Les bijoux de famille
« Draco ! Quelle est cette folie ? Est-il possible que tu sois soumis à ce point à l'emprise de cet homme ? Ainsi, il te suffit de passer une journée avec lui pour annuler des décisions mûries durant des mois ? Cesse de faire l'enfant ! Cette mascarade n'a que trop durée ! Ne te laisse pas ensorceler une fois de plus par lui et briser ces chaînes que tu acceptes de porter depuis trois longues années ! Un Malefoy ne se laisse pas manipuler ainsi, par Lucifer ! » s'indigna une veille dame, ponctuant sa tirade d'un sec coup de canne sur le sol en marbre.
Draco regarda sa grand-mère avec un calme qu'il était loin de ressentir. En fait, il était ivre de rage et se retenait à grande peine de lui balancer un Avada. Cela faisait une demie heure qu'il était arrivé au manoir. Après avoir confortablement installé l'oncle de Harry, Draco avait eu une conversation très intéressante par cheminée avec son ami, Théodore Nott. Une fois les problèmes professionnels résolus, ils en étaient venus sur le plan personnel. Draco lui avait appris qu'il s'était remis avec Harry et alors Théo avait cru de son devoir de lui rapporter des conversations qu'il avait entendu bien malgré lui.
Draco avait appris que durant son année de vie commune avec Harry, alors qu'il travaillait comme un forcené pour maintenir l'entreprise familiale à flots, sa grand-mère traitait Harry plus bas que terre, qu'elle n'arrêtait pas de ridiculiser son époux vis-à-vis du personnel en contredisant toutes ses instructions, qu'elle n'hésitait pas à lui parler de façon irrespectueuse, comme si elle s'adressait à un elfe de maison, qu'elle tenait absolument à démontrer qui donner les ordres.
Draco avait été absolument consterné par le comportement de son aïeul. Il s'était même disputé avec Théo, l'accusant de ne lui avoir rien dit plus tôt. Son ami lui avait alors rappelé qu'il l'avait mis en garde à cette époque, mais que Draco n'avait jamais voulu le croire. Il avait de nouveau tenté de lui en parler après le départ de Harry, mais alors, le blond ne voulait même plus entendre le nom de son mari. Draco s'en souvenait parfaitement. Il avait été tellement stupide !
Dès qu'il eut coupé la communication, après s'être réconcilié avec Théo bien sûr, il était parti à la recherche de sa grand-mère. Il l'avait trouvé dans son bureau en train de parler avec le traiteur du mariage de Conor. Mais au lieu d'exiger des explications sur son attitude vis-à-vis de Harry, il lui avait calmement appris sa réconciliation avec son époux. Il voulait constater de visu son animosité pour le brun.
Jamais il n'avait vu Reine Malefoy perdre son sang-froid. Pourtant, en cet instant, la vieille dame semblait au bord de la crise de nerfs. Debout, blême de rage, la main crispée sur sa canne en argent, elle semblait se retenir de le frapper avec. Une telle hostilité envers son époux lui faisait craindre les pires scénarios. Qu'avait pu bien dire sa grand-mère à son mari, quand il avait le dos tourné ? Le Prince des Enfers l'avait prévenu que sa famille n'avait pas été étrangère à sa rupture avec Harry. Or, connaissant sa grand-mère, il était fort à parier qu'elle n'y était pas allée en douceur.
Qu'il avait été stupide de croire que sa famille surmonterait son animosité d'un nom – Harry Potter – pour accepter son mari. Il aurait du savoir qu'il exposait son époux à leur méchanceté. Comment avait-il pu être si naïf, lui, Draco Malefoy ? C'était affligeant ! Mais il allait réparer cela. Il ne laisserait pas les siens s'interposer à nouveau entre Harry et lui. Plus jamais !
Draco se leva lentement et la toisa de toute sa hauteur. Il était temps de remettre les pendules à l'heure.
« Tu vas trop loin ! » assena-t-il en la regardant durement. « Je ne te permets pas de parler de mon mari ainsi. »
« Comment ?! » s'offusqua sa grand-mère.
« Je sais la manière dont tu agissais avec Harry derrière mon dos. Je suis littéralement ivre de rage d'apprendre que ma propre grand-mère se soit conduite ainsi. Comment as-tu pu traiter mon époux comme un moins que rien ? En te conduisant ainsi, ce n'est pas seulement Harry que tu as rabaissé mais moi aussi ! »
La vieille dame fit un pas en arrière, les yeux écarquillés de stupeur. Mais se reprit vite. C'était une Malefoy, ne l'oublions pas !
« Ecoutes, Draco, je ne sais pas ce qui te prend mais tu vas me faire le plaisir de te ressaisir. Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour ton bien et celui du clan ! Tu ne te rends pas compte de l'embarras dans lequel tu as mis notre famille en épousant ce… ce Potter ! Tu as déjà commis l'inconvenable une fois, je ne te laisserais pas souiller le nom des Malefoy une seconde fois ! »
« Silence ! » cingla Draco d'une voix coupante.
Son aïeul pâlit d'avantage, regardant son petit-fils d'un air incrédule. Jamais Draco ne s'était adressé à elle sur ce ton.
« Tu es ma grand-mère et en tant que tel je te dois le respect, mais ne t'y trompe pas. Je ne suis plus un gamin mais un homme. Je prends seul mes décisions et en tant que chef de cette famille, j'entends que mes directives soient suivies sans récriminations. J'ai décidé de donner une seconde chance à mon mariage et Merlin soit loué, Harry a accepté. Je te conseille vivement d'en prendre ton parti car cette fois-ci je ne laisserais personne s'immiscer entre nous. Ne crois pas que parce que tu es ma grand-mère, je t'épargnerais. Tu ne peux plus lourdement te tromper. J'en ai par-dessus la tête de te voir te mêler de mes affaires ! Je ne tolèrerais plus tes manigances !... Je t'annonce, dès à présent, que je vais me remarier avec Harry, mais cette fois-ci ce sera des noces dignes du Chef du Clan Malefoy. Tu sais, celles que tu voulais tant organiser. J'ai l'intention d'avoir des enfants avec Harry, des tas d'enfants, ceux que tu voulais tenir dans tes bras. Mais toi, tu n'assisteras ni à mon mariage, ni à la naissance de mes enfants. Parce qu'après le mariage de Conor, tu iras vivre à Grindelwald House, où tu y resteras jusqu'à ta mort. »
Le coup porta. La vieille dame émit un cri alors qu'elle s'assit précipitamment sur le canapé. Il semblait que son corps ne puisse plus la tenir. Draco ne fit pas un mouvement vers elle.
« Draco… » chuchota faiblement à vieille dame qui semblait soudain bien frêle et âgée.
« Je n'ai pas fini ! » tonna Draco, glacial. « Jusqu'à ton départ, j'entends à ce que tu te conduises avec Harry avec la déférence qui lui est dû. Il est mon mari. Après moi, il est celui qui dirige ce clan. Ses souhaits sont des ordres et moi seul peux les désavouer. Un fait que les Malefoy ont semblé oublie, toi la première. Mais je peux te garantir que je vais le remettre d'actualité. Quand Harry arrivera, je veux que tu lui présentes des excuses pour ta conduite inqualifiable, et ce, devant tout le Clan. »
D'une démarche princière, il alla prendre une petite clochette en argent sur une petite table et sonna un elfe. Un pop se fit entendre.
« Merry, je veux que tous les membres du Clan ainsi que les serviteurs se réussissent dans la Salle des Bleuets d'ici un quart d'heure. Ceux qui seront en retard ou qui ne viendront pas, seront considérés comme persona non grata dans cette demeure. »
« Bien maître ! »
Dans un pop, l'elfe disparut.
« Cela vaut pour vous également, Reine. »
C'était la première fois en vingt-cinq ans de vie que Draco l'appelait par son prénom et la vouvoyait. Sa grand-mère en trembla. Alors qu'il allait sortir, elle sembla pourtant revenir de sa déconfiture.
« Draco, réfléchi, je t'en prie ! » supplia-t-elle. « Tu ne dois pas… »
Son petit-fils lui lança un tel regard que sa voix s'éteignit. Sans un mot, il quitta la pièce. D'une démarche rageuse, il se rendit dans la Salle des Bleuets, la plus grande du manoir, appelée ainsi à cause de ses tons bleus. Il n'y avait encore personne. Il jeta un coup d'œil à sa montre. Il lui restait encore une heure avant le réveil de Harry. Il avait donc le temps de préparer le terrain. Il alla se poster devant les hautes fenêtre, regardant sans le voir le jardin magnifiquement entretenu du manoir.
Dix minutes plus tard, tout le Clan Malefoy l'avait rejoint. Bien qu'il les ait entendu rentrer les uns après les autres, Draco n'avait pas bougé d'un pouce. Tous étaient venus le saluer avec déférence, mais il n'avait répondu, marquant ainsi son désappointement. Même Côme avait réfréné son enthousiasme habituel devant son mutisme. Quand le silence se fut sur la salle, Draco consentit enfin à se tourner vers eux. Il enveloppa la foule d'un regard glacial qui ne présageait rien de bon.
« J'ai une nouvelle importante à vous annoncer… Je vais reprendre la vie commune avec Harry. »
La bombe était lâchée. Les réactions ne se firent pas attendre. Sa grand-mère, assisse juste en face de lui, ferma les yeux en tenant la main de Conor comme pour ne pas sombrer. Côme s'était levé d'un bond en criant un « Quoi !!?? » mi-incrédule, mi-horrifié. Son parrain était tellement blême qu'on aurait dit un fantôme. Et partout des chuchotements abasourdis. Draco comprenait qu'ils puissent être étonnés. Après tout, la rumeur le disait sur le point de divorcer pour se remarier avec un autre. Cependant, il ne pouvait tolérer un tel manque de tenue.
« Silence ! » tonna-t-il.
Tous se turent.
« Dans une heure tout au plus, Harry sera au manoir. Je vous prévins tout de suite que je ne saurais tolérer un manque de respect à son égard. Il est dans l'intérêt de chaque membre de cette famille que Harry se sente chez lui, au manoir. Que vous ne l'appréciez pas, je n'en ai que faire. Mais si jamais je constate un regard de travers, si j'entends une parole me déplaisant sur son compte, si je ressens une aura meurtrière vers lui, l'impudent devra faire face à mon courroux… Il y a trois ans, aucun de vous n'a fait d'efforts pour l'accepter. Cette fois-ci, j'exige cet effort. Je sais que vous n'aviez pas tous les tords. Mais je sais également que des membres du Clan ont comploté dans l'ombre pour précipiter notre rupture. L'un des coupables a déjà eu son jugement. Viendra le tour des autres, qu'ils ne s'inquiètent pas… Quand à vous, les elfes de maison, je vais mettre les points sur les « i ». Harry est votre maître, vous lui devez obéissance. Si vous avez quelque chose à me demander et que je ne suis pas disponible, c'est à lui que vous devrez vous adresser, sauf ordre contraire de ma part. Plus jamais je ne veux que vous suiviez les directives de personnes inférieures à lui avant les siennes. Et pour précision, puisque cela semble nécessaire, tout membre du Clan qui n'est pas moi est inférieur à Harry… Me suis-je bien fait comprendre ? »
« Oui ! » répondit précipitamment l'assemblée.
« Conor, je te charge de préparer une réception en l'honneur de Harry, en mon absence. Tu trouveras sur mon bureau la liste des invités à convier. C'est un peu soudain, mais je suis sûr que tous répondront présent. »
Son cousin fronça des sourcils et jeta un coup d'œil inquisiteur vers leur grand-mère. Jusqu'alors, c'était cette dernière qui organisait toutes les fêtes données au manoir. Le choix de Draco indiquait clairement qu'elle était en disgrâce, et personne ne s'y trompa. Le blond vit même quelques membres de sa famille s'éloigner prudemment d'elle.
« Tu veux que moi, j'organise cette réception ? » finit par demander son cousin.
« Dois-je me répéter ? » répliqua fraîchement Draco.
Il eut un silence pesant.
« Ce ne sera pas nécessaire. » répondit son cousin, assez froid.
« La réunion est donc terminé. Je vous revois tous à la réception de bienvenue. » décréta le blond.
Le message était clair : les absents pouvaient se considérer comme banni.
Dans un silence de plomb, Draco sortit de la pièce d'une démarche impérieuse, toutes les têtes courbées sur son passage. Maintenant, il devait contacter Severus Rogue avant d'aller chercher Harry. Remus lui avait dit que lorsque son époux voudrait venir, il lui ferait savoir. Hedwige, la chouette de Harry, était venu porter un message, il y avait environ une heure, lui donnant rendez-vous devant le Chaudron Baveur.
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Alors que le fiacre dépassait les grilles du manoir, Draco contemplait avec attendrissement son mari assoupi, blotti contre lui. Ce fut un Harry épuisé qu'il avait trouvé au Chaudron Baveur et d'une pâleur qui l'avait alarmé. C'était bien la première fois que le blond le voyait si… éteint. Cela lui avait fait un choc.
Au regard vide du brun, il avait jugé bon de ne pas demander d'explication et de seulement vérifier qu'il n'avait rien. Puis, ils s'étaient mis en route pour le manoir. Harry s'était endormi aussitôt assis sur la banquette. Draco, lui, avait passé son temps à caresser tendrement les cheveux de son mari, tout en le fixant comme s'il était la huitième merveille du monde. De temps à autre, il déposait un doux baiser sur son front.
L'attelage s'arrêta devant le perron du manoir Malefoy. A regret, Draco réveilla Harry. Celui-ci ouvrit péniblement les yeux, semblant un peu perdu. Puis, il embrassa le blond et lui dit un « salut » ensommeillé. Il s'étira comme un chat et étouffa un bâillement.
« Où sommes-nous ? » demanda Harry en se frottant les yeux.
« Au manoir. »
Draco le vit se tendre aussitôt. Il lui prit la main, l'obligea à le regarder. L'angoisse qu'il lut dans ses magnifiques yeux verts le bouleversa. C'était si loin du Harry Potter sûr de lui, de sa puissance et de son charme. Cet Harry fragile déclanchait en lui des pensées peu avouables en même temps qu'une volonté farouche de le protéger. Il l'embrassa profondément, avant d'appuyer son front contre le sien.
« Tout va bien se passer. » lui assura Draco d'une voix rauque.
« Je l'espère. » répondit Harry avec un pauvre sourire.
« Sois en sûr. » insista le blond.
Pour toute réponse, Harry lui adressa un autre sourire, un peu plus large celui-ci. Moyennement satisfait, Draco donne un coup de baguette sur la vitre, autorisant ainsi le cochet à ouvrit la portière.
« Oh ! J'ai oublié de prendre le remède du Capitaine Lucky. Elle va me tuer quand elle saura que je ne l'ai pas pris tout de suite. » grimaça soudain Harry en faisant apparaître une fiole d'un claquement de doigt.
« Pourquoi as-tu besoin de ce médicament ? » s'inquiéta aussitôt Draco.
« A chaque fin de mission, elle nous donne cette horreur pour que nos forces se reconstituent plus vite. Mais franchement, c'est tellement infect que j'oublie souvent de le prendre. »
« Alors si j'ai bien compris, tu as sur toi un remède pouvant te soulager, mais tu ne le prends pas parce qu'il est infect. Cependant, ce soir comme tu dois affronter ma famille, tu veux être à ton avantage et ne pas avoir une tête de déterré. Alors finalement, le goût du remède vient en seconde position. J'ai bien résumé ? »
« Merci pour la « tête de déterré » ! » bouda Harry après avoir bu le breuvage.
Draco réprima un grognement de mécontente, se retenant de secouer son mari. Mais pourquoi s'en étonnait-il ? Harry avait toujours été ainsi. Il angoissait à mort dès que l'un de ses proches était en danger, mais était parfaitement insouciant lorsqu'il s'agissait de sa propre santé.
Après trois ans de séparation, c'était un fait que Draco avait oublié. Il se promit de s'en inquiéter pour deux. Peut-être qu'à force de l'avoir sur le dos, Harry finirait par comprendre que de le voir si mal en point le peinait énormément.
Un baiser aérien sur sa joue le ramena à son mari.
« Je suis désolé. Je te promets que la prochaine fois je boirais cette horrible mixture tout de suite. Comme ça, tu n'auras pas à supporter ma tête de déterré ! »
Draco soupira.
« Ecoutes, Harry … »
« Et tu ne t'inquièteras plus autant. » coupa Harry.
Draco garda le silence un instant, surpris.
« Merci. » sourit-il.
Harry secoua la tête.
« C'est moi qui te remercie de te soucier suffisamment de moi pour avoir mal lorsque j'ai mal. J'ai trop tendance à oublier que les personnes qui m'aiment souffre quand je souffre… ce n'est pas la facette de ton amour que j'aime le plus car je n'aime pas te voir tourmenté, mais je suis content qu'elle existe. »
La gorge de Draco se serra tant qu'il ne put dire un mot. A la place, il déposa un tendre baiser sur le front de son époux, avant de lui prendre la bouche avec fougue.
« Tout se passera bien. » chuchota le blond contre son cou alors qu'ils étaient étroitement enlacés.
« Je sais. » répondit Harry, avec un sourire.
Il ne permettrait pas qu'il en aille autrement !
Ils se séparèrent à regret. Draco descendit de la calèche, avant de tendre la main à son mari pour l'aider. Cette galanterie désuète avait toujours charmé Harry. Il adressa un sourire plus franc au blond, en même temps que sa main.
Draco l'observa, ouvertement appréciateur. Auparavant, il était bien trop réoccupé par la petite mine de son époux pour remarquer son apparence. Mais, maintenant qu'il semblait aller bien mieux, le champs de vision du blond semblait s'être élargi pour pouvoir apprécier dans toute sa splendeur le corps sensuel de brun.
Harry était à croquer dans cette robe en soie rouge, à la découpe stylisée. Jamais Draco n'avait vu un tel vêtement – et pourtant, il s'enorgueillait d'être toujours à la page de la mode. On aurait dit que son mari portait une chemise et une jupe délimitée par une grosse ceinture en cuir noir. Le corps de son mari était admirablement mis en valeur, si appétissant que Draco dut faire un véritable effort pour se reprendre. Ce n'était pas le moment de penser au plaisir qu'il aurait à ôter cette parure de soie.
Loin d'imaginer les affres torturant Draco. Le brun faisait face à l'imposante bâtisse de la demeure ancestrale des Malefoy. Comment allait-il être accueil ? Mal, sans aucun doute. Tout d'un coup, il perdu toute sa bonne humeur, ses doutes revenant au grand galop. Ses yeux s'assombrirent alors que sa main chercha instinctivement celle de son mari. Il n'avait pas peur des Malefoy. Ce qui l'effrayait, c'était tous les mauvais souvenirs rattachés à ce manoir.
« Tout va bien se passer. » murmura de nouveau Draco à son oreille, en embrassant sa tempe.
Harry n'en était pas si sûr, mais il suivit tout de même son mari quand celui-ci gravit les marches du perron. Les immenses battants s'ouvrirent d'elle-même, laissant filtre la lumière sur le porche. Il fallut à Harry tout son courage pour franchir le seuil de cette demeure où il n'était jamais parvenu à se sentir à l'aise. Son estomac se noua quand la porte se referma sur eux. Les jeux étaient faits ! Advienne que pourra !
Harry fut soulagé de constater qu'aucun membre du clan n'était venu à leur rencontre. Il savait que c'était lâche de sa part, mais ce petit instant de répit le ravit. Après les dix mois de combats sanglants qu'il venait de passer, il n'était vraiment pas près à affronter les Malefoy. Il avait l'impression qu'à la moindre remarque, il tuerait l'impudent sur le champ. Hors, le meurtre n'était vraiment pas une base solide pour reconstruire un mariage !
Il poussa un soupir las et détailla les lieux, curieux d'y trouver des changements depuis son départ. Mais rien n'avait évolué. Une agréable chaleur régnait dans ce vaste hall d'entrée dominé par un élégant escalier en pierre. Peints dans des tons bleu-gris, les murs s'harmonisaient avec les grandes dalles qui couvraient le sol. De part et d'autres, des portes à deux battants donnaient sur des salons aux coloriés variés et élégants, meublés avec un goût achevé. On pouvait reprocher beaucoup de chose aux Malefoy, mais sûrement pas leur manque de goût.
Harry fronça des sourcils en voyant Draco ranger lui-même sa cape dans le vestiaire prévu à cet effet. Où était passé l'elfe en charge de cette tâche ? Il se rendit compte alors qu'il régnait un mystérieux silence dans le hall. Le genre de silence crée pour les fêtes surprises d'anniversaire. Il se tendit d'avantage. Quelle surprise lui était destinée ?
« Harry, je sais que je te prends au dépourvu, mais il y a une chose que je voudrais faire. Quelque chose de très important : te rendre justice. Es-tu avec moi ? »
Quelle étrange façon de présenter les choses. Harry ne comprenait pas vraiment où voulait en venir son mari. Il lui aurait été facile de « lire » dans son esprit pour savoir de quoi il retournait. Mais, c'était une chose qu'il s'était toujours interdit de faire à Draco, même dans les moments difficiles de leur couple. C'aurait grandement facilité les choses entre eux, mais voyez-vous, c'était une question de confiance.
« Harry… suis-je tout seul ? » insista Draco en plongeant ses yeux argent dans les siens.
Oui, tout était une question de confiance. Le brun lui caressa la joue de la main, déposa un baiser aérien sur ses lèvres.
« Non, tu n'es pas seul. »
Un éclair de triomphe et de soulagement illumina le regard de Draco. Il lui prit la main et se dirigea vers la salle de bal. En constant où ils se rendaient, Harry comprit aussitôt les intentions de son mari. Ce n'était pas une bonne idée. Pourtant il ne fit rien pour l'arrêter.
Son cœur battit à tout rompre, contrastant étrangement avec le calme se dégageant de tout son être. Sans même qu'il s'en rende compte, tout son corps se figea en une attitude fière et digne qui ne passerait sûrement pas inaperçu aux regards détaillant, commentant, disséquant le moindre de ses mouvements. Draco, qui le regardait à la dérobée, en avait pleinement conscience. Une bouffée d'orgueil le prit en voyant cet adonis à son bras. Son mari. Son clan n'avait qu'à bien se tenir car Harry Potter était de nouveau dans la place !
« Tu es splendide. » murmura-t-il en s'arrêtant devant l'imposante porte fermée.
Harry s'apprêtait à lui retourner le compliment quand il aperçut les écrins de velours qui s'étaient matérialisés dans les mains de son mari. Instinctivement, il porta la main à sa gorge.
« Tu es allé les chercher. »
« Les bijoux de famille ? » dit-il avec une moue narquoise. « Comme tu peux le constater, oui. »
Du bout de l'index, il souleva le couvercle du premier écrin et Harry cligna des yeux, ébloui par l'éclat de l'énorme émeraude scintillant de mille feux, qui pendait à une épaisse chaîne en or. Harry avait été subjugué par la pureté de la pierre précieuse. Mais c'était avant les paroles assassines de Côme. « Il vous a donné ces vieilles breloques ? Oncle Lucius n'a jamais voulu les porter. Ceci dit, vous n'en n'êtes même pas digne. »
Les longs doigts blancs de Draco soulevèrent délicatement le collier.
« Tourne-toi. »
« Je te les avais rendus. » objecta Harry, mal à l'aise.
« Et moi, j'ai décidé de te les offrir de nouveau. Ils iront à merveille avec ta robe. Tout en contracte, qu'en penses-tu ? »
« Je pense que ta famille risque de prendre ça pour un véritable affront. Je préfèrerais les porter une autre fois. Ils devront déjà digérer mon retour et… »
« Tu es mon mari. » coupa Draco d'un ton sans réplique. « Mon merveilleux époux à qui j'offre ces bijoux pour qu'il les porte. Maintenant, tourne-toi… »
Harry lui lança un coup d'œil belliqueux avant d'obtempérer à contre cœur. Niché sur la soie de sa robe rouge, l'émeraude était divinement mis en valeur et faisait échos aux yeux de Harry.
« C'est un nouveau départ pour tout le monde, mon ange. » ajouta Draco en pressant ses lèvres sur la nuque du brun.
Puis il le fit pivoter vers lui et, d'un geste habile, accrocha la gourmette assortie à son poignet. Harry frémit quand il lui passa délicatement la chevalière à son majeur. L'émeraude de celle-ci rivalisant de pureté avec celle de son pendentif.
Troublé par la proximité de son mari et son regard pénétrant, Harry brûla d'envie de l'embrasser sauvagement. Heureusement ou malheureusement, Draco s'écarta et fit apparaître un miroir à pieds.
« Alors ? » s'enquit-il.
Harry détourna les yeux du profile parfait de Draco et leva les yeux vers le miroir. Sa tenue se marinait extraordinairement bien avec l'éclat des émeraudes, il fut bien obligé de l'admettre. Leurs regards s'accrochèrent dans le miroir. Ils étaient des amants tout en contraste, mais la beauté saisissante de leur couple tenait précisément à cette complémentarité.
« J'ai hâte que tout soit fini. » chuchota le blond à son oreille, en effleurant la pierre précieuse du bout des doigts.
Des images d'une sensualité extrême affluèrent à l'esprit de Harry. Il se revit allongée sur le lit, uniquement parée d'émeraudes, revit le regard sombre de désir de Draco porté sur lui… il réprima un gémissement. Lui aussi avait hâte d'être dans l'intimité de leur chambre. Draco déposa un baiser sur sa tempe, arrachant Harry à ses rêveries en un sursaut.
« A qui appartenaient ces bijoux… je veux dire, avant d'entrer dans ta famille ? » s'enquit Harry, pour ne plus penser à la soudaine raideur de son entrejambe.
Un sourire espiègle éclaira le visage de Draco.
« Ces émeraudes ont appartenu à un ogre transylvanien qui en portait une incrusté dans une incisive. »
Harry éclata de rire.
« Il devait avoir des dents démesurées, ton ogre ! »
« Un véritable géant chauve et uniquement vêtu de bottes en peau de dragon. » renchérit Draco en s'efforçant de garder son sérieux.
Le brun rit de plus belle. Draco le fit taire d'un baiser enflammé qui le laissa pantelant et ravi. Le blond s'empara du second écrin et l'ouvrit. L'envie de rire quitta Harry pour laisser place à une vivement émotion.
« C'est ici sa place. » déclara Draco en faisant glisser l'anneau le long de son annulaire jusqu'à ce qu'il heurte la bague d'or s'y trouvant déjà.
Aussitôt, les deux anneaux s'entrelacèrent pour ne former plus qu'un, étonnant mélange d'or blanc et diamant noir.
« Désormais, elle y restera. »
Sa bague de fiançailles. Harry avait été abasourdi d'apprendre que les sorciers avaient pour coutume d'offrir une bague de fiançailles à leur promis mâle. Il n'avait accepté l'anneau que si Draco en portait une aussi… Celle que son mari lui présentait en cet instant… Ce fut la gorge nouée qu'il s'en empara et la fit glisser au doigt du blond. Comme pour les siennes, la bague de fiançailles et l'alliance s'entrelacèrent pour ne former plus qu'une.
« Elles ne se sont jamais quittées. » souffla gravement Draco.
Harry accueillit cet aveu avec un magnifique sourire avant de l'embrasser passionnément. Ce fut main dans la main qu'ils firent face à l'immense porte de la salle de bal. Draco présenta sa baguette à la vélane gardienne des lieux avant que les battants ne s'ouvrent lentement. Une voix pompeuse annonça :
« Maître Draco et son époux, maître Harry. »
Devant eux, des centaines de personnes courbées leur faisait la révérence comme le voulait le protocole. Le clan Malefoy en entier était présent. Mais pas seulement, c'était en faite toute la haute société sorcière qui se prosternait à leurs pieds.
Le regard de Harry balaya la salle, s'attardant à peine sur la grand-mère de Draco et ses cousins, pour s'accrocher à une tignasse rousse reconnaissable entre toute, celle de Ron Weasley. A côté de lui, il y avait la tête blonde de sa femme, Luna, les boucles cuivre de sa sœur Ginny. Derrière eux, Harry reconnut la crinière de Hermione et les cheveux bruns de Neville.
Assis dans son fauteuil, son oncle Remus était le seul à ne pas faire de révérence et à les regarder. Il lui fit un signe de victoire du pouce avec un clin d'œil auxquels Harry répondit par un large sourire. Il se tourna d'un coup vers son mari, le regard brillant. Draco lui adressa un sourire si doux que le cœur du brun en chavira.
« Merci. » souffla Harry.
Draco lui sourit avant de l'inciter à avancer dans la somptueuse salle. Il se dirigea vers l'estrade où un groupe de musicien était installé, entraînant Harry à sa suite. Il gravit les marches avec souplesse et d'une démarche impérieuse alla se placer au milieu de l'estrade, tenant toujours la main de son mari. Toutes les têtes se tournèrent vers eux.
Harry leva les yeux vers son compagnon. Comme s'il n'attendait que ce signal, il lui décocha un sourire étincelant et amplifia sa voix.
« Cher membre de la famille Malefoy, mesdames et messieurs… j'aimerais vous présenter aujourd'hui un homme au courage et à l'intégrité remarquables, un homme en tout point extraordinaire : Mr Harry Potter. »
Tous les regards se braquèrent sur Harry, mais loin d'être impressionné, ce dernier se redressa fièrement.
« Il y a trois ans, à la suite d'événements pénibles, Harry en est venu à la conclusion qu'il ne pouvait plus partager ma vie… On dit souvent qu'on se rend compte à quel point un être nous est cher qu'une fois l'avoir perdu. Hier, j'ai failli perdre définitivement Harry. Et face à cela, ces événements ont perdu de leur importance. »
Il se tourna vers Harry, plongea le regard dans ses lacs verts.
« A vous tous, je tenais à annoncer que j'aime cet homme admirable à la folie… et que je l'aimerais toute ma vie. »
Un tremblement incontrôlable envahit Harry. Un Malefoy ne dévoilait jamais ses sentiments, surtout en public. Durant leur année de mariage, Draco ne le lui avait pas dit une seule fois. Et là, devant toute la haute société, il reconnaissait ses sentiments pour lui… Quel aveu ! C'était de cela dont son mari voulait parler quand il disait « lui rendre justice ».
« Harry, me feras-tu l'honneur de m'épouser à nouveau ? » reprit Draco d'une voix rauque.
Les yeux du brun se brouillèrent. Il tenta de parler mais aucun son ne vint. Il avait la bouche désespérément sèche.
« Je crois que je l'ai surpris. » observa Draco avec humeur.
Les rires s'élevèrent dans la salle. Harry prit une profonde inspiration, se ressaisissant.
« Oui… »
« On n'a pas entendu ! » cria quelqu'un dans la foule.
Harry actionna le sort de Sonorus.
« Oui. Je me remarierais avec toi autant de fois que tu le voudras. » accepta-t-il, fou de joie.
Entendant sa réponse, Draco sut que Harry se souvenait de leur nuit de noce, quatre ans auparavant. Lâchant sa main, il le prit par les épaules, le serrant fort contre lui.
« Je t'aime, Harry. » murmura-t-il à son oreille d'une voix empreinte d'émotion.
« Je t'aime aussi. » souffla le brun d'une voix tremblante.
Le Sonorus étant encore activé, toute la salle profita de leur déclaration. Ils s'embrassèrent profondément, sous les acclamations assourdissantes de l'assistance.
« Vous êtes tous invités à notre mariage, bien entendu. Attendez-vous donc bientôt à recevoir un hibou indiquant la date, l'heure et le lieu de cet événement majeur de votre vie… »
« Toujours aussi modeste ! » railla Harry.
Les rires retentirent à nouveau.
« Mais pour l'heure, je vous invite tous sur la piste de danse. » acheva Draco ignorant suprêmement la remarque de son époux.
Ils désactivèrent le sort d'amplification de voix et descendirent sur la piste de danse. L'orchestre joua un slow et un sourire de pur plaisir apparut sur les lèvres de Draco. Rien ne lui paraissait plus alléchant que de se serrer étroitement contre son adorable époux. Dans les bras de son mari, Harry oublia tout.
Ce fut à regret qu'ils quittèrent la piste de danse. Draco prit Harry par la taille et l'escorta de groupe en groupe, montrant à ceux qui ne l'auraient pas compris qu'ils formaient de nouveau un couple. Amoureux, de surcroît. Le blond le présenta à plusieurs membres du clan que Harry n'avait jamais vu. Il fut accueilli avec chaleur et respect. Et il apprécia beaucoup leur discrétion alors qu'ils étaient visiblement tous dévorés de curiosité.
Puis ils se trouvèrent face aux parents les plus proches de Draco. Pour Harry, Conor lui rappelait beaucoup son mari. Il était tout aussi arrogant et fier que le blond. Lui, ne lui avait jamais fait de remarques déplacées. S'il n'avait pas semblé convaincu par leur mariage, il ne s'était pas moins comporté avec respect vis-à-vis de Harry.
« Ravi de vous revoir parmi nous, Harry. » dit-il en lui serrant la main.
C'était sobre, mais sincère. Harry le gratifia d'un sourire avenant que le cousin de Draco lui rendit. Il présenta son futur époux, Calhoum Wish, un magnifique apollon aux yeux pétillant de malice. Puis vint le tour de la grand-mère de Draco. Harry eut l'impression qu'un silence assourdissant s'abattit sur eux lorsqu'ils se firent face. Reine Malefoy se tenait droite et fière, le jaugeant. Harry soutint son regard, bien décidé à ne pas faire le premier pas.
« Harry, il y a trois ans, je me suis comportée de manière inqualifiable à votre égard. Je vous prie de m'en excuser. » dit-elle avec une certaine raideur.
Il eut un petit silence lourd, puis elle ajouta d'une voix étrangement sincère :
« Bon retour à la maison. »
Puis elle s'avança – Harry sentit Draco se tendre à côté de lui – et déposa un baiser d'un douceur extrême sur le front du brun. Pris par surprise, Harry se laissa faire. Quand elle se fut éloignée de lui, il lui jeta un regard inquisiteur, ne comprenant par son attitude. Le coup d'œil plein d'appréhension qu'il surprit la vielle dame jeter à son petit-fils, le rendit encore plus perplexe. Et puis, il y avait ces mots « Bon retour à la maison. ». Reine Malefoy ne lui aurait jamais adressé ces mots-là, surtout avec sincérité. Il fut tenté de regarder en elle, mais ç'en abstint. Il demanderait des explications à Draco, plus tard. Quelque chose lui disait qu'il n'était pas étranger à ce revirement soudain.
Quand Côme vint le saluer à son tour avec une exubérance hypocrite, Harry resta de marbre. Il lui serra la main avec réticence et ne fit même pas l'effort de sourire à ses traits d'humeur. En fait, la seule chose qu'il avait envie de faire, c'était d'attraper ce petit crétin et de lui balancer un sort de sa composition à la figure. Mais il se retint. Arrondir les angles, il fallait arrondir les angles…
« Tu vois, ce n'était pas si terrible. » commenta Draco tandis qu'ils s'éloignaient.
« Il semblerait que tu es préparé le terrain. » répliqua ironiquement Harry.
« Ne sombres pas dans la paranoïa, petit Gryffy. » railla son mari.
Harry lui lança un regard dubitatif. Il eut le plaisir de voir le blond rougir.
« Bon, on va dire que tu n'as pas tout à fait tord. »
Harry éclata de rire.
« Dis-nous ce qui te fais rire, qu'on s'amuse aussi. »
Harry se tourna vers Ron, le sourire aux lèvres. Toute leur bande était devant lui. Il les accueillit avec de tendres accolades.
« C'est tellement bon de vous avoir ici. » soupira-t-il en se détachant d'Hermione.
« On allait pas te laisser traverser cette épreuve tout seul. » chicana Ron.
« Je dois dire, pour ma part, que j'ai été étonnée de l'invitation de Mal… de Draco. » dit Hermione. « Au dernière nouvelle, vous étiez sensés divorcer. Alors, je ne comprenais pas très bien comment cela a pu déraper au point de recevoir une invitation pour une soirée de bienvenue en ton honneur au manoir Malefoy. »
« Et le fait de ne pas comprendre, c'est ce qui t'as le plus perturbé, hein ? » railla Ron. « Je parie que tu as harcelé ton petit chouchou pour avoir le dessous de l'affaire. »
« Absolument pas ! » s'offusqua Hermione sous les ricanements de ses amis.
« Bonsoir, Potter. »
Le brun n'eut même pas besoin de se tourner pour savoir qui venait de parler. Cette voix froide, basse n'appartenait qu'à une seule personne : Severus Rogue. Harry réprima une grimace en avisant qui accompagnait son ancien professeur. Côme Malefoy. L'ambiance se refroidit sensiblement.
« Professeur. » salua Harry avec un petit sourire. « Comment allez-vous ? Vos élèves ne vous mènent pas la vie trop dure. »
« Comme si je le permettrais.» rétorqua l'homme avec un sourire à faire froid dans le dos.
« Vous ne changez pas ! » rit Harry.
« Je ne vois pas pourquoi je le devrais… Pour répondre à votre première question, je vais bien. Je vois que vous aussi semblez vous porter comme un charme. »
« Cela n'a pas l'air de vous faire plaisir. » fit remarquer Ron d'un air de défi.
« Weasley, je suis figé d'ahurissement de voir que vos réflexions n'ont pas évolué depuis votre scolarité. Est-ce à dire que vous avez toujours onze ans d'âge mental ? »
Harry donna un coup de coude dans les côtes d'un Draco tremblant de rire. Côme eut un sourire dédaigneux, appréciant à sa juste valeur l'acidité de Rogue. Harry eut envie de le frapper.
« Vous… » s'énerva aussitôt le rouquin.
Mais Rogue ne lui prêta déjà plus attention.
« Potter, je suis heureux de vous revoir parmi nous. Il était tant que vous reveniez à la raison. » déclara-t-il d'un ton solennel avant de déposer de légères bises sur ses deux joues.
Un blanc s'en suivit.
Tous le regardaient avec des yeux exorbitants, même Draco. Il savait ce que ce geste représentait. Chez les Prince – nom de jeune fille de la mère du maître des potions – la bise sur les deux joues signifiait le respect et la reconnaissance de l'autre. Rogue n'aurait pu choisir un moyen plus approprié pour dire à Harry qu'il l'estimait. Mais bien évidemment, Harry, ne sachant absolument pas ça, ne pouvait apprécier à ce geste sa juste valeur. Chose dont le maître des potions était parfaitement conscient.
Sacré Rogue, toujours égal à lui-même !
« Her-Hermione… examine-le… il est malade ! » s'écria Ron, presque épouvanté.
« Je suis avocate, Ron, pas médicomage ! » rappela son amie, un brin exaspérée.
« C'est pas grave, tu en connais plus que les médicomages eux-mêmes ! » insista le rouquin.
Hermione rosit de plaisir sous le compliment.
« Tu veux que j'examine ses ondes ? » proposa tranquillement Luna.
« Sûrement pas ! Ne t'en approche pas ! On sait jamais ce qui pourrait t'arriver ! » protesta aussitôt son mari.
« Mais moi, ce n'est pas grave s'il m'arrive quelque chose ! » s'indigna Hermione, les bras croisés.
« Remus, voulez-vous danser ? » proposa Rogue, ignorant superbement ses anciens élèves.
Un nouveau blanc s'en suivit. Le lycan lui-même semblait se demander s'il avait bien entendu.
« Qui ne dit mot, consent. » dit Rogue, avant d'entraîner un Remus bouche bée vers la piste de danse.
« Mais qu'est-ce qui lui prend, à la chauve-souris ? Depuis quand elle est sociale ? » s'étrangla Ron après un long, mais alors très long silence.
« C'est le temps qui courre. » chantonna Luna, la seule à ne pas paraître plus étonnée que ça. « Ce bijou est magnifique, Harry. Est-ce du neuf ou de l'ancien ? »
La question tira Harry de sa stupeur.
« Du neuf, bien évidemment. » répondit Draco d'un ton mielleux. « Je l'ai commandé spécialement pour Harry juste après notre mariage. Pour autant que je m'en souvienne, il ne l'a porté qu'une seule fois… je me trompe ? »
« Euh… tu as raison. » balbutia Harry en portant une main à son cou, sous le choc d'une telle révélation.
En face de lui, Côme semblait sujet au sort du Saucisson.
« Nous les appelons « bijoux de famille » pour plaisanter. » reprit Draco en posant sur son cousin un regard glacial.
Blême, Côme baissa les yeux. Harry comprit alors que cette histoire de « bijoux de famille » n'avait été qu'une invention destinée à l'humilier, rien d'autre. Il fut mortifié de son propre aveuglement. Comment avait-il pu être si crédule ? Ah, il était beau le Capitaine de la Septième Division de la Ligue des Thaumaturges ! Se faire berner par un gamin pourri gâté, mais quelle déchéance ! Ses collègues ne devaient jamais l'apprendre, sinon il en entendrait parler pendant des lustres ! Il voyait déjà les Capitaines de la Cinquième et de la Treizième se fendre la poire… Grrrrr !
Il lança un regard mauvais vers Côme. Ce dernier, trop occupé à éviter le regard réprobateur de Draco, ne le vit. Il allait se venger, foi de Potter !
Au même instant, Conor annonça l'ouverture du buffet et Côme disparut dans la foule sans demander son reste. Le petit groupe s'installa à la table principale où seule Conor et son fiancé avaient été convié. Il y avait aussi Théodore Nott et sa femme Pansy, ainsi que Blaise Zabini.
« Eh bien, on dirait que Severus est enfin décidé de passer aux choses sérieuses. » déclara Draco en avisant le maître des potions installé Remus à côté de lui.
« Ne m'adresse pas la parole, d'accord ? Je suis trop furieux contre toi pour t'écouter. »
Draco arqua un sourcil faussement surpris.
« Par Serpentard, qu'ai-je donc fait pour mériter pareil courroux ? »
« Tu t'es moqué de moi avec cette histoire de bijoux de famille… ton ogre transylvanien n'existe pas ! » bougonna-t-il en lui lançant un regard étincelant.
Draco éclata d'un rire rauque, terriblement sensuel.
« Si tu me rapportais plutôt les paroles de Côme au sujet de ces fameux « bijoux de famille » ? »
« Il n'en est pas question. J'entends régler moi-même cette affaire. » avertit Harry.
Le regard accompagnant ses paroles ne laissait pas place à la protestation, tout comme il signifiait clairement que Côme allait regretter amèrement sa perfidie.
« Mais dit-moi plutôt comment, toi, tu as découvert le pot aux roses ? » reprit Harry, curieux.
« A chacun ses secrets. » répliqua Draco avec un sourire moqueur.
« Pff ! De tout façon je le saurais quand même ! » bouda Harry.
« Ah oui ? Et comment cela ? »
« A chacun ses secrets ! » rétorqua sarcastiquement le brun.
Il rit de la mine renfrognée de son mari. Draco l'embrassa pour le faire taire. Ce fut un baiser fougueux qui ne passa pas inaperçu.
« Uhuh, les tourtereaux, on se calme ! Il y a des personnes voulant garder leur repas dans l'estomac ! » grogna Ron avec une moue faussement écoeuré.
« Ron, même un troll copulant avec un détraqueur ne t'empêcherait pas de manger. » jeta sa femme.
Pour la peine, elle coupa l'appétit de toute la tablée.
« Beurk ! Merci pour l'image, Luna ! » grommela son mari, avec des grimaces dégoûtées.
Quand ils eurent fini de manger, ils partagèrent leur temps entre danser et discuter entre eux ou avec les autres convives. Harry remarqua tout de même que certains invités prenaient soin de garder leur distance. Il y avait Côme, bien sûr, mais aussi, et c'était plus étonnant, l'avocat de Draco, Jonathan Hayes.
Orthon Langester faisait évidemment parti de ce petit groupe de récalcitrants. A chaque fois que Harry glissait un regard vers lui, le beau sorcier était en compagnie de Côme ou de la grand-mère de Draco. C'était l'une des personnes dont son mari n'avait pas pris la peine de lui présenter et Harry se garda bien de le lui demander. Il ne savait pas s'il pourrait résister à l'envie de trucider ce voleur de mari s'il l'avait en face de lui.
Mais pour l'heure, Harry était bien loin de se préoccuper de son rival. Dans les bras de Draco, il savourait pleinement son bonheur, se mouvant langoureusement contre le corps de son mari. Il ne revint à la réalité qu'en sentant une brise fraîche contre son corps. Ils étaient dans un coin sombre de la véranda, cachés par de hautes plantes en fleur.
« Comment sommes-nous arrivé ici, Mr Malefoy ? » demanda-t-il moqueur.
« Eh bien, je dirais, par un heureux hasard, Mr Potter. » sourit Draco avant de l'embrasser profondément.
Ils se dirigeaient sur un chemin glissant quand Conor les interrompit.
« Hum, hum… je suis navré de vous déranger. » fit-il d'un ton sarcastique. « Mais Severus Rogue te demande, Draco. Il dit que c'est important. »
« Il choisit mal son moment, celui-là ! » pesta le blond entre ses dents.
Avec un soupir, il se résigna à se détacher de son mari.
« Surtout, restes chaud… » susurra-t-il à son oreille.
Il effleura ses lèvres d'un rapide baiser puis s'éloigna. Conor s'en alla aussi non sans lui avoir proposé de le suivre. Mais Harry refusa préférant savourer l'air frais de la nuit. Appuyé contre la balustrade, il regardait pensivement la lune, avant qu'un sourire mauvais n'apparaisse sur ses lèvres. Il créa un mouchard (barrière magie prévenant son créateur de l'approche d'intrus) autour de lui. Il s'appuya alors plus nonchalamment sur la balustrade.
« Mon dieu, Capitaine Ziguy, je vous connaissais bien des défauts mais pas celui de voyeurisme. » railla-t-il, la tête légèrement penchée.
Sur la demi-lune, le visage d'un homme aux cheveux blond dressés sur la tête apparut. Il rigolait bêtement, un air apeuré sur le visage.
« Oh, vous m'aviez remarqué, Capitaine Shura ? » bredouilla l'intrus, l'air embarrassé.
Shura son nom de Thaumaturge.
« Il semblerait bien… »
« Hahaha… hé bien… je crois que je vais aller me coucher, moi… tous ces combats m'ont épuisé… Bonne nuit à vous, Capitaine Shura… »
Sur ce, il essaya de s'échapper, mais Harry veillait au grain.
« Savez-vous le sort que je réserve aux curieux qui fourrent leurs nez dans mes affaires ? »
Le sourire de Harry se fit plus mauvais.
« Pitiéééééééééééé ! Je veux pas mouriiiiiiiiiiiiir !! » supplia l'autre, terrorisé.
Sur la demi lune, Harry put voir avec satisfaction son invocation à l'œuvre. Son collègue, se faisant poursuivre par une Chimère des Enfers, hurlant à la mort, suppliant l'aide de toutes personnes sur son passage. Mais personne ne lui prêta attention, certain lui enjoignirent même de cesser de leur faire perdre leur temps avec ses gamineries.
Harry réprimait tant bien que mal un fou rire quand le Capitaine Ziguy se retrouva les fesses air à l'air, lorsqu'il sentit une onde le parcourir. Quelqu'un venait de traverser son mouchard. Harry n'avait pas besoin d'analyser cette aura pour savoir de qui il s'agissait. Tout comme il comprit aussitôt que quelque chose n'allait pas. Il sentait une autre présence. Pourtant il était sûr que personne n'autre n'avait traversé son mouchard.
Il prit le temps de renvoyer son invocation dans son monde avant de se tourner lentement vers Reine Malefoy. Elle se tenait à l'autre bout de la terrasse, droite et digne, son impression indéchiffrable. Il ne remarqua rien d'inhabituel. Pourtant, il sentait toujours cette présence.
Il eut un long silence où ils se considérèrent un moment. Durant ce laps de temps, Harry en profita pour analyser la magie de la vieille dame, méfiant quant à la présence mystérieuse qu'il sentait avec elle. Il passa discrètement en mode Byakugan (1). Il vit le flux magique de la grand-mère de Draco, détailla le tumulte qui l'agitait et finit par percevoir l'infime flux intrus. Le flux était si faible qu'il était vraiment difficile de le détecter, même en mode Byakugan.
C'était bien ce qu'il pensait : Reine Malefoy n'agissait pas d'elle-même. Mais qui ? Pour le découvrir, il allait devoir se prêter au jeu de cet intrus et agir avec la plus grande prudence. Le moindre faux pas signifierait l'arrêt de mort de la vieille dame.
Finalement, ce fut la grand-mère de Draco qui rompit le silence.
« J'espère que je ne vous dérange pas, Harry ? » dit-elle d'un ton guindé.
Il se contenta de secouer la tête et attendit de voir ce qu'elle lui voulait. Totalement invisible à l'œil nu et dissimulé dans les flux magiques environnant, un mince fils de son propre flux alla jusqu'à celui de la grand-mère de Draco et le pénétra. La magie de Reine Malefoy ne lui opposa aucune résistance. Etant habitué à ce genre d'intrusion, Harry ne grimaça même pas face à la rigidité glaciale de la magie de Mrs Malefoy.
Devant son manque de réaction, la vieille dame sembla quelque peu déstabilisée. Mais elle se reprit vite.
« Comme vous l'avez sans doute deviné, je désire vous parler de mon petit-fils. » déclara-t-elle.
Il eut un autre silence. Le flux de Harry s'enroula autour du flux intrus et remonta lentement jusqu'à son propriétaire.
Reine se pinça les lèvres, agacée par son mutisme.
« Mon plus grand souhait est que Draco soit heureux. » dit-elle sans ambages.
« C'est également le mien. » assura doucement Harry, concentré dans son enquête.
C'était étonnant qu'il n'ait pas déjà atteint l'intrus. Son flux magique était maintenant dans la salle de bal et parcourrait toujours l'autre flux en s'enroulant autour de lui. Qui que soit la personne manipulant Reine Malefoy, il ou elle était extrêmement puissant donc dangereux. Ce n'était pas donné à tout le monde de distiller son flux magique aussi loin.
« Vraiment ? » douta la vieille dame, glaciale. « Pourtant vous ne pouvez pas nier que, par le passé, vous avez fait de sa vie un véritable calvaire. Je ne voudrais pour rien au monde que cela se reproduise. Et c'est ce qui arrivera, irrémédiablement. »
« Voyez-vous ça ? Seriez-vous doté du troisième œil, à instar de Sybille Trelawney ? » se moqua Harry.
Mrs Malefoy plissa dangereusement les yeux. Harry retrouva alors ce regard méprisant qui l'avait tant meurtri auparavant. La grand-mère de Draco sembla faire un effort sur elle-même pour ne pas le tancer. Pendant ce temps, son flux magique n'avait toujours pas trouvé le manipulateur.
« Ecoutez, Harry, je sais que Draco et vous n'êtes pas fait l'un pour l'autre. » déclara-t-elle abruptement. « Il suffit de voir dans quel milieu vous avez grandis, tous les deux. Vous êtes trop différents pour vous accorder. Vos sempiternelles disputes en étaient bien la preuve ! Vous êtes remonté dans mon estime quand vous êtes parti. J'ai cru que vous étiez revenu à la raison. Mais vous revoilà… Vous dites que vous l'aimez mais quelle preuve donnez-vous de cet amour ? Vous n'avez fait que le rendre malheureux ! Pire même, vous en avez fait une loque ! Il s'est perdu lui-même et a été contrait à l'exile pour se retrouver ! Est-ce ce que vous voulez ? Qu'il redevienne l'ombre de lui-même ? »
« Evidemment que non. » affirma Harry, affecté bien malgré lui par les dires de la vieille dame.
Bien qu'il sache qu'elle était manipulée, donc que ses mots n'étaient pas vraiment les siennes, Harry ne doutait pas qu'ils exprimaient le fond de sa pensée. Et cela faisait mal. Parce qu'elle était la grand-mère de Draco et qu'il aurait voulu qu'ils s'entendent bien, ne serait-ce que pour faire plaisir à son mari. Parce qu'il aurait aimait être accepté tel qu'il était, ne pas subir un nouveau rejet. Parce que son mari avait souffert et qu'il n'avait pu le consoler.
« Alors partez ! Si jamais vous aimez un tant soit peu mon petit-fils, partez ! Et ne revenez plus jamais ! »
La voix de la vieille dame s'était fait presque suppliante. Et Harry vit à son expression qu'elle lui en voulait d'en être réduite à ça. C'était vraiment très convainquant. Reine Malefoy aurait exactement réagi de cette manière. C'était donc une personne la connaissant parfaitement bien qui la manipulait.
Il détourna les yeux d'elle, fixant le magnifique parc. Son flux magique n'avait toujours pas trouvé le coupable. Et ce dernier n'était plus dans le manoir. Mais où est-il ?
« Vous avez raison. Draco et moi n'auront jamais une petite vie bien tranquille. Nous avons, tous deux, un trop fort caractère pour éviter les heurtes. Je suppose qu'Orthon Langster ferait un époux idéal pour Draco et saurait le rendre heureux. »
« Je suis heureuse de vous voir revenir à la raison. » opina Mrs Malefoy, visiblement soulagée. « Orthon l'aime. Il veut l'épouser et il a ma bénédiction. C'est un jeune homme brillant, cultivé et bien élevé. De surcroît, il est du même milieu que Draco. Il est mieux à même que vous pour le comprendre. Sa famille et la notre sont liées depuis des générations. J'ai toujours caressé l'espoir que Orthon et Draco s'unissent un jour. Quand Draco m'a annoncé son intention de divorcer, j'ai même cru que mon rêve allait enfin se réaliser. Mais il a suffit qu'il vous revoit pour qu'il perde à nouveau la tête. Cette attitude est très loin de son comportement habituel. Draco n'est pas du genre à change d'avis aussi abruptement… »
Il eut un silence assez pesant. Harry avait beau savoir qu'elle n'était pas elle-même, il n'en était pas moins très en colère par l'insinuation de Mrs Malefoy. Mais il se tempéra sachant que c'était exactement ce que son adversaire.
« Et vous pensez que je lui aurais fait quelque chose, comme lui jeter un sort, pour qu'il me reprenne. » acheva calmement Harry.
« Quelque autre explication sinon ? » dit la vieille dame en redressant fièrement le menton.
« Peut-être qu'il s'est rendu compte qu'il m'aime toujours et qu'il ne voulait pas me perdre. » suggéra Harry, ironique. « Orthon l'aime peut-être, mais moi aussi je l'aime. Moi aussi, je veux le rendre heureux. Si je le quitte, il ne le sera pas. Donc j'ai bien peur de devoir vous décevoir encore une fois. »
Le visage de la vieille dame se crispa en comprenant son échec.
« C'est votre dernier mot ? » siffla Reine Malefoy.
« Oui. » répondit posément Harry.
« Très bien. Je sais ce qu'il me reste à faire. » dit la grand-mère de Draco en s'approchant un peu de lui.
Elle leva sa baguette. A cet instant précis, Harry trouva le coupable.
« Avada… »
Elle ne put continuer car Harry s'était jeté sur elle et lui avait arraché la baguette d'un geste sec.
« Grand-mère ! »
Levant la tête, Harry vit un Draco blême de rage sur le seuil de la porte-fenêtre. Reportant son attention sur la vieille dame, Harry s'empressa de rompre le lien qui la maintenait connecter au coupable. Rapidement, il construit une barrière de protection autour d'elle pour la défendre de toutes nouvelles tentatives. Par télépathie, il appela ses amis.
« Comment a-t-elle osé… ? » commença un Draco à la limite de la rupture d'anévrisme.
« Calmes-toi ! » ordonna sèchement Harry sur un ton qui n'admettait pas de réplique. « Elle n'agissait pas d'elle-même. Elle était sous l'emprise de quelqu'un. »
« Sous l'emprise de quelqu'un ? Mais comment ? » s'ahurit Draco en s'accroupissant près d'eux, qui avait l'air tout d'un coup beaucoup plus soucieux de la santé de son aïeul.
« Sûrement un dérivé du maléfice de la marionnette, mais en beaucoup plus puissant. » répondit posément Harry.
Il récita un court mantra et un magnifique oiseau blanc, ressemblant à si méprendre à un phénix, jaillit de sa main.
« Empêche-le de s'enfuir. » ordonna-t-il à l'apparition.
Ses amis arrivèrent sur ces entrefaites.
« Luna, guérit sa magie. Une petite partie a été touchée. »
« Que s'est-il passé, Harry ? » demanda Ron.
« Tentative de meurtre. » répondit son ami.
« Quoi ? Tu veux dire que la grand-mère de Malefoy a essayé de te tuer ? » s'éberlua Neville.
« Pas exactement. »
« Mais alors… » intervint Ginny.
« Pas maintenant. » coupa Harry. « Hermione, va me chercher Conor et Côme Malefoy. C'est leur grand-mère, ils ont le droit de savoir ce qui s'est passé. Fait venir Remus et Severus aussi. »
Son amie disparut tout de suite par la porte-fenêtre.
« Harry, vas-tu m'expliquer ce qui se passe, à la fin ! » s'énerva Draco.
Il n'aimait pas du tout l'attitude de son mari. Cette manière qu'il avait de donner des ordres, c'était… dérangeant. Il avait l'impression que ce n'était pas vraiment Harry qu'il avait devant lui.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
Conor et Côme Malefoy venaient d'arriver, Hermione, Rogue et Remus sur les talons. Ils virent Luna au-dessus de leur grand-mère et paniquèrent aussitôt.
« Draco ? » s'enquit Conor en se tournant vers son cousin pour avoir une explication.
La réaction de son frère fut beaucoup plus excessive.
« Eloigne-toi de ma grand-mère, raclure ! » cracha Côme, baguette en main.
Ron devint rouge de rage sous l'insulte et sortit sa baguette pour défendre sa femme.
« Ron, range ça. » ordonna Harry en désarmant Côme sans effort et le ligotant pour qu'il se tienne tranquille.
Il ferma les yeux, tendit les bras devant lui, les mains jointes en coupe. Il eut une légère brise et un dôme enfla entre ses mains jusqu'à englober tout le manoir.
Fasciné, Draco détailla ce qui l'environnait. Il était toujours sur le balcon, mais le décor avait pris une teinte vert clair saisissante. Seuls ses compagnons avaient gardés leur couleur d'origine. Il avait l'impression d'être chez lui tout en étant dans un autre endroit. Et puis, il y avait cette sensation étrange. Douce et menaçante à la fois.
« Harry, mais qu'est-ce que tu as fait ? » s'émerveilla Granger.
« Je viens de dresser un kekkai pour que nous ne soyons pas dérangé. »
« Un kekkai ? Eh bien ! C'est la classe, mon vieux ! » siffla Ron, admiratif.
Le kekkai n'était pas une barrière de protection facile à matérialiser. On pouvait compter sur les doigts d'une main les sorciers ayant réussis à en créer de toute l'histoire de la magie.
« Ecoutez-moi tous attentivement. » dit-il d'un ton qui laissait présager le pire pour qui l'interromprait. « Dans un instant, le responsable de tout ceci resta présent. Je ne veux à aucun moment que l'un de vous intervienne. Celui qui désobéira, devra en subir les conséquences. »
Tous hochèrent la tête, comprenant qu'il ne servait à rien de discuter avec cet Harry-là, que c'était même très dangereux. Draco, lui, n'en revenait toujours pas. Son mari était si… il ne savait même pas quel mot choisir ! Mais en tout cas, c'était un qualificatif qui n'allait pas avec Harry, en temps ordinaire.
Le brun fit apparaître des fauteuils de cuir rouge. D'un mouvement de main, il invita ses compagnons à s'installer, lui-même s'asseyant dans le fauteuil le plus avancé. Le décor changea également. Tous restèrent stupéfaits devant le champ de cerisier fleuri dans lequel ils se trouvaient. Une pluie de pétale d'un rose nacré leur tomba dessus, diffusant un agréable parfum.
« C'est magnifique ! » s'exclama Ginny, émerveillée.
« Je croyais qu'on était dans un kekkai ? » s'interrogea Draco.
« C'est le cas. » confirma sereinement Harry.
« Mais alors comment… ? » commença Conor, tout aussi perplexe que son cousin.
« Un kekkai est un monde parallèle à petite échelle dont son créateur peut modifier le contenu à sa guise. » expliqua le brun.
Tous les anciens de Poudlard tournèrent la tête vers Hermione, pour avoir confirmation, mais la jeune femme haussa des épaules en signe d'impuissance. Elle aussi était aussi larguée que les autres. Draco fixa le profile lisse de son mari avec une certaine jalousie. Il y avait un monde entre Harry et lui.
« Asseyez-vous, je vous prie. » invita à nouveau le brun avec quelque chose dans la voix qui incita ses compagnons à obéir séance tenante. « Bien, je suppose que nous pouvons commencer. Fait le venir. »
Dans une gerbe de flammes nacrées, un corps fut projeté aux pieds de Harry. Le magnifique phénix blanc vint se poser sur l'épaule de son maître. Draco voulut protéger son mari mais fut arrêter net par Remus. Ce dernier secoua la tête et le regarda avec insistance. Draco comprit alors ce qui le dérangeait chez son époux. Il comprit cette chose qu'il n'arrivait pas à déterminer. Ce n'était plus Harry, son mari, qu'il avait en face de lui, mais Harry Potter, le Thaumaturge. Et celui-là, il valait définitivement mieux ne pas le contrarier.
« Mais qu'est-ce qui se passa, par Lucifer ?! » geignit la personne affalée aux pieds de Harry.
Elle se redressa avec difficulté leur dévoilant son identité. Draco reprit un mouvement de stupeur.
« Eh bien, eh bien, maître Hayes, j'espère que le voyage n'a pas été trop mouvementé. » ironisa Harry.
Une expression apeurée et sidérée sur le visage, Jonathan Hayes, l'avocat et le parrain de Draco, leur faisait face.
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(1) Tout ceux qui lisent Naruto savent ce qu'est le Byakugan. Mais pour ceux qui ne savent pas voici l'explication du Doc Mizi (lol) : le Byakugan, dit aussi « l'œil blanc », est une technique ninja héréditaire de la famille Hyûga dans le manga Naruto. Il permet aux membres de cette famille, tous aveugles, de voir non seulement ce qui se passe autour d'eux, mais aussi le chakra des gens. Je reprends donc le principe pour ce qui est de voir le chakra, sauf que là c'est la magie. Et voilà l'explication. Bon, c'est un peu plus compliqué, mais ça résume bien.
