Le Chemin de Travers attaqué ??

Il fallut à Draco quelques seconds pour intégrer ce que son mari venait de dire. Puis, il se ressaisit et leva d'un coup. Il ramassa les affaires de Harry, que ce dernier avait laissé en plan, et après avoir jeté un coup d'œil pour être sûr que personne ne faisait attention à lui, il transplana jusqu'au Chaudron Baveur.

Arrivé à destination, il passa la porte d'entrée pour se figer sur le seuil, horrifié. Le plus célèbre pub de monde magique, en Angleterre, s'était transformé en hôpital de secours où, médicomages, infirmières et brancardiers s'agitaient autour des blessés graves ou légers. Les gémissements de douleur s'élevaient ci et là, se joignant au concert de métal et de voix qui emplissait la pièce. Draco remarqua avec une certaine consternation qu'un coin 'morgue' avait été aménagée à la va-vite, non loin de lui.

Une forte odeur de sang et d'anesthésie empestait la salle, cachant d'autres émanations peu ragoûtantes, comme la chair brûlée et une autre moins identifiable mais plus horrible. Les linges sales couvraient le sol, humides de sang et de potions. Les draps blancs qui recouvraient les morts, étaient parsemés de grosses tâches rouges. D'autres avaient glissaient, laissant voir des plaies béantes qui soulevèrent le cœur de Draco. Mais en bon Malefoy qu'il était, son visage resta lisse de toute émotion, quoiqu'un peu pâle.

La dernière fois que Draco avait vu un tel spectacle, c'était lors que la dernière attaque de Vous-Savez-Qui. Que s'était-il passé ?Qui était à l'origine de ce chaos ? Pas le Lord Noir, tout de même ?! Il n'allait pas leur faire l'honneur de revenir encore d'entre les morts ?!

A cette seule idée, un frisson lui parcourut l'échine. Il avait beau d'être devenu un homme très puissant aussi bien sur le point social que magique, le seul fait d'imaginer le retour du Seigneur des Ténèbres, déclenchait une peur intense en lui. Oui, lui Draco Lucius Malefoy avait peur !

Peur pour sa vie, mais surtout pour celle d'un imbécile décoiffé aux yeux verts qui devait déjà être en train de défier le fouteur de trouble, en bon petit soldat qu'il était. Harry… Stupide Gryffondor !

La mâchoire contractée, Draco se décida enfin à bouger. Avisant que les brancardiers amenaient les blessés de l'entrée côté sorcier, il prit résolument ce chemin, sachant que son mari ne pouvait être que sur le Chemin de Travers. Il traversa la salle avec difficulté, slalomant entre les lits improvisés, le corps médical surchargé, les blessés gémissants. Il devait vite rejoindre son stupide mari et le traîner dans un endroit sûr qu'il ne quitterait pas jusqu'à nouvel ordre ! Il ne venait pas à peine de le retrouver pour le perdre parce que Monsieur voulait jouer les Merlin !

Pourquoi fallait-il toujours que son mari joue les héros ? C'était l'une des facettes du Survivant que Draco admirait mais qu'il détestait aussi. Il se faisait toujours un sang d'encre à chaque fois que son mari affrontait le mal. Il ne pouvait pas laisser ces sombres crétins se débrouiller un peu tout seul pour une fois ?! Non bien sûr, c'était trop lui demander ! Il fallait toujours qu'il soit mêlé à ce genre d'affaire qui mettait immanquablement sa vie en danger.

Il était presque arrivé à la sortie lorsqu'un obstacle étonnant et inattendu surgit devant lui. Rémus Lupin. Bien installé dans son fauteuil roulant, il lui barrait la route, ses yeux ambre brillants d'une détermination qui aiguisa le sens alerte de Draco. En temps normaux, il aurait été ravi de voir l'oncle de Harry, mais là, il se doutait que celui-ci n'avait pas que des mots doux à lui dire. Et surtout, il n'avait pas le temps de se disputer avec qui que ce soit. Il devait vite retrouver son nigaud de mari.

« Vous n'irez pas plus loin, Draco. » l'avertit Remus, d'un ton ferme.

« Et je peux savoir pourquoi ? » demanda Draco, mi-surpris, mi-agacé.

Il n'avait réellement pas de temps à perdre.

« Vous n'iriez pas de l'autre côté. » répondit simplement lycanthrope, d'un ton calme.

« Ecoutez Remus, je n'ai vraiment pas de temps à perdre, alors ayez la gentillesse de vous pousser. »

Cela avait été dit d'un ton posé, neutre, presque gentil, mais l'ex-Maraudeur ne s'y trompa pas : c'était un ordre. Un ordre qui laissait entendre que s'il n'obéissait pas, Draco utiliserait la force. Bien qu'étant en position d'infériorité, l'oncle de Harry le jonchait sans la moindre parcelle de peur.

« Remus, si c'était votre mari qui était de l'autre côté, le laisseriez-vous risquer sa vie sans rien faire ? » demanda calmement Draco, plongeant son regard argent dans ceux or du lycanthrope.

« Parce que, maintenant, vous vous préoccupez de sa sécurité ? » demanda-t-il narquoisement.

« Je me suis toujours fait du soucis pour lui ! » objecta Draco, qui n'aimait pas la tournure que prenait la conversation.

Le lycanthrope eut une moue sceptique mais ne dit rien. Cependant, il ne bougea pas d'un pouce. Draco soupira en pensant qu'il n'avait pas le choix. Il allait devoir utiliser la magie pour passer. Mais se ne serait pas si facile. Bien que dans un fauteuil roulant, Remus Lupin n'en était pas moins un puissant sorcier et un loup-garou qui plus ait. A la raideur de son corps, Draco savait que l'handicapé avait déjà deviné son intention de le neutraliser.

« Si vous y allez, vous ne serez qu'une gêne pour Harry. » dit alors Lupin d'une voix basse qui surprit Draco.

Comme s'il lui adressa une prière mette !

« Je sais parfaitement me défendre ! Harry n'aura pas besoin de me protéger. Au contrairement même je ne veux que l'aider ! » expliqua Draco, de son ton le plus persuasif.

« Je sais que vous avez une très haute opinion de vous-même, Draco. Mais sachez que ce contre quoi se bat Harry en cet instant est bien au-dessus de nos faibles capacités, à nous, simples mortels ! » martela Lupin.

Draco se raidit, profondément offensé. Non mais pour qui le prenait-on ?! Il était l'un des plus puissants sorciers du monde magique tout de même ! L'oncle de Harry ne le laissa pas exposer sa vexation.

« Harry m'a chargé de vous empêcher d'aller au devant du danger, le mettant ainsi lui-même en… »

« Remus, que se passe-t-il ? » l'interrompit un homme blond baraqué que Draco reconnu comme étant Mr Vénale.

L'amant de son mari le regardait avec méfiance, se dressant de toute sa taille entre l'handicapé et un Draco passablement énervé. En voilà un qui aurait mieux fait de rester dans son coin ! Décidant qu'il avait déjà suffisamment perdu de temps en parlottes inutiles, Draco passa à l'attaque. Il ne savait ce que valait Mr Vénale en magie, mais il savait que des deux, Lupin était celui qu'il fallait d'abord neutraliser.

Profitant du fait que le lycanthrope avait la vue masquée par le guignol de service, Draco prit sa baguette à une vitesse incroyable. Bien sûr les sens surdéveloppés de Lupin captèrent le mouvement, mais le temps qu'il pousse Mr Vénale hors de son champ de vision, Draco avait déjà jeté le sort de Sommeil qui atteignit le lycanthrope de plein fouet.

L'handicapé tomba aussitôt dans un profond sommeil que seule la magie de Draco l'en sortirait. Il avait intentionnellement utilisé un sort qui neutraliserait le lycanthrope sans lui faire de mal. Hors que question de faire du mal à l'oncle de Harry !

Draco vit avec un dégoût profond Mr Vénale, qui avait bien servi pour une fois, se relevait péniblement. Dire que cet homme osait proclamer Harry pour sien alors qu'il n'était même pas capable de protéger les personnes chères au cœur de son petit Gryffondor ! S'il avait été un Mangemort Remus serait déjà mort !

Dès qu'il vit Lupin inconscient dans son fauteuil, Mr Vénale bondit sur Draco.

« Qu'est-ce que vous lui avez fait ?! » cria l'autre, rameutant le corps médical.

Draco évita le coup de poing du géant avant de lui balancer un coup de poing dans la mâchoire qui envoya Mr Vénale au sol. Sonné, l'autre secoua la tête en essayant de se relever le plus vite possible. Draco, qui n'allait pas prendre la peine de gaspiller sa magie pour un tel incapable, avait ressenti une immense jouissance lorsque son poing avait heurté la joue de son adversaire. Il n'était pas vraiment du genre à se battre à main nue comme les gangs de l'Allée des Embrumes (un Malefoy ne s'abaissait pas à donner ce genre de correction aux impudents qui s'opposeraient à lui, il avait des larbins pour le faire à sa place), mais là, il avait un petit compte personnel à régler avec cette raclure qui avait osé poser sa main putride sur son mari.

« Messieurs ! Un peu de tenue par Merlin !! » les réprimanda une infirmière, les poings sur les hanches.

Sans lui prêter attention, Draco envoya un magistral coup de pieds dans les bijoux de famille du kinémage qui cria de douleur et se plia en deux en tenant l'endroit touché. Avant que l'autre ne se soit remis de sa douleur, il lui envoya un autre coup de pieds dans la figure qui dut casser le nez au pauvre kinémage, au 'crac' sonore qui se fit entendre sous le hurlement de douleur de Mr Vénale.

Mais, l'homme d'affaire n'en avait pas fini avec lui. Une haine sans nom s'était emparée de lui. Il n'avait qu'une seule envie : éradiquer à jamais cet homme de la surface de la terre. Parce que pendant trois ans, il avait su donner à Harry ce que lui-même avait été incapable de lui donner.

Aveuglé par la rage, Draco le roua de coup de pieds pendant quelques secondes, avant de sortir sa baguette, bien décidé à castrer l'immonde pouriture qui avait touché son mari. Du coin de l'œil, il vit l'infirmière venir vers eux, suivit par des Aurors. Etouffant un juron, il donna un dernier coup de pieds au kinémage, avant de partir – non sans avoir jeté d'un ton haineux :

« Ca, c'est pour avoir osé poser tes sales pattes sur mon mari ! »

Il avait presque hurlé le pronom possessif. Personne ne s'emparait de ce qui appartenait à un Malefoy, et lui moins que tous les autres ! Il n'en avait toujours pas fini avec Jonas Marvel. Il ne se calmerait qu'une fois que cet homme serait trente-six pieds sous terre ! Mais pour l'instant il n'avait pas le temps de s'occupait de lui comme il se devait. Ce n'était pas le moment de se faire arrêter par les autorités étant donné qu'il avait un mari à secourir. Mais il se promit de revenir sur le cas 'Mr Vénale' plus tard. Il lui ferait regretter d'avoir ne serait-ce qu'effleuré ce qui appartenait à Draco Malefoy !

Arrivé dans l'arrière-cour du Chaudron Baveur, il se fraya difficilement un passage entre les brancardiers qui amenaient les blessés ou partaient en chercher d'autres. Il déboucha enfin sur le Chemin de Travers ou plus exactement sur le plus grand chaos que Draco n'ait jamais eu le déplaisir de voir. Mr Vénale et sa vengeance tombèrent dans un coin recul de son esprit.

Des cadavres… d'hommes, de femmes, d'enfants… sur le sol rouge de sang, dans les boutiques éventrées, sur les toits détruits… partout… des cadavres… un chemin de cadavres ! Cette vision cauchemardesque l'aurait sans aucun doute rendu fou s'il n'avait déjà vu des massacres.

Et entre deux tas de chair éventré, calciné, réduit en bouillis, entre les cris, les gémissements, les pleures, médicomages, infirmières, brancardiers faisaient leur possible pour aider ceux qui pouvaient encore être sauvés ou abréger les souffrances de ceux dont la cause était déjà perdue.

Et puis, il y avait cette odeur. Une puanteur si âcre, si insupportable, si écœurante qu'elle prenait à la gorge, soulevant l'estomac. Une puanteur qui à elle seule, donnait envie de mourir pour y échapper. Une puanteur inhumaine… Cette fois, il n'y avait aucune odeur d'anesthésie pour la couvrir, et Draco la sentait dans toutes ses nuances.

Draco sentit la bile le monter à la gorge. Il posa précipitamment la main sur la bouche pour s'empêcher de vomir son petit-déjeuner. Par Lucifer, que s'était passé ? Qu'est-ce qui avait bien pu provoquer une telle horreur ? Et surtout comment faisaient les autres sorciers pour travailler dans cette horrible odeur ?!

Ne pouvant plus supporter cette putride puanteur, il se jeta le sort de Cache-nez. Il émit un soupir de soulagement lorsqu'il n'huma plus la chose. Dès lors, une seule préoccupation le tourmenta : retrouver son mari.

« Trouve Harry Potter Malefoy ! » ordonna-t-il à sa baguette.

Mais celle-ci resta sans réaction. Et merde, il aurait dû se douter que Harry ne serait pas si facile à repérer. Puissant comme il était, son mari avait dû se rendre imperceptible. Comment le débusquer alors ?

Avisant un brancardier, Draco le harponna et lui demanda où était le champ de bataille. Il apprit qu'il y avait deux fronts, l'un dans l'Allée des Embrumes, l'autre à la Voie d'Ulysse – le quartier des touristes. Il relâcha l'homme et fit quelques pas. La question qui se posait maintenant était : quelle voie choisir ? Il ne pouvait pas se permettre de perdre trop de temps. Chaque minute comptait.

Peut-être qu'avec une incantation élémentaire, il réussirait à trouver son mari. L'incantation à laquelle il pensait était assez difficile à effectuer car elle nécessitait une concentration totale. Et avec le bordel qui l'entourait, il lui serait très dur de faire le vide absolu de son esprit. Mais c'était la seule solution qui lui venait à l'esprit en cet instant.

Il tenta de faire abstraction des bruits dérangeants qui l'entouraient, pour faire le vide total de son esprit. Une fois suffisamment concentré, il forma un losange avec ses mains – ses pouces et ses index se touchant – et récita une latine en une langue morte que peu de sorcier maîtrisait.

Un souffle chaud balaya ses cheveux impeccablement coiffés, alors qu'une lumière rouge émanait de ses mains. Il récita l'incantation de plus en plus vite, se concentrant sur Harry. Puis, lors que la dernière syllabe fut dite, un petit losange aux contours lumineux se dégagea de ses doigts pour s'éloigner à un mètre environ de lui. On pouvait distinguer une image assez floue à l'intérieur.

D'un mot, Draco la fit s'agrandir et l'image devint plus visible. Lorsqu'elle fit d'environ cinquante centimètres de diamètre, il s'en approcha et vit alors deux silhouettes sombres qui se faisaient face. L'une était imposante et menaçante, l'autre plus frêle, plus petite. Il la reconnut aussitôt. Harry.

En regardant le décor, Draco reconnut avec étonnement la Voie d'Ulysse. Mais contrairement aux Chemin de Travers qui était dévasté, l'avenue était en parfait état. Pas d'immeubles en ruine, pas de boutiques détruites, pas de cadavres jonchant le sol. Juste une netteté impeccable. Une netteté suspecte.

Dirigeant le cadre, il réussit à avoir une vision plus exacte de l'ennemi de son mari. Ce qu'il vit le terrifia. Il fit un pas en arrière, ne pouvant supporter l'image qui le narguait, le corps secouait de frissons glacés, une sueur froide coulant le long de son dos.

Un démon ! Son mari combattait un démon ! Pas l'un de ces esprits maléfiques qui ensorcelaient les hommes pour dévorer leurs âmes. Mais un véritable démon, avec la marque du Diable sur le front, reconnu comme l'un des puissants du monde d'En-Haut… un démon que seuls les anges avant le pouvoir de vaincre… Et son mari se battait seul contre ça… son mari… un simple mortel… c'était pire, bien plus pire que ce qu'il avait imaginé !

Les tremblements de son corps se firent plus perceptible, de grosses gouttes perlaient de son front, ses yeux gris devinrent voilé de frayeur. Draco tenta bien de maîtriser sa peur, mais c'était impossible. Tous sorciers avec un minimum de 'culture divine' savaient à quel point les anges et les démons étaient puissants, êtres supérieurs à toute autre espèce, représentant chacun une partie qui équilibrait le monde. Seul l'Être Suprême était plus puissant qu'eux. Alors que pouvait faire Harry, même en étant le plus puissant des mortels, contre un démon ?

Harry… Harry… fuis… sorte de là… je t'en supplie… sort de là !

Un mouvement brusque dans le cadre l'arracha à sa terreur. Draco écarquilla les yeux d'incrédulité et horreur mêlées devant le spectacle qui s'offrait à ses yeux. Coups de pieds, de poings, de coudes, de genoux, de têtes, sorts, incantations se mêlaient, se heurtaient avec une vitesse et une puissance phénoménales.

Draco arrivait à peine à suivre leurs mouvements, à comprendre les sorts lançaient, les incantations invoquées. Contrairement à ce qu'il avait pensé son mari n'était pas du tout à l'article de la mort, terrassé par un démon surpuissant. Au contraire même, il lui semblait que Harry était au même niveau que son opposant. Impossible !

Draco savait que son mari était fort, mais jamais il n'aurait pensé qu'il pouvait tenir tête avec autant de panache à un démon. Jamais il n'aurait même pu imaginer que Harry pouvait être si puissant. C'était un peu effrayant de voir un être humain si fort qu'il en paraissait irréel.

Cependant le fait que Harry soit un mortel lui fut prouvé de la plus horrible des manières. En effet, évitant un sort mortel, le démon disparut pour se matérialiser juste derrière le Survivant à une vitesse phénoménale et lui portait un coup surpuissant qui envoya le jeune homme s'effondrer dans un immeuble. Immeuble qui s'écroula, emportant avec lui un beau brun ténébreux aux yeux verts.

Le cœur de Draco cessa de battre alors qu'il blêmissait à vu d'œil. Incapable de maîtriser plus avant les tremblements violents qui contrôlaient son corps, il poussa un long gémissement douloureux comme si on venait de lui arracher le cœur. Une peur si panique, si insidieuse coula dans ses veines qu'il se sentit clouer sur place. Mais un désir prit bien vite le pas sur tout autre sentiment, annihilant toute peur en lui : il devait secourir son mari.

La seule pensée de voir Harry mort, gisant au sol, lui soulevait le cœur. Il lui avait été déjà très difficile de vivre séparé de lui par des milliers de miles, alors part la mort, il ne préférait même pas imaginer l'enfer que serait son existence.

Harry, j'arrive ! songea-t-il, se précipitant vers la Voie d'Ulysse.

Faisant fi du sol glissant de sang et des cadavres encombrant le passage, il courut comme si sa vie en dépendant, ne pouvant transplaner dans le Chemin de Travers. Il faillit à plusieurs reprises de rompre le cou, mais il ne ralentit pas l'allure. Cependant, alors qu'il n'était plus qu'à quelques mètres de sa destination, un cri aiguë à glacer le sang déchira le ciel.

Il s'arrêta net et leva la tête. Il vit une énorme créature noire volant au-dessus de lui. Elle bougea sa tête de droite à gauche un moment, comme à la recherche de quelque chose, puis fixa un point, comme s'il elle avait repéré ce qu'elle cherchait, avant de faire un piquer effrayant vers le sol.

« Tout le monde à couvert ! » hurla un Auror en avisant la fusée qui venait vers eux.

Aussitôt, médicomages, infirmières, brancardiers, blessés se mirent à l'abris dans les boutiques encore sur pieds. Six Aurors se positionnèrent en cercle et pointèrent leurs baguettes vers le ciel pour faire une barrière de protection alors que les autres jetèrent le sort de la Mort pour tuer la chose.

Mais cela ne servit à rien. D'un cri strident, la créature fit éclater la ridicule barrière et projeta les Aurors dans les airs de ses furieux battements d'aile. Draco entendit des hurlements alors qu'il s'agrippait de son mieux sur le rebord d'une vitrine pour ne pas être emporté lui aussi. Il baissa la tête et ferma les yeux pour ne pas se prendre des bouts de verre, de bois, de dalle ou de la poussière en pleine face, priant pour que ça s'arrête au plus vite.

Draco sut quand la créature avait mit pieds à terre, lorsque le sol trembla et que le cyclone qui s'était abattu sur eux cessa. Il tomba par terre dans un bruit mate. Toussant pour recracher la poussière qui cimentait ses poumons, il se redressa péniblement pour faire face à la plus monstrueuse créature jamais vue de sa vie. Pire encore que les Détraqueurs. Si hideuse que même dans ses pires cauchemars, il ne l'aurait imaginé.

Et cette charmante créature s'avançait vers lui d'une démarche féline, des vapeurs nauséabondes sortant des ses immenses narines, sa peau noir comme le chardon où des croûtes étaient arrachées, humide de sueur noirâtre.

Sa baguette ! Il jeta de rapides coups d'œil autour de lui et la repéra à un mètre environ sur sa droite. Il tendit la main pour la saisir, mais, avant même qu'il n'ait pu la toucher, la gueule du monstre se referma cruellement sur son bras, lui arrachant un cri inhumain. La douleur embruma son esprit, le laissant presque désincarné. Mais presque seulement.

Se reprenant, il tenta de se libérer de la gueule du monstre en utilisant les sorts les plus puissants qu'il savait faire sans baguette. Malheureusement, cela n'avait même pas l'air de chatouiller la créature qui battit à nouveau des ailes et l'emporta avec elle, sans se soucier des vaines tentatives de Draco pour de soustraire de son emprise.

La respiration de Draco se fit sifflante, alors que son esprit luttait de son mieux contre la souffrance qui irradiait son bras. Il sentait son sang chaud et poisseux coulait le long de son bras, teintant les lèvres monstrueuses de la créature en rouge. Il lui donna un coup de poing, visant l'œil, et eut la satisfaction de voir son entreprise atteindre son but. Un liquide froid et gluant recouvrit sa main, alors qu'il l'enlevait de l'orbite du monstre.

Malheureusement, au lieu de le libérer, cela eut seulement pour effet de mettre son geôlier en colère. En punition pour son attaque, il resserra cruellement ses dents acérées sur son bras, lui infligeant une telle douleur qu'il s'en évanoui…

xxxxxxxxxx

Ce fut une douleur aiguë, telle une pointe que l'on enfonçait dans son bras, qui le ranima. Le visage crispé, il cligna plusieurs fois des paupières pour rendre sa vision moins floue. Mais il constat avec panique que cela n'eut aucun effet. Il sentait quelque chose de sec et poisseux en même temps, coller à son visage, lui obstruant la vue.

Il voulut lever la main droite pour voir ce que s'était, mais celle-ci refusait d'obtempérer. Fronçant des sourcils, il toucha son bras de son autre main et poussa un cri d'horreur. Il n'avait plus de bras !

Il tata frénétiquement le morceau d'épaule qui lui restait, à la recherche de son bras, mais ne trouva que du vide, à sa plus grande horreur. La bile lui monta aux lèvres lorsqu'il sentit son propre sang coulait sur sa main gauche qui s'était crispé sur la blessure béante, augmentant la douleur.

Comment avait-il bien pu perdre son bras droit ? Il se souvint d'un coup de la créature hideuse qui l'avait harponné… Arraché ! Son bras avait été arraché !

La douleur se fit plus intense, le sang coulait plus vite, l'esprit devint fou. Il hurla… hurla comme il n'avait jamais hurlé de toute sa vie… de colère, de désespoir, de souffrance… il hurla… jusqu'à ce qu'un coup violent le fasse taire.

« La ferme, humain ! A piaffer comme ça, tu vas le mettre encore plus en colère ! » cracha une voix désagréable et légèrement tremblante, comme si son possesseur avait peur.

Sonné, il mit du temps avant de reprendre ses esprits. Mais dès qu'il eut reprit contenance, il hurla à nouveau. Et qu'est-ce qu'il en avait à foutre lui de mettre un tel en colère ?! Il avait plus de bras !!

« Tu vas la fermer, oui ?! » siffla Voix-désagréable, accompagnant son ordre d'un autre coup qui faillit assommer Draco. « C'est de ta faute s'il est comme ça, alors boucle-là ou je te le fais bouffer, ton si précieux bras ! »

Drao ouvrit le plus qu'il put ses yeux collant de sang pour voir qui était le sombre crétin qui osait s'adresser à lui ainsi. Mais il n'y voyait strictement rien, à part du rouge. Tout son monde était devenu rouge. Et cette brume écarlate opaque le rendait aveugle à toute autre chose qu'elle. Non seulement il n'avait plus de bras droit mais en plus il était aveugle !!

Une rage tel l'envahit qu'il jeta sa tête en arrière et hurla à plein poumon. Il entendit Voix-désagréable grogner un juron, mais cette fois-ci, elle n'eut pas à le frapper pour le faire taire. Ce fut un hurlement inhumain qui lui cloua le bec.

« Ce n'est pas possible !! » s'ahurit Voix-désagréable, tremblante et faible. « Comment un simple mortel peut-il tenir tête aussi longtemps à un Roi des Enfers ??! »

« Peut-être justement pas ce que ce n'est pas un simple mortel. » répondit une autre voix à peine audible mais si froide qu'elle en gela l'air autour d'eux.

Draco ne comprit jamais ce qui se passa. Ne pouvant voir, il sentit simplement un air glacial alors que la Voix-désagréable hurla soudain à l'agonie, couvrant des sifflements d'épée coupant un corps. Il sentit des morceaux de choses gluantes pleuvoir sur lui, alors qu'une odeur immonde envahissait ses narines.

Puis, plus rien à part un silence oppressant qui rendit Draco presque fou. Que s'était-il passé ? Où était-il ? Où était Harry ? Etait-il sein et sauf ? Que se passait-il à la fin ???

Il détestait se sentir aussi impuissant, vulnérable et perdu ! Il voulait savoir ! Il voulait comprendre ! Il voulait voir !

« Calme-toi, Malefoy. Tout va bien, maintenant. Harry est en bonne santé et il arrive. » dit Voix-glacée, après un très long moment où les nerfs de Draco avaient failli lâcher. « Eurynome, occupe-toi de cet imbécile de Zapan, pendant que je soigne le cavalier servant. »

En apprennent que Harry était sain et sauf, le cœur de Draco se gonfla de joie, avant de se serrer douloureusement. Dire qu'il devait arracher Harry des mains d'un Démon ! Quelle blague ! Il n'avait pas été plus efficace que Mr Vénale ! Remus avait raison enfin de compte : il n'était pas assez puissant pour protéger lui qu'il aimait. Un goût amer envahit sa bouche à cette constatation, alors que son visage se crispait de souffrance et de dégoût de lui-même.

Il en aurait presque pleuré de frustration si Voix-glacée ne donnait pas des ordres à une multitude de personne aux noms bizarres et vaguement familiers, d'un ton polaire qui ne souffrait pas de réplique ; lui rapellant qu'il n'était pas seul et ne devait donc pas se laisser aller à la faiblesse.

A chaque son prononcé par Voix-glacée, le blond eut l'impression que l'air se faisait plus froid. Un air polaire qui endormait la douleur qui le dévorait sa blessure béante. La sensation que quelqu'un s'agenouillait près de lui, le fit sursauter. Draco sentit une main froide se poser sur son front et se rétracta aussitôt, réveillant la douleur endormie de sa blessure.

« Qui êtes-vous ? » demanda-t-il légèrement paniqué.

« Laisse-toi faire, Malefoy. Je t'assure que je ne te ferais aucun mal. » dit Voix-glacée qui se voulait apaisante mais qui n'eut strictement pas l'effet souhaité tant elle était froide. « D'ailleurs, si jamais je touchais à un seul cheveu de ta tête, notre petit Ryry me tuerait à coup sûr ! »

Le souffle de Voix-glacée parcourut son visage, amenant avec lui un air sibérien qui faillit geler Draco pour l'éternité. Il sentait ce froid au plus profond de son être, paralysant doucement sa circulation sanguine, alors qu'une trompeur insidieuse s'infiltrait en lui. Il sentait ses paupières devenir lourdes, alors même que des doigts aussi froids que la banquise lui touchaient le reste de son bras meurtri.

Bientôt, il claqua des dents, transi de froid. Il ne sentait même plus ses doigts de pieds. Une douce léthargie l'avait de nouveau enveloppé, chassant la douleur. Les yeux se fermèrent tout à fait, alors qu'une subite source chaleur vint prendre sa main gauche. Celle-ci se referma durement sur cette chaleur bénite qui chassait peu à peu le froid qui régissait son corps.

« Tout va bien, mon amour. » entendit-il à son oreille.

« Harry… ? » murmura Draco, avant de sombrer dans les bras d'un Morphée bien complaisant, doté de yeux verts et de cheveux noirs en bataille.