Note de la traductrice :

Merci à Lucie pour ma première et (pour l'instant) unique review. Quelques encouragements font toujours plaisir -)

Point de vue de Pam

Nous avons traversé la rue et étions devant sa voiture en moins d'une seconde. Je n'y avais pas vraiment prêté attention avant tellement j'étais envahi par les émotions bouleversantes venant de mon créateur. Mais maintenant que je prenais la nature des évènements, je commençais à ressentir quelque chose que je n'avais jamais senti avant. De l'impuissance. Nous arrivions trop tard. Il n'y avait rien d'autre à faire que de regarder la scène étalée sous nos yeux.

Sookie Stackhouse, serveuse télépathe en partie faé, qui avait combattu les vampires, les loups et les faés, qui nous avaient fait l'aimer même contre notre propre volonté, était allongée morte dans une mare de son propre sang. Le travail n'avait pas été fait dans un esprit de vengeance surnaturel mais, apparemment, par un simple humain avec un couteau.

Je savais que je la pleurerais je savais que, pour la première fois en deux cents ans, je ressentirais de la tristesse. Mais je ne pouvais pas gérer ça maintenant. Maintenant, je pouvais seulement ressentir la bouleversante agonie qui submergeait mon créateur.

Eric, agenouillé, la tenait dans ses bras, son pantalon trempé par la mare de sang qui l'entourait. Il me regardait, ahuri et la regardait, elle. Ensuite, il déchira son poignet et le porta à la bouche de Sookie.

« Mon amour, tu dois boire. Tu dois prendre mon sang. Mon amour, ouvre la bouche. » Eric essayait de la cajoler doucement alors que le sang coulant de son poignet, gouttait sur le visage de Sookie. Soudainement, je sentis mes propres émotions se réveiller, et encore cette impuissance. Il savait sûrement. Je savais, aussi sûrement que lui, qu'il n'y avait rien à faire. C'était trop tard. Cependant, il restait là, lui parlant comme s'il s'était agi d'un enfant particulièrement lent et récalcitrant.

« Mon amour, mon amour, tu dois boire. » Sa voix était de plus en plus forte et la note de panique dedans devenait plus prononcée. « Sookie, tu dois te dépêcher, Sookie, s'il te plaît ! ». Il commença à hurler et à la secouer.

« Eric, arrête » lui murmurai-je. « Eric, elle est partie. » Je me rapprochais de lui, ma main tendue pour le toucher, pour lui offrir un peu de réconfort bien que le concept me soit complètement étranger. Mais avant que je puisse l'atteindre, il fait un bond en arrière et se dresse devant moi, les crocs visibles.

« Ne touche pas ta maîtresse. Va chercher de l'aide, appelle une ambulance. » Mes yeux s'écarquillèrent en entendant ses ordres. Et comme je le regardais, mon sentiment d'impuissance était remplacé par un sentiment bien pire. La peur. Son regard était complètement dévasté.

« Eric, il n'y a rien que quiconque puisse faire pour elle. Sookie est morte. » Je gardais une voix neutre et essayais de paraître sans émotion. Soudainement, je l'entendis hurler. Pas de mots, rien de cohérent, juste de la douleur. Et ensuite, presque trop vite pour être visible, il s'envola, prenant le corps de Sookie avec lui.

Je restais là encore un moment. Regardant autour de moi. Complètement incapable de penser à ce que je devrais faire ensuite. En 200 ans, je n'avais pas aimé beaucoup de gens. L'une des personnes que j'aimais était morte ce soir et elle avait peut-être pris l'autre personne que j'aimais avec elle. Cette pensée me glaça jusqu'à l'âme.

Quand le créateur d'Eric était mort, je savais qu'il ressentirait, en quelque sorte, un peu de tristesse. Et, en vérité, je pense que la plupart des « enfants » ressentent ça. Ensuite vient le temps où ils se rappellent tout ce que leur créateur leur a appris, où ils peuvent avoir de la gratitude pour la vie éternelle qui leur a été donnée et ensuite, ils réalisent qu'ils sont libres et ce sentiment de liberté éclipse la moindre peine. Cela aide généralement les vampires qui ont été transformé contre leur volonté et ont très peu de gratitude pour ceux qui leur ont « volé » leur vie.

Pas pour moi. J'aime ce que je suis et ce, depuis mon premier réveil comme vampire. Et j'ai toujours aimé l'homme qui m'a donné cette vie. Un souvenir surgit et me frappe comme un coup de poing dans l'estomac : Sookie et moi assise sous son porche, la nuit où je lui ai raconté ma transformation et supplié d'avoir pitié de mon maître. Elle m'avait demandé si je l'avais aimé et je lui avais dit que non. Bien sûr, c'était une demi-vérité mais une autre réponse aurait été bien trop compliqué et vraiment personne, sauf un autre vampire, aurait pu véritablement comprendre. Ce que Sookie voulait savoir, c'est si j'avais aimé Eric de manière romantique et la réponse était honnêtement non. Mais dire que je ne l'avais pas aimé était un mensonge. Je l'aime de tout mon être. Il est mon père, mon frère, mon ami et oui, autrefois, il a été mon amant. J'ai une dette insurmontable envers lui pour m'avoir donné cette vie. Je suis toujours venu avec moi quand il m'appelait et quand j'ai eu la liberté de choisir, j'ai choisi de rester. Simplement parce que ma vie n'est pas aussi heureuse sans lui. Je l'aime d'une façon qu'aucun humain parcourant cette terre ne pourra jamais comprendre. Notre relation a été de celle qui définit une vie. 200 ans après ma transformation, il est plus mon père que mon père biologique ne l'était. Nous nous comprenons tous les deux d'une manière que personne d'autre ne le pourra jamais. Nous avons combattu ensemble, ri ensemble, pleuré ensemble je l'ai aimé et, quelquefois, je l'ai détesté, je me suis rebellé contre lui pour ensuite courir me réfugier auprès de lui, il a été mon phare dans la tempête et, quelquefois, j'ai été le sien.

Et maintenant, je pourrais le perdre. Je l'ai vu dans ses yeux. J'ai vu cette folie. Cela pourrait prendre possession de lui à tel point qu'en réalisant qu'elle est morte, il pourrait vouloir « rencontrer le soleil », je n'ai aucun doute là-dessus. Cette pensée me sortit de ma léthargie comme rien d'autre n'aurait pu le faire. Alors que je me préparais à traverser la rue pour rejoindre ma voiture, mon œil fut attirée par quelque chose. Le couteau utilisé pour tuer Sookie.

J'avais beaucoup à faire ce soir. Mais la vermine qui avait fait ça allait souffrir et souffrir grandement. J'élevais légèrement la voix pour appeler Thalia. En un instant, elle sortit du club, traversa la rue et fut devant moi.

« Pam, tu m'as appellé. » Elle jeta un regard circulaire et bien qu'elle dût se demander ce qui se passait, elle garda un visage complètement neutre.

« Tu reconnais la voiture ? » lui demandai-je. Elle regarda mieux et ses yeux s'écarquillèrent imperceptiblement.

« C'est la voiture de Sookie, n'est-ce pas ? » Elle ne demandait pas vraiment et elle ne regardait plus la voiture. Les yeux de Thalia se plantèrent carrément dans la mare de sang séché devant la portière du passager et le petit sac à main à côté, son contenu étalé sur le sol.

« Oui. Elle a été assassinée cette nuit. » Je tendais le couteau à Thalia et elle le prit. « Avec ça. Peux-tu le traquer ? » Thalia hocha la tête tandis que ses crocs descendaient. « Prends-le, retrouve qui a fait ça. Amène-les à l'entrepôt. Ne les tue pas. Appelle-moi quand c'est fait. Tu as compris ? »

« Très bien. Ce sera fait. » Sans un autre mot, Thalia disparut dans la nuit. Elle n'était pas particulièrement attachée à Sookie mais elle était loyale envers Eric et c'est un vampire. Elle prendra un grand plaisir à blesser la personne qui a fait ça, simplement parce qu'elle aime faire du mal. Si Thalia peut trouver le meurtrier de Sookie alors, j'aurais peut-être la seule chose qui maintiendra Eric en vie au moins quelques nuits de plus.