miku m'a donné ce courage.

Miku s'est enfermée dans ses propres inquiétudes pendant des mois, se demandant si elle devait me le dire ou non. Elle transportait son secret avec elle, aussi- et même si c'était moins lourd que le mien (ce n'est pas que je veuille classer nos « plus profonds et plus obscurs secrets » en ordre d'importance ou quelque chose du genre. Ce serait arrogant, de dire « Non, j'ai bien plus de problèmes que toi ») ça l'étranglait tout de même.

Quand Miku m'a dit comment elle se sentait, un poids a disparu de ses épaules, et elle a souri.

D'un sourire magnifique.

Quand tu dis aux gens comment tu te sens- même si tu ne peux leur faire vraiment confiance- ça…ça rend la souffrance juste un peu plus facile à porter.

Et j'étais jaloux de Miku et Luka.

Elles avaient une relation heureuse, même si elles n'étaient pas bien vues par une large portion de la société- et elles se sentaient bien l'une à côté de l'autre, en dépit de cela- et elles étaient heureuses.

J'ai toujours été amoureux de Rin, mais je n'avais jamais pensé à le lui dire.

E-eh bien, ce n'est pas strictement vrai. J'ai pensé à lui dire- beaucoup, beaucoup de fois.

Mais ce n'est jamais sorti de ma bouche.

Et ces pensées n'étaient jamais joyeuses, d'ailleurs. Mon cerveau n'a jamais imaginé une fin heureuse, le genre que Miku aimait tellement, quand j'essayais de penser à ce qui se passerait si j'essayais réellement de me confesser. Dans mon esprit, je voyais toujours Rin se tourner vers moi- ses yeux plissés- son visage dégoûté- et quand j'essayais de l'atteindre, elle me repoussait au loin.

Une Rin-démon avec des yeux rouges et une bouche qui hurlait, une bouche si grande qu'on aurait dit que ça avalait tout son visage.

Une Rin qui ne pouvait me supporter.

Une Rin qui…ne voulait même pas me toucher- qui ne voulait même pas me regarder.

Une Rin qui pensait que j'étais malade.

C'était ce que mon esprit dressait à chaque fois que je pensais à me confesser- et, tu sais quoi (je suis sûr que tu sais déjà), c'était…

C'était horrifiant.

J'aimais Rin plus que tout au monde- pas seulement d'une…d'une manière physique, mais également comme ma sœur jumelle. Elle n'a pas arrêté d'être ma grande sœur Rin juste parce que je voulais avoir du sexe avec elle- bien sûr que non. Dans mon esprit, elle était toujours ma sœur; toujours la fille sociable et pleine d'énergie qui me bousculait dans la baignoire et qui me forçait à découvrir le monde derrière les livres; toujours la fille avec qui je faisais des biscuits au four tandis que la farine collait nos doigts et recouvrait toute la surface de la cuisine; toujours la fille que je taquinais à propos de ses mauvaises notes et de sa chambre en désordre et qui, en retour, me taquinait d'être hyper-sensitif et d'être petit.

Rin n'a jamais cessé d'être ma sœur.

Et elle n'a jamais cessé d'être la personne que j'aimais.

Si Rin avait été une étrangère ça ne m'aurait pas tant affecté. Pas seulement parce qu'il n'y avait aucun stigmate social à tomber amoureux d'un étranger (um, ça dépendait de qui était l'étranger, bien sûr)- mais aussi également, que si elle me détestait, ça n'aurait pas été si dur, puisque je n'aurais pas à vivre avec elle.

Je n'aurais pas eu tous ces souvenirs des moments que nous avions passés ensemble- un rappel de ce qui aurait pu arriver.

Rin était ma sœur jumelle, et je ne pouvais jamais oublier ça.

Je ne pouvais jamais oublier ces joyeux moments que nous avons partagés. Et si elle m'avait détesté, ces souvenirs resteraient au fond de moi, pour se moquer de moi- un amer rappel de ce que j'avais fait.

De ce que j'avais ruiné.

J'avais…peur de ruiner ces beaux souvenirs.

Le joyeux sourire de Rin.

Si Rin avait été une étrangère, c'aurait été facile de me confesser- même si je n'ai jamais été doué avec les mots. Mais, si une étrangère savait que j'étais malade, je pouvais…je pouvais faire avec.

Mais pas si Rin pensait que j'étais malade.

Tordu.

Ou qu'elle me déteste.

J-j'avais…

J'avais trop peur de lui dire.

Trop peur de faire quelque chose que me rendrait misérable.

Alors je me suis menti et j'ai prétendu que tout était normal.

J'ai rendu tout meilleur avec la souffrance.

Mais je ne pouvais pas me tromper longtemps. Je ne pouvais pas tromper Rin longtemps. Rin savait que quelque chose n'allait pas avec moi. J'en suis sûr.

Ma maladie dissimulée était comme une anomalie; elle se repaissait de ma vie sous ma peau et de mes os jusqu'à ce qu'elle détruise tout- et Rin se faisait également infecter.

Après la mort de Tei- après que je sois devenu plus calme et transparent et paranoïaque- Rin avait l'air…moins joyeuse.

J'ai toujours associé Rin avec la couleur jaune. Je pense que c'est quelque chose d'enfantin qui est né il y a, quoi, environ treize ou quatorze ans auparavant ? Les cheveux de Rin sont blonds- et, quand j'étais un enfant qui dessinait « ma famille », j'ai toujours colorié les cheveux de Rin avec cet horrible crayon gras, en cire, le jaune. Je n'avais pas de crayon de cire assez bon pour montrer à quel point les cheveux de Rin étaient beaux. Et je pense que cette association avec le jaune est restée. Et en plus, Rin a une personnalité estivale, vraiment.

Mais, après la mort de Tei…

Je ne sais pas.

Rin semblait moins « jaune » que d'habitude.

A la place, elle commençait à devenir lentement « grise ».

Je la rendais misérable.

Rin savait que quelque chose n'allait pas, mais à chaque fois qu'elle essayait de me demander, je me retournais ou partais vers Miku. Miku disait qu'elle me faisait « confiance » et tandis que j'étais réticent à accepter ceci, j'avais compris que Miku était moins comme ma soeur, elle ne me posait pas des questions intrusives comme Rin le faisait.

En plus, c'était plus facile de mentir à Miku.

J'ai évité Rin pendant trois mois.

Je l'ai repoussée loin de moi.

Je m'enfermais dans la salle de bains quand Rin n'était pas à la maison.

T-tu sais déjà ce que j'y fais…

Je n'ai pas besoin de décrire à nouveau.

L-laisse-moi une pause.

Je peux parler de ce traumatisme à petites doses, sinon j'ai l'impression de m'enfoncer une fourchette dans l'œil. Je suis seulement humain.

Mais ma conversation avec Miku a changé mon regard sur la vie. Miku m'a dit toutes sortes de choses- et ce n'était pas seulement des bavardages sans importance. Parfois, ce qu'elle disait s'ancrait en moi- et je pense (même si maintenant je me sens coupable pour ça) que c'était la première fois que j'avais proprement essayé de m'asseoir et de comprendre Miku. C'était la première fois en…Dieu seul sait combien de fois j'ai vraiment essayé d'écouter les problèmes des autres. Et j'ai réalisé que je n'étais pas la seule personne qui se sentait confuse, perdue, effrayée par ses propres sentiments- effrayée de l'admettre aux autres, effrayée de ce qui se passerait si je le l'admettais pas- et seule.

Miku m'avait dit que si elle n'avait personne à qui se confier, elle serait devenue folle.

J'avais ri et dit que je comprenais.

Parce que c'était vrai.

Miku m'avait fait comprendre.

Je ne pouvais continuer à prétendre qu'il n'y avait rien qui n'allait pas- et de plus, Rin continuait à être suspicieuse.

Je ne voulais plus inquiéter Rin.

Je…

Je voulais la « colorier » en jaune, encore- aussi étrange que ça puisse sonner (mais ça un sens pour moi et c'est tout ce qui compte).

J'avais été égoïste. J'avais été tellement enfermé dans mes propres problèmes, que je n'avais pas fait attention aux autres et comment j'avais un impact sur eux.

J'ai fait mal à Miku.

J'ai fait mal à Rin.

J'ai fait mal à toutes les personnes qui faisaient attention à moi.

Mon esprit avait tellement été obnubilé par Tei pendant si longtemps. Je pense qu'une partie de moi (la partie rationnelle, je pense ?) est morte quand Tei a fait de même. Mais ensuite, quand Miku m'a souri et m'a dit à quel point elle aimait Luka, cela m'a frappé finalement.

Tei était morte.

Pendant un moment, j'aurais pu être capable de l'aider. Mais ce moment est passé, maintenant.

Je n'ai rien pu faire, pas une seule chose.

Je ne pouvais reprendre le corps de Tei de la route et rattacher ses os ensembles; pas quand ses restes pourris avaient été enterrés six pieds sous terre dans le cimetière local.

Je ne pouvais aider une fille morte.

Et agoniser sur son corps aux yeux glacés chaque nuit ne la ramènerait pas.

Mais j'avais aidé Miku.

Miku était vivante, et quand elle m'avait regardé en souriant, disant :

-Je savais que je pouvais compter sur toi, Len.

Cela m'a finalement frappé.

Je ne pouvais pas continuer à vivre dans le passé.

Pourquoi voudrais-je vivre dans le passé ? Le passé était plein de filles à la peau pâle et aux yeux vides qui essayaient de m'attirer avec leurs mains mortes et désarticulées, comme les racines d'un arbre mort- et qui voulaient me garder près d'elle. Mais le futur était brillant et vibrant et joyeux.

Je ne pouvais changer le passé- mais je pouvais changer le futur.

Whoa- ça sonne tellement comme une citation ou un poster motivationnel, pas vrai ?

C'est tellement cliché.

M-mais ça ne change pas au fait que j'ai… « vu la lumière », je suppose.

Je ne pouvais pas sauver Tei- plus maintenant.

Mais je pouvais me sauver.

Je pouvais essayer et devenir une personne plus forte.

Une meilleure personne.

Une personne qui- comme Miku et Luka- n'avait pas peur de dire ce qu'elle était.

Je ne voulais plus me cacher.

Je devais me confesser à Rin.

Il le fallait.

Je savais que ma « confession » pouvait blesser Rin, ou lui faire peur, et peut-être qu'elle se retournerait contre moi- peut-être qu'elle s'en irait, par dégoût. Mais lui dire mes vrais sentiments était plus judicieux que de ne pas lui dire et de la laisser s'inquiéter pour moi.

Rin s'inquiétait pour moi. Je peux le dire.

C'était évident.

Rin arrêtait d'être autoritaire avec moi. Elle arrêtait de m'envoyer à minuit errer les rues pour aller à la boutique ouverte 24/7 pour acheter du beurre de cacahuètes lorsqu'il n'y en avait plus ou quelque chose comme ça. Rin me regardait- elle me regardait vraiment- comme si elle essayait de voir à travers mon esprit.

Et je pense…qu'elle me suppliait de m'ouvrir à elle.

Elle voulait que je revienne.

Elle voulait revoir Kagamine Len- j'en suis sûr.

Son frère.

Et j'allais lui montrer.

J'allais m'asseoir et lui parler et lui dire qui était vraiment « Kagamine Len ». Le mauvais comme le bon- parce qu'aucun humain n'est parfait. Tous; et j'en fais partie.

J'étalerais mes sentiments pour les beaux yeux de Rin; même les parties que je voulais oublier.

Si je disais tout à Rin, j'avancerais.

Je pourrais laisser le passé derrière moi.

Et peut-être j'arrêterais d'être si effrayé.


Quand est-ce que j'ai décidé de tout raconter à Rin ?

Eh bien, ces pensées- celle que j'ai essayé (assez mauvaisement, je pense. Je ne suis pas un bon parleur, haha…) de te transmettre hier, couraient dans toute ma tête quand je marchais dans la ville pour rentrer chez moi. J'aurais pu prendre un bus (c'aurait été plus rapide de prendre un bus) mais…

Hum.

Ca doit peut-être sonner idiot, mais après l'incident avec Tei j'ai développé une aversion pour les bus. Ne me demande pas pourquoi. Je sais que c'est insensé. Je veux dire, je ne vais pas courir sur la route et me faire écraser; bien sûr que non. Mais certaines réponses Pavloviennes avaient connecté les bus avec Tei, et- subséquemment- Tei à… une large liste de choses déprimantes, et c'était une boîte de Pandore dont je préférais ne pas ouvrir le couvercle.

Alors, je ne prenais pas le bus.

Plus depuis que j'ai appris la mort de Tei.

Je ne sais pas, peut-être que c'est une bonne chose. Ca m'encourage à utiliser plus mes jambes.

Mais là encore, ce n'est pas comme si j'avais besoin d'exercice, ayant une telle silhouette…

Quoiqu'il en soit- alors que je rentrais chez moi, je retournais et retournais ces pensées dans ma tête. A certains moments, j'avais l'impression qu'il y avait plusieurs Kagamine Len qui se disputaient dans mon esprit, braillant à propos de ce que je devais faire. Devais-je tout dire à Rin ? Ou me taire ? Je n'arrivais pas à me décider- et au moment où je suis arrivé sur le perron, j'étais heureux que ma marche fût si longue, puisque j'avais eu assez de temps pour penser.

Et, après une heure et demie d'un débat continu avec les centaines de Kagamine Len à l'intérieur de ma tête (ça…sonne plutôt fou, dit comme ça, pas vrai ?), j'ai finalement eu ma réponse.

J'allais lui dire.

Il me le fallait.

J'évitais d'y penser, et ce depuis trois ans- mais je suppose que je l'avais toujours su, depuis le jour ou je me suis levé en sursaut, transpirant, avec le visage de Rin qui obnubilait mes pensées, que j'aurais à lui dire un jour.

J'avais espéré que c'était simplement une « phase », un « béguin »- une bizarrerie psychologique Freudienne qui partirait un jour; quand j'entrerais au lycée et que je rencontrerais une autre fille. Peut-être une fille comme Tei.

Mais ce n'était pas une « phase », et ce n'était pas un « béguin ».

J'étais…réellement amoureux de Rin.

Je ne pouvais m'enfuir de ce fait maintenant- et je ne pouvais forcer cet « amour » à sortir de mon corps en giclées de sang et par d'horribles douleurs.

C'était la vérité.

Et Rin méritait de connaître la vérité.

Rin n'était pas encore à la maison quand je suis arrivé- et, pour être honnête, j'en étais heureux. Ca voulait dire que j'avais plus de temps pour penser à ce que je devais dire.

Il y avait un petit mot sur la porte du frigo quand je l'ai ouverte pour me servir un verre de lait; du papier blanc froissé, sur lequel était gribouillé quelques mots, l'écriture enfantine de Rin.

-Hé, LenLen ! Je vais voir un film avec Kaito et Kaiko et Iroha. Tu connais Iroha, hein ? Elle est dans ta classe. Je serai à la maison six heures et demie ! Tu devrais commencer à préparer le diner avant que je soie rentrée, ma petite femme~ Non je ne plaisante pas, haha.

Et le papier était ponctué de traces de rouge à lèvres, et chacune de ces traces faisait cogner mon cœur plus fort.

Les notes de Rin sur le frigidaire sont toujours…intéressantes. On était habitués à communiquer l'un l'autre avec ces petites notes, comme certaines personnes utiliseraient leurs téléphones portables. Rin me laissait souvent des petits messages comme ça, lorsqu'elle avait mangé quelque chose qui ne lui appartenait pas, et je lui répondais normalement par :

-Eh bien, maintenant tu vas aller au magasin et m'acheter deux paquets de céréales, hein, idiote ?

Et Rin me répondait de cette manière :

-Noooon ! Ce n'est pas à moi de faire ça ! C'est toi, le gentil frère au foyer à qui le tablier de cuisinière va si bien ! T'es si sexy et féminine dedans !

O-ouais…O-on…

On n'a pas fait ça depuis longtemps.

On avait l'habitude de nous chamailler par les petites notes sur le frigo, comme des petits enfants- mais on a tout arrêté quand nous sommes entrés au lycée.

Je n'ai pu m'empêcher de sourire quand j'ai vu le petit papier. D'une certaine manière, ça me faisait penser à…

Bon sang, je vais avoir l'air d'un gars sentimental et guimauve.

D'accord.

Pour moi, ce petit papier était comme un « signe ». Ca me rappelait l'amitié que j'avais avec Rin pleine de rivalités fraternelles, bien sûr, mais on s'aimait vraiment, elle et moi.

Si j'étais hésitant l'instant d'avant, à la seconde où j'ai lu la note, j'ai senti être poussé pour rassembler mon courage.

Je devais tout dire à Rin.

Je voulais que notre ancienne relation revienne.

Et ça ne serait jamais arrivé si je n'avais pas gardé mes secrets.

J'ai ri à l'écriture désordonnée de Rin (je pouvais dire qu'elle l'avait écrit à la va-vite), et j'ai replacé l'aimant qui collait le papier au frigidaire avec mes doigts. J'ai gribouillé une rapide réponse à sa note sur le dos du papier froissé. Ca m'a pris un moment, tout de même, pour trouver un stylo qui marchait- et à la fin, j'ai discerné un vieux stylo bleu dont le corps avait été mâché avec force, ce qui faisait qu'à chaque fois que j'appuyais sur la mine, elle rentrait à l'intérieur pour ressortir du côté grignoté. Ce stylo était une des nombreuses victimes de Rin. Elle mange environ deux ou trois stylos à chaque rédaction d'anglais qu'elle doit faire- du coup, nous n'avons aucun stylo qui n'a pas été mangé, à cause de cette mauvaise habitude.

C'est vraiment énervant.

Il y a beaucoup de choses que j'aime à propos de Rin, mais pas ça. C'est une habitude terrible.

Je ne me rappelle pas ce que j'ai écrit sur le papier. Quelque chose de cliché du genre :

-Je suis ta petite femme ? Pfff je savais que tu m'as toujours aimé Rin.

Je me suis ensuite servi un verre de lait et je l'ai bu lentement, mes yeux fixés sur l'horloge.

Il était environ…cinq heures et demie, je pense.

J'avais une heure.

Une heure à m'asseoir et à attendre Rin.

Et je ne savais pas quoi faire.

Mon cœur battait bien trop vite, et ma tête imaginait des centaines de scénarios cauchemardesques sur ma future confession, qui défilaient si vite que j'avais l'impression d'être malade.

Aucun des scénarios n'était très bon.

Parfois je déteste être aussi réaliste. C'est déprimant.

Je me suis contemplé me rendre malade, juste pour voir si je pouvais endiguer l'audace qui faisait trembler mon estomac- mais j'ai vite arrêté. Me rendre malade ne m'aiderait pas.

S-sans mentionner…

Q-qu'un petit tour dans la salle de bains pouvait se terminer en quelque chose d'autre- et je ne voulais plus fuir maintenant.

Je sentais que les cicatrices sur mes bras me hurler dessus.

Je me suis forcé à rester dans le salon, assis sur le canapé noir, fixant la pendule.

Essayant de calmer mon angoisse.

Je pense que mes mains tremblaient.

B-bon sang, je ne pense pas que je puisse décrire proprement mes sentiments…Ce n'était pas juste mes mains j'avais l'impression que chaque cellule individuelle de mon corps grelottait; une réaction de mitose apportée par mes nerfs.

A ce moment-là, j'avais peur de commencer à hyper ventiler ou d'avoir une crise cardiaque avant que Rin vienne à la maison et qu'elle ne me rejette.

J'ai essayé de regarder la télévision, mais les couleurs brillantes de l'écran et les rires avaient l'air si faux- trop forcés- et le son ne faisait qu'un menaçant bourdonnement. Mon ouïe est devenue très sensitive, dans ma panique, et chaque minuscule bruit me faisait sauter; chaque son de la télévision se métamorphosait en le bruit de Rin qui écrasait la porte d'entrée contre le mur, hurlant :

-Je suis rentrée !

J'ai dû éteindre la télé. Je ne la regardais même pas. Pour être plus précis, je regardais l'horloge au-dessus de la télévision, mon œil alternant entre la trotteuse de la pendule qui semblait devenir de plus en plus lente, et vers la porte pour voir si Rin arrivait. Le son de la télévision me donnait mal au crâne, aussi.

Finalement, j'ai décidé de suivre la plaisanterie de Rin et d'agir comme une « petite femme ». Je n'ai pas fait à manger- bien trop d'efforts- mais j'ai commencé à repasser.

Mettre en place la planche à repasser est vraiment douloureux. Les branches sont trop raides, et il faut une montagne considérable de pouvoir (pouvoir que, avec mes frêles petits bras, je ne possédais pas vraiment) pour les écarter. Je me suis battu avec la fichue chose pendant environ deux minutes- ce que, je suppose, n'était pas une mauvaise chose, puisque mon esprit s'éloignait de Rin.

Le repassage était…

Eh bien, ce n'est pas amusant. Ca ne l'a jamais été. Contrairement à ce que Rin pense de moi, je déteste nettoyer. Même chose pour avoir un « hobby » marrant, comme elle a le volleyball. Je nettoie parce que je n'aime pas le désordre. C'est tout.

De toute façon, le repassage était une tâche sans effort énorme qui m'a donné quelque chose à faire. C'était assez facile puisque je n'avais pas à énormément penser- pas comme avec la cuisine- mais c'était plutôt distrayant pour pouvoir occuper mon esprit et arrêter de penser à ma sœur.

Finalement, j'ai atteint le panier de linges sales, et j'ai sorti un short de Rin.

Laisse-moi te dire maintenant- pas comme si tu veuilles réellement le savoir- mais les shorts de Rin sont vraiment courts. Je veux dire, ouais, ce sont des shorts (l'indice est dans le nom)- mais sérieusement. Ils ne devraient pas être aussi courts. J'ai déjà dit à Rin qu'elle ne devait pas mettre des habits qui exposaient tant de peau- mais elle me tirait la langue, ou roulait les yeux et me disait :

-Qui tu es pour me dire ça ? Mon père ? Mon petit copain ? Ha !

Et ensuite elle s'esclaffait comme si c'était une bonne blague.

Eh bien, je suis désolé que mes sentiments pour toi soient si hilarants, Rin.

Désolé de m'en soucier.

Parfois je souhaite ne pas m'en occuper.

T-tu ne me rends pas la tâche facile, tu sais, en portant des habits comme ça.

Peut-être que si tu portais autre chose que ces shorts inexistants et ces jupes minuscules à la maison- si courtes que je vois ta culotte quand tu te baisses- a-alors je n'aurais pas ces rêves.

Peut-être, je n'aurais pas envie de te coincer dans les toilettes et de te faire geindre mon nom tandis que je t'embrasse le cou de longs baisers brûlants-

Parfois, quand je me sens amer et vindicatif, j'ai l'impression que tu le fais exprès.

Est-ce que c'est pour ça que Kaito te tourne autour après l'école ? A cause des vêtements que tu portes ?

C'est ça ?

Ca me rend malade.

Vraiment.

Je déteste ça.

Je déteste ça je déteste ça je déteste ça et je déteste me sentir comme ça et c'est de ta faute et tu ne t'en soucie même pas.

Je déteste ça.

Je déteste tout ça.

Parfois, je te déteste même toi- même si je t'aime tant que ça me fait mal…

J-je…

Je…

Whoa.

J-je pense que j'avais l'air un peu amer là.

J-je ne…pas vraiment…

D-du moins, je ne pense pas l'être.

Peut-être…

Peut-être que c'était autre chose que j'essayais de cacher.

C-ce n'était pas si difficile d'admettre que j'aimais Rin.

M-mais en admettant ça, parfois, je la détestais également…E-et parfois j'essayais de la blâmer pour mes propres sentiments- quand je ne pouvais pas supporter, et que la douleur n'était pas assez et que ça ne me faisait pas oublier parce qu'à la fin, j'étais faible, et je devais faire des reproches aux autres gens. Je n'avais jamais fait du mal à Neru- mais j'ai blessé Rin. Je l'ai évitée. Et je ne suis pas sûr d'avoir fait ça parce que je ne voulais pas la blesser avec le poids de mes sentiments tabous, ou parce que je la détestais et que je voulais la bouleverser pour qu'elle ne me parle plus.

J-je…

Je ne sais pas.

Peut-être que c'est un peu des deux.

J-j'ai détesté détester Rin- parce qu'au fond, je savais que je l'aimais vraiment.

Je l'aimais.

Je l'aime beaucoup trop.

Comment peux-tu être dégoûté d'une personne que tu aimes tant ? Comment ça peut être possible ?

Les êtres humains sont pleins de contradictions.

T-tu as l'air surpris.

Est-ce que j'ai dit quelque chose d'étrange ?

Je suis…

Je suis vraiment désolé.

Honnêtement…je suis désolé.

Peut-être que je suis colérique ou quelque chose comme ça, haha. Tu ne dirais jamais ça si tu me voyais à l'école, quand on y pense; assis à mon bureau, en fixant l'extérieur de la fenêtre, perdu dans ma propre tête. Laissant la vie bouger autour de moi comme si je regardais à l'extérieur, depuis une fenêtre de voiture. J'étais silencieux à l'école. Un bon étudiant. Un intello.

J'ai essayé d'être un bon frère, également- si tu peux croire à ça.

M-mais…

Ca n'a pas bien marché, pas vrai ?

Oh- étais-je en train de crier ?

Est-ce que j'ai élevé la voix ?

T-tu dis que non ?

Pas tellement ?

D-d'accord.

Merci.

M-mais même, c'est plutôt…embarrassant…Je ne me mets que rarement en colère, mais…

Mais…

Qu-quoi qu'il en soit.

C-ce n'est pas important.

Ce qui arrive arrive !

Je savais que tu comprendrais.

Alors, j'étais là, je faisais le repassage. Je me suis arrêté quand j'ai tiré le short de Rin- me demandant si Rin portait ce genre de vêtements quand elle allait voir Kaito…Et je pense que j'ai rêvassé pendant quelques secondes, parce que je ne me rappelle pas ce qui est arrivé clairement. Heureusement que je n'avais pas pressé le fer à repasser sur le tissu quand mon esprit a commencé à vagabonder, sinon je l'aurai brûlé- et Rin considère son short aussi précieux que son ruban à cheveux surdimensionné.

Je ne voulais pas invoquer la colère de Rin pour quelque chose de si stupide. Je ne pense pas que ce serait l'idéal pour mon « émouvante » confession.

Je peux facilement imaginer la scène :

Len : Hé, Rin, j'ai brûlé un de tes shorts préférés-

Rin : Quoi ?

Len : Oh, et à propos, je suis totalement amoureux de toi.

Rin : Et mon short ?

Len : D'une manière effrayante, incestueuse et inacceptable dans la plupart des pays du monde.

Rin : J'vais te buter !

Pas très romantique, hein ?

Ce n'est pas comme si j'espérais des bougies et de la musique blues- mais je voulais que ma « confession » (je déteste ce mot) soit un peu plus expressive.

Tandis que la trotteuse de l'horloge tic-taquait rapidement (trop rapidement), mes pensées ont commencé à s'écraser les unes contre les autres, jusqu'à ce que je puisse difficilement distinguer un sentiment d'un autre. Un peu comme une salade de fruits : chaque fruit épluché et mélangé à d'autres ce qui faisait que les pommes devenaient des kiwis et que rien ne puisse être identifié.

Je suis sûr que les salades de fruits ne sont pas comme ça, mais Rin les fait comme ça. Sa salade de fruits ressemble sérieusement à une substance extraterrestre.

Ça c'est un exemple des talents culinaires de Rin.

Salade de fruits et tartines.

Pas une très bonne combinaison.

Je pense…

C'est difficile de nommer mes sentiments, mais je pense que j'étais jaloux de Kaito.

Peut-être étais-je un peu en colère.

Et…en plus de ça, j'avais peur.

Mon rythme cardiaque continuait à tambouriner fort dans ma poitrine- et je te jure, je sentais mon sang marteler mes tempes.

J'allais dire à Rin comment je me sentais.

Je le devais.

M-mais j'avais l'impression que tout allait trop vite.

Le temps est étrange. C'est censé être linéaire. Une minute dure toujours soixante secondes- et c'est toujours un moment exact de « temps ». Le passage du temps ne s'arrête jamais ou ralentit; il trotte et avance constamment sans jamais changer.

Mais pour moi, le « temps » oscillait- comme une ligne d'un graphe.

Quand je suis arrivé à la maison, le temps bougeait trop lentement.

A six heures et demie, et j'étais debout, en tenant le fer à repasser d'une main et de l'autre le short de Rin, le temps avançait trop vite.

Je ne pouvais pas continuer.

J'avais l'impression de couler.

Chaque seconde qui trottait me rapprochait de Rin.

De ma confession.

De ma rejection.

Et ces scénarios cauchemardesques dont j'avais rêvé incessamment depuis trois ans.

E-et ensuite-

J'ai entendu la porte d'entrée claquer.

Mon cœur sembla s'écraser sur ma cage thoracique comme s'il avait grossi d'une taille.

Pour s'arrêter à la seconde d'après.

Rin était rentrée à la maison.


A/N : Ce chapitre était sensé être le dernier, mais j'ai décidé de le découper en trois parties à cause de sa longueur.

En plus, avec trois parties, on a toujours plus de cliffhangers irritants XD;

Je plaisante. Trois parties, c'est plus d'informations, je suppose ? Plus d'informations absorbées ? Et puis, vous avez plus de 'psycho-Len' XDD

~renahhchen xoxo


T/N : Ouh, update en retard ! Pardonnez-moi. Enfin, blâmez mon emploi du temps qui fût particulièrement épouvantable (journées de sept heures du matin jusqu'à six et demie du soir...), mes révisions pour le brevet, et également le dernier tome de l'Héritage, de Christopher Paolini, que j'ai eu la joie d'acheter hier samedi. Et le permis de conduire.

Vanille Cup, ne t'en fais pas pour le racontage de life, j'en fais de même dans mes t/n alors XD Ca me fait même très plaisir ahahaha ^^ Et puis, c'est bon. Sans moi, la section française Vocaloid serait bien déserte. [vaniteuse, moi ? A peine, voyons.] Miyuki-Horanai, je suis ravie que tu puisses t'identifier à Len et Tei. L'auteure à réussi à ce que tout le monde trouve sa part d'obscurité en ses personnages. J'espère que tes problèmes sont résolus ;w; Sarabeka, que dire ? Ton commentaire nous a fait rire renahhchen et moi xD Tu es sadique, va. Je ne pourrais pas faire ça à ma petiote, étant donné que, de dix ans ma cadette, je la considère plus comme une fille qu'une soeur. Tout de même xD Et oui, ces petits détails sont frappants de réalisme. Ca se rajoute à l'ambiance, je suppose. Pour Orchestral, eh bien... 'supprimation' totale. Elle me déplaît. Trop de fautes, mal construite, incohérente, c'est à s'arracher les cheveux. Peut-être, si le courage me revient, je la réécrirai. Mais pour le moment...Non. Juste non.

~Paru-ch4n