Plutôt rester enfermée chez elle, Samantha avait décidé d'aller prendre l'air. En plus, Jean devait retourner travailler, même si ça ne l'enchantait pas de la laisser seule dans son état, comme il disait.
" Mais oh ! Je suis amnésique, pas handicapée !" protesta Samantha, amusée.
" Oui mais ..." commença Jean.
" Mais quoi ? Je peux tout à fait me débrouiller seule. Allez, dépêche-toi que tu va être en retard."
Jean dut s'incliner, mais tout de même. Samantha alla donc flâner dans les rues de Central. Il faisait encore chaud à cette époque de l'année. Le parc était fleuri, et elle décida de s'asseoir dans l'herbe verte.
" Hmmm qu'il fait bon !" songea-t-elle les yeux clos.
Sam avait la tête levée vers le ciel, et le vent jouait dans sa chevelure sombre.
Tout à coup, elle entendit un cri. Rouvrant les yeux et tournant la tête, elle découvrit un étrange garçon perché sur une branche, qui commençait à rompre. La branche était très haute, et l'enfant risquait de se blesser grièvement. En baissant les yeux, Samantha découvrit un très gros chien qui n'attendait qu'une chose : que le gosse tombe. La brunette réagit aussitôt.
Elle courut vers l'animal, et d'un geste ample le fit déguerpir. La branche craqua, et elle plongea pour rattraper l'enfant. Il avait de longs cheveux noirs, et des membres métalliques. En plus, il n'était vêtu que d'un t-shirt gris déchiré, et d'un short. Lorsque le petit leva les yeux vers elle, Sam découvrit qu'ils avaient une belle teinte violette et que la pupille était verticale.
" Est-ce que ça va mon petit ? Tu n'es pas blessé ?" demanda-t-elle d'une voix douce.
L'enfant fit non de la tête. Elle le relâcha et l'aida se remettre debout.
" Comment t'appelle-tu ?" reprit-elle.
" Wrath." répondit l'enfant.
" Et où est ta mère ?"
" J'en ai pas elle est morte. Je suis tout seul et j'ai faim." répondit Wrath.
" Oh mon pauvre petit bout ! Si tu as faim tu peux venir chez moi, je te servirais un petit quelque chose. Ou bien on peut acheter ce que tu veux." proposa Samantha avec un sourire.
Wrath étudia ce visage qui lui souriait gentiment. Elle avait l'air gentille. Et puis de toute façon il ne risquait rien, ce n'était pas n'importe quel garçon. Il lui rendit son sourire et accepta son offre. Sam lui tendit une main qu'il prit, et elle le ramena chez elle. Puis elle lui proposa de prendre une douche, ce qu'il accepta.
Pendant qu'il se lavait, Sam prépara un petit goûter. Quand Wrath eut terminé, elle le conduisit à la cuisine où il mangea avec appétit. L'homonculus aurait préféré des pierres rouges, mais pour une fois qu'on le traitait comme un humain.
" Dis-moi Wrath, tu n'as vraiment personne chez qui aller ?" demanda Samantha en lui brossant les cheveux.
Sloth faisait la même chose avec lui avant. En se rappelant de celle qu'il avait prit pour sa mère, Wrath sentit les larmes lui piquer les yeux.
" J'vous ai déjà dit que non !" répondit-il avec humeur.
Il regretta aussitôt son ton acide. Mais elle avait qu'à écouter aussi.
" Enfin, y'a des gens dans un coin qui me donnent des trucs des fois, si je fais certaines choses pour eux." reprit-il.
Cette réponse déplut à la jeune femme. Elle cessa de lui brosser les cheveux, et s'assit en face de lui.
" Puis-je te demander quel genre de choses ?"
" 'vous regarde pas."
" Si je te demande ça mon enfant, c'est pour savoir si ces gens ne te font pas faire de mauvaises choses et s'ils n'abusent pas de toi. C'est pour ton bien." expliqua-t-elle.
Wrath la regarda avec dédain. Non mais pour qui elle se prenait celle-là ? Sa mère ? D'un autre côté, ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas soucié de lui comme ça.
" J'ai pas le droit de le dire." dit l'homonculus.
" Comme tu voudras. Que vas-tu faire à présent ?" reprit Sam.
" M'en vais."
Wrath se leva, et se dirigea vers la porte.
" Si tu as besoin de quoi que ce soit, voilà mon numéro." conclut Samant en griffonnant sur un morceau de papier.
Elle le lui donna. Wrath regarda le papier, puis parti sans un merci. Hors de l'immeuble, il trouva une poubelle. Il allait jeter le papier, quand il se ravisa sans trop savoir pourquoi. Puis il décida de rentrer. Au bout d'une heure de marche, Wrath arriva devant une espèce de bar apparemment fermée. Il tourna dans une rue, et s'arrêta devant une porte en fer. Wrath frappa deux coups. Un judas s'ouvrit, puis ce fut la porte.
" T'es en retard le mioche !" lança celui qui venait d'ouvrir.
" La ferme." rétorqua Wrath.
L'autre l'attrapa par le bras, mais l'homonculus s'en défit aisément et l'envoya au sol. Puis il continua son chemin. Il arriva dans la salle de ce qui était un club clandestin.
" Alors ? T'as livré ce qu'on t'as demandé ?" interrogea un homme sur une banquette.
" Oui, voilà l'argent." répondit Wrath en jetant un sac sur une table.
" Et voilà tes pierres." reprit l'autre en lui lançant un sachet en plastique.
Wrath les prit au vol, et voulut en prendre, quand tout à coup à coup des éclairs parcoururent son corps. Le petit cria de douleur et tomba à terre. Il se roula sur le sol en hurlant. Un claquement de doigts mit fin à ses souffrances.
" Ca, c'est pour ton retard. La prochaine fois, je te flanque une correction mémorable, compris ?" reprit le type.
Il fit un geste pour qu'on le débarrasse de cette loque. Un homme qui se tenait debout près de son patron prit Wrath, qu'il jeta sur une épaule comme un paquet de chiffons, et l'emmena. Arrivé dans une pièce qui ressemblait davantage à un dé à coudre, il le jeta comme on jette un objet à la poubelle. Wrath roula sur le sol, les larmes aux yeux. Il resta là sur le sol en béton froid, pendant que la porte en fer de sa prison se refermait. Wrath se mit en position foetale, et renifla à plusieurs reprises.
Jean appela sa femme pendant la pause déjeuner.
" Coucou mon coeur ! J'appelle pour savoir si tout va bien." dit-il.
" Oh oui, tout roule. Et toi ange, est-ce que ça va ?"
" Ouais, des dossiers, des dossiers et encore des dossiers. Passionnant comme tu vois." répondit Jean dans un soupir.
Samantha hésita à lui parler de sa rencontre de ce matin. Elle décida finalement de rien dire pour le moment. Jean lui parla encore un moment, puis raccrocha. Samantha alla préparer son déjeuner. L'après-venu, elle se rendit au musée où elle travaillait avant, voir si quelque chose lui revenait. En arrivant, Sam vit que l'on déchargeait des objets très lourds. Soudain, un employé heurta un grand vase, qui vacilla sur son socle. Elle se concentra dessus, et le remit en place avant qu'il ne tombe. Personne ne le remarqua.
" Samantha ! Quelle bonne surprise !" fit Dooley en la remarquant.
" Bonjour, je suis venue pour essayer de me rappeler certaines choses." sourit-elle.
" Bien sûr. Mais je ne peux m'occuper de vous pour le moment. Vous pouvez aller où bon vous semble, et appelez-moi s'il y a un problème."
" D'accord, merci beaucoup !"
Et elle s'éloigna. Une employée s'approcha du conservateur.
" Mme Havoc n'a toujours pas retrouvé la mémoire ?" demanda-t-elle.
" Non. Quel malheur quand même, notre meilleur élément." soupira-t-il.
Samantha arriva devant un cadre, la représentant à côté d'autres personnes. Elle reconnut Dooley entre autres. Il s'agissait en fait d'une coupure de presse. La jeune femme lut rapidement l'article.
" Bla bla bla ... les sommités du milieu archéologique ... une découverte extraordinaire de Samantha Fuery ... Fuery ? Ah oui, c'est mon nom de jeune fille. Donc j'étais quelqu'un de connu dans le milieu, si j'en crois cet article." pensa-t-elle.
Il y en avait d'autres ici et là. Sam avait beau chercher, tout ça ne lui disait rien. Pourtant, elle pensait que son métier avait l'air intéressant. La brunette arriva dans son bureau. Elle y était déjà entrée la dernière fois, mais n'avait rien trouvé de spécial. La jeune femme s'assit.
" Que c'est pénible de pas savoir qui on est ! J'ai beau chercher, y'a pas le plus petit souvenir qui me revient." pensa-t-elle avec une certaine tristesse.
Après être restée là une heure, elle décida de s'en aller. En chemin, elle rencontra de nouveau Wrath.
" Tiens salut !" dit-elle.
" 'lut." dit-il sans s'arrêter.
Intriguée par cet enfant, Samantha décida de le suivre. Mais l'homonculus s'en rendit compte. Il l'attendit à un angle de rue, puis la plaqua contre le mur quand elle passa devant lui.
" Qu'est-ce que vous fichez là ? Vous me suivez ?" attaqua-t-il.
Samantha le repoussa.
" J'ai le droit d'aller où je veux mon p'tit. Et ce n'est pas de ma faute si c'est dans la même direction que toi." répondit-elle.
Wrath resta sceptique. Samantha remarqua qu'il portait un sac à dos, camouflé par ses cheveux. Ce gosse n'avait pas une tête à aller en classe.
" Allez vous-en. Ne me suivez pas." reprit Wrath en lui tournant le dos.
" N'oublie pas ce que je t'ai dit : si tu as besoin d'aide tu sais quoi faire." lança Samantha.
Elle le regarda s'éloigner, soupira et partit dans la direction opposée. Wrath lui arriva à destination. Il monta les marches d'un immeuble, et frappa à une porte. Ce fut un homme aux traits asiatiques qui lui ouvrit. La porte se referma, le bruit d'une chaîne qu'on enlève se fit entendre puis il fit entrer l'homonculus.
" Voilà le facteur !" lança-t-il.
D'autres gars à la mine pathibulaire entrèrent au salon.
" L'argent." demanda Wrath.
" La marchandise d'abord." lui répliqua-t-on.
" Pas d'argent pas de matos." insista Wrath.
Son interlocuteur savait très bien qu'il ne fallait pas plaisanter avec cet étrange gamin. La dernière fois, quatre de ses hommes étaient morts. Il fit un geste à un de ses employés, qui déposa une valise devant Wrath et l'ouvrit.
" 500 mille cenz, comme convenu."
Wrath enleva alors son sac à dos dont il déballa le contenu sur la table. Des magnums, des Smith et Wessons, des Desert Eagles, bref un vrai arsenal. L'homme en face examina la marchandise, puis se déclara satisfait. Wrath prit la valise contenant l'argent et s'en fut. Quelques instants plus tard, il était de retour au club et donnait la valise à son employeur.
" Parfait. T'as du ménage à faire, et tout que soit nickel avant ce soir." dit-il.
Wrath fut forcé de s'exécuter. Il savait ce qui l'attendait s'il désobéissait. L'homonculus attrapa donc de quoi balayer et nettoyer puis se mit au travail. Au moment où il eut fini, il cassa par mégarde un miroir. Aussitôt le claquement de doigts résonna dans l'air, et Wrath se tordit de douleur sur le sol. Ses cris résonnèrent un moment avant que son maître ne se lasse.
" Ramasse-moi ça en vitesse !" cria l'autre.
Wrath se releva tant bien que mal, et balaya les morceaux de verre. Puis sa tâche terminée il alla dans la pièce sordide qui lui servait de chambre. Wrath se jeta sur son lit, dont les ressorts grincèrent affreusement. Il resta là sans bouger durant un moment. En ouvrant les yeux, il vit un bout de papier sur sa petite table de chevet. Si on pouvait appeler table de chevet un bidon en fer. Wrath releva la tête. Les paroles de Samantha lui revinrent en mémoire :
" Si tu as des ennuis appelle-moi."
Wrath tendit la main et attrapa le bout de papier, qu'il tendit devant lui. Le sourire de la jeune femme apparut devant ses yeux, et son visage se superposa à celui de Sloth. Une larme roula sur la joue de l'enfant. Devait-il l'appeler ou non ? Si jamais son maître le découvrait, il le torturerait à n'en plus finir. Mais d'un autre côté, si elle pouvait le sortir de cet enfer qu'il connaissait depuis la déchéance de Dante et des autres ...
Il fallait qu'il essaie. Demain matin, il trouverait une cabine téléphonique et l'appelerait. C'est sur cette note d'espoir que Wrath ferma les yeux, serrant le précieux morceau de papier contre lui. Il se roula en boule et essaya de dormir pour essayer une fois encore d'oublier grâce au sommeil.
