CHAPITRE TREIZE
Mapi : je suis ravie de voir que le suspense marche toujours ;)
un grand merci général pour ces superbes reviews, et ... BONNE LECTURE!
John s'était levé. Il n'avait jamais aimé être allongé dans un lit d'hôpital, cette situation lui rappelant son retour de la guerre, soit rien de très agréable. Marchant jusqu'à la fenêtre, il réalisa à quel point sa jambe lui semblait comme neuve, et il fit quelques exercices d'assouplissements qu'il n'avait pas pratiqué depuis de nombreuses années. La pendules sonna la demi.
« Et ces imbéciles qui ne me disent rien, bon sang… J'espère que Gregory va bien… »
Ses yeux balayèrent l'allée devançant l'hôpital, guettant inutilement son colocataire. Sherlock était-il en ce moment même encore dans le bâtiment ? Il n'en savait rien, et ne serait par ailleurs jamais capable de prévoir les agissements du brun. C'était peut être ce qu'il aimait chez lui. Et voilà qu'il se retrouvait, une fois de plus, au pied du mur, Sherlock semblait adorer le laisser dans ce genre de situations détestables, l'obligeant à réfléchir plus encore sur ce nouveau statut qui lui tournait autour.
« Pourquoi ne suis-je pas capable d''être irréfléchi ? Impulsif ? La guerre m'aurait donc volé mon peu de spontanéité ? »
Le blond fronça les sourcils, cela lui semblait aussi stupide qu'improbable, trouver des excuses encore et encore ne ferait rien avancer du tout.
« Mais pour lui…Ca semble tellement facile de faire ça… »
Evidemment. Sherlock se fichait du monde entier, une poignée d'êtres humains constituait son éventail affectif, et s'en satisfaisait pleinement. John, lui, n'avait pas le quotient émotionnel d'une théière, et devait donc agir autrement. Secouant la tête, il se détourna de la fenêtre pour rejoindre le couloir : l'état de santé de Lestrade était hautement plus important que ses querelles intérieures. Alors que ses doigts se posaient sur la poignée de porte, il imagina sa mère et son père, devant lui, s'il leur annonçait qu'il était en couple avec son colocataire masculin.
Une nausée lui tenailla brutalement les entrailles, et il se hâta de se glisser dans le couloir immaculé fourmillant de monde.
"..."
« Ca aurait pu être pire.
-Va t-en. »
Sherlock haussa les épaules avec lassitude. Il n'aimait pas voir son frère dans cet état, mais n'avait pas les instincts nécessaires pour le rassurer ou l'aider à accepter les choses. Glissant ses mains glacées dans les poches élimées de son manteau, il fit demi tour sans un mot de plus. Mycroft entendait le monde bourdonner autour de lui, le visage posé sur ses mains, les paupières closes, il frissonnait, canalisant les effluves chaudes et froides qui brouillaient son sang.
« Monsieur, vous allez bien ? Vous désirez entrer de nouveau?
-Non…Non, pas encore, Je ne peux plus . Je vais… Je vais aller m'aérer l'esprit. »
L'infirmière hoqueta en voyant l'homme se faire encadrer de deux larges gardes du corps alors qu'il se dirigeait vers la sortie. Celui-ci n'était pas tout le monde. Le patient, Gregory Lestrade, devait être spécial, lui aussi.
"..."
Quand John s'arrêta devant la porte de la chambre, il se rendit compte qu'il n'y entrait pas avec le self control du médecin, mais le stress d'un ami. Ses doigts dansèrent un instant dans le vide, puis il fit jouer le mécanisme tout en annonçant sa venu d'une voix douce :
« Greg ? C'est John.
-Salut doc. »
Voix terne, résignée, mais tout de même teintée d'un certain soulagement. L'inspecteur était parsemé de bandes blanches plus ou moins épaisses, sur la quasi totalité du corps. Tout ce blanc qui se confondait avec ses cheveux, et disparaissait brutalement au niveau de l'œil gauche, camouflé par un bandeau noir. John s'installa en silence à côté de l'homme.
« Il n'est pas crevé n'est-ce pas ?
-Non. Il a perdu sa vision, et sa couleur aussi.
-Fais voir. »
Lestrade enleva d'un coup sec le bandeau, cligna deux fois des paupières avant de tourner son regard vers le blond. Si l'œil droit, bleu, était toujours aussi vif, son compagnon était délavé, et la pupille un tantinet plus dilatée qu'elle n'aurait du être. John claqua des doigts devant la rétine, passa sa main devant :
« Il réagit à la lumière encore, mais c'est tout. Aucune chance de revenir à la normale ?
-20%. »
John savait qu'en médecine, un pourcentage aussi faible n'avait pas la moindre chance. Soupirant, il se laissa aller dans la chaise, cherchant des mots de réconfort qui ne venaient pas.
« Ce…N'est pas aussi atroce que ce que je n'aurais crus. Les maux de tête ont déjà faibli, et si je met une lentille, les gens ne se rendront compte de rien. Ma paupière est fonctionnelle. Je pourrais continuer mon travail.
-Gregory…
-Je pourrais. » insista t-il, têtu, effrayé d'affronter la réalité. L'ancien soldat attendit que l'autre desserre les lèvres pour relancer la conversation :
« Mycroft est passé te voir.
-Non.
-Si, j'en suis sûr. Tu devais dormir encore. Il doit se sentit tellement coupable…
-Coupable ? »
Etonné, Greg avait violemment tourné son visage triangulaire dans sa direction, et ses sourcils exprimèrent toute la surprise que ses yeux ne pouvaient montrer. John, gêné, hocha pesamment la tête, marmonnant que l'agent du MI6 devait s'en vouloir d'avoir laissé la situation dans un flou si dangereux. Même si l'opération n'avait pas été de son ressort, il se torturait probablement d'hypothèses et de scénarios fictifs.
« Si tu le vois, fais le venir. Et dis à Sherlock que je ne lui en veux pas.
-Tu pourras lui dire toi-même, je…
-Non. Déjà, cela te fait une bonne excuse pour aller le chercher, et puis… Il doit s'en vouloir aussi. Malgré tout. »
Gregory grogna qu'il avait entendu les rumeurs, entre ses agents, celles qui accusaient fièvreusement le détective d'être la cause de ses blessures, celles qui le tenaient pour seul responsable. Ils en oubliaient presque la bombe, et le poseur. Moriarty. Evidemment, Gregory avait rapidement fait cesser cette haine frustrée. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui même d'avoir voulu rejoindre les deux hommes dans le musée sans prendre de précaution.
« Repose-toi, je…Je repasserais avec un thé. Je t'envoie Mycroft si je le trouve.
-Merci, John. »
Le blond étreignit doucement l'épaule du blessé, ils échangèrent un sourire, puis le blond quitta la pièce, se demandant encore s'il devait être soulagé ou triste de l'état de son ami.
"..."
« Alors ? »
Le blond était prêt à sortir de l'hôpital. Il n'en avait ni le droit ni la réelle envie, mais était persuadé de trouver son colocataire assit sur le trottoir en train de fumer. Or Sherlock, appuyé contre le mur, avait simplement attendu qu'il descende pour le cueillir à la sortie.
« Alors quoi ? »
John restait face à la porte vitrée. Il entendait la voix rauque sans pour autant avoir la force de s'en approcher davantage.
« Lestrade. Il est borgne.
-Je vois que tu es bien renseigné. Mycroft ne t'a pas dit de bêtise. Il ne t'en veux pas, tu sais ?
-Comment pourrait-il m'en vouloir, je n'y suis pour rien. »
Il fallait connaître le jeune homme pour reconnaître, dans cette ironie acide, une trace de soulagement. John sentit les quelques rides, sur son front, disparaître alors qu'il faisait face à l'éphèbe aux bras croisés, les lèvres pincées, l'air ailleurs. Son index le picota activement, et il s'imagina le dessiner, comme avant, dans son carnet, quand ses doutes étaient encore dans leurs coquilles et qu'il laissait son subconscient vivre à sa guiche dans les traits de son critérium.
« Je voudrais rentrer à Baker.
-N'avons nous pas quelques affaires à régler d'abord, Sherlock ? Tu m'as bien fait comprendre que je devais donner une réponse, n'est pas ? Que tu ne serais plus patient. »
Sherlock le fuyait des yeux, s'ébrouant comme un jeune chien, refusant pour une fois de combattre, lui aussi partagé dans ses idées. Lui habituellement si glacial, si logique et carré, il se perdait dans ces ébauches de relations qui naissaient ça et là pour s'éteindre comme une luciole qui touche l'eau. Mycroft lui avait bien fait comprendre qu'il devait prendre sur lui, dans cette histoire, s'il ne voulait pas que John parte. Et c'était le principal objectif du jeune homme.
« Plus tard John. Je dois réfléchir, Moriarty est partit sans laisser de trace, et j'attend un message, quelque chose, qui…
-Que ressens tu pour moi ? »
Rouge brique, l'ancien soldat ne pipa mot quand quelqu'un le bouscula. Les yeux rivés sur le sol, les poings serrés, il ne différait en rien d'un adolescent timide et écartelé par le doute. Sherlock fit trois pas vers lui, la tête penchée comme un oiseau curieux, et lâcha le plus naturellement du monde :
« Je t'aime, voyons. »
Le prochain chapitre sera l'avant dernier, vous voila prévenu(e)s!
Par ailleurs, je souhaite une bonne rentrée pour ceux qui, comme moi, reprennent demain, et pour les autres chanceux, profitez bien de vos vacances!
review?
