CHAPITRE DOUZE
Me revoilà après une longue absence, je vous remercie tous autant que vous êtes pour vos délicieux commentaires, et vous offre à présent la suite des aventures de nos héros préférés!
ps : je viens de rentrer en france, je n'ai donc pas, pour le précédent chapitre, pas pu répondre aux reviews, mais je m rattraperais avec les prochaines!
Quand John ouvrit les yeux, il faisait nuit. Essayant de faire jouer ses paupières, il se dit qu'il devait être là depuis quatre heures, sinon cinq, et qu'il avait donc du rater un certain nombre de choses. Puis, a ses narines parvint une odeur de fumée, et il voulu se lever rapidement :
« Sherl… »
Le souffle lui manqua et il se mit à tousser, alors qu'une main, semblable à une serre, venait saisit son poignet pour le forcer à se recoucher. Sherlock, plus blanc que jamais dans la pénombre, ne souriait pas :
« Ne sois pas stupide tu as besoin de repos. Ton bras est salement amoché, mais déjà en voie de guérison. J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle à t'annoncer.
-Commence par la bonne. Mais dis-moi ou sont…
-La bonne, le coupa le brun, c'est qu'en courant comme un forcené tu as déplacé un nerf, dans ta jambe droite, ton corps a fait naturellement ce que les chirurgiens refusaient de pratiquer, et donc, dès maintenant, tu peux bouger le genou sans retrouver ta vieille douleur. »
Le jeune homme eut un regard plus attendri en voyant son amant faire tourner sa jambe avec timidité, stupéfait et ravi à la fois de cette soudaine liberté. Puis son regard s'assombrit :
« La mauvaise ?
-Moriarty est en cavale, et Lestrade est en train de se faire opérer. Un bout de verre, au niveau du crâne, est très profond. Il risque de perdre la vue d'un œil, sinon les deux. »
John serra brutalement les draps entre ses doigts, ses traits se durcissant avec rapidité :
« Cela ne peut pas être aussi grave, ce n'est pas possible ! Et…Dans quel état se trouve Mycroft ?
-Je ne suis pas allé le voir, j'ai eu les nouvelles par les infirmières. Je suis resté à ton chevet.
-Oh, Sherlock… »
Touché, le blond tendit la main, et caressa la joue glacée du détective qui se permit un délicat frémissement. Dans le fond de la salle, le Fussli montait a garde, les bordures du cadres rongées lui donnant l'apparence d'un Lu géant et abandonné là. Sherlock prit la main burinée dans la sienne, en embrassa les doigts abîmés, puis la reposa sur les genoux de son propriétaire. Ses yeux fuyaient les siens :
« Je suis allé voir sur le net. Depuis la sortie de l'interview de l'autre femelle, les autres magasines s'écharpent pour trouver des informations sur notre intimité. Et comme on se protège bien et qu'ils n'ont rien à se mettre sous la dent, ces incapables brodent des stupidités.
-Quel genre ?
-J'ai déjà trouvé les mots « échangistes », « morbides » et « malsains » plusieurs fois. »
John baissa la tête. Le sang, à ses tempes, battait furieusement, à lui en faire mal. Son image qui se tachait, peu à peu, d'un liquide ineffaçable, et qui lui tordait le cœur et l'estomac. Il revoyait Sarah, Sarah qui se moquait, Sarah qui criait, qui pleurait, et il ne pouvait s'empêcher de douter de sa situation. Il savait qu'il faisait souffrir Sherlock, à force, se retournant ainsi sans savoir dans quelle direction aller. Il savait que le brun attendait, les lèvres closes, les yeux froids.
« C'est…C'est plus dur à supporter que ce que je n'avais crus.
-Tu n'essaies même pas, John. »
Sherlock se mordit violemment la langue pour se reprendre, il se leva d'un coup, fit craquer ses jointures, épousseta son pantalon alors que le blond cherchait ses mots. Le prenant une fois de plus de court, sa vois sèche claqua dans la pièce :
« L'engrenage se met en place. Bientôt le voyage sera sans retour. Si tu veux tout arrêter, nous le pouvons encore. C'est à toi de réfléchir, de faire le point pour savoir.
-Savoir ?
-Savoir si tout cela n'est qu'une histoire de dessin. »
Il s'éloigna vers la porte, sans un bruit, laissant John désemparé, douloureux, écartelé entre ses mœurs et ses envies. Le brun frôla la poignée de ses doigts graciles :
« Mais sache que cette fois, je ne t'attendrais plus. Ce sera avec ou sans toi. »
La porte fut fermée doucement, mais cela ne changea en rien la brûlure acide, dans ses veines, causée par les mots du jeune homme.
"..."
« Sherlock ? »
Mycroft fumait une énième cigarette, installé sur le trottoir. On aurait pu croire à un citoyen lambda, mais c'était sans compter les voitures et les gardes du corps l'encadrant de part et d'autres, droits, presqu'inhumains à côté de l'air défait qu'arborait l'agent du MI6.
« John est réveillé ?
-Oui. Oui, il est réveillé, c'est sûr. Ca va, toi ? »
Mycroft ne releva pas l'attention que lui portait son frère. Dans ce genre de situation, mieux valait répondre, simplement.
« Non. Si Gregory perd la vue je ne me le pardonnerais pas.
-Ce n'est pas de ta faute.
-Non, mais je sais qu'au fond tu me comprends aussi.
-J'en doute.
-Tu es plein de douleur. Tu te fais du mal car tu viens de permettre à ce bon docteur de prendre le large, et pour une fois, Sherlock, tu espères de tout ton cœur qu'il va refuser de t'obéir.
-Cela ne te regarde pas. »
Le jeune homme était un cheval blessé qui ruait encore. Mycroft hocha pesamment la tête en jetant son mégot loin de lui. Il l'observa s'éteindre en grésillant, croissant les bras sur son torse :
« Moriarty a envoyé un message. Il… Déplore que John soit en bonne santé.
-Ce salaud paiera un jour ou l'autre. Je l'enverrais croupir en prison, comme les autres. »
Sherlock alla s'installer aux côtés de son frère, et lui vola une cigarette avec l'agilité d'un chat. L'autre se laissa faire sans broncher, allant même lui allumer le tube de poison. Ils laissèrent passer deux minutes de silence, s'harmonisant avec la brise du soir. La nuit, l'hôpital faisait plus austère encore qu'en plein jour.
« Demain sera le jour de vérité. L'opération ne devrait pas tarder à se terminer, maintenant. »
Sherlock lança un regard en biais à son frère, et reprit d'un ton méprisant :
« Arrête un peu de larmoyer, même aveugle, Lestrade restera avec toi. Alors que moi je…
-LARMOYER ?! Etre aveugle, Sherlock, cela voudrait dire pour lui un passage à la retraite, la perte de l'un de ses sens, être handicapé ! Moi, moi, arrête de tout ramener à toi, Sherlock, tu ne vois que ton nombril, dans cette histoire, comme toujours ! »
Effaré, le jeune homme ne disait rien, les yeux grands ouverts, stupéfait d'entendre son aîné le sermonner si durement, lui criant presque sa colère au visage :
« John restera à vie avec toi, il t'aime à en mourir, il mourrait pour toi, d'ailleurs ! Tu le sais très bien, mais tu aimes tellement sentir que les autres ont besoin de toi ! Tu…Tu méprises les gens, mais… Mais maintenant, tu méprises bien plus encore la solitude. Prend soin de John. Car sinon d'autres le feront pour toi. »
Sherlock entama une seconde cigarette, un pli amer trahissant son intérêt pour les paroles de son frère. Evidemment, qu'il avait du mal à laisser faire doucement les choses. Il était impulsif, comme toujours. Et cela risquait de lui coûter cher.
« Au fait. J'ai vu Donovan et Anderson tout à l'heure. Ils…Te tiennent pour responsable de ce qu'il est arrivé à Gabriel.
-Je peux savoir dans quel mesure je-
-Rétention de preuves, d'informations. Gabriel ne savait pas à quoi s'attendre, il a essayé de vous suivre dans le bâtiment, et c'est la que tout a explosé. »
Sherlock se fichait bien de leurs avis respectifs.
« Evidemment je sais bien que c'est faux. Gab n'a pas pu s'empêcher de vouloir venir malgré le danger et il en est l'unique responsable. Tu n'as rien a te reprocher pour ça, en tout cas. »
Les deux frères étendirent leurs longues jambes au même instant, observant du coin de l'œil le soleil se lever à l'horizon. Mycroft marmonna que toute leur vie n'était qu'un stupide cercle de recommencement, et le détective n'eut pas la moindre envie, du moins cette fois, de se moquer de lui ou le contredire.
« Il est six heures. Il va falloir y aller. »
"..."
« Merde merde merde merde ! »
Moriarty criait dans son appartement, criait à s'en éclater les poumons, jetant tout ce qui lui passait sous la main pouvant faire du bruit en heurtant un mur. Dans le lit, sur le ventre, la respiration sifflante Moran attendait. S'ils avaient pu extraire la balle avec facilité, cela n'ôtait en rien le fait qu'il ait besoin de repos pendant une longue durée avant de pouvoir de nouveau se lever.
« Sherlock n'a pas voulu te tuer, tu le sais ?
-Hmmm… » grogna l'autre en essayant de soulager son dos.
Non, Sherlock n'avait pas voulu le tuer, sinon, il lui aurait été aisé de viser autre part. Sherlock ne tuait pas. Ou alors il se réservait pour Moriarty lui-même. Faisant le tour de la pièce avec impatience, l'assassin finit par se caler devant son poste de télévision, zappant jusqu'à tomber sur la chaîne désirée :
« Voyons au moins les dégâts que nous avons causé… »
Nous en sommes déjà au chapitre douze, la fin approche a grands pas, j'espère néanmoins vous tenir toujours en haleine !
Merci encore de lire cette fiction, et à bientôt!
