Dans la salle du conseil, Draco ruminait sa colère. Il était furieux contre lui-même. Avait-il perdu la raison pour le traiter de façon aussi irrespectueuse ? Bon d'accord, d'un Malefoy cela n'avait rien d'étonnant, c'était même dans sa nature ; mais le jour de son mariage avec Harry, il s'était juré de toujours le traiter avec un respect irreprochable, et cela quelque soit la situation. Il n'avait aucune excuse, absolument aucune !
De quel droit réagissait-il ainsi alors qu'ils étaient séparés depuis trois ans ? Beau, désirable et fougueux, Harry avait trouvé du réconfort dans les bras d'un autre… et alors ? N'était-il pas normal, après trois années de silence ?
Etouffant un soupir, Draco passa une main lasse sur ses yeux. Aussi bizarre que cela puisse paraître, pas une seule fois en trois ans il ne l'avait imaginé avec un autre homme. Quel idiot ! A croire qu'à force de fréquenter des Gryffondor, il était devenu aussi naïf que eux ! Ou plus exatement, il n'aurait jamais pensé que Harry trouverait mieux ailleurs ! Quel monstre d'arrogance !… Quoique ça, c'était dans ses gènes, donc il ne pouvait rien y faire !
Dès l'instant où Harry avait franchi le seuil de cette pièce, Draco s'était laissé gagner par une jalousie incontrôlable. Tel le stéréotype du barbar scandinave, dominateur et possessif, il n'avait pas réussi à dominer le ressentiment qui lui perçait le cœur. Résultat, il avait perdu son sang-froid, chose qu'il détestait au plus haut point. Son père devait se retourner dans sa tombe devant un tel manque de self-control !
Il plaidait coupable. Coupable de cruauté morale, d'irrespect et de stupidité. La porte s'ouvrit au moment où il se servait une rasade de Flame Sang et se tourna vers Jonathan.
« Qu'a-t-il dit ? »
« Qu'il signerait tous les papiers que je lui présenterais, quel que soit leur contenu. Je te conseille d'en profiter avant qu'il change d'avis. Je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais il semble encore très perturbé. »
« Il m'a avoué de but en blanc qu'il couchait avec cet abruti. » marmonna Draco, comme si cela suffisait à expliquer sa conduite.
« Et toi, lui as-tu dit que tu voulais divorcer rapidement afin de pouvoir te remarier ? »
Draco leva sur son parrain un regard interdit.
« Qui t'a raconté ça ? » aboya-t-il, glacial.
L'avocat haussa les épaules, mais son teint soidain très pâle, Draco sut qu'il n'en menait pas large.
« C'est la rumeur qui court. »
La rumeur, songea Draco, partagé entre la stupeur et la colère.
Par qui avait-elle été lancée cette rumeur ? Sa grand-mère, calculatrice ? Son cousin Côme, optimiste ? Non sûrement pas Côme. Ce n'était pas son genre de colporter ce genre de nouvelles. Par contre sa chère grand-mère adorait s'immicer dans sa vie privée, comme si c'était la chose la plus naturel du monde. Il aimait énormément son ailleul, mais parfois il avait envie de lui jeter le sort d'Oubliette pour qu'elle lui foute un peu la paix.
« La rumeur raconte beaucoup de chose. » murmura-t-il comme pour lui-même. « De toute façon, Harry ne sera plus là pour l'entendre. »
Pourquoi était-ce si important à ses yeux ? Un soupir s'échappa de ses lèvres. Pourquoi continuait-il à se soucier de l'opinion d'un homme qu'il avait pas vu depuis trois ans ? Surtout lui, qui ne se préoccupait jamais des avis autres que le sien ?
Le silence qui s'étirait éveilla son attention. Levant les yeux sur Jonathan, il décela dans son expression quelque chose d'indéfinissable, voir d'inquiétant.
« Quoi, qu'y a-t-il ? »
« Il est déjà au courant. » l'informa Jonathan. « Son avocat a évoqué les Langester avant de se lancer à sa poursuite. Il semblerait que ce jeune type ait mené une enquête appronfondie pour monter le dossier de son client. » ajouta-t-il avec une pointe de respect dans la voix. « Il savait que Orthon avait passé quelques jours sur ton yacht, précisant qu'il connaissait les opinions rigides des familles de Sang Pur concernant les laisons extraconjugales. Il a laissé entendre qu'un scandale de ce genre nuirait considérablement à la réputation de deux familles comme les vôtres. Il est intelligent et très adroit, ce jeune avocat. » conclut Jonathan. « Dommage que Granger l'ait repéré en premier. »
Mais Draco l'écoutait à peine. Ses pensées étaient ailleurs. Il revit le visage de Harry quand il était entré dans la pièce, revit la colère, la haine, l'hostilité qui assombrissaient ses traits.
« Par Serpentard. » murmura-t-il alors que tout s'éclairait dans son esprit.
Pourquoi n'avait-il pas capté ces signaux pourtant évident ? C'était une réaction typique de Harry : quand il souffrait, il passait à l'attaque. Et lui, pauvre imbécile, était une fois de plus passé à côté de l'essentiel !
« Pour être franc, l'absence de contrat de mariage me donne du souci. » poursuivit Jonathan. « Il pourrait très bien décider de traîner ton nom dans la boue, tu comprends… »
Tournant les talons, Draco avisa la table vernie. Son estomac se contracta – non par dégoût pour ce qu'il avait fait mais pour des raisons beaucoup plus bassiques. Il sentait encore la chaleur du corps de Harry pressé contre le sien, gardait sur ses lèvres le goût de sa bouche.
A l'autre bout de la table gisaient son alliance et l'enveloppe contenant la clé qui lui permettrait de récupérer les fameux bijoux de famille. Draco fronça les sourcils. Quelle appellation stupide !
Ainsi, Harry a porté son alliance jusqu'à aujourd'hui, même après trois ans de séparation, songea-t-il en jouant distraitement avec son propre anneau d'or.
Etait-ce normal qu'un homme garde son alliance quand il prenait un amant ?
Cette pensée lui arracha une grimace. L'amant blond, bronzé et musclé… Une bouffé de colère l'assaillit brutalement. La jalousie, telle une coulée de lave, brulait ses veines. Allait-il réellement laisser un autre toucher son mari ? Allait-il réellement permettre qu'un homme, autre que Harry, le toucher ? Voulait-il réellement se séparer définitivement de la seule personne qu'il n'ait jamais aimé à la folie ? Voulait-il réellement radier Harry de sa vie ?
Le visage radieux de son mari le jour de leur mariage surgit devant lui. Il souriait, heureux, les yeux brillants comme deux émeraudes. Un sourire si chaleureux, si tendre, si étincelant qui lui réchauffait ce cœur si froid en temps normale. Harry… Harry… son lion indomptable, son ange noir…
A cet instant, il cessa enfin de museler la petite voix qui hurlait en lui depuis qu'il avait pris la décision de divorcer. Posant son verre d'un geste sec, il se dirigea vers la table, ramassa l'alliance et l'enveloppe. Sa décision était prise et irrévocable… quoiqu'en pensait sa famille !
« Rédigeons les papiers tout de suite, Draco. » suggéra Jonathan.
« Plus tard. » dit ce dernier d'un ton absent.
« En tant qu'avocat, je te conseille de capturer le tant il est visible si tu tiens à un divorce simple et rapide. » insista Jonathan.
Mais je ne veux pas divorver, rétorqua une voix ferme dans l'esprit de Draco. Ce que je veux, c'est récupérer mon mari. Mon mari !
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Sitôt qu'il arriva dan la rue côté moldu, Harry transplana. Il pénétra dans le Chaudron Baveur précipitament, aveuglé par le chagrin. Sa colère était retombée pour laisser place à la détresse et la confusion la plus totale. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas ressenti ce genre d'émotions. Il n'avait même pas attendu Bass Urfelss.
« Tout va bien, Mr Potter ? » s'enquit Tom, en le dévisageant avec une sincére inquiétude.
Quelle impression donnait-il avec ses cheveux plus en bataille que jamais, son visage pâle aux pommettes rosies dans lequel brillaient ses yeux verts perdus ? Sous sa veste fermée bâillait sa chemise déboutonnée et sa bouche portait encore l'empreinte du baiser enflammé de Draco.
« Oui… merci. » murmura-t-il en baissant les yeux pour qu'il ne voit pas ses émotions.
Comment Draco avait-il osé le traiter ainsi ? Cet homme n'avait donc aucune morale ?!… Question stupide ! C'était un Malefoy, le mot 'morale' ne devait même pas faire parti de son vocabulaire !
Tu l'as poussé à bout, souffla une petite voix railleuse. Toi qui étais venu avec l'intention de lui faire payer son infidélité, te voilà bien avancé !
Il contempla d'un air hébété son annulaire étrangement nu. Etait-ce l'humiliation que Draco lui avait fait subir qui le blessait le plus ou la prise de conscience terrifiante qu'il l'aimait toujours ?
Cette évidence l'avait frappé de plein fouet à l'instant où Bass Urfelss avait mentionné le nom de Orthon Langester, laissant entendre que celui-ci prendrait propablement sa place une fois le divorce prononcé. Ainsi, Draco n'avait pas oublié son ancien amour…
Je le déteste ! songea-t-il, gagné par le désespoir, la haine dansait la sarabande dans son esprit confus.
Draco ne le rendrait jamais heureux. N'avait-il pas retenu la leçon, après trois années passées loin de lui à tenter d'analyser l'attirance qu'il exerçait sur lui et les raisons de l'échec de leur union ?
En quelques instants, il fut dans sa chambre. Il se débarrassa rapidement de ses vêtements et alla directement prendre une douche.
Plus jamais !
Plus jamais il ne tomberait dans les pièges tendus par Draco Malefoy. Il se savonna vigoureusement comme pour effacer l'odeur dans son futur-ex-mari, qu'il crut sentir sur sa peau.
Il n'avait pas besoin de lui. Qu'il rédige les papiers comme bon lui semble, il s'en moquait, après tout. Il sortit de la douche, attrapa une serviette et s'essuya rapidement avant d'enfiler un jean et un gros pull à col roulé.
Il l'obtiendrait son divorce ! Il pourrait alors épouser Orthon Langester et lui donner de jolis bambins blond aux yeux argent qui assureraient sa descendance…
Harry se figea. Le peigne qu'il tenait à la main sembla se suspender dans l'air tandis que la véritable signification de ses pensées pénétrait son cerveau. Draco avait-il changé d'avis au sujet des enfants ?
Qu'avait dit Bass Urfelss, au juste ? Il se remémorait les paroles de son avocat tout en terminant de coiffer ses mèches rebelles qui revenaient désespérément au même endroit après chaque coup de peigne. Son avocat avait parlé d'une 'histoire d'héritage'. Conor était sur le point de se marier ; bien qu'étant le cousin de Draco, il deviendrait le premier héritier s'il avait un fils avant ce dernier.
Un flot de larmes lui brouilla la vue. Il le lui aurait volonties donné ce fils qu'il semblait désirer à présent. Il lui aurait fait une ribambelle d'enfants s'il le lui avait demandé. Mais non, il ne l'avait pas jugé digne d'être le père de sa progéniture…
Terrassé par une vague de douleur, il resta un long moment immobile, devant la glace, les yeux fermés. Quand il se fut enfin repris, il mit une casquette noire pour ne pas être reconnu, prit son carnet de dessin et sa grosse doudoune, puis quitta la chambre. Ainsi accoutré, il avait l'air d'un de ses adolescents dans le vent qui peuplaient les rues de la capitale. Il fallait absolument qu'il s'aère l'esprit s'il ne voulait pas passer la reste de la journée à se morfondre.
Une fois dans le couloir, il se souvint de la présence de son oncle. Il ne pouvait pas partir sans lui avoir donné quelques nouvelles, fussent-elles éducolorées. S'armant de courage, il frappa à la porte voisine. Personne ne répondit. Rémus était probablement sorti avec Jonas. Soulagé, le jeune homme descendit le petit escalier qui donnait sur le bar de l'auberge. Il donna un message à Tom à l'intention de son oncle, s'ils revenaient avant lui.
Au moment où il franchissait la porte du Chaudron Baveur côté moldu, Bass Urfelss se matérialisa devant lui.
« Ca y est, ils ont terminé la rédaction des papiers ? » s'enquit Harry en s'efforçant de masquer sa contrariété.
Le jeune avocat mit une seconde à le reconnaître sous son 'déguisement moldu'.
« Non. En fait, Mr Malefoy est parti tout de suite après vous. »
Harry fronça les sourcils.
« Alors, que se passe-t-il, maintenant ? »
« J'attends qu'ils me contactent. » répondit l'autre.
« Vraiment ? Puisque nous sommes à leur disposition, Mr Urfelss, je vous conseille de prendre votre après-midi. » dit-il d'un ton narquois. « Profitez-en pour visiter un peu la ville du côté moldu, si vous n'y êtes jamais allé. »
Bass Urfelss secoua la tête.
« Vous rentrez à San Francisco demain soir, Mr Potter. Il serait bon que nous discutions ensemble du dossier afin de… »
« Je ne veux rien de mon mari. » coupa Harry. « Mais, j'accepterai toutes ses conditions si cela peut nous permettre d'obtenir un divorce dans les meilleurs délais. J'aurait cru que Hermione vous avait fait part de mes exigences. Ils nous appelleront sans aucun doute demain pour nous présenter leur propositions. Je signerais les papiers et nous rentrerons. »
Pour ne jamais revenir, ajouta-il mentalement en s'éloignant laissant derrière lui son avocat interloqué.
Le froid mordant d'octobre lui fouetta le visage dans qu'il sortit du Chaudron Baveur. Montant la fermeture éclair de sa doudoune, il regarda d'un air absent les passants se presser dans la rue. Où irait-il ? Dans un quartier qui ne lui rappelerait pas Draco, frocément.
Et ils sont nombreux, songra-t-il avec ironie.
Lors de l'année qu'il avait passé avec Draco, celui-ci n'avait jamais le temps de faire une sortie en tête à tête avec lui. Il passait des heures et des heures à son bureau, travaillant sans relache. Harry était sorti le plus souvent avec ses amis ou seul.
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Draco venait d'arriver au Chaudron Baveur par le côté sorcier quand il aperçut Harry sur le seuil de la porte d'entrée côté moldu qui parlait avec son avocat. D'après ses vêtements, Draco conclut que son mari s'apprêtait à sortir. Un pli barra son front. Contrairement à ce qu'il avait imaginé, son mari n'était pas en train de s'apitoyer sur son sort, reclus ddans sa chambre d'hôtel. Où allait-il, vêtu de sa tenue de camouflage moldu ? Combien de fois avait-il contemplé sa magnifique silhouette alors qu'il s'éloignait d'un pas décidé sans se donner la peine de lui dire où il allait, ni ce qu'il comptait faire… ?
Les mâchoires de Draco se crispèrent. Il connaissait la raison de ces longues promenades solitaires. La plupart du temps, elles intervenaient après une dispute – Harry était venu lui demander quelque chose et il l'avait rabroué sans même l'écouter, trop absorbé par son travail. Une vague de culpabilité l'assaillit. Son mauvais caractère avait tout gâché. Incapable de s'accorder un peu de temps pour décompresser, il n'avait pas cessé de tancer et critiquer son époux, indifférent à son désarroi.
Etouffant un soupir, Draco transforma sa robe de sorcier taillée sur mesure en une tenue moldue décontractée, calquée sur celle de Harry. Jean sombre, pull à col roulé, gros anorak et casquette noire. Lucifer, heureusement que son père était mort où il aurait eu une crise cardiaque en le voyant habillé ainsi !
Sa décision était prise. Il suivrait Harry et tenterait de lui parler calmement. Peu importait l'opinion de son entourage : c'était une affaire entre son mari et lui.
Au même instant, Harry disparut derrière la porte d'entrée. D'un pas décidé, Draco traversa la taverne et sortit du Chaudron Baveur. Il le vit tourner au coin de la rue à sa droit et le suivit aussitôt.
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C'était bon de marcher. Dès les premiers pas, Harry sentit son corps se détendre et un sentiment de bien-être l'enveloppa lorsqu'il se fondit dans la foule. Il prit le métro jusqu'au centre, s'arrêta ça et là en jetant des coups d'œil curieux aux vitrines des magasins, sirota un café au lait brûlant jusqu'au parc, où il s'installa sur un banc et commença à dessiner traquillement les autres promeneurs. Il adorait dessiner. C'était devenu un passe temps précieux qui l'aidait à se détendre lorsqu'il était trop sous pression à cause de son travail.
Une femme et son bébé. Les enfants qui jouaient dans les bac à sable. Un couple de retraités assis sur le banc en face du sien. Un écrureil en quête de noix. Les canards chantonnant sur l'étang. Peu à peu, appréciant l'ambiance apaisante du parc, il oublia tous ses problèmes pour se plonger corps et âme dans ses croquis. Une heure plus trad, il était toujours assi sur le même banc, faisant glisser la mine sur le papier blanc, totalement absorbé par sa tâche.
Il était en train de dessiner une petite fille de huit ans environ qui prenait la pose, lui souriant avec espièclerie sous les yeux mi-amusés, mi-agacés de sa mère, lorsqu'il sentit une présence derrière lui. L'instant d'après, une main se posa sur son épaule et il se raidit. Il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir à qui appartenait cette poigne froide et puissante.
Ce qui le contrariait, c'était qu'il n'avait pas sentit sa présence plutôt. Normalement, il savait toujours qui l'entourait, grâce aux auras que dégageait les autres. Malheureusement, pour une raison qui lui échappait totalement, il n'avait jamais pu l'identifier, même s'il était juste dans son dos. Du moins par pas la magie.
Son sourire se figea tandis que la fillette regardait le nouvel arrivant avec curiosité. Harry reprit son portrait comme si de rien.
« Bonjour, jeune fille. » dit la voix grave et étonnament douce de Draco. « Je comprend maintenant pourquoi mon mari dispârait si souvent sans mot dire. Il préfère la compagnie d'une charmante princesse. »
Prononcé d'un ton mi-flatteur, mi-amusé, ces paroles arrachèrent un gloussement à la fillette et un sourire malicieux à sa mère. Cette dernière regardait les deux hommes fixement, avant qu'une lueur de compréhension de passe dans ses yeux noirs. Le mot 'mari' avait du l'interloquer.
Draco fut surpris de ne pas voir du dégoût se peindre sur le visage de la mère. Au contrairement même, elle lui sourit chaleureusement avant de reproter son attention sur son livre, tout en jetant de réguliers coups d'œil à sa fille pour ne pas la perdre de vue. De tout façon, celle-ci semblait trop captivée par Draco pour penser à fuir la surveillance maternelle.
Même les fillettes n'échappent pas à son charme, pensa Harry qui mettait la dernière touche au dessin avant de dégraffer la feuille et de la tendre à l'enfant.
Celle-ci courut le montrer à sa mère qui en resta muette d'admiration. Elle remercit chaleureusement Harry qui lui répondit par un sourire qui fit chavirer le cœur de Draco. La fillette du nom de Anna lui fit un bisou sur la joue avant de rougir et de glousser. Puis elles partirent en les saluant.
Draco s'assit à côté de son mari. Il ne le regarda pas tout de suite mais fixa un point invisible devant lui, sourcils froncés. Harry était étonné de voir son mari vêtu à la moldu. Et for lui était de constater que Draco était tout simplement super. De plus, il ressemblait beaucoup plus au séduisant jeune homme dont il était follement épris qu'à l'homme d'affaires distant et implacable qu'il avait découvert dès leur arrivée à Londres.
A cette pensée, Harry sentit son cœur s'emballer.
« Comment m'as-tu retrouvé, Draco ? Tu continues à me faire suivre, c'est ça ? C'est terriblement mesquin tu sais. »
Il plongea son regard gris dans le sien.
« Je suis un Malefoy. » dit-il simplement. « Tu ne m'as jamais dit que tu avait un tel talent pour le dessin. » ajouta-il.
Désarçonné, Harry haussa les épaules.
« Je… j'ai toujours eu une espèce de don pour dessiner. Petit, je n'avais pas grand chose à faire lorsque j'étais enfermé dans… »
Harry s'interrompit net en se rendant compte de ce qu'il allait dire.
« Où étais-tu enfermé ? » demanda Draco, alors que le silence s'éternisait entre eux.
Il vit Harry se fermer comme une huître et sentit une rage sourde le submerger. C'était toujours ainsi. Dès qu'ils abordaient son passé, son mari devenait distant, se cachant dans un monde secret qu'il ne pouvait atteindre. Inspirant pronfondément, Draco d'évertua au calme. Il n'était pas venu pour faire une scène à Harry, mais pour lui parler de leur avenir commun. Malheureusement, il ne put contrôler son ressentiment trop longtemps refoulé.
« Pourquoi ? Pourquoi tu ne me parles jamais de toi ? Tu as vécu ici, à mes côtés, une année durant. Tu as habité parmi les miens, mangé, dormi avec moi, rencontré ma famille et mes amis sans jamais me parler de ce qui a fait de toi ce que tu es aujourd'hui. Te rends tu compte que je ne savais même pas que tu aimais dessiner. A chaque fois que les gens que je te présentais te posaient des questions sur ton passé, tu te fermais comme une huitre, sans leur répondre. » conclut-il d'un ton réprobateur.
« Cela ne les regardait pas. » répliqua Harry.
Les yeux de Draco brillèrent d'un éclat métallique. Et lui alors ? Cela ne le regardait pas non plus ? N'avait-il donc pas le droit de réconforter son mari lorsqu'il éprouvait de la peine ?
« Tu n'as jamais essayé de t'intégrer au sein de ma famille. En vérité, tu faisais peur à tout le monde, avec ta langue acéré et tes attitudes provocateurs, sans oublier le fait que tu soit le Grand Harry Potter, le plus puissant sorcier du monde magique. Tu méprisais leur attachement aux traditions et tu n'as jamais voulu faire la moindre concession quand il s'agissait d'aplanir les divergences d'opinion. En fait, j'avais l'impression que tu ne te sentais bien que dans mon lit, blotti entre mes bras. »
Harry l'écouta sans mot dire, trop stupéfait pour l'interrompre. Pensait-il vraiment tout ce qu'il disait ?
« Il n'est guère étonnant que notre mariage n'ait pas tenu le coup. » murmura-t-il enfin. « Ton opinion de moi n'est pas meilleur. »
« Je t'aimais. » objecta Draco.
Harry laissa échapper un rire amer.
« Dans ce lit que tu viens de mentionner, peut-être ! En dehors de la chambre à coucher, je n'existais plus pour toi. »
« J'allais ajouter que, hélas, l'amour n'est pas toujours aveugle. » enchaîna Draco. « Je t'ai vu t'accrocher à ton désir de choquer, je t'ai vu toiser de ton petit air méprisant tous les nouveaux venus… Mais sais-tu ce qui m'attrisait le plus dans tout ça, Harry ? C'est que cette attitude ouvertement provocatrice te dérangeait autant que les autres. »
Harry demeura sileucieux. Draco avait raison, bien sûr. Il s'était sentit exclu et terriblement seul en arrivant dans la demeure familiale des Malefoy. Le seul moyen de se protéger avait été de feindre le dédain, faisant par là même ce qu'il avait tant reproché à son mari durant toute leur scolarité à Poudlard.
Mais puisqu'il avait vu clair dans son jeu, pourquoir ne l'avait-il pas aidé à surmonter son angoisse ? Parce qu'il était trop égoïste pour lui tendre la main, voilà pourquoi ! Tout ce qui l'intéressait, c'était le plaisir physique qu'il trouvait dans ses bras, rien d'autre !
S'exhortant au calme, il soutint son regard.
« Qu'attends-tu de moi, au juste, Draco ? » demanda-t-il froidement, en commençant un autre dessin. « J'imagine que tu m'as suivi pour une raison précise, pas seulement pour critiquer mon sale caratère. »
« Ce n'était pas mon intention. J'essayais juste de… »
Il s'interrompit brusquement, les yeux fixés sur la main de son mari qui courrait sur la feuille blache où les traits commençaient à former un visage, légèrement interloqué. Ce n'était encore que des lignes mais ce visage lui rapelait quelqu'un.
« En fait, je voulais te présenter mes excuses pour ce qui s'est passé ce matin. » reprit-il au bout de quelques seconds.
« Je les accepte. » dit simplement Harry. « Tu peux partir, maintenant que tu m'as présenté tes excuses. » ajouta-il d'un ton neutre qui déplut fortement Draco.
Il allait répliquer lorsqu'il vit la main de son mari qui tenait le crayon s'immobiliser d'un coup, avant de se mettre à trembler légèrement. Lorsqu'il vit le visage dessiné, il comprit ce qui perturbait Harry. C'était lui que son mari avait croqué.
Il jeta un coup d'œil au profile de son mari et le trouva bien pâle. A sa mine étonnée, il comprit que Harry avait dessiné sans vraiment prêté attention à ce qu'il faisait. Et instinctivement, c'était lui qu'il avait croqué. Draco retint un sourire satisfait. S'il avait été superstitieux, il aurait pu voir en ce fait, un présage de bonne augure pour son entreprise !
Le visage du brun s'assombrit. Il arracha la page et froissa lentement la feuille et la jeta dans une poubelle qui se trouvait non loin d'eux. Un silence pesant s'intalla entre eux alors que Harry refermait brusquement son carnet de croquis.
« Où est ton amant ? »
Harry leva les yeux, interloqué. Pourquoi ne le laissait-il pas tranquille ? Il avait besoin d'être seul ! Il jeta un coup d'œil noir à son mari, dons l'espoir qu'il comprenne le message et dégarpisse illico presto. Malheureusement, cela n'eut pas l'effet voulu.
Comme attiré par un aimant, son regard glissa lentement sur Draco. Il était magnifique. L'incarnation du beau scandinave, blond et musclé, avec de grands yeux gris ourlés de longs cils recourbés. La couleur sombre de son anorak réhaussait divinement avec son teint hâlé, et soulignait sa silhouette mince et athlétique. D'autres images, plus suggestives, défilèrent dans l'esprit confus de brun et il déglutit péniblement.
Draco était un homme d'une grand sensualité. En le voyant, on avait aussitôt envie de le toucher, de goûter la saveur de ses lèvres, de caresser sa peau souple et satinée.
« Le Mr Vénale-Sourire-Ravageur, où est-il ? » reprit-il d'un ton lourd d'ironie.
Arraché à ses pensées vagabondes, Harry cligna des yeux.
« Il s'appelle Jonas et il est Kinémage. » répondit Harry simplement, refrénant l'envie de s'inventer une liaison torride avec son voisin. « Comment va Orthon ? »
Touché, songea-t-il en voyant le blond se rembrunir.
« J'ai changé d'avis au sujet du divorce. » déclara-t-il tout de go.
Un ange passa… suivit de près par un démon qui en voulait visiblement à ses belles plumes nacrées ! Après une minute de stupeur totale où Harry enregristra difficilement ce que venait de dire son futur-ex-mari, qui apparemment ne voulait plus être si 'futur-ex' que ça, il lui jeta un regard froid, pensant que Draco s'amusait à le faire suffrir pour une raison obscure connue de lui seul.
« Et bien pas moi ! »
« Je ne crois pas t'avoir laissé le choix » rétorqua Draco avec une certaine arrogance.
Très mauvais réponse. Harry lui jeta un coup d'œil polaire, qui fit légèrement pâlir le blond.
« Je t'ai déjà dit de ne pas dire des choses que tu pourrais regretter. » laissa tomber froidement son mari, avant de détourner le visage, pour regarder d'un air absent les enfants qui jouaient dans les bac à sable. « Qu'est-ce qui t'as fait changé d'avis ? » ajouta-il au bout d'un long moment en reportant son regard à nouveau sur lui.
Les yeux argent de son mari se voilèrent tandis d'un sourire insolent étirait ses lèvres, tout sa confiance retrouvée.
« Le fait que je suis fou de désir pour toi. Depuis que tu es entré ce matin dans la salle du conseil, je ne pense qu'à une chose : te prendre dans mes bras et te faire l'amour passionnément. Tu es beau, si désirable, Harry. » murmra-t-il en l'enveloppant d'un regard ardent. « Ces trois années n'ont absolument pas entamé l'attirance que j'éprouve pour toi. A l'instant où je te parle, j'ai très envie de faire rouler sous ma langue tes tétons dresser de désir. Ensuite, je descenderais vers… »
« Arrête ! » coupa Hary en se levant d'un bond, les joues en feu. « J'en ai assez entendu. Va au diable avec tes fantasmes débridés ! »
Il passa devant lui pour le planter là, mais d'un mouvement vif qui surprit Harry, son mari referma ses doigts autour de son poignet et l'attira sur ses genoux d'un geste sec. Il eut à peine le temps de croiser son regard voilé par le désir avant de sentir ses lèvres sur les siennes, dures et exigeantes. Puis sa langue chercha la sienne et le baiser se tranforma vite en une caresse incroyablement sensuelle.
Quand il s'arracha à ses lèvres et le déposa sur le banc à côté de lui quelques instans plus tard, Harry garda les yeux fermés, parcouru de violents frissons. Et lorsqu'il se décida enfin à soulever les paupières, il vit Draco plonger une main dans la poche de son anorak. L'instant d'après, quelque chose atterrit sur le banc entre eux, avec un bruit metallique.
Encore sous le choc, Hary fixa l'objet sans comprendre. Il pouvait à peine respirer, son cœur battait à grands coups désordonnés dans sa poitrine. Comment avait-il osé l'embasser en public, sans se soucier des regards curieux, incrédules, dégoutés ou amusés posés sur eux ? Comment osait-il le troubler au point de lui ôter toute sa force de volonté ? Lui qui était réputé pour avoir une détermination de fer !
Au prix d'un effort, il parvint à se ressaissir et leva sur lui un regard glacial.
« Je veux que tu la portes. » ordonna-t-il d'un ton péremptoire qui fit tiquer Harry.
« Hors de question ! »
« Tant que tu seras encore mon mari, tu porteras mon alliance. »
« Je t'en pries, Draco, nous sommes en instance de divorce. C'est complètement absurde… ça ne veut plus rien dire. » conclut-il d'un ton agacé comme s'il s'adressait à un enfant capricieux.
Mais il détourna tout de même les yeux de la bague de peur de faiblir par pure sentimentalisme niais.
Sans mot dire, Draco se pencha vers lui, lui prit le menton entre ses doigts et tourna son visage vers lui. Quand il capta enfin son regard, il le libéra et leva ses longues mains hâlées et entreprit d'ôter sa propre alliance. Puis il la posa tout à côté de celle de Harry.
Celui-ci contempla les deux bagues, la gorge nouée, plus troublé qu'il ne le laissait paraître. L'un des rares rayons de soleil qui avaient réussi à traverser le rideau de nuages qui assombrissaient le ciel, vint les éclairer.
Les deux anneaux étaient absolument identiques, en or massif, lisses et étincelantes. A l'intérieur de chaque bague, on pouvait lire la même petite phrase, romantique à souhait : 'Le paradis où repose mon cœur'. Ils avaient choisi ensemble leurs alliances et décidé d'un commun accord de faire graver cette jolie phrase, afin de rester toujours en contact. Quelle triste ironie !
« Répète que ça ne veut plus rien dire. » murmura Draco en le dévisageant avec intensité. « Si tu quittes cet endroit en laissant ton alliance sur la table, alors je m'inclinerai devant ta décision. Si tu ne t'en sens pas la force, reprends-la et discutons calmement, tous les deux. »
Harry ne répondit pas tout de suite, en proie à une vive émotion. Au bout de quelques instants, comme poussé par une froce irrésistible, il s'empara de la bague et la glissa à son doigt, maudisant sa propre faiblesse. Il n'avait pas envie de le laisser partir, pas envie de divorcer. Draco était son mari, l'homme de sa vie.
« Et maintenant ? » lança-t-il d'un ton cinglant qui dissimulait mal son trouble. « Que se passe-t-il ? Devons-nous retourner à ton bureau pour rédiger les papiers du divorce ? »
Sa voix tremblant légèrement, il refoula impitoyablement les larmes qui lui montaient aux yeux. Il n'allait pas pleurer devant lui en plus ! Poussant un soupir, le blond reprit son alliance.
« Non. Nous allons dîner ensemble, ce soir. Je connais une excellente taverne à quelques kilomètres de Londres. Nous boirons du champagne et savourerons des mets exquis en nous remémorant les bons moments de notre mariage. » ajouta-il avec un sourire narquois.
L'ironie de ses propos raviva la fureur de Harry.
« Désolé, chéri. Je suis pris, ce soir. » rétorqua-t-il en le foudroyant du regard.
Le visage de Draco se durcit. Comme il s'apprêtait à ouvrir la bouche, Harry se leva et, esquissant une moue dédaigneuse, précisa :
« Je dois dîner avec Rémus. »
Alors qu'il s'apprêtait à partir sans laisser une chance à Draco d'en placer une, Harry se raidit subitement, les sens en alertes. Il avait une très mauvaise pressentiment tout d'un coup. Comme si quelque chose de grave se passait. Il ferma les yeux, se concentra sur la source de ce mal-être. Et merde ! Fallait-il absolument qu'ils décident de passer à l'action au moment où il avait déconnecté sa magie pour être un peu tranquille ?
« Harry ? Que se passe-t-il ? Tu ne te sens pas bien ? » s'inquiéta Draco, en froçant des sourcils.
Le Survivant ouvrit d'un coup les yeux, soudain très pâle.
« Une attaque ! Au Chemin de Travers ! » s'écria Harry avant de transplaner d'un coup.
