CHAPITRE NEUF

Merci beaucoup de toujours suivre cette fiction, et en avant pour le chapitre neuf!


« Je me fiche de cela, je m'en fiche vous m'entendez ? Deux rendez-vous qu'on annule, bon sang, pour quoi va t-on passer ! »

Mycroft raccrocha brutalement, poussa un soupire en resserrant sa cravate, Anthéa s'écartant ostensiblement de lui pour échapper à sa colère. Le brun se saisit une nouvelle fois du petit papier cartonné, et l'écriture penchée, la folie de l'encre violette, offrait encore une fois un danger menaçant au dessus de la tête du gouvernement.

« Il suffit que Moriarty nous dépose un post-it, et nous nous retrouvons comme des enfants terrassés devant une araignée !

-Cet homme est un assassin, souligna Anthéa, et vous n'êtes pas un citoyen lambda…

-Au diable ! Je dois aller au Mexique pour suppléer le représentant écologique à Los Cabos, pour le G20. Quelle vision de nous le monde aura t-il si nous n'y allons pas ?

-Quelle vision le monde aura t-il de vous si vous mourrez bêtement ? »

Mycroft lui jeta un regard meurtrier, et la secrétaire se retint de faire de nouveau de l'esprit. L'agent du MI5 savait déjà qu'il souhaitait mettre son frère sur le coup. Ce serait le bon moyen de le détourner un peu de ces facéties journalistiques, et de le relancer sur quelque chose d'un peu plus sérieux. Mais comment retrouver la trace de l'autre tordu avec une missive aussi floue ?

« Je suis là ou le cauchemar est assit sur le corps blanc. Ps : un bonjour de ma part à notre artiste

Stupidité. Cela ne voulait rien dire, du moins pour l'esprit purement logique de Mycroft qui ne comprenait que la référence à John.

« Allô, Sherlock ? Comment ça, une interview ? Tu ne préfères pas plutôt le dernier cadeau de ton ex ? Oui, je parle de Moriarty. Oui. Bien. Bonjour de ma part à John, par ailleurs. »

Il raccrocha. Des interviews. Son frangin faisait vraiment n'importe quoi pour plaire au docteur. Puis, ses yeux se posèrent sur sa montre. Une montre à l'apparence anodine, au bracelet de cuir marron. Si Sherlock avait vu cette montre, il aurait rit aux éclat, sachant que son aîné ne supportait pas ce type de modèle.

Mais il avait suffit que Greg lui dise qu'elle lui irait bien pour qu'il cède. Evidemment…

"..."

« Depuis combien de temps cette hypothèse de couple à t-elle supplantée l'idée de simples collègues ?

-L'un va avec l'autre, en fait on gagne juste de la place dans l'appartement en remplaçant une chambre par mon bureau.

-Ton bureau ? »

Sherlock lui fit un charmant sourire, et la journaliste coupa court aux explications en reprenant :

« Rien ne va donc changer ?

-Pour moi, non. Ecoutez, je suis un génie, et la logique est mon maître mot. N'attendez pas de moi un changement impératif dans mon comportement, surtout vis-à-vis de la presse qui n'aura que mon profond mépris. Je reste un détective. »

Sourire légèrement crispé de Shannon qui se tourna vers le blond :

« Et vous, doc, êtes vous aussi détaché de ce changement ?

-Et bien…Figurez vous que je suis humain. Je ne sais pas vraiment quelle place à cette relation dans ma vie, et quel temps elle y prendra. Je…Je reste également celui que j'ai toujours été, voilà tout. »

Pas de terme explicite. Pas de volonté d'exprimer d'amour, de relation. Shannon fronça les sourcils, ne comprenant pas pourquoi l'ancien soldat présentait sa situation comme un simple passage, une chose non définitive. Si Sherlock ne sembla pas se formaliser, un léger pli fit froncer ses sourcils.

« Une seconde, mon frère. »

John baissa la tête, gêné. Pour que Sherlock préfère recevoir un appel de Mycroft à leur compagnie, il devait être très agacé. Et il n'était pas compliqué de savoir pourquoi. Shannon profita de l'absence du brun pour glisser un commentaire :

« Vous pensez qu'un couple peut fonctionner avec deux êtres aussi détachés ?

-Nous ne sommes pas détachés !

-Lui il l'est pas habitude, et vous par hypocrisie. Mais quand même.

-Je ne vous permets pas de juger ma relation ! »

Shannon lui fit remarquer qu'il parlait tout de même de son emploi, et l'autre grogna quelque chose d'indistinct en se détournant de la caméra. Ils parlèrent encore un peu, la journaliste acceptant sans broncher les réponses acerbes d'un John perturbé par ses propres réactions, puis Sherlock revint sur le devant de la scène :

« John, cesse de raconter ce tissu de mensonges : la ville a besoin de nous.

-Quoi ?

-On ne dit pas « quoi » comme ça, Moriarty à fait son retour parmi nous, ce qui nous donne une excellente excuse pour laisser en plan cette femme, qui pourra s'en retourner à son bureau pour draguer son supérieur. Oui, mademoiselle, votre style de coiffure tend a vous donner un air plus mâture qui, hélas, ne vous va pas. Bonjour chez vous. »

Sherlock tira son « collègue » par le bras, l'empêchant de s'excuser auprès de l'équipe pour ce manque patent de politesse. Le blond, s'engouffrant maladroitement dans un taxi, ne pu s'empêcher de songer à quel point fuir l'interview lui avait fait du bien.

"..."

Trop silencieux. Sherlock était trop silencieux. Normalement, il aurait déjà du l'abreuver de réflexion sur le mot de Moriarty, les idées qui lui venaient en tête, ou , s'il réfléchissait sérieusement, il aurait adopté cette position si significative que le blond avait apprit a reconnaître. Non, le détective n'était pas dans son état normal. Tourné vers la fenêtre, Watson toussota :

« Tu me fais la tête ?

-Non, ce serait une perte de temps stupide, surtout dans cette situation qui nécessite une concentration parfaite.

-Sherlock, je…

-Pas les excuses. Tu n'en crois pas un mot. Simplement, je ne comprend pas pourquoi vouloir faire cette interview, si tu n'es pas toi même convaincu du bien fondé de ce que nous vivons. »

Re silence. John chercha une chose intelligente à dire, se mordit la langue :

« C'est simplement plus compliqué que de sortir avec une femme.

-J'ai finis par le comprendre. Mais tu ne pourras pas me sortir ce discours à chaque fois. Je me fiche de ton sexe, et du mien, je veux juste t'embrasser quand j'en ai envie. Car moi aussi j'ai des envies. »

Le ton particulièrement monotone du jeune homme contrastait avec l'apparente colère de ses paroles, et John roula des yeux :

« Je sais, je sais…Tu as fais des efforts, c'est aussi à moi d'en faire. »

Sherlock le regarda. Le blond ne savait décidément pas que les choses seraient bien plus compliquées pour lui que pour le détective. S'il ne se créait pas dès maintenant un bouclier efficace contre le reste du monde, il se ferait dévorer tout cru. Comme mû par une réalité certaine, le jeune homme lui caressa tristement la joue, sans parler. John embrassa ses doigts :

« Ne t'inquiète pas, tout ira bien. »

Il souriait.

« Maintenant, dis moi de quoi il s'agit.

-C'est une histoire dans laquelle tu as ton rôle à jouer. Je suis là ou le cauchemar est assit sur le corps blanc. Ps : un bonjour de ma part à notre artiste. Il ne s'agit pas entièrement de toi, c'est le terme artiste qui nous intéresse. Moriarty joue avec ton passe temps pour nous faire deviner un autre lieu. Il… Veut tuer. Effrayer le gouvernement pour le forcer à se terrer. Et quel macchabé serait plus impressionnant que le célèbre détective consultant ? »

John fronça les sourcils : un rapport avec l'art ? Depuis quand l'assassin se préoccupait-il d'afficher ses bons goûts lors d'un meurtre ? Enfin, Moriarty était fou, cela n'avait pas la moindre espèce d'importance. Le blond réfléchissait sur la portée de la première phrase.

« Tu as déjà tiré des informations sur l'œuvre elle meme ?

-Non. Mes connaissances artistiques sont moindres, je n'ai jamais compris l'intérêt de la peinture. Sauf faire ressortir un désir caché. » ajouta malicieusement Sherlock en voyant l'autre se teinter d'une couleur cerise des plus agréables.

« C'est pour ça que j'ai besoin de toi. Quand tu sortais avec l'autre femelle, tu es allé voir des expositions, tu as du faire des recherches pour l'impressionner, et puis tu as toujours semblé attiré par ce domaine. Ces mots ne te disent rien ? »

Je suis là où le cauchemar est assit sur le corps blanc… Le cauchemar ? Comment représenter un cauchemar… Et puis le corps blanc ? Cela ne lui disait rien du tout. La voiture s' arrêta devant le commissariat, et les deux hommes furent accueilli par une Donovan au visage soucieux :

« Ca n'avance pas fort chez nous, vous avez une piste ?

-Ca n'avance jamais fort, Donovan. », siffla Sherlock en la repoussant du revers de la main, faisant avancer John qui roulait des yeux. A l'intérieur, le brun lui annonça qu'il allait discuter avec Lestrade pour éclairer un peu les choses, et demanda à son amant de faire le point, dans un endroit silencieux, sur les idées que la phrase de l'assassin ramenait à la surface. Avant de le laisser, John le prit par la manche, les yeux fuyants :

« Si je t'ai blessé, avec l'interview… Je suis désolé.

-Arrête de t'excuser. »

Sherlock le décala contre le mur et l'embrassa, mordant ses lèvres, ses mains tenant son visage avec un plaisir non dissimulé, puis il recula et quitta le couloir d'un pas rapide.

En s'installant dans un bureau exiguë et désert, John se sentit bêtement heureux.

« Cauchemar… »

John savait que l'assassin n'avait pas fait de lien avec ses cauchemars à lui, qu'il s'agissait d'une idée plus générale. Un cauchemar, à son fondement, est un poids oppressant sur la poitrine durant le sommeil, c'était par ailleurs assimilé à de nombreux problèmes respiratoires. Le cauchemar… La représentation même du cauchemar…

« La mort ? La douleur ? »

Non. Repartir plus loin. Les débuts.

« Les fables… Les montres mythologiques…Les histoires… »

Et le corps blanc ? Evidemment, l'image de Sherlock alanguit sur lui lui revint en mémoire, et il se gifla mentalement en écartant son col de chemise. Corps blanc. Pureté. Symbol virginal, donc féminin par excellence. Une image, encore floue, commençait à se former dans sa tête. Il avait été voir cette exposition , il y a un an et demi, au Louvres… « L'antiquité rêvée ». Il se souvenait que la simple vision de l'affiche de présentation lui avait donné envie de faire le voyage.

« L'affiche…Bon sang, elle faisait plus de dix mètres je n'ai pas pu l'oublier… »

Il se revoyait prendre un café, discuter avec sa copine du moment – Eliza Bergmouth, une vraie dinde maintenant qu'il y songeait-, il se souvenait s'être perdu dans les rues alentours, finissant par demander son chemin à des parisiens méprisants et d'une élégance sans pareille.

« L'antiquité…Rêvée… »

Un montre. Un petit gnome épouvantable, ramassé sur lui-même, observant les passant de ses petits yeux vicieux, confortablement installé sur…

« Sur le corps blanc d'une jeune femme. »

« Le cauchemar », de Fussli. Evidemment, cela tombait sous le sens, un peintre britannique d'origine suisse… Il fallait savoir ou la peinture avait été présentée la première fois. Extraordinairement fier de lui, le blond ouvrit brutalement la porte à la recherche du détective, et tomba sur lui en compagnie de l'inspecteur qui était fort occupé au téléphone. John attrapa le brun par les épaules, le rouge aux joues :

« Sherlock, il faut…

-Je sais, Fussli, Le Cauchemar, Royal Academy.

-Mais… »

L'autre lui fit un sourire tendre, lui indiquant avec une simplicité enfantine qu'il avait simplement tapé des mots clefs concernant un tableau représentant un cauchemar, puis travaillé par élimination jusqu'à tomber sur l'œuvre du Suisse.

« La peinture est a la Royal Academy. Je viens de demander une mise en quarantaine du lieu, j'attend un appel imminent de Moriarty. »

John hoqueta, pour au final mettre ses mains au fond de ses poches avec un air agacé

« Pourquoi me demander mon aide, alors ? C'était stupide.

-C'était simplement pour te montrer que toi aussi, tu es capable de résoudre certaines choses. »

John glissa sur le « certaines » et haussa les épaules, suivant le brun jusqu'à la voiture pour la suite des évènements. En sortant du bâtiment, il repéra immédiatement la horde de journaliste qui hurlait, stoppée de façon maladroite par quelques policiers surmenés. Sherlock les ignora royalement, intimant au médecin d'en faire de même.

« Alors messieurs, votre première enquête en amoureux ? »

John aurait pu simplement s'asseoir sur son siège et claquer la portière. Il aurait pu faire taire dans ses veines cette envie dérisoire de crier, encore une fois, sa colère. Mais cette fois ci, son tempérament l'emporta sur la logique glacée de Sherlock, et il ne lui fallut qu'un seconde pour saisir le brun par le col de sa chemise et l'embrasser, certes brutalement, avec une envie qui n'avait rien de factice.

Murmure enthousiaste.

« Et encore, vous ne savez pas tout. »

John claqua la portière, sourire aux lèvres, oubliant pour cette fois les gros titres qui allaient paraître, les remontrances de Sarah qui ne le quittaient pas. Il fallait se concentrer sur la menace Moriarty. La menace Moriarty, et peut être aussi la main gantée qui coulait doucement vers le haut de sa cuisse…

"..."

« Préparez le reste. Sherlock est sur l'affaire, il ne devrait pas y avoir de débordement.

-Vous n'êtes pas inquiet ? Je veux dire… Il va directement se confronter à lui.

-J'aurais été inquiet si cela avait été quelqu'un d'autre que Sherlock. »

Mycroft jeta un regard clair à Anthéa, lui indiquant que le sujet était clos et qu'essayer de poursuivre serait malvenu. La brune eut le bon goût de rougir, puis annonça d'une voix traînante qu'un inspecteur furieux tenait à lui parler. Le sourire qu'arbora l'agent britannique informa la secrétaire que le terme « furieux » ne lui faisait pas peur, puis elle quitta la pièce.

« C'est un scandale ! »

Lestrade semblait réellement en colère.

« Ton frère m'a jeté hors de la voiture ! Il a interdit aux autres de le suivre, et est parti en simple taxi ! Bon sang, un gringalet sociopathe et un soldat à la retraite, c'est du pur délire !

-Ne me dis pas que tu n'as pas l'habitude…

-Je n'ai pas le droit de faire ça, Mycroft ! Mes supérieurs vont me virer ! »

Mycroft l'embrassa. Evidemment, personne ne renverrait jamais Gregory, pour plusieurs raisons, et ils le savaient tout deux. La méthode selon laquelle Sherlock travaillait n'avait rien d'orthodoxe, mais elle fonctionnait, presque toujours, et s'il y avait bien quelqu'un capable d'arrêter Moriarty, c'était lui. Et dieu savait qu'ils avaient besoin qu'on arrête ce fou.

« J'ai déjà envoyé des agents, murmura le brun en calant son amant contre une tapisserie, ne t'inquiète pas…

-Myc', il n'y a pas de caméras, dans cette salle ?

-Je contrôle les caméras, aussi. Tu sais… Je suis au MI-5 par pure envie. J'aurais pu grimper encore quelques échelons, mais… J'aurais été trop occupé pour gérer Sherlock.

-Et moi.

-Surtout toi. »

Grégory lui mordit le cou, et l'autre frissonna en songeant qu'il avait faillit rater cet homme , ce qui aurait été réellement stupide de sa part. Il prit ses deux mains dans les siennes et les porta a ses lèvres :

« Attendons la fin de cette mission. Ensuite, je pars au G20, et je profite de cette petite sauterie pour poser deux jours de RTT. Mes deux seuls, en fait. Et je te promet que l'on prendra tout notre temps pour tout. »

L'inspecteur se demanda si les agents du gouvernement avaient réellement des jours de RTT, puis décida qu'il n'avait pas réellement envie de savoir. Il embrassa son amant derechef, avant de lui souffler qu'il devait y aller. Savoir Sherlock et John en liberté avec l'assassin ne lui plaisait qu'à moitié.

« Et puis, chacun son job, non ? Je dois aller justifier mes honoraires.

-Je te demande simplement de ne pas mourir. »

Ils s'embrassèrent derrière la porte, furtivement, et cela fut meilleur encore.


Comment je fais de la pub pour mes goûts artistiques? Problem :) ?

Le cauchemar de Fussli reste toute de même pour moi un superbe de tableau...

J'espère que ce chapitre vous plait, a très bientôt!

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