Va au diable !! songea-t-il de nouveau un quart d'heure plus tard, alors qu'ils se trouvaient face à face dans la somptueuse salle de conseil où la réunion avait lieu. Sur les murs lambrissés s'alignaient les élégants protraits des ancêtres de la famille Malefoy.

Devant lui se tenait le dernier spécimen de la longue lignée familiale. Draco Malefoy, un mètre quatre-vingt-dix, blond, athlétique… plus arrogant et hautain que jamais. Un bourreau des cœurs, il l'avait appris à ses dépens.

Il portait une élégante robe de sorcier en soie noir parsemée par de fines broderies en fils d'argent, taillée sur mesure. Il n'avait pas changé. En plus de son élégance naturelle, il dégageait toujours la même impression de puissance ténébreuse qui inspirait respect et/ou crainte de son entourage.

Son visage avait définitivement perdu ses traits féminins pour devenir plus mâle, d'une beauté scandinave. Ses cheveux étaient toujours aussi épais, blond pâle. Ses yeux de ce gris presque transparent était toujours aussi pénétrants. Sa bouche, au contour ferme et fin, toujours aussi sensuelle. Seule sa peau, bruni par le soleil, avait perdu sa couleur nacrée habituelle.

En le voyant, Harry fut submergé par l'envie soudaine de le boxer. Il aurait voulu se jeter sur lui et faire plier en deux ce coprs parfait sous ses coups de poing vengeurs. Le traître ! Leurs trois années de séparation s'envolèrent en fumée tandis qu'une vague de jalousie l'assaillait, incontrôlable. Orthon Langester ! Orthon, sublime créature au cœur brisé que sa famille avait dû éloigner de Londres lorsque Draco y était revenu avec son nouvel époux. Quelle scandale !

Draco s'imaginait-il qu'il ne savait rien de cette histoire ? Son cousin Côme avait été trop heureux de lui parler de sa liaison avec le très respectable Orthon, avant que Draco ne perde la tête et décide de l'épouser, lui, le petit orphelin au look tapageur ! Avec une jubilation féroce, Côme s'était par la suite empressé de mentionner les fréquents voyages de Draco à Berlin, où il allait sans doute consoler son ex-petit ami.

Je te déteste !

Tel fut le message véhiculé par son regard vert, assombri par la colère. De part et d'autre de la longue table acajou, les deux époux se dévisageaient dans un silence oppressant. Harry ignora délibérément Jonathan, assis auprès de Draco. Bass Urfelss se tenait derrière lui, attentif et muet comme une tombe. Draco n'esquissa pas le moindre geste pour l'acceuillir, se contentant de le considérer avec froideur.

A l'autre bout de la table, ce dernier examinait effectivement son époux – bien campé sur ses deux jambes qu'il savait magnifques –, pétrifié par une fureur sans nom.

Dire qu'il s'était inquiété pour lui, qu'il avait craint de le trouver affaibli, diminué… Quel idiot ! Un vif soulagement s'était emparé de lui quand il avait appris que ce n'était pas Harry qui était dans un fauteuil roulant mais son oncle. La culpabilité avait vite chassé le soulagement.

L'enlèvement et ses conséquences demeuraient dramatiques pour Rémus Lupin ; qui, en plus d'être un bel homme aimable et généreux, avait su redonner le goût de vivre à Harry après la mort de Sirius Black. Rien que pour cela, Draco lui en serait éternellement reconnaissant. La nouvelle de l'épreuve par laquelle Rémus était passée, l'avait profondémment boulversé… Même s'il n'irait pas le crier sur les toits !

Quelques heures plus tôt, en proie à des émotions contradictoires, il avait décidé de se montrer généreux (tous ses ancêtres avaient dû se retourner dans leur tombe !), prévenant et attentionné à l'égard son futur-ex-époux.

En cet instant précis, il avait envie de laisser exploser la rage qui lui rongeait le cœur.

Quatres ans… quatre années durant, cet homme avait vécu sans que Draco parvienne à le chasser de sa chair ni de son esprit. Il était là, présent dans un coin de sa mémoire, à fleur de peau. En permanence. Envahi par un mélange de culpabilité et de nostalgie, il avait décidé de lui témoigner le respect qu'il méritait en taisant ses projets de remariage jusqu'à ce que le divorce fût prononcé.

Mais ça, c'était avant… avant qu'il découvre que son mari ne manifestait pas les mêmes égards à son endroit. Etait-il donc incapable de se passer pendant deux jours de ce 'Mr Vénale' de pacotille ? Savait-il satisfaire tous ses désirs, le conaissait-il aussi intimement que lui ? Harry, tremblait-il à ses épaules quand il atteignait les cimes du plaisir ?

Ses yeux argent étincelèrent de rage tandis que l'amertume crispait ses traits en un masque glacial. Avec lenteur, il fit glisser son regard le long du corps de son mari, ses iris clairs s'assombrissant en constatant les vêtements qui ornaient celui-ci. Il portait une tenue moldue. Bien qu'il méprisait tout ce qui touchait aux moldus, Draco devait reconnaître que Harry était à couper le souffle. Une véritable invitation à la débauche ! Et il s'était promené comme ça dans les rues de la capitale ? Il voulait provoquer une émeute ou quoi ? Pourquoi avait-il choisi ce costume ? Par esprit de provocation ou pour plaire à un autre que lui ?

En tout cas, si c'était dans le but de l'énerver, il avait parfaitement réussi ! Il était furieux à l'idée que son mari se soit vêtu ainsi pour un autre que lui, furieux que des regards lubriques se soient posés sur lui, furieux de ressentir ce besoin de proclamer Harry comme sien alors qu'ils n'étaient plus rien l'un pour l'autre depuis trois ans, furieux qu'être encore en proix au démon de la jalousie alors qu'il voulait en finir définitivement avec tout cela.

Mais, il était encore plus furieux de constater que Harry avait toujours le pouvoir de lui faire perdre le contrôle par sa seule présence, de déclancher en lui un tumulte d'émotion contradictoire qui ne pouvait aboutir qu'à une seule chose. En cet instant précis, il était à deux doigts de lui sauter pour l'étaler sur la table et lui faire l'amour avec déraison jusqu'à ce qu'il comprenne que lui, Harry Potter, était et serait toujours à lui, Draco Malefoy, et à lui seul.

Heureusement pour lui, que le self-control légendaire des Malefoy lui permettait de résister à ses pulsions d'hommes des cavernes !

« Tu es en retard. » annonça-t-il d'un ton sec en l'enveloppant d'un regard polaire.

Son visage était encore plus beau que dans son souvenir. Il contempla ces yeux verts ourlés de longs cils recourbés, ce nez droit et cette bouche pleine qui appelait les baisers…

Une autre image se superposa au visage de Harry, parfaitement irritante : celle du colosse blond qu'il avait aperçu au Chaudron Baveur, sourire niais aux lèvres effleurant du bout des doigts la joue de son mari… comme s'il en avait le droit !

La joue douce et nacrée de son mari ! Une joue qui s'était empourprée alors qu'il ne rougissait que pour lui quelques années plus tôt ! Quand il avait assisté à cette scène révoltante, la veille au soir, Harry ne portait pas ce costume moldu mais une simple robe de sorcier bleu-nuit qui mettait divinement en valeur son corps musclé. Ses yeux… ses yeux n'étaient pas cachés derrière ses stupides lunettes mais exposaient librement au regard de l'autre verracrasse !

« Notre entrevue aurait dû débuter il y a un quart d'heure. » reprit-il. « Nous allons devoir faire vite, maintenant. »

Les pupilles de Harry se rétrécirent.

« Il y avait du monde dans la rue et… »

« Le Carrefour des Gallions est toujours encombré. » coupa-t-il d'un ton sans réplique. « Je pensais que tu t'en souviendrais. Assieds-toi, je t'en prie. »

Sans s'embarrasser de lui indiquer une chaise, il s'installa et attendit que les autres l'imitent. Jonathan darda sur lui un regard réprobateur qu'il ignora. Quant à l'avocat de Harry, il suivait la scène d'un air intrigué. Presque fasciné.

Réfoulant à grand-peine une nouvelle bouffée d'irritation, Draco se mit à tapoter la table vernie du bout de sa longue plume noire. Il avait hâte d'en finir, la tension qui l'habitait frôlait l'insupportable. Avec un naturel forcé, Jonathan serra la main de Bass Urfelss tandis que Harry contournait souplement la table pour prendre place en face de son mari.

Il s'assit, se cala confortablement dans le siège et planta son regard dans le sien. L'hostilité qu'il y lut lui fit l'effet d'un Endoloris. A l'évidence, il était prêt à se battre poing et baguette pour obtenir ce qu'il souhaitait. Un muscle tressauta sur la mâchoire de Draco. Qu'il soit sans crainte : il avait en face de lui un adversaire à sa hauteur.

Harry posa ses mains à plat sur la table : ses longs doigt aux ongles soigneusement coupés effleurèrent le bois, comme dans une lente caresse. Draco sentit une onde de chaleur se répandre en lui tandis que sa respiration s'accélérait légèrement. Devinant son trouble, Harry esquisa une moue dédaigneuse. Maudit Gryffondor !

Jonathan vint s'asseoir à côté de lui pendant que Bass Urfelss prenait place au près de son client. Celui-ci le gratifia d'un sourire éblouissant qui le fit rougir comme un écolier. En face d'eux, Draco fulminait. Harry chercha de nouveau son regard.

Ne joue pas avec moi, le prévint le blond, dont l'expression se fit plus glaciale, sans prononcer le moindre mot. C'est perdu d'avance.

Jonathan mit fin à cette joute silencieuse en ouvrant le dossier vert posé devant lui.

« Si nous commencions ? » suggéra-t-il en s'emparant d'un premier parchemin.

Bass Urfelss ouvrit à son tour une pochette en cuir noir. A côté de lui, Harry croisa les mains sur ses genoux. Draco continua de tapoter la table du bout de sa plume.

« Malgré la tension presque palpable qui règne dans cette pièce, j'aimerais préciser que nous avons la ferme intention, Draco et moi-même, de mener cet entretien de manière courtoise et sereine. » déclara Jonathhan. « Soyez-en assuré, Harry. »

S'arrachant au regard magnétique de Draco, Harry rencontra celui de Jonathan.

« Bonjour, Jonathan. »

L'avocat se figea. Levant brusquement les yeux de son dossier, Bass Urfelss guetta la réaction de son collègue, s'apprêtant déjà à prendre la défense de son client. Contre toute attente, le célèbre avocat Jonathan Hayes s'empourpra violemment.

« Je vous prie de m'excuser, Harry. » murmura-t-il en se levant. « Comment ai-je pu être distrait au point d'oublier de vous saluer ? »

« Ce n'est pas grave. » répondit le jeune homme.

Dédaignant la main qu'il s'apprêtait à lui tendre, le Survivant reporta son attention sur Draco. Dépité Jonathan n'eût d'autre choix que de se rasseoir. Draco soutint le regard de Harry sans ciller, conscient que le brun venait de lui offrir une petite démonstration de ses multiples talents de provocateur. L'air se chargea d'électricité. Jonathan s'éclaircit la gorge et reprit vaillemment :

« Eu égard à la sensibilité des deux parties et répondant aux instructions de mon client, j'ai rédigé une esquisse des propositions que nous aimerions vous faire afin de rendre cette tâche moins fastidieuse. Voici… »

Joignant le geste à la parole, il fit glisser sur la table un long parchemin. Harry ne daigna même pas y jeter un coup d'oeil mais Bass Urfelss s'en empara et entreprit de le parcourir.

« Vous conviendrez sûrement que nous nous sommes montrés généreux dans nos propositions matérielles, eu égard à la situation des deux parties. »

« Que voulez-vous dire par là ? » s'enquit le jeune avocat.

Jonathan leva les yeux.

« Nos clients ne vivent plus ensemble depuis trois ans. » expliqua-t-il simplement.

Trois ans, un mois et vingt-quatre jours, rectifia Harry en son for intérieur.

Si seulement Draco pouvait arrêter de faire ce bruit avec sa plume ! Il le toisait du regard comme s'il avait devant lui son pire ennemi… comme avant, à Poudlard. Les lèvres serrées, le reflet metallique de ses yeux argent, tout en lui exprimait son impatience à le chasser de sa vie, définitivement.

Une vive douleur lui vrila le cœur. C'était absurde, pourquoi souffrait-il encore ? Le regard froid, teinté de mépris, dont il l'avait enveloppé à son arrivée lui avait fait l'effet d'un coup de poignard. Draco semblait se demander comment il avait pu désirer un homme comme lui… C'était insupportable !

Bass Urfelss hocha lentement la tête.

« Merci. » dit-il avant de se replonger dans la lecture du parchemin.

Jonathan énuméra à voix haute les dédommagements financiers qu'ils avaient prévu de lui octroyer. Une violente nausée s'empara de Harry. Avaient-ils si peu de considération pour lui ?

« Quand ai-je bien pu te donner l'impression de n'être qu'un seducteur de bas étage avide de luxe et d'argent ? » coupa-t-il d'un ton tranchant.

Draco leva les yeux, imperturbable.

« Tu es ici aujourd'hui, n'est-ce pas ? Quelle autre raison pourrait expliquer ta présence ? »

Harry tressaillit. S'il n'était pas venu pour l'argent, il était ici pour tenter de le récupérer, voici exctement ce qu'il insinuait.

« Les deux parties ont invoqué des incompatibilités d'humeur pour justifier leur séparation. » intervint promptement Jonathan, sentant venir cris et insultes. « Il n'y a donc aucune raison d'entamer une procédure de divorce pour faute. Etes-vous d'accord ? »

« Absolument. » dit Bass Urfelss.

Mais Harry n'était pas d'accord, lui. Il dévisageait l'homme qu'il avait épousé quatre ans plus tôt, cet homme qui oubliait trop souvent qu'il avait un mari, prétextant un emploi du temps surchargé. Sauf la nuit. La nuit, il se souvenait de lui et réclamait son dû, sans se soucier de ses états d'âme. Car c'était bel et bien pour le retenir dans son lit qu'il l'avait épousé en toute hâte. Leur entente sexuelle était parfaite, ils faisaient l'amour avec fougue et tendresse, passion et pudeur, ni l'un ni l'autre n'ayant jamais connu une telle plénitude au plan physique.

Hélas, Draco n'avait pas compris que le mariage ne se résumait pas à une harmonie charnelle. Il avait refusé d'écouter son désaroi et, lorsqu'il avait commis l'erreur de tomber enceinte, leur union avait volé en éclat.

« Comment cela a-t-il bien pu se produire ? » avait-il demandé, fou de rage, quand Harry l'avait mis au courrant de son état.

N'avaient-ils pas suffisamment de problèmes comme ça ? Un enfant en serait un de plus ! Draco l'avait accusé d'avoir bu la potion Pregment en douce pour avoir l'enfant qu'il lui refusait. Harry avait été scandalisé et avait nié en bloque. Malheureusement ne pouvant fournir aucune explication à son état, Draco avait refusé de le croire. Que Draco le croit capable d'une telle perfidie, l'avait affreusement blessé… plus même que son indifférence à son égard en dehors du lit conjugal. Son attitude avait prouvé à Harry que son mari ne le connaissait absolument pas.

Une visite chez son Médicomage avait clarifié la situation. Le désir de Harry d'avoir un enfant avait été si intense, qu'inconsciemment, sa magie avait réagi sur son corps, le transformant de telle manière qu'il puisse concevoir et revecoir un embryon. Cet événement était très rare car il fallait bien sûr que le sorcier soit démesurément puissant pour permettre la métamorphose du corps sans effets secondaires néfastes, mais c'était du déjà vu dans le monde magique. Certains disaient même que Merlin avait utilisé ce procédé pour enfanter.

Le Médicomage leur avait expliqué que les émotions fortes qu'avaient ressenti Harry étaient causés en grande partie par le changement qui s'était opéré à l'intérieur de son corps. L'augmentation de certains hormones, la diminution d'autres avaient provoqué des sautes d'humeur continuelles. Il avait prescri aussi repos et calme pour Harry jusqu'au dernier stade de sa grossesse car les risques de fausses-couches étaient plus élevés chez un homme que chez une femme.

Malheureusement la tension qui l'entourait n'avait laissé aucun répit à Harry. Deux mois plus tard, il perdait le bébé et Draco avait eu du mal à cacher son soulagement. Ils étaient trop jeune et n'étaient pas prêts à devenir père, selon lui. C'était mieux comme ça. Ces mots avaient emplifié le vide qu'avait ressenti à la perte du petit être qui grandissait en son sein.

A quoi t'attendais-tu de la part d'un Serpentard ?! songea-t-il avec amertume.

Submergé par un mélange de tristesse et de rancœur, Harry sentit la colère couler dans ses veines comme du poison. Au même instant, Draco cessa de marteler la table avec sa plume, comme s'il était conscient qu'un rien suffirait à faire éclater sa rage.

« Votre client a quitté mon client de sa propre initiative. » expliqua Jonathan à Bass Urfelss. « Ils n'ont eu aucun contact depuis. »

C'était exact. Draco ne s'était même pas donné la peine de prendre de ses nouvelles. Pas un hibou, rien, il n'avait rien reçu de lui ! Le tapotement reprit, plus agaçant que jamais. Le faisait-il exprès pour le faire sortir de ses gonds ?! La bouche de Draco se durcit, comme si les mots de son avocat l'avaient contrarié.

A l'évidence, son mari se moquait bien de ce qu'il pouvait ressentir. C'était ainsi depuis le début mais aveuglé par l'amour, Harry avait oublié qu'il avait affaire à un type qui avait failli rentrer de son plein gré au service de Voldemort.

« Mr Malefoy verse chaque mois une somme d'argent considérable sur le compte de Mr Potter mais il semblerait que celui-ci n'ait jamais perçu les virements. » reprit Jonathan.

« Je ne veux pas de ton argent. » lança Harry à l'adresse de Draco. « Je n'ai pas touché la moindre noise de tes virements. »

« Cela ne me regarde pas. » répliqua-t-il avec un haussement d'épaules désinvolte.

« Passons à la maison de San Francisco, aux Etat-Unis. » enchaîna Jonathan. Draco avait acheter cette immense demeure pour y séjourner lorsqu'ils rendaient visite son oncle Rémus. « Mon client a émis le souhait d'en faire don à Mr Potter en tant que… »

« Je ne veux pas non plus de ta maison. »

« Mais… Mr Potter… je ne crois pas que… »

« Tu prendras la maison. » déclara Draco d'un ton qui n'admettait pas de réplique, comme s'il s'adressait l'un de ses collaborateurs stupides.

Mais c'était Harry Potter qu'il avait en face de lui, pas l'un de ses employés. Et personne n'imposait sa volonté à Harry Potter.

« Non, merci. » dit-il d'un ton aussi catégorique que celui de son mari, avant d'ajouter le sarcasme dans la voix : « Serait-ce une manière de soulager ta conscience ? »

Il vit les pupilles de son époux se rétrécir dangeureusement.

« Je n'ai aucun problème de conscience. »

En as-tu seulement une ?

Mais au lieu de poser la question, Harry s'adossa nonchalament à sa chaise en arquant un sourcil dubitatif.

« Mais peut-être devrions-nous parler de ta conscience, Harry. » ajouta Draco d'un ton doucereux qui ne présageait en général rien de bon, en se pendant en avant, le regard perçant.

« Draco, je ne pense pas qu'il soit nécéssaire de… » tenta d'intervenir Jonathan.

« Garde ta maison. » coupa Harry, glacial. « Et tout ce qui figure sur cette fichu liste ! »

« Tu n'attends donc rien de moi ? »

« Absolument rien. » assena Harry, savourant la bouffée de pur satisfaction que lui procurait ces mots.

Le visage de Draco reste de marbre mais la teinte noire qu'avait pris ses yeux prouvait son mécontentement. Harry sentit aussi peser sur lui le regard éberlué de Bass Urfelss. Il avait droit à la moitié des richesses de son mari et il n'en voulait pas… le pauvre ne comprenait plus rien ! Il s'apprêtait à ouvrir la bouche mais Harry le devança.

« Je ne veux ni de tes maisons, ni de ton argent. » martela-t-il, froidement, cachant parfaitement sa jubilation. « Je veux simplement que tu disparaisses de ma vie, c'est tout. Et je ne veux plus de ton alliance. » ajouta-il en l'arrachant de son annulaire pour la pousser en direction de Draco. « Pas plus que je ne veux de tes précieux bijoux de famille. » conclut-il d'un ton lourd de mépris.

Sous les regards stupéfaits des deux avocats et celui, indéchiffrable, de Draco, il sortit une enveloppe cachatée de la poche intérieure de sa veste et la jeta sur la table.

« Tu trouveras dans cette enveloppe la clé d'un coffre-fort de Gringotts et une lettre te donnant l'autorisation de récupérer son contenu à ma place. » lui expliqua-t-il. « Tu n'auras qu'à les offrir à ton futur époux. Il en sera probablement plus digne que moi. »

Draco le fixa sans ciller alors que Survivant donnait libre cours à son ressentiment. Lorsqu'il eut terminé, le blond demanda d'un ton monocorde :

« Je réitère ma question : qu'attends-tu de moi, au juste ? »

« Le divorce ! » cingla Harry, les yeux brillants de colère. « C'est tout ce que je désire ! Un divorce rapide et sans histoire afin de pouvoir te rayer définitivement de ma vie ! »

« Ne me cherche pas, Harry, ou tu risquerais de le regretter. » menaça Draco, polaire.

Le jeune homme émit un rire froid.

« Parce que tu crois que j'ai peur de toi, Draco ? » demanda-t-il d'une voix étonnament calme ayant maîtrisé la rage qui l'avait dominé un instant. « Ne profères pas de menaces qui pourraient se retouner contre toi ! »

Une paire d'yeux gris le transpercèrent comme deux couteaux acérés.

« Est-ce à cause de ce Vénale qui t'attend à l'hôtel ? »

Harry se raidit. Mais sa surprise céda vite la place à l'indignation.

« Tu m'as espionné ! »

« Je plaide coupable. » railla son mari en se carrant dans son fauteuil avec une désinvolture exaspérante. « Sais-tu que l'adultère est un vilain péché ? Si je voulais te compliquer la vie, je pourrais très bien vous traîner devant les tribunaux, toi et ton amant. »

Mais Harry ne fut pas le moins du monde impressionné par les dires de son mari.

« Fais-le, je m'en moque. Quoi qu'il en soit, je n'accepterais pas la moindre noise de ta part. »

Sur ces paroles catégoriques, il se leva sous les regards interdits des deux avocats.

« Harry, s'il vous plaît… » intervint Jonathan.

« Mr Potter, accordez-vous le temps de la réflexion… » enchaîna Bass Urfelss.

« Laissez-nous seuls, voulez-vous ? » ordonna soudain Draco. « Reste ici, Harry. »

Au ton de sa voix, celui-ci comprit qu'il n'hésiterait pas à utiliser la magie s'il le fallait pour le retenir. Pour ne pas que l'entrevue se termine dans un bain de sang dont il sortirait vainqueur, à n'en pas douter, il obéit de mauvaise grâce. Il vit les deux avocats passer à côté de lui, tête basse, comme deux rats désertant le navire. La porte se referma doucement derrière eux. Ils étaient seuls. Harry pivota sur ses talons, le regard étincelant de rage.

« Tu n'es qu'un vil serpent. » lança-t-il avec dédain.

Il esquissa une grimace faussement offensée.

« Un vil serpent… alors que toi, mon ange, tu es un gentil et courageux petit lion. »

Mon ange… Ces deux petits mots firent tressaillir Harry. Toujours assis sur sa chaise, parfaitement décontracté, Draco se remit à jouer avec sa plume. Toutefois, ce calme apparent ne le trompa pas. Sa bouche avait pris un pli dur, ses mâchoires étaient serrées et ses yeux gris brillaient dangereusement derrière ses longs cils. Il fulminait.

« Parle-moi de Jonas Marvel. »

Harry ne put s'empêcher de rire, tant la question lui parut incongrue. Comment osait-il demander des explications après trois années de silence total ? Il avança vers la table, posa ses mains sur le plateau verni et planta son regard dans le sien.

« Jonas et moi entretenons une relation purement sexuelle. » mentit Harry avec insolence. « J'aime faire l'amour, au cas où tu l'aurais oublié. De l'avis de Jonas, je suis un excellent amant. Il… »

Tel un serpent fonce sur sa proie, Draco contourna la table d'un mouvement fluide et le prit dans ses bras. L'instant d'après Harry était allongé sur la table, coincé sous Draco dont le visage n'était qu'à quelques centimètres du sien. Une vague de sensations le submergea tandis que son esprit s'encombra d'images délicieusement érotiques, issues d'une époque où aucun d'eux n'aurait bridé le désir qu'ils avaient l'un de l'autre.

« Répète ce que tu viens de dire. » murmura-t-il dans le creux de son cou brûlant.

Luttant à grand-peine contre l'envie de nouer ses doigts sur la nuque de son compagnon, Harry baissa les yeux, appeuré par l'intensité des émotions qui le surbmergeaient. Voilà, il suffisait que Draco le prenne dans ses bras pour qu'il sente sa volonté s'affaiblir. Que lui avait donc fait ce maudit Serpentard ?!

« Laisse-moi tranquille. » articula-t-il dans un murmure.

Mais le dernier mot se perdit sur les lèvres de Draco qui captura sa bouche dans un baiser d'une douceur inattendue. En quelques instants, Harry abondonna toute envie de résister à cet homme qui savait si bien l'embrasser. Il ne protesta pas quand il ouvrit sa veste beige et se contenta de gémir lorsque ses longs doigts déboutonnèrent habilement sa chemise noire pour caresser son torce. S'accrochant à ses larges épaules, il s'arqua contre lui quand il pinça entre le pouce et l'index un téton durci par le décir.

Leur étreinte était tellement… primitive, le feu qui les dévorait était tellement incontrôlable ! On n'entendait plus que leurs respirations saccadées et le bruissement du tissu sur le bois verni. L'air était débordante d'une sensualité torride. Grisé par le plaisir, Harry savoura la douceur de ses lèvres sur les siennes, la caresse langoureuse de sa langue, l'ondulation de son bassin à laquelle répondaient ses hanches, irradiées d'une exquise chaleur. S'il glissait sa main entre ses jambes, s'il effleurait du bout des doigts son sexe dressé, il s'abandonnerait à lui. Sans l'ombre d'une hésitation.

Tout à coup, Draco le libéra. Désorienté, Harry resta allongé sur la table. Il cligna plusieurs fois des yeux, s'efforçant de reprendre son souffle. Draco se tenait devant lui, impassible. Harry avait oublié la colère qui avait initié leur étreinte. Mais à présent que tout lui revenait en mémoire, une violente vague d'humiliation lui broya le ventre.

Seul Draco avait un tel pouvoir sur lui : le pouvoir de transpercer toutes ses défences pour le laisser vide de volonté, à sa merci. Il était beaucoup plus puissant que le blond c'était indéniable, mais celui-ci pouvait d'annihiler toute sa volonté rien qu'en le touchant. Draco était dangereux… Très dangereux !

Avant qu'il ait le temps de réagir, Draco le prit par la taille et l'aida à se relever. Lorsque son mari croisa son regard étincelant, un soupir s'échappa de ses lèvres.

« Je te déteste. » murmura Harry d'une voix rauque. « Tu n'es qu'un être abject. »

Le visage de son mari s'assombrit.

« Tu n'aurais pas dû venir ici avec ton amant. C'est une insulte pour moi ! »

Submergé par un flot d'émotions intenses et contradictoires, Harry leva la main et lui assena une gifle retentissante. Puis il ramassa sa cape et tourna les talons. Ses cheveux était encore plus en bataille qu'à l'accoutume, ne faisant même plus l'illusion d'un effet de style voulu, ses lunettes avait glissé sur son nez, ses lèvres étaient gonflées et rouge, son teint très pâle, sauf ses joues qui avait une joli couleur rose. Bref son visage était la preuve vivante de ce qui s'était passé.

D'un pas furieux, il se dirigea vers la porte, remontant la fermeture éclair de sa veste sans se préoccupé de reboutonner sa chemise dont les pans dépassés de sa veste. Heureusement, sa cape camoufla cette tenue débraillée.

Draco ne chercha pas à le retenir. Quand Harry fit irruption dans la pièce voisine, les deux avocats le considérèrent d'un air éberlué.

« Qu'il rédige les papiers comme bon lui semble. » déclara-t-il à l'adresse de Bass Urfelss. « Je signerais. »

Sans un mot de plus, il poursuivit son chemin.