Allongé dans un transat sur le pont de son yacht, Draco Malefoy contempait la baie de San Sauge d'un air satisfait. La station balnéaire de Magellan – l'île du pacifique entièrement habitée par des sorciers – était devenue le nouvel endroit à la mode du monde magique et sa contribution l'emplisait de fierté. Sans compter que la station lui rapporter déjà des bénéfices considérables, enrichissant le Clan Malefoy, qui n'en avait pourtant pas besoin.

Je n'ai pas chômé depuis la mort de mes parents, songea-t-il distraitement.

Lucius et Narcissia Malefoy avaient disparu durant le combat final contre le Seigneur des Ténèbres, six ans auparavant. Son père au côté de son Maître et sa mère au près de Dumbledore. Lui ?… Du côté de sa mère… et avec l'approbation de son père ! Lucius Malefoy ne pouvait se soustraire à l'emprise du Mage Noir, mais il était hors de question que son unique fils devienne un esclave comme lui. Voilà pourquoi il avait conseillé à Draco de lutter du côté des 'gentils'.

Après la guerre, il était devenu le chef du Clan Malefoy avec tout ce que cela comportait de responsabilités, dont la première était de diriger le Groupe Malefoy, l'entreprise familiale. Il était aidé dans sa tâche par Conor Malefoy, son cousin préféré avec le petit frère de celui-ci, Côme. Ils avaient grandi ensemble après la mort de son oncle Lotis, jeune frère de Lucius, et de sa tante Schialéas lors d'une expédition en Amazonie. Lucius et Narcissia les avaient élevé comme leur propre fils. Ils n'avaient été séparés qu'à son entrée à Poudlard, car ses cousins avaient été inscrits à Durmstrang dès leur naissance par leur parent.

Faire fructifier les gallions des Malefoy était en quelque sorte devenu une seconde nature. Mais le projet de San Sauge dépassait la simple opération financière ; il avait travaillé à sa réalisation depuis le départ, alors que le projet n'était encore qu'une simple idée dans l'esprit de son meilleur ami, Blaise Zabini. A eux deux, ils lui avaient donné corps, réussissant à créer un lieu plein de charme.

Et maintenant, qu'allait-il faire ? Cette question le hantait depuis quelque temps. Les travaux étaient terminés, la station opérationnelle. Les luxueuses villas qui parsemés le flanc de la colline, avaient toutes trouvé un propriétaire ; l'hôtel cinq étoiles ne désemplissait pas, à l'instar du centre de remise en forme. Dans un semaine, son yacht quitterait le port pour rallier les Caraïbes où il attendrait l'arrivée de son cousin, Conor. Ce dernier y passerait sa lune de miel dans trois semaines.

Bref, il était temps pour lui de passer à autre chose bien qu'il n'eût pas encore de projets clairement déterminés. De quoi avait-il envie, au juste ? Voulait-il retourner à Londres et replonger dans le monde des affaires, aussi trépidant que stressant ? A cette seule idée, ses épaules ses crispèrent.

« Non, je ne crois pas que se soit la bonne solution. » objecta une voix grave derrière lui, à l'intérieur de la cabine. « L'événement est censé célébrer la naissance de San Sauge ; en même temps, ce sera l'occasion de remercier tous ceux qui ont travaillé dur pour que le projet aboutisse. Il faut que ce soit une grande soirée de fête et de réjouissances. Nous l'appellerons… le Baptême de San Sauge ; les années suivantes, un carnaval commémorera cette date. »

Un sourire étira les lèvres de Draco. Tout à coup, les muscles de ses épaules se décontractèrent et il exhala un soupir de bien-être. Le Baptême de San Sauge… ça sonnait plutôt bien. Oui, c'était parfait.

Il appréciait la compagnie de Orthon Langester. Sa nature à la fois discrète et terriblement efficace l'apaisait. Quand il lui demandait un service, il s'exécutait de bonne grâce, réglant les moindres détails de sa propre initiative. Il se sentait bien avec lui ; il comprenait parfaitement sa manière de voir les chose. A tel point qu'une idée était en train de germer dans son esprit depuis quelque temps : il n'était pas impossible qu'il le demande en mariage, un jour prochain.

L'homosexualité était une chose tout à fait naturelle chez les sorciers alors que les moldus avaient toujours été étroits d'esprit à ce sujet. Au XXIè siècle, il existait encore des personnes homophobes sur cette planète ! C'était pas croyable !! Même la plus célèbre belette du monde, j'ai nommé Ronald Weasley, n'était pas aussi intolérant !! Ce mépris des différences était l'une des raisons qui le conduisaient à détester les moldus.

Draco avait réalisé sa préférance pour les hommes alors qu'il n'avait que treize ans. Il avait surpris son oncle Thomas avec son amant. Il avait vivement réagi en contemplant l'étreinte brûlante qu'échangeait les deux hommes. A tel point qu'il avait dû faire une petite séance de travaux manuels après !!

Les Malefoy avaient une longue liste de couples gay dans leur arbre généalogique, qu'ils soient homme ou femme. La conception d'enfant n'était pas un problème dans le monde maique pour ces couples : il existait une potion qui leur permettait de concevoir. Nombreux chefs du Clan Malefoy avaient été de 'l'autre bord', même si la famille avait connu une période de dix générations sous l'autorité de couples dits 'normals'.

Bien sûr, Orthon était gay lui aussi. Il ne l'aimait pas d'amour à proprement parler. De toute façon, il ne croyait plus en l'amour… quoiqu'il était déjà étonnant qu'il y ait cru un jour !… Simplement, Orthon était un beau jeune homme brillant et cultivé, et surtout facile à vivre. Il serait à n'en point douter un amant passionné et sensuel. En plus de toutes ces qualités, il avait été élevé dans les mêmes principes que lui. Riche et noble de part sa naissance, il comprenait parfaitement son emploi du temps surchargé d'homme d'affaire.

Pour le chef qu'il était, ces éléments revêtaient une importance non négligeable. Il devait jouir d'une certaine liberté s'il voulait assurer l'avenir et la prospérité de son Clan. Issue d'un milieu identique au sien, Orthon acceptait les contraites liées à son statut social. Avec lui, il n'éprouverait aucune culpabilité à rentrer tard après une longue journée de travail et il ne le harcèlerait pas pour connaître son planning.

La culpabilité… voilà bien un sentiment qu'il n'aurait jamais pensé éprouver un jour ! Il haissait cette émotion. Elle pouvait détruire un homme plus vite qu'un Endoloris.

Oui, décidément, Orthon incarnait l'époux idéale pour un homme comme lui.

Il n'y avait qu'un léger souci…

Draco était déjà marié !!

Aussi devait-il, avant de prétendre faire une cour assidue à Orthon, couper les liens légaux qui l'unissaient encore à son époux actuel… et quel époux ! Le sauveur du monde magique, le vainqueur du Lord Noir, le sorcier le plus puissant du monde : Harry Potter en personne !! Cela faisait trois ans qu'ils ne s'étaient vus, le divorce ne serait qu'une simple formalité.

Harry

« Au nom de Lucifer !! » maugréa-t-il à mi-voix en se levant d'un bond, tenaillé par une nouvelle bouffé d'agitation.

Il n'aurait pas dû prononcer son prénom, même en pensée. C'était toujours la même chose : sa simple évocation faisait naître un troubillon de sentiments contradictoires qui ébranlait son sang-froid légendaire, même s'il avait appris à les contrôler, au fil du temps.

D'un geste irrité, il pointa sa baguette vers le minibar et l'ouvrit d'une formule. Une canette de bièraubeurre en sortie et vint jusqu'à lui. Il la prit et alla s'appuyer contre la rambard, le regard perdu sur le paysage qui l'enchanté quelques minutes plus tôt.

Cet enquiquineur de Gryffondor ! songea-t-il, souricls froncés

Il l'avait marqué au fer rouge et la cicatrice n'avait toujours pas disparu, malgré trois annés de séparation !

Il avala une gorgée de bièraubeurre. Derrière lui, Orthon finissait de régler les derniers détails de l'inauguration de San Sauge. Sa voix grave, posée et directe, résonnait à ses oreilles. Il lui suffirait de trouner légèrement la tête pour le voir, resplendissant avec ses cheveux châtain, sa peau pâle et ses yeux bleu turquoise. Ses vêtements élégants étaient toujours soigneusement choisis pour mettre en valeur sa silhouette musclée, non pas pour épater la galerie comme…

Il prit une autre goulée. Accroché haut dans le ciel d'azur, le soleil dardait ses rayons sur ses larges épaules brunis par ses soins.

Brusquement le souvenir de Harry fit jaillir en lui des sensations d'une toute autre nature. Irrésistible, une vague de désir le submergea tandis qu'une onde de chaleur raidissait son bas-ventre. Draco esquissa un sourire d'autodérision. Eprouverait-il jamais un désir aussi intense pour un autre homme que Harry ?

Tels deux adolescents fougueux, ils s'étaient données l'un à l'autre sans réfléchir, oubliant tous leurs antécédants, se jetant corps et âme dans un mariage que leur propre passion avait fini par étouffer. Trop jeunes, ils manquaient encore de maturité, malgré la guerre qui les avait fait grandir avant l'âge. Ils faisaient l'amour de la même manière qu'ils se querellaient : avec une ardeur, une intensité inouïes. Fatalement, cette débauche d'émotions les avait laissés hagards, à bout de nerfs, pleins d'amertume.

Il n'aurait jamais pensé qu'il puisse exister une douleur si intense, si destructrice… d'ailleurs, il n'avait jamais pensé qu'il puisse ne serait-ce qu'aimer un homme avec une telle déraison. Il avait adoré Harry, vénéré même… mais cela n'avait pas suffit. Leur séparation avait été si douloureuse que Draco avait préféré oublier l'existence même de son époux, craignant de s'enliser dans le désespoir et la rancœur.

A présent, son séjour à San Sauge touchait à sa fin et il était temps de tourner la page. A vingt-cinq ans, il se sentait prêt à épouser un homme qui lui conviendrait et songeait même à fonder une famille.

« Pourquoi fronces-tu les sourcils ? »

Orthon l'avait rejoint sans bruit, ce qui l'irritait un peu car il désestait ne pas sentir les gens s'approcher de lui. Tournant légèrement la tête, il rencontra son regard clair. Un doux sourire flottait sur ses lèvres… Mais ce fut un autre sourire qui s'imposa à lui. Et avec lui le souvenir d'une bouche charnue experte en moues provocantes. Et puis, il y avait ces yeux d'un beau vert émeraude, pleins d'insolence.

Ceux qui qualifiaient Harry Potter d'innocent agneau jeté en paturage au méchant Mage Noir, ne l'avaient jamais vu debout les points sur les hanches, les jambes écartés, cette moue provocatrice aux coins des lèvres et son regard verts brillants de défi… ou les mains enfouis dans ses mèches blondes, les jambes autour de sa taille, la bouche entrouvert, le souffle haltant, le visage empourpré, ses iris émeraude dilatés de désir…

D'un battement de cils il chassa cette image. Il but une autre gorgée de bièraubeurre, avant de répondre d'un ton évacif :

« J'essaie de me faire à l'idée qu'il va bientôt falloir partir d'ici. »

« Et, bien sûr, tu n'en as aucune envie. » murmura Orthon.

Un soupir s'échappa des lèvres de Draco.

« J'ai appris à aimer cet endroit. »

Un long silence suivit ces paroles. Draco n'était pas du genre à avouer ce qu'il ressentait d'ordinaire, mais là, quitter ce lieu qu'il avait appris à adorer lui étreignait le cœur. Il se remémora alors les années érpouvantes qu'il avait passées ici dans l'espoir de se reconstruir, d'atteindre une sorte d'équilibre, fût-il précaire. San Sauge avait représenté le sanctuaire idéal pour panser ses blessures. Harry l'avait…

Orthon effleura son bras, interrompant brusquement le cours de ses pensées. Ils se touchaient rarement, ayant à peine dépassé le cap de l'amitié. Orthon était le meilleur ami de Côme, son cousin préféré qu'il aimait comme le petit frère qu'il n'avait jamais eu ; et Draco ne désirait pas précipiter les choses avec lui. Malgré tout, son corps réagit aussitôt à ce contact aérien mais il ne laissa rien paraître de son trouble, comme d'habitude. Orthon laissa retomber sa main.

« Veut-tu connaître mon avis sur la question, Draco ? » demanda-t-il de sa voix apaisante. « Personnellement, je pense que tu es resté trop longtemps. Ton existance d'exile volontaire t'a éloigné de la réalité et je crois qu'il est grand temps pour toi de regagner Londres où tu pourras enfin reprendre le cours de ta vraie vie. Qu'en dis-tu ? »

« Ce sont des paroles d'une grande sagesse. » répondit-il dans un sourire amusé. « Ne t'inquietes pas : j'ai l'intention de retourner à Londres après l'inauguration de San Sauge pour… 'reprendre le cours de ma vraie vie', comme tu dis. »

« Formidable ! » approuva Orthon. « Ta grand-mère sera aux anges quand elle apprendra la nouvelle ! »

Sur ces paroles, il regagna la cabine d'un pas léger, plus élégant que jamais dans sa robe de sorcier bleu marine, avec ses mèches chatains clair convenablement peignées. Draco fronça les sourcils. A la place de sa coiffure sobre, il imagina une crinière sombre indomptable bien connu du monde sorcier. Harry aurait préféré mourir plutôt que de porter ce style de vêtement. Lui, il aimait les jeans molduss qui moulaient ses jambes comme une seconde peau, des chemises 'dans le vent' qui épousaient parfaitement ses muscles, arborant un air cool et sexy qui lui avait valu le prix de l'homme le plus sexy du monde sorcier depuis 1999, par Sorcière Heddo.

Draco ne savait pas quand le Survivant avait troqué ses vêtements trois fois trop larges pour lui avec ces fringues stylés qui le rendait si sensuel qu'il était imprudent de le laisser sortir dans la rue. Mais il avait eu un véritable choc lorsqu'il avait eu cette extraodinaire métamorphose sous les yeux pour le première fois.

Mais il se serait soucié du bien-être de ma grand-mère, malgré leur mésentente, ajouta-t-il en prenant une autre gorgée de bièraubeurre.

Harry n'était pas du genre à souhaiter le malheur des autres. Il ne s'était jamais entendue avec sa famille, mais Draco devait bien reconnaître que personne n'avait essayé d'arrondir les angles. En revanche, Orthon adorait sa grand-mère qui le lui rendait bien. En tant qu'ami de son cousin, il avait toujours été présent dans sa vie bien qu'il ne l'ait réellement remarqué que la semaine précédente, quand il était arrivée à San Sauge pour diriger la grande fête d'inauguration de la station balnéaire à la place de Côme, retenu par les préparatifs de mariage de Conor.

L'arrivée de Orthon avait été un véritable cadeau du ciel pour Draco. Après quatre années passées à Berlin, le jeune homme venait à peine de rentrer à Londres quand il avait accepté la mission inopinée. Gai, cultivé et bien élevé, il était apprécié de tous ici. Si l'on exceptait une brève liaison avec son cousin Conor – et oui encore un gay ! – qui ternissait légèrement son image de jeune homme modèle, Orthon le rendrait sans aucun doute plus heureux qu'un petit lion brun aux crocs acérée.

Sur cette conclusion, il vida sa canette et se détourna. Sur le quai, un homme était en train de prendre des photos du yacht. Draco darda sur lui un regard irrité. Il nourrisait une avertion quasi instinctive pour les photographes, non seulement parce qu'il détestait leur intrusition dans sa vie – il n'oublirait jamais le harcèlement dont il avait été la victime durant le procès qui avait eu lieu après la défaite du Mage Noir, et près sa séparation avec son époux – mais aussi parce que c'était à cause d'une simple photo que son histoire avec Harry avait commencé.

C'était durant une soirée des anciens élèves organisés à Poudlard à l'initiative de Parvati Thomas. Le photographe avait voulu prendre un cliché du célèbre Harry Potter avec le non moins célèbre Draco Malefoy. D'abord rétissants, ils avaient finis par céder. Il ne sut jamais comment mais ses yeux avaient soudain plongé dans ceux émeraude du brun et là… Paff !!

Il avait d'abord pensé à un mauvais sort ou un filtre d'amour versé dans son verre par un ex vindicatif. Mais au bout de six heures, où il avait avalé plus d'antidote et s'était lancé plus de contre-sort quand vingt ans de vie, le regard du brun l'avait toujours hanté brûlant son corps d'une flamme mortelle. Il s'était alors résigné : il était bel et bien éperdu de désir pour Harry Potter son pire ennemi !!

Il avait voulu fuir le château et avait rencontré Harry dans un couloir désert et sombre où seul quelques troches brûlaient. Il avait alors eu envie de le battre, de lui casser la gueule, mais tout ce qu'il avait pu faire, c'était lui dévorer les lèvres d'un baiser sauvage. Il ne sut jamais comment ils arrivèrent dans sa chambre, mais le résultat restait le même : cette nuit-là, il avait fait l'amour pour la première fois de sa vie. Non pas qu'il n'avait jamais connu d'homme, au contraire même, il en avait dépucelé plus d'un ! Mais avec les autres c'était juste du sexe, l'assouvissement de ses sens. Avec Harry s'était différent. Il s'était donné corps et âme, ne formant plus qu'un avec son amant, perdant le contrôler de ses émotions pour la première fois.

Après cette nuit…

Il n'avait aucune envie de se remémorer la suite des évènements. Aucune envie de penser à Harry. Il l'avait chassée de sa vie et il était temps d'officialiser cette désicion.

Le photographe trouna les talons et Draco l'imita, gagné par un regain de détermination. Tout à coup, il se sentait moins triste à l'idée de devoir quitter San Sauge. Orthon avait raison : l'heure était venue de 'reprendre le cours de sa vraie vie'.

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Harry pensait exactement la même chose en lisant la lettre qu'il venait de recevoir. Dans ce courrier, l'avocat de son mari lui annonçait la décision de ce dernier d'entamer une procédure de divorce.

Assis à la table de la cuisine, il poursuivait sa lecture. Son oncle Rémus était encore couché et il profita de ce rare moment de solitude pour se remettre du choc qu'il avait eu ouvrant l'enveloppe. Pourtant, il approuvait entièrement le contenu de la missive. Il était grand temps que l'un d'entre eux prenne le minotaur par les cornes et mette un terme définitif à ce mariage qui n'aurait jamais dû être célébré.

Malgré tout, les mots dansaient devant ses yeux embués. Il tenait entre ses doigts tremblants le dernier chapitre d'une monumentale bévue qui avait duré quatre longues annés. En ratifiant la proposition de Draco, il admettrait du même coup que toutes ces années n'avaient été qu'un terrible gâchis.

Son mari ressentait-il la même chose ? Comme il était difficile de reconnaître ses propres erreurs et l'incommensurable naïveté dont on pouvait faire preuve !

Mais d'autres interrogations le taraudaient ; ce brusque passage à l'acte cachait-il une raison plus 'concrète'… en d'autres termes, Draco était-il tombé amoureux d'un autre homme, envisageait-il de se remarier ?

A cette simple idée, une vive douleur lui déchira le cœur. C'était idiot, évidemment, leur histoire appartenait désormais au passé et pourtant… pourtant, il l'avait aimé si passionnément, au point d'en perdre la raison ! Ils ne s'étaient pas toujours compris, hélas, mais leur fougue les avait transporté vers de grands moments de bonheur comme il n'en avait jamais connu auparavant.

Assez !

Il devait absolument s'interdire de songer à la passion qui les avait dévorés, Draco et lui. Au prix d'un effort, il parvint à se ressaisir et reprit le cours de sa lecture.

L'avocat de Draco le priait de bien vouloir se rendre à Londres pour rencontrer son époux – en présence de leurs avocats respectifs, bien sûr – afin qu'ils puissent s'accorder sur les grandes lignes d'un divorce à l'amiable, rapide et sans souci. Quelques jours suffiraient pour régler la question, précisait Jonathan Hayes. Dans l'impossiblité de se rendre à San Francisco – Harry avait déménagé dans la ville américaine après sa séparation avec le blond, pour s'installer chez Rémus Lupin, l'ami de collège de son père, qu'il considérait comme son oncle – à cette époque de l'année, Draco prendrait en charge tous les frais du voyage, pour son avocat et lui.

Harry fronça des sourcils. Pourquoi diable Draco ne pouvait-il pas se déplacer ? Quand ils s'étaient revus quatre ans plus tôt, il passait son temps avec une valise à la main…

Comme c'est étrange de repenser à lui, songea-t-il en se laissant aller contre le dossier de sa chaise.

Lentement, les souvenirs commencèrent à affluer. Un an après sa victoire sur Voldemort, il s'était rendu à une soirée des anciens élèves à Poudlard. Il y avait croisé les amis qu'il voyait tous les jours – Ron et sa femme Luna, Dean et Parvati Thomas, Hermione Ganger, Nevile et Ginny Londubat – et ceux qu'il avait perdu de vu, comme Seamus qui était parti faire le tour du monde ou Lavande qui vivait au Japon avec son mari.

Harry passait une excellente soirée jusqu'à ce que un crétin fini voulut le prendre en photo avec son ennemi juré, Draco Malefoy. Il avait catégoriquement réfusé au départ, jusqu'à ce que Parvati lui dise que cette photo serait vendue au enchère pour son association charitative. Comment dire non après ça ?

Après sa victoire sur Voldemort, Harry était devenu la cible favorite des moustics (paparazzi). Après un mois de ce harcèlement, le jeune homme en avait eu assez et avait inventé une incantation qui brûlait les pélicules photos si jamais on prenait un cliché de lui sans sa permission. Depuis, les photos du Survivant se faisaient si rare qu'ils valaient une véritable fortune. Il avait halluciné un jour en apprenant qu'un cliché de lui s'était vendu à cinq cent mille gallions. Les gens étaient foux !!

Durant la prise de cette photo, son regard avait croisé les prunelles argent de son ennemi, et là… Pafff !!!

Il avait d'abord pensé à un mauvais tour de l'ex-Serpentard dans le but de le ridiculiser, histoire de se rappeler le bon vieux temps. Mais au bout de six heures, où il avait avalé plus d'antidote et s'était lancé plus de contre-sort quand vingt ans de vie, le regard gris l'avait toujours hanté brûlant son corps d'une flamme mortelle. Il s'était alors résigné : il était bel et bien éperdu de désir pour Draco Malefoy son pire ennemi !!

Il avait voulu fuir le château mais avait seulement rencontré l'objet de son tourmant dans un couloir désert et sombre où seul quelques troches brûlaient. Il avait alors eu envie de le battre, de lui casser la gueule, mais tout ce qu'il avait pu faire, c'était lui dévorer les lèvres d'un baiser sauvage. Il ne sut jamais comment ils arrivèrent dans la chambre, mais le résultat restait le même : cette nuit-là, il avait offert sa virginité à la seule personne à qui il ne voulait rien donner. Il s'était livré corps et âme, sans la moindre retenue.

Après cette nuit de total abandon, il s'était enfui au petit matin, appeuré parce qu'il ressentait pour le blond. Lui, Harry Potter, avait pris les jambes à son cou, comme un lâche devant ses propres sentiments !!

Il était parti au Japon où Lavande l'avait invité à séjourner. Il y était resté six mois… six mois durant lesquels il n'avait fait que rêver à un certain blond aux yeux d'argent.

Coup du sort, en se promenant dans les rues de Tokyo un jour, il s'était retrouvé nez à nez avec l'objet de son obsession. Avant qu'il ne comprenne quoique ce soit, il s'était retourvé dans un appartement luxieusement meublé où ils avaient fait l'amour toute la journée. Cette fois-ci, Harry n'avait pas fui, ayant enfin accepté les sentiments qu'il éprouvait pour Draco.

Ce dernier avait prolongé son séjour et avait passé le reste de ses vacances à faire l'amour avec lui. C'était avec une délectation non feinte que Draco l'avait initiée aux plaisirs de la chair, l'aidant à affirmer sa sensualité, le poussant à explorer leurs deux corps unis par un même désir brûlant. Quand était venu le jour où ils avaient dû regagner l'Angleterre, Draco l'avait demandé en mariage argant qu'il ne pouvait vivre sans lui.

Harry avait été si surpris d'entendre ces mots dans la bouche de Draco Malefoy que sa mâchoire avait du se décrocher, ce qui avait bien fait rire son amant. Il avait accepté, fou de joie. Ils s'étaient marié à la va-vite avant de filer au Centre de Tranplanage International de Tokyo.

A peine arrivés à Londres que Draco l'entraînait dans son appartement pour lui faire l'amour encore et encore jusqu'au lendemain. Avec du recul, leur bonheur n'avait duré que le temps de cette journée. Dès leur arrivée dans la demeure familiale des Malefoy, la magie avait volé en éclats.

« Tu ne peux pas rencontrer ma grand-mère dans cette tenue. » fut la première critique que Draco lui adressa d'un ton ouvertement réprobteur.

« Pourquoi ? Que reproches-tu à ma tenue ? »

« Se sont des vêtements moldus !! La pauvre risque d'avoir une attaque en te voyant ! Quant à tes cheveux, ne peux-tu pas les discipliner un peu ? Au nom de Merlin, Harry, respecte un peu les gens que tu t'apprêtes à rencontrer ! »

Par esprit de bravoure, il n'avait rien modifié à son apparence, gonflant ainsi, avec l'étiquette de séducteur dévoyé, la très longue liste des défauts qui faisaient de lui le pire mari possible pour Draco. Il aurait du se douter que n'étant déjà pas dans les petits papiers des Malefoy de part sa naissance et son histoire, il le serait encore moins en 'prenant leur chef dans ses filets' comme lui avait dit Côme, le cousin de son mari.

A partir de là, les choses n'avaient fait qu'empirer.

Son regard se porta de nouveau sur la lettre posée devant lui. Oui, il était grand temps de tirer définitivement le rideau sur le dernier tableau d'une pièce qui n'aurait jamais dû se jouer. Il n'y avait qu'un seul obstacle à la proposition de Jonathan Hayes. Il ne pourait pas passer plusieurs jours à Londres ; il ne voulait pas laisser son oncle seul si longtemps.

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« A quelle heure arrive-t-il à Londres ? »

Draco était assis dans son spacieux bureau de la capitale anglaise. Depuis son retour, deux semains plus tôt, il était devenu un autre homme. A la place du jeune loup de la finance aux allures décontractes qui se prélassait sur son yacht quelques jours plus tôt, se tenait un homme d'affaires riche et influent, à la mise froide et austère.

Oh, cette métamorphose ne le réjouissait guère mais il avait été obligé de se prêter au jeu pour se fondre de nouveau dans le mileiu de la finance dirigé par des règles et des coutumes clairement définis. Son bureau croulait presque sous les piles de document qui réclamaient tous son avis dans les plus brefs délais. Il passait d'une réunion à une autre sans prendre le temps de souffler.

Terminés, les savoureux repas pris tranquillement sur une terrasse du Boulvard San Sauge : depuis son retour, il allait de réception en cocktail, incapable de goûter à l'instant présent. L'engrenage du pouvoir et de l'argent l'avait vite rattrapé et son emploi du temps était d'autant plus chargé que Conor était indisponible à l'approche de son mariage.

A la mort de ses parents, Draco avait pris la place de son père au sein de la famille Malefoy, il était donc de son devoir de la représenter en toute occasion. Sa grand-mère frôlait la crise de nerf à cause du mariage de Conor et elle était heureuse de pouvoir se reposer sur lui pour les décisions importantes. Cette histoire de mariage grandiose avait le don d'irriter Draco, lui qui avait épousé Harry dans la plus stricte intimité. D'ailleurs sa grand-mère le lui reprochait toujours. Le chef du Clan Malefoy ne se mariait pas à la sauvette !

Malgré l'échec de leur union, c'était avec un plaisir sans cesse renouvelé qu'il se remémorait le jour de leur mariage, et plus précisément l'instant où Harry avait plongé son regard dans le sien, un sourire radieux aux lèvres, lorsqu'il avait glissé l'alliance à son annulaire.

« Je t'aime tant. » avait-il chuchoté avec une ferveur boulversante.

Pas besoin de cinq cents invités pour éprouve l'allégresse qui l'avait alors envahi. A ce souvenir, son cœur se serra douloureusement. Il avait été si heureux… avant de tout perdre.

« Dans la soirée. »

La voix de Jonathan Hayes l'arracha à ses pensées moroses.

« Il a insisté pour faire lui-même ses réservations d'hôtel. » ajouta-t-il d'un ton neutre. « Il séjour au Chaudron Baveur, prés du Chemin de Travers. »

Draco fronça des sourcils.

« C'est une petite taverne à peine confortable. Pourquoi a-t-il choisi ce genre d'établissement alors qu'il aurait pu s'installer dans une suite du Mirage ? »

Jonathan haussa les épaules.

« Je sais seulement qu'il a refusé notre aide et réservé trois chambres au Chaudron Baveur dont une accessible aux personnes handicapées. »

Comme frappé par la fondre, Draco se redressa.

« Pourquoi ? A-t-il eu un accident ? Est-il… malade ? » s'enquit-il en dissimulant mal son inqiétude.

« J'ignore si cette chambre lui est destinée. » répondit Jonathan. « Il n'est pas facile d'avoir des informations sur Harry Potter. »

« Renseignes-toi ! » ordonna Draco d'un ton sec.

La simple idée que Harry puisse être prisonnier d'un fauteul roulant lui déchirait le cœur. Intrigué par sa pâleur subite, Jonathan le considéra sans mot dire.

« Quoi que ma famille ait pu penser de mon mariage avec Harry, je continuerais de lui vouer le plus profond respect et je tiens à le traiter de cette façon jusqu'au bout. Est-ce clair ? » souligna Draco avec un regard d'avertissement.

« Absoument. » répondit l'avocat en hochant la tête.

Deux fois plus âgé que lui, Jonathan Hayes était aussi son parrain, mais en cet instant précis, il ressemblait plutôt à un employé dévoué à son patron.

« Je n'ai pas songé un instant que… »

« Essaies d'en savoir davantage avant notre rendez-vous. » coupa froidement Draco en consultant sa montre.

Une autre réunion l'attendait et ce fut avec soulagement qu'il mit un terme à l'entretien. Sans un mot de plus, Jonathan prit congé. Dès que la porte se fut refermés sur lui, Draco se laissa tombe dans son fauteuil, en proie à une profonde confusion. Il agissait de manière totalement irrationnelle ! Son pauvre parrain ne devait plus rien y comprendre. Deux semaines plus tôt, il l'avait contacté pour l'informer de son intention de divorcer. Leur conversation avait été claire et concise, très professionnelle.

Mais deux semaines plus tôt, Harry était encore le lion noir indomptable au croc acérés qui n'avait cessé de se jouer de lui tout le long de leur mariage.

Un fauteuil roulant…

Etouffant un juron, il se leva et arpenta la pièce d'un pas fébrile. A cause de cette nouvelle, Harry redevenair tout à coup le jeune homme vulnérable en mal d'amour qu'il s'était promis de toujours chérir et protéger.

Un autre juron s'échappa de ses lèvres. Au même instant la sonnerie du téléphone retentit. C'était Orthon qui voulait lui rappeler d'arriver à l'heure au dîner qu'organisait sa mère le soir même. En entendant sa voix grave, teintée d'amusement, Draco sentit la tension quitter sa nuque et ses épaules. A la fin de la conservation, il se sentait déjà beaucoup mieux, plus calme, maître de ses émotions.

C'était incontestable : Orthon était l'homme qu'il lui fallait. Il savait mieux que quiconque le ramener vers les choses importantes du quotidien, comme la réunion à laquelle il devait se rendre sans tarder.

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« Tu t'attireras des ennuis avec ce genre de tenue. » déclara Rémus Lupin avec son calme coutumier.

Harry recula d'un pas pour examiner son reflet.

« Pourquoi, qu'est-ce qui ne va pas ? »

Il ne voyait rien d'indécent à son costume beige taillé sur mesure complété d'une chemise noire qui ne 'collait pas à son corps comme un sparadra' comme dirait son cher mari. Le tout était accompagné de chaussures, noires également, impécablement cirées. Ses cheveux en bataille étaient savament disposés pour donner l'illusion d'un style décoiffé voulu – de tout façon, c'était tout ce qu'il pouvait faire avec sa touffe indisciplinée, alors. Ses yeux vert étaient dissimulés derrière les fins verres de ses lunettes ovales, qui avaient remplacé pour l'occasion ses lentilles de contact.

Bref, à part mes cheveux, le résultat est d'un classicisme et d'une sobriété exemplaires, songea-t-il en feignant d'ignorer la lueur de provocation qui brillaient dans son regard.

« Tu veux vraiment savoir ce qui ne va pas ? Ce costume moldu est la pire des provocations, enfin ! En plus, que tu le veuilles ou non, tu serais sexy même avec des haillons ! »

« Je suis pas responsable de mon physique ! » répliqua Harry avec véhémence. « Après tout, c'est ton meilleur ami qui m'a légué ce corps… en plus de ses fichus cheveux qui ne veulent jamais aller dans le même sens !! »

« Avec en prime son sale caractère ! » ajouta Rémus en hochant la tête, amusé. « Je t'en prie, Harry, avoue que tu as secrètement envie de lui montrer une dernière fois ce à quoi il s'apprête à renoncer ! »

Les yeux émeraude lancèrent des éclairs.

« Cher oncle, dois-je te rappeler que c'est moi qui l'ai quitté, il y a trois ans de cela ? »

« Et dois-je te rappeler qu'il ne s'est pas donné la peine de venir te chercher ? »

Harry encaissa le coup. Ce n'était pas le genre de Rémus de remuer le couteau dans la plaie, mais son oncle s'était mis dans la tête qu'il voulait profiter de cette rencontre pour récupérer Draco – idée qu'il avait pêché on ne sait où –, et utiliser tous les moyens à sa disposition pour l'en dissuader.

« Je n'ai pas le temps de me disputer avec toi. » lâcha-t-il en s'emparant de la veste de son costume. « J'ai un rendez-vous important. »

« Que je te déconseille d'honorer. » intervint son oncle.

« Je t'en prie, oncle Rémus, ne commences pas. »

Ce dernier feignit de ne pas l'entendre.

« Je suis d'accord sur le fond : il est grand temps de mettre un terme à ce mariage ; la lettre de l'avocat de Draco m'est apparue comme une véritable bénédiction. »

Harry se tourna vers son oncle qui s'efforçait de tenir debout, appuyée à son déambulateur. Déjà, il reprenait :

« Malgré tout, je persite à croire que tu aurais dû mener les négociations par le biais d'une tierce personne. Et lorsque je te vois dans cette tenue choisie avec un soin tout particulier, je suis convaincu que ce rendez-vous est une grossière erreur. »

« Assieds-toi, oncle Rémus, je t'en prie. Regarde comme tes bras tremblent. Les Médicomages t'ont bien dit de ne pas surestimer tes forces. »

« Je m'assiérai quand tu admettras enfin que j'ai raison. »

Contre tout attente, un sourire apparut sur les lèvres de Harry.

« Et après, on dit que moi, je suis buté ! » lança-t-il avec une pointe d'amusement dans la voix.

Son oncle esquissa une moue contrite. Rémus avait été victime d'un kidnapping six mois plus tôt, orchestré par un petit groupe de Mangemort encore en liberté, Merlin savait comment. Ils voulaient faire souffrir Harry en s'en prenant aux personnes qu'il aimait. Cela avait commencé par son oncle. Ils l'avaient si atrocement battu, que sa colone vertébrale avait énormément souffert. Il se remettait lentement de ses blessures. Dieu merci, sa ténacité et le soutien de son neveu lui donnait le courage de subir la lente et éprouvante rééducation qui lui rendrait toute sa mobilité dans quelques temps. Les Médicomages avaient été clair sur ce point : Rémus Lupin retrouverait sa motricité d'autant. Bien que ses transformations mensuelles retardent grandement sa guérison, tous les espoirs étaient permis.

Bien sûr, Harry avait retrouvé les salauds qui s'en étaient pris à son oncle et il leur avait fait payer très cher chaque goutte de sang versé par le loup-garou. Ils avaient découvert le côté noir et cruel du jeune homme et avaient enfin compris pourquoi leur misérable Maître n'avait pu le vaincre. Harry les avait regardé mourir en agonisant sans ciller, le visage de marbre. Un groupe de randonneur moldu les avaient retrouvé, affreusement mutilé. On ne touchait pas à ce qui lui était cher sans en payer le prix !

Jamais personne n'avait fait le lien avec lui. Harry soupçonnait Dumbledore d'en savoir plus qu'il ne voulait bien le dire, mais il n'avait aucune preuve pour confirmer ses doutes. De tout façon, dès qu'ils avaient vu la Marque des Ténèbres sur les bras mystérieusement épargnés des cadavres, le Ministère de la magie avait cessé son enquête.

Harry ne regrettait absolument pas ce qu'il avait fait. Au contraire même, il aurait voulu les faire encore plus souffrir, mais sa bonne conscience avait joué son rôle et l'avait convaincu d'arrêter le massacre. Il pouvait être bien pire que Voldemort, bien plus dure, bien plus impitoyable. A tel point que son côté sombre l'effrayait parfois.

Mais la différence qu'il y avait entre lui et le Mage Noir, était qu'il avait des amis fidèles qui l'entouraient d'un amour sincère, qui l'enveloppaient de chaleur et de lumière pour que jamais il ne tombe dans l'obscurité. La preuve en était que lorsqu'ils avaient découvert cette facette de sa personnalité qu'il leur avait soigneusement caché, ils ne lui avaient pas tourné le dos. Au contraire, ils lui avaient sauté à la gorge pour l'étrangler… punition pour avoir douter de leur amitié et compréhension.

« Rien est tu noir ou tout blanc, Harry. Il existe une part d'ombre et de lumière en chacun de nous. Certains choisissent la lumière, d'autres l'ombre, mais ce choix ne fait jamais disparaître l'autre facette de notre personnalité. » lui avait dit Luna. « Regarde Ron : il est si gentil en temps normal ; mais laisse-le une journée entier sans manger et mets-lui une poule sous les yeux ; et la pauvre bête n'aura même pas fait un pas qu'elle serait déjà engloutie par ce ventre sur patte ! »

Ils avaient tous rire après avoir dévisagé Luna un long moment dans un silence abasourdi. Seul Ron avait protesté vivement, avant de bouder. Luna avait de ces images parfois !

Hermione, Ron, Luna, Ginny et Neville… ses meilleurs amis – bien que Ron et Hermione aient une place spéciale dans son cœur – qui formaient, avec lui, un groupe indissociable. Ils avaient tant fait pour lui. Et puis il y avait aussi son oncle Rémus, son mentor Dumbledore, sans oublier toute la famille Weasley et les professeurs de Poudlard – même Rogue, qu'il avait appris à apprécier, malgré leur contentieux. Incroyable, non ?

Voyant les mains de Rémus trembler, il revint à la réalité. Exahalant un soupir, le jeune homme plaça une chaise derrière son oncle et le força à s'asseoir. Celui-ci obéit sans protester. Dans un élan de tendresse, Harry déposa un baiser sur sa joue piquante – il ne s'était pas encore rassé. Son oncle était un battant. Sa présence ici aujourd'hui en était la preuve. Et puis, c'est lui qui l'avait porté à bout de bras après la mort de Sirius, lui qui lui avait redonné une raison de vivre… autre que celle d'envoyer Voldemort dans les abîmes de l'Enfer une bonne fois pour toute.

« Ecoute, Rémus… » commença-t-il en s'accroupissant devant la chaise pour prendre ses mains dans les siennes. « …D'accord, j'avoue avoir choisi cette tenue dans un but précis, mais certainement pas pour que Draco regrette sa décision. Quand nous vivions ensemble, il n'arrêtait pas de critiquer mes goûts vestimentaires et moi, têtu comme je suis, je refusais obstinément de changer quoi que ce soit à mon apparence. »

Le loup-garou opina du chef.

« Tu avais entièrement raison, mon chéri. Quel prétentieux ! »

Harry réprima à grand-peine un souire.

« Eh bien, aujourd'hui, j'ai l'intention de lui montrer que je suis libre de m'habiller comme bon me semble ; quand je décide, je peux être aussi classique que n'importe qui. »

Le regard ambre de Rémus, si perspicace, manquait de conviction. Au même instant, on frappa à la porte et Harry se leva, soulagé. C'était Bass Urfelss, son avocat, qui venait le chercher. Sur un dernier sourire à l'adresse de son oncle, il voulut s'éloigner mais Rémus le retint par la main.

« Ne le laisse pas te blesser de nouveau. » murmura –t-il avec douceur.

Harry se rembrunit.

« Draco m'a fait beaucoup de choses, mais il ne m'a jamais blessé intentionnellement. » affirma-t-il d'un ton sec. « Nous nous aimions, mais nous n'étions pas faits l'un pour l'autre, tout bêtement. Ce fut difficile à admettre, pour lui comme pour moi. »

Sur le point de répliquer, Rémus se ravisa. La situation était déjà suffisamment tendue comme ça. On frappa de nouveau et Harry tourna les talons.

« Que comptes-tu faire en mon absence ? » demanda-t-il par-dessus son épaule.

« Jonas a loué une voiture. Nous allons nous promener un peu en ville. »

L'expression de Harry s'assombrit. Encore un sujet litigieux qu'il n'avait pas abordé avec son oncle. Jonas Marvel était leur voisin et ami. Il était sorcier et exercait le métier de Kinémage. Il était d'ailleurs assez connu à San Francisco et très respecté par ses confrères. Harry aurait presque pu le considérer comme son nouveau compagnon. De son côté, Jonas n'attendait qu'un mot de sa part pour entrer dans sa vie. Mais était-ce réellement lui qu'il voulait ? Ne souhaitait-il pas seulement s'afficher avec Harry Potter, le sauveur du monde ?

Sans qu'il ait encore pu comprendre comment, Jonas avait réussit à se joindre à eux pour ce voyage en Angleterre – avec la complicité de son oncle, cela ne faisait aucun doute. Harry était tombé des nues en le voyant pénétrer dans la célèbre taverne du Chemin de Travers, la veille au soir. Pour apaiser sa colère, Jonas avait effleuré sa joue d'une caresse aérienne avant de déclarer d'un ton faussement innocent :

« Je suis ici pour ton oncle… et tu es censé apprécier la surprise, petit ingrat ! »

Mais sa tentative de désamorcer la situation était restée vaine. Harry en avait assez que d'autres empiètent sur sa vie privée sans lui demander son avis. Refusant de croire aux prétextes invoqués par les deux complices – Jonas parlait d'une pause bien méritée dans un emploi du temps surchargé tandis que son oncle prétendait qu'il serait plus en sécurité avec quelqu'un à ses côtés –, Harry tira ses propres conclusions : craignant par-dessus tout que son neveu retombe dans les bras de son séduisant mari, Rémus Lupin avait invité Jonas pour lui servir de garde-fou.

Que d'efforts pour rien ! Il n'y avait pas le moindre risque pour qu'il succombe de nouveau au charme de Draco. S'il ne le détestait pas, il le méprisait pour la manière dont il l'avait traité. Par ses remarques acerbes et ses critiques permanentes, il avait entamé son assurance encore jeune, étouffé son entrain nouvellement asquis et, au final, anéanti l'amour qu'il lui portait.

« Je préfèrerais qu'il ne te fatigue pas trop. » lança-t-il à son oncle en faisant allusion à Jonas.

« Jonas est un Kinémage professionnel, au cas où tu l'aurais oublié. Il sait ce qu'il fait. Et Harry… » ajouta-t-il comme ce dernier s'apprêtait à ouvrir la porte : « …saches que ce costume beige moldu qui met si bien tes atouts en valeur n'a absolument rien de classique, alors je doute que ton macho de mari comprenne le message que tu cherches à lui transmettre ! »

Harry quitta la pièce sans se donner la peine de répliquer. Le regard que lui coula Bass Urfelss en disait long sur ce qu'il pensait de sa tenue. D'accord un constume moldu n'était peut-être pas ce qu'il y avait de plus conventionnel dans le monde de la magie pour un sorcier, mais il n'en avait cure, qu'on se le tienne pour dit !

Il redressa le menton.

« Nous y allons ? »

Bass Urfelss se contenta de hocher la tête avant de lui emboîter le pas. Harry l'avait choisi pour avocat car Hermione le lui avait conseillé. A vingt-cinq ans, sa meilleure amie était la meilleure avocate du pays et avait même son propre cabinet qui s'occupait aussi bien d'affaires moldues que socières. Elle aurait bien voulu le représenter, mais elle était sur une affaire dès plus épineuse en ce moment, consernant la corruption de haut-fonctionnaire du Ministère de la Magie, qui monopolisait toute son attention. Elle lui avait alors recommandé Bass Urfelss, un jeune avocat plein d'avenir de son cabinet, qu'elle avait su pêcher, avec son flair habituel, dans l'océan des nouveaux diplômés sur le marché du travail. Oh il n'avait pas besoin de lui pour se défendre… de ce côté là, il n'avait jamais eu besoin de personne… mais sa présence serait sans doute… stimulante.

En tout cas, il avait bien l'intention de ressortir en homme libre du bureau de Draco. Il ne s'agissait ni d'argent ni de négociation fastidieuses. Il n'attendait rien de lui sur le plan matériel. De toute façon, il n'en avait pas besoin. Cependant, il doutait qu'il veuille récupérer son alliance en or et les bijoux qu'il lui avait offerts, au grand dam de son cousin Côme.

« Ce sont des bijoux de familles. » avait-il précisé d'un ton contrarié avant d'ajouter perfidement : « des veilles breloques que mon oncle Lucius n'a jamais voulu porter ; ceci dit, vous n'en êtes même pas digne. »

Mais, cet enfant pourri-gaté n'était pas dans la chambre à coucher pour voir Harry uniquement paré des précieux bijoux. Il n'avait pas vu son cousin adoré se prosterner à ses pieds, caressant du bout des doigts sa peau brûlante, étincelant de mille feu sous l'éclats de l'or.

Aujourd'hui, ces bijoux sommeillaient dans un coffre-fort de Gringotts. Il ne voyait aucun inconvénient a ce que Draco les récupère, s'il le désirait. Il était simplement curieux de voir ce qu'il proposerait en échange et, quand il aurait fini de parler, il lui annoncerait calmement qu'il ne lui demandait rien. Il lui rendrait volontiers ces fichus bijoux et s'en irait la tête haute.

Ils sortirent du Chaudron Baveur côté moldu, non sans avoir salué Tom au passage. Ils se dissimulèrent dans une petite ruelle et transplanèrent jusqu'au Palais des saveurs, un salon de thé très chic du monde sorcier, qui donnait directement sur le Carrefour des Gallions, le centre d'affaire sorcier. Il aurait été plus logique de passer par le Chemin de Travers, mais il y avait un tel engouement autour de Harry qu'ils n'auraient pas pu faire un pas sans être assailis par les fans.

Ils entrèrent dans le salon de thé, saluèrent Jean-Paule, le patron de l'établissement avant de se rendre dans l'arrière boutique. Bass Urfelss toucha les birques de pierre de sa baguette en un code secret que seuls les sorciers connaissaient. Le mur s'ébranla et se découpa en deux pour leur donner accès au Carrefour des Gallions. Le siège social de la société de Draco n'était qu'à cinq minutes à pieds, de là.

Bass Urfelss, en tant qu'avocat, le questionna avec empressement. Qu'attendait-il au juste de son mari ? Que désirait-il lui réclamer ? Harry tenta d'éluder ses questions mais le jeune homme insista.

« Voue êtes en position de force, Mr Potter. » fit-il observer. « En l'absence de tout contrat de mariage, vous pouvez prétendre à la moitié des biens détenus par votre conjoint. »

Harry cligna des yeux, interloqué et choqué en même temps. Interloqué car c'était la première fois qu'il entendait parler d'un contrat de mariage. Etait-ce pour cette raison que Draco tenait à le rencontrer personnellement ? Craignait-il qu'il revendique sa part jusqu'à la dernière noise ? Il ne s'agissait plus d'une simple chevalière, d'une gourmette, d'une montre et d'une chaine, désormais. L'enjeu était tout autre.

Et choqué que son avocat puisse imaginer un seul instant qu'il voudrait quoique ce soit de Draco. Hermione ne devait telle pas toucher deux mots à son petit protégé au sujet de ce divorce et des intentions de Harry ? Il lui avait bien dit qu'il n'agissait pas pour l'argent. Son coffre-fort n'avait plus une place pour accueillir d'autre gallions ! D'ailleurs, s'il pouvait prétendre à la moitié des biens de son mari, alors celui-ci pouvait en faire de même… et ce n'était pas sûr que Harry en sorte bénéficiaire !

« Je vois que vous avez bien potasser votre dossier. » ironisa le jeune homme.

« Naturellement. » dit l'autre qui n'avait pas perçu le sarcasme… et pour un avocat c'était pas brillant ! « C'est pour cette raison que vous m'avez engagé, n'est-ce pas ? »

Non, c'est parce que Hermione a insisté pour que je vous prenne ! eut envie de répondre Harry avant de se dire que ce ne serait pas dès plus diplomatique.

Il hésita un instant avant de demander :

« Savez-vous pourquoi mon mari a brusquement décidé d'entamer une procédure de divorce ? »

« J'ignore les véritables raisons de sa décision. » commença le jeune avocat, sans osé le regarder, visiblement très mal à l'aise. « Mais je soupçonne l'existence d'un autre homme. Il s'appelle Orthon Langester et appartient à l'une des familles les plus anciennes d'Angleterre, d'après mes sources… »

Des sources tout à fait exactes, songea Harry, submergé malgré lui par une bouffée de jalousie.

Un rapprochement des deux familles, Malefoy d'un côté, Langester de l'autre, équivaudrait à la naissance d'une dynastie ! La grand-mère de Draco devait être aux anges…

« Il a passé récemment quelques jours avec votre mari sur son yacht dans le Pacifique. » poursuivit l'avocat avec un détachement professionnel. « Conor Malefoy épousera Lorenzo Santoriti la semaine prochaine et la rumeur laisse entendre que votre époux ne tardera pas à suivre les traces de son cousin. Peut-être s'agit-il d'une histoire d'héritage. Les familles aussi influentes que le Clan Malefoy sont toujours soucieuses de planifier leur succession. »

Une histoire d'héritage… Comme ces mots sonnaient cruellement ! Une vive douleur lui trodait le cœur.

Va au diable, Draco !! fulmina-t-il in petto envahi d'une rancœur indicible.