Note : Cette ficlet est la suite directe de l'extra du chapitre précédent – donc pas de Tony ni de Steve, mais on cause beaucoup d'eux et promis, je me rattraperai dans la partie suivante ! Merci encore de votre intérêt et de votre soutien !:)

4. Hold the line

« Vous vous faites des films », énonce la voix grave de l'agent Barton, quelque part de l'autre côté d'un des deux océans.

Apparemment, sa localisation exacte est classée top secret, tout comme celle de l'agent Romanova qui partage en ce moment même leur ligne ultra sécurisée.

Les deux assassins-ninjas ‒ comme les a aimablement surnommés Stark, entre autres mots doux ‒ ont été renvoyés sur le terrain une semaine à peine après la tentative de domination du monde par Loki la Malice ‒ encore un surnom de Stark. Pas de congé prolongé ni de R.T.T. lorsqu'on appartient au SHIELD. Bruce se demande encore s'il a bien fait d'accepter d'entrer dans l'équipe du Colonel Fury. Enfin, accepter est un bien grand mot ; en réalité il s'est contenté de ne pas dire non.

« J'en ai pourtant eu la confirmation orale de la part de Steve », reprend-il tout en continuant à démonter le prototype du générateur au palladium.

Finalement, il n'a pas attendu la permission de Tony. Son esprit curieux brûlait d'une telle impatience à l'idée de décortiquer l'artefact qu'il n'a pas pu résister. Et puis de toute façon, c'était ça ou laisser l'autre type prendre les choses en main. Le Hulk n'étant pas connu pour sa patience d'ange et sa courtoisie, le laboratoire et tout ce qu'il contient en auraient fait les frais, et Bruce en a encore mal au cœur rien qu'à l'idée de voir toutes ces merveilles technologiques réduites en miettes. Lorsque Tony lui a promis Candyland, ses propos n'étaient pas exagérés.

« Il a parlé de relation, reprend le docteur, son téléphone portable coincé entre son épaule et son oreille.

— Et venant de Rogers, relation signifie forcément mariage », fait remarquer Black Widow avec une pointe de sarcasme.

Sa voix est à peine un murmure, signe qu'elle se trouve sans nul doute en planque dans un lieu extrêmement dangereux.

« C'est ridicule, rétorque Barton. Stark flirte avec tout ce qui bouge. Rectification, Stark flirterait avec une cafetière si c'était la seule chose qu'il avait sous la main.

— Selon toutes les apparences, ils ont dépassé le stade du simple flirt.

— Le capitaine Rogers doit prendre les vessies pour des lanternes. N'oublions pas qu'il vient de passer soixante-dix ans sous la glace et qu'à son époque, un baise-main équivalait à une demande en mariage.

— Tu exagères, chuchote Natasha dans un souffle amusé. Un peu plus et on pourrait croire que tu es jaloux.

— Jaloux de quoi ?

— Stark n'a jamais flirté avec toi, si je ne m'abuse.

— Et alors, encore heureux ! s'exclame Clint, outré, avant de contre-attaquer. En revanche, on ne peut pas dire la même chose pour toi.

— C'est-à-dire ? »

Bruce décèle une imperceptible tension dans la voix de la jeune femme.

« Tu ne m'as jamais dit ce qui s'est réellement passé lorsque tu as infiltré Stark Industries. Connaissant Iron Man, il t'a forcément fait du rentre-dedans.

— Je ne m'en souviens pas.

— Hypocrite », lâche l'agent Barton.

Ce dernier semble plus volubile et agacé que de coutume, et Bruce imagine qu'il se trouve en mission de surveillance quelque part au milieu de nulle part, obligé de rester immobile et concentré durant de longues heures... En bref, Clint Barton s'ennuie probablement comme un rat mort.

« Si nous revenions au problème qui nous préoccupe ? intervient-il, soucieux de détourner la conversation vers un sujet moins explosif.

— Tu es le plus à même de les observer dans leur environnement naturel, dit Natasha. Alors à ton avis, ils ont déjà couché ensemble ?

— Natasha ! »

L'apostrophe de Barton est un véritable cri du cœur.

« Je ne pense pas, marmonne le scientifique en ignorant l'archer. Tony est certainement du genre à mettre n'importe qui dans son lit dès le premier soir. Cependant, je ne vois pas Steve Rogers faire la même chose.

— Cela pourrait poser problème, s'ils sautent le pas.

— Effectivement. L'équilibre du groupe pourrait en pâtir.

— Si tant est qu'il existe un équilibre à base.

— Vous me donnez mal à la tête, gémit Clint. Je suis sûr qu'il n'y a absolument rien entre eux.

— Pour quelqu'un qui se fait appeler Œil-de-Faucon, je trouve ta vision particulièrement mauvaise, se moque l'espionne russe.

— Mais ce sont deux hommes...!

— Et alors ? Ce que tu peux être vieux jeu. Encore plus que ce brave capitaine.

— Mais vous ne vous rendez pas compte de toutes les images mentales que vous me collez dans la tête ! Je ne vais plus pouvoir les regarder en face sans penser...

— Oui, Clint ? Penser à quoi ?

— Tasha, tu es ignoble.

— Merci du compliment.

— Dites, lorsque vous aurez terminé votre scène de ménage...

— Banner, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ! explose Clint, très probablement rouge d'embarras.

— Bruce, pour la dernière fois, Clint et moi ne sommes pas en couple », rectifie leur équipière d'un ton tranchant.

Un petit sourire désabusé éclaire le visage du scientifique. Ces deux-là sont encore pires que les protagonistes d'une comédie romantique. Toujours à se chercher et se quereller sans qu'ils se rendent absolument compte de l'attachement mutuel qu'ils se portent. D'ailleurs, entre ces deux couples en formation, Bruce commence à se sentir un peu seul. En ce moment, la seule compagnie dont il dispose se résume aux éprouvettes et aux microscopes. D'un autre côté, il ne sent pas encore prêt. Maîtriser toutes les facettes du Hulk demande du temps... et des sacrifices, tellement de sacrifices...

« Je crois que nous devrions laisser faire les choses, dit soudain Natasha.

— Vraiment ? s'enquiert-il, sceptique. Cela pourrait avoir des effets néfastes sur la psyché de Steve. Il n'est pas encore habitué aux subtilités de notre temps. De plus, le sérum exacerbe sa sensibilité. Si jamais Tony le jette comme un vieux mouchoir, on ne sait pas à quel point il pourrait mal le prendre.

— Dans ce cas, il faudra obliger Stark à rester avec Rogers. Je me demande comment ce dernier a pu tomber amoureux d'un type aussi insupportable.

— En tout cas, si ce n'est pas de l'amour, c'est malgré tout un gros béguin, s'amuse Bruce.

— Vous êtes vraiment ignobles, réitère Clint du haut de son point d'observation.

— Et toi tu es un vrai bébé, réplique Natasha.

— Moi au moins je n'oblige pas mes coéquipiers à rester prisonniers d'une relation autodestructrice et complètement illicite.

— Oh, nous n'en sommes pas encore là.

— Natasha, appelle Bruce, soucieux de recadrer le débat. Devons-nous intervenir ? Ou rester neutres ? »

La jeune femme demeure un instant silencieuse pendant que Barton bougonne dans son coin. Un soupçon d'inquiétude altère le rythme cardiaque du docteur. Il souhaite sincèrement le bonheur du capitaine Rogers ‒ oui, et même celui de Tony Stark, parce qu'il ne le déteste pas, loin de là ! En même temps, il redoute tout changement drastique pouvant troubler sa propre existence. Il vient à peine de trouver des amis, une presque famille, un endroit où il se sent en sécurité... Il ne veut pas que tout cela cesse brutalement à cause d'une mauvaise décision. Il refuse de détruire, même indrectement, ce début d'apaisement auquel il aspire depuis si longtemps.

Enfin la voix de Black Widow résonne à l'autre bout du fil.

« Pour le moment, nous restons en stand-by, décrète-t-elle. Banner, tu observes discrètement et tu nous tiens au courant de l'évolution de la situation régulièrement. Appel sur ligne confidentielle toutes les trente-six heures. Fury ne doit pas être mis au courant, bien entendu. Et Clint ?

— Quoi... marmonne Hawkeye d'un ton boudeur.

— J'ai rembarré Stark lorsqu'il a tenté une approche. »

Bruce rit en silence. Il imagine tout à fait le sourire d'immense satisfaction qui doit être en train de fleurir sur le visage de Clint Barton.

Une explosion retentit soudain dans le combiné, rappelant chacun des Avengers à leur devoir initial.

« Je vous laisse, j'ai du pain sur la planche », fait la voix de Natasha, qui a soudain retrouvé une inquiétante neutralité professionnelle.

Sa ligne se coupe avec un petit clic, et Bruce entend presque aussitôt un soupir provenant de la poitrine de Barton.

« Le boulot avant tout... lâche celui-ci avec ce qui ressemble à une pointe d'inquiétude.

— Tout ira bien, ne peut s'empêcher de le rassurer Bruce.

— Oh, je sais. Je devrais plus m'inquiéter pour moi que pour elle. Si tu savais, Banner, elle a un de ces uppercuts.

— J'imagine tout à fait.

— Bon, je vais y aller moi aussi...

— Hmm.

— Eh, Banner...

— Oui ?

— Tu crois qu'elle se doute que... que j'en pince pour elle ? »

Oh, Seigneur... soupire Bruce en son for intérieur.

« Je suis sûr que non », ment-il.

Décidément, qu'est-ce qu'ils ont tous à le prendre pour le docteur Love ?