Demandeur : Rien ne m'appartient (ça vaut pour l'auteur et la traductrice)
Point de vue de Bill
Avant d'ouvrir la porte, je frappe doucement. « Pam, je t'ai déjà dit de nous laisser ! » grogne-t-il derrière la porte.
"Eric, c'est Bill Compton, je rentre, pas de panique."dis-je d'une voix aussi calme et douce que possible. J'ouvre la porte doucement et la laisse grande ouverte pendant cinq secondes avant d'entrer. Une fois dans la pièce, je souhaite sincèrement être n'importe où ailleurs. Peut-être même dans la grange de la propriété de Russell avec Lorena, n'importe où sauf ici.
Eric est agenouillé de l'autre côté du lit tenant « sa » main. Si ce qui repose sur le lit peut encore supposé être une « personne ». Le corps de Sookie est gris avec ses lèvres, mains et pieds bleutés. Même de la porte, je peux voir que son corps est déjà rigide et dur comme de la pierre. L'odeur est si forte que je sais que je ne dois pas prendre une seule bouffée d'air sous peine d'être violemment malade.
"Est-ce que Pam t'a envoyé pour m'agacer ?" Il ricane brièvement avant de reporter son attention sur le corps allongé sur le lit. Je ne peux pas, NE PEUX PAS penser qu'il s'agit de Sookie. Pas si je veux arriver à ne pas m'écrouler et à devenir aussi dingue que le pitoyable vampire devant moi. « J'ai déjà dit à Pam que je ne la laisserais pas. Elle a besoin de moi ! »
"Pam m'a dit ce qui s'était passé. Pourquoi ne la crois-tu pas ? » Peut-on raisonner avec un fou ? Je ne sais pas mais je pense que c'est ma meilleure ligne de conduite : essayer de comprendre qu'elle est sa version de la réalité. Il me regarde et pendant un instant, je pense que ma vie est terminée. J'ai cru qu'il allait marcher vers moi et simplement enfoncer sa main dans ma poitrine, arracher mon cœur et ensuite me décapiter. C'est le niveau de violence que je vois dans ses yeux. Mais, cela partit aussi soudainement que c'était venu, et il s'effondra simplement devant moi.
"ça ne peut pas … ça ne peut pas finir comme ça." Sanglote-t-il en posant sa tête sur le ventre de Sookie pleurant ouvertement. « Ce n'est pas déjà l'heure. J'ai juré, j'ai juré que je la laisserais partir quand elle serait âgée et que la mort me la prendrait. Mais CE N'EST PAS DEJA L'HEURE ! » hurle-t-il dans un accès de rage. « Combien de temps, Compton ? Combien de temps ces misérables sacs de sang vivent-ils normalement ? 70, 80 ans ? Cela veut dire qu'il lui restait encore 50 ans ! Ses pathétiques excuses comme quoi la vie nous laissait encore des dizaines d'années devant nous mais ma magnifique femme est morte en un clin d'oeil. POURQUOI ! » Soudainement, il se lève pour attraper le grand miroir près du lit et le balance sur le mur.
"Elle est à MOI! Comment peut-elle mourir quand je vis encore ?" Le fauteuil près de la fenêtre est sa prochaine victime , volant sans effort dans la coiffeuse à travers la chambre.
"Eric, je sais, je donnerais n'importe quoi pour qu'elle soit encore en vie. N'importe quoi ! Même si ça signifiait que je devais la regarder t'aimer pour le reste de ma vie. » Je dis ça tranquillement mais quand il s'arrête pour me regarder, je sais qu'il m'a entendu. Ses mains descendent le long de ses hanches et il me regarde comme s'il me voyait pour la première fois. Il y a de la compréhension dans ses yeux. Je saisis l'instant, même si je pense qu'un seul mot de travers pourrait le renvoyer dans sa folie. « Eric, nous devons l'enterrer. ». Son corps entier frissonne.
"Pam et Thalia ont attrapé l'homme qui a fait ça. Elles le détiennent à l'entrepôt. ». Soudainement, ce fut comme si un feu s'était allumé dans ses yeux. Il eut le sourire le plus sinistre, le plus malveillant et sanguinaire que j'ai jamais vu et je dois dire que j'étais heureux de le voir. Il me dépassa et sortit de la chambre sans un mot de plus.
"Pam, fais ce qui doit être fait. Je serais à l'entrepôt. Je ne reviendrais pas avant plusieurs nuits. »
"Oui Eric." entendis-je Pam répondre, puis la porte d'entrée claqua. Un peu plus tard, je sentis la présence de Pam derrière moi. « Merci », ce fut dit si bas que je faillis ne pas l'entendre. Mais je la regardais et souris faiblement avec compréhension.
La nuit d'après, nous avons enterré Sookie dans le cimetière entre nos deux maisons. Juste entre sa grand-mère et son père. Exactement où je savais qu'elle aurait voulu être. Il n'y eut pas de cérémonie bien sûr mais ses amis étaient là avec elle. Nous ne pouvions laisser personne en dehors de ce petit groupe savoir qu'elle était morte. Si les autorités étaient impliquées là-dedans, il y aurait eu beaucoup trop de questions gênantes. Et après tout, Eric était encore en train de torturer son meurtrier pendant que nous la portions en terre. La nuit dernière après avoir découvert ce qui s'était passé, je voulais aller avec Eric et l'aider à envoyer ce sac de sang vers une mort certaine. Mais après notre conversation, je compris que ce n'était pas ma place. Elle était à lui, pas à cause de nos règles ou de son engagement avec le couteau mais par la volonté de son propre cœur et cela signifiait que lui seul avait le droit de venger sa mort.
Ma place était ici avec les autres personnes qui l'avaient aimée pour être sûr qu'elle soit allongée paisiblement dans son éternel repos. Au final, nous étions six, Pam, moi-même, son frère, Sam Merlotte, Alcide Herveaux et Calvin Norris. Personne ne prononça de discours, nous fîmes des adieux silencieux et placèrent des fleurs sur sa tombe non marquée. Comme Sookie n'avait pas de pierre tombale, je pris sur moi d'être certain que sa tombe serait entretenue et pas oubliée. Je ne suis pas le seul qui vient encore ici mais je suis celui qui vient le plus souvent, Eric et moi, devrais-je dire.
Au début, la douleur était si intolérable que j'ai cru que je ne serais pas capable de la gérer. La force que j'avais montrée lors de ma confrontation avec Eric dans sa maison, m'abandonna complètement quand nous mîmes Sookie dans son cercueil puis en terre. Les dix premières années après sa mort, je ressentis une profonde tristesse quasiment constante qui semblait ne jamais vouloir me quitter. Mais comme le temps passait, et comme toujours les choses arrivent alors qu'elles vous semblent impossible, je commençais à guérir. Je laissais Judith m'aimer et lui ouvris mon cœur d'une façon qui n'aurait pas été possible si Sookie avait vécu. Finalement, je commençais à vraiment aimer Judith et j'y trouvais une sorte de bonheur semblable à celui que j'avais brièvement connu avec Sookie. Je continuais à entretenir la tombe de Sookie comme si c'était une terre sacrée et pour moi, ce l'était. Cela me donnait une connexion permanente avec elle et mes souvenirs d'elle bien que je ne me permis jamais d'oublier que c'était une période terminée de ma vie. Finalement, un jour, je réalisais que beaucoup de temps était passé et que, même si Sookie avait vécu une longue et heureuse vie, elle serait morte désormais. Quelque part, cette réalisation me libéra complètement et totalement.
Je l'ai aimée intensément et profondément, complètement. Je l'ai perdue définitivement et totalement pour un autre homme. Mais même si j'avais eu mon petit conte de fées, il serait fini maintenant. Le temps de vie de Sookie était fini mais mon existence continuait.
Je plaçais un bouquet de roses que j'avais ramassé dans le jardin de sa grand-mère entre les pierres tombales d'Adèle et Corbitt Stackhouse, pile à l'endroit où Sookie reposait. Je restais là, inhalant les fraîches senteurs de l'été au crépuscule et retournais vers ma maison, vers Judith et le futur, ressentant pour la première fois en 50 ans, une véritable paix.
Note de la traductrice :
Eh oui ! Elle est bel et bien morte ! Bill a fait son deuil mais qu'en est-il d'Eric ?
