Le lendemain, comme il s'y attendait, l'employeur de Wrath ne le réveilla pas comme d'habitude. Quand le club ouvrait et qu'il s'y trouvait, il se couchait très tard. Wrath avait donc un peu de répit devant lui. Restait à sortir de là sans qu'on le remarque. Les nombreuses fois où Wrath s'était enfui, son maître l'avait toujours retrouvé, sans qu'il comprenne vraiment pourquoi. Et les punitions avaient été terribles. Pour éviter les fugues, son patron fermait la porte de sa chambre à clé, qu'il avait toujours sur lui. La fenêtre qu'il avait était condamnée, et seule une vague ampoule diffusait de la lumière.
Cette fois, Wrath avait une autre idée. Il avait ramassé un bout de fil de fer, et il allait s'en servir pour crocheter la serrure. Wrath tordit le fil et se mit au travail, priant pour qu'on ne l'entende pas. Au bout de longs efforts, la porte s'ouvrit. L'homonculus sortit avec précaution, et la referma. Quand il fut hors du club, il se mit à courir de toute la vitesse de ses jambes vers le centre-ville. Enfin il aperçut une cabine téléphonique, dans laquelle il s'engouffra.
Il introduisit des pièces de monnaies dérobées dans la fente, puis composa le numéro de Samantha. Cette dernière décrocha au bout de trois sonneries.
" Allô ?"
" C'est Wrath." annonça-t-il d'une petite voix.
" Oh bonjour ! Comment va-tu ?" demanda la voix chantante de la brune.
" Je dois vous voir. Au parc où vous m'avez trouvé, tout de suite." reprit Wrath.
" D'accord j'arrive."
" Merci."
Tiens, c'était la première fois qu'il prononçait ce mot. Wrath raccrocha, et alla tout de suite au parc. Là-bas, il guetta avec impatience l'arrivée de la jeune femme. Quand il l'aperçut, il courut vers elle et la serra contre lui.
" Jai eu peur que vous ne veniez pas." dit-il.
" Pour quelle raison ne serais-je pas venue ?" répondit-elle un peu surprise de sa réaction.
Wrath leva vers elle un regard désespéré. Samantha lui proposa à nouveau de venir chez elle, ce qu'il accepta avec un certain soulagement. Chez elle, elle lui servit un bol de chocolat chaud.
" Alors dis-moi Wrath, qu'est-ce qui t'arrive ?" demanda Samantha.
L'homonculus reposa son bol. Il savait qu'il risquait gros à lui parler. Mais il n'en pouvait plus de toutes ces tortures.
" J'ai besoin de votre aide." commença-t-il.
" Eh bien raconte-moi ton problème, je verrais ensuite ce que je peux faire."
" Si jamais il apprends que je suis parti ... il va me punir !" fit Wrath d'une voix tremblotante.
" Qui ça ?" interrogea Sam.
" Mon maître."
Samantha dévisagea Wrath un instant. Ce dernier fixait son bol, comme s'il pouvait y plonger et s'y noyer.
" Raconte-moi tout depuis le début." dit-elle.
" Un type du nom d' Holloway m'a trouvé dans la rue y'a des mois de ça. Il m'a ramené de force chez lui, dans son club, et il me force à travailler pour lui. Pour mieux me contrôler, il a implanté sous ma peau un petit médaillon en fer, qui est un cercle de transmutation. Chaque fois que je désobéis ou je fais quelque chose qui lui déplaît, il claque et des doigts et l'active. Ca répands une violente décharge alchimique dans mon corps." raconta Wrath.
Samantha était horrifiée parce ce qu'elle entendait. Comment pouvait-on être assez monstrueux pour s'en prendre à un enfant ?
" Sais-tu pourquoi il fait ça ? Je veux dire, y'en a-t-il d'autres avec toi ?"
" D'autres enfants ? Non. Je suis le seul. Il se sert de moi parce que ..."
Wrath hésita à poursuivre. Ce qu'il allait dire risquait de la faire changer d'avis, et qu'elle ne veuille plus l'aider. Pourtant, il devait le lui dire. Samantha attendit qu'il poursuive de lui-même.
" Il se sert de moi parce que je suis un homonculus."
Samantha fronça les sourcils. Homonculus ? C'était quoi ça ?
" Un quoi ?" demanda-t-elle.
" Un homonculus, c'est-à-dire un être humain créé par le biais de l'alchimie. Ce serait trop long à vous expliquer, et j'ai pas beaucoup de temps. Mais il faut que vous m'aidiez, je ne peux plus rester là-bas, il me fait trop mal !" s'exclama Wrath en la regardant cette fois.
Le pauvre, il faisait vraiment peine à voir.
" Quel genre de travail te fait-il accomplir ?" reprit-elle.
" Je dois livrer tout un tas de chose. Comme j'ai l'air d'un enfant les flics ne cherchent même pas à comprendre. Ca passe mieux qu'un adulte."
Wrath se rendit soudain compte de l'heure avancée, et se leva en panique. Samantha lui demanda ce qui se passait.
" Il va venir me chercher ! Il doit déjà savoir que je suis plus là ! Aidez-moi s'il vous plaît !" s'écria-t-il.
" Du calme Wrath. Il ne sait pas que tu es ici."
" Mais vous comprenez pas ! Il sait toujours où je suis, il m'a toujours retrouvé !"
" Dans ce cas, on s'en va."
Elle le prit par la main, et ils sortirent de son appartement. Samantha les entraîna au musée. Comme il y avait du monde, ils seraient davantage en sécurité. Du moins pour un temps.
" Ca ne sert à rien de fuir, il saura quand même où je me trouve." dit Wrath.
Samantha ferma la porte de son bureau.
" Au moins ici on aura le temps de réfléchir. Il faudrait savoir comment il arrive à te localiser." répondit-elle.
" J'en sais rien, j'ai pas vraiment le temps d'y réfléchir." fit Wrath.
" Tu m'a parlé d'un médaillon en fer qu'il t'a implanté ... je me demande si c'est pas grâce à ce truc qu'il y parvient."
" Possible. L'ennui c'est que j'ignore où il me l'a mis. J'étais inconscient à ce moment-là."
" Ouais. Bon je crois qu'on devrai commencer par aller voir un docteur, pour qu'il te l'enlève. On s'occupera de ton bourreau après."
Leur décision prise, il leur fallut ressortir du musée. Tout à coup, Wrath agrippa le bras de Samantha.
" Ce sont ses hommes de mains ! Là-bas !" s'exclama-t-il.
" Merde ils nous ont vus ! Cours, vite !"
Tous deux prirent leurs jambes à leur cou. Les hommes de main d'Holloway les poursuivirent à travers les rues de Central. Sam avait une idée : s'ils parvenaient à atteindre le Q.G de Central, ils y seraient en sécurité. Les trafiquants n'oseraient jamais s'y aventurer. Hélas, elle ne savait pas trop où il se situait.
" Excusez-moi madame ! Vous savez où est le Q.G des militaires ?" demanda-t-elle d'un trait à une vieille dame.
" Comment ?" répondit-elle.
" Le Q.G des militaires !" répéta Samantha plus fort.
" Des corsaires ? Je n'ai pas le temps de rire jeune fille."
Sam allait répéter une fois de plus, quand Wrath l'entraîna avec une force surprenante. Des coups de feu claquèrent. Ils coururent longtemps. La jeune femme commençait à être à bout de souffle, et elle demanda à Wrath de faire une pause.
" Sont coriaces ces types !" souffla-t-elle.
" Pourquoi voulez-vous aller chez les militaires ?" interrogea Wrath, qui ne semblait pas du tout fatigué.
" Mon mari y travaille, on y sera en sûreté."
" Ah vous êtes mariée."
" Oui. L'ennui c'est que je me souviens pas de ce jour-là. Et tu me fais penser que je ne connais pas le prénom de mon époux."
Wrath la regarda les yeux ronds. Ces humains étaient vraiment bizarres parfois.
" Je suis amnésique, expliqua-t-elle en voyant son expression. Ca veut dire que j'ai perdu la mémoire."
" Oh."
Soudain, leurs poursuivants les encerclèrent. Wrath se serra contre Samantha.
" Livre-nous le gosse, et on te fera pas de mal." dit l'un d'eux arme au poing.
C'est ça. Sam n'avait peut-être plus de souvenirs, mais elle n'était pas idiote. Pas question qu'ils touchent à ce petit. Vu l'état des choses, ils n'avaient qu'une façon de s'en sortir. Samantha se concentra sur eux, et les repoussa violemment. Tous firent un vol plané. La brunette n'attendit pas qu'ils réagissent, et entraîna Wrath.
" Comment vous avez fait ça ? C'est de l'alchimie ?" demanda-t-il.
" Non, c'est un don que j'ai développé suite à mon amnésie."
La jeune femme redemanda son chemin à un passant, qui cette fois put lui répondre. Maintenant, ils n'avaient plus qu'à y aller. Hélas, une mauvaise surprises les attendait un peu plus loin. L'employeur de Wrath s'était déplacé en personne pour le ramener.
" Je savais bien qu'il n'y avait que moi pour te ramener, saleté de gamin." dit Holloway.
On le sépara de Samantha. Puis il claqua des doigts, déclenchant la décharge alchimique via le médaillon dans le corps de l'homonculus. Wrath hurla de douleur.
" Mais arrêtez ça enfin ! Ce n'est qu'un enfant !" s'exclama Samantha.
" Toi on t'a rien demandé !" répliqua Holloway.
Il pointa une arme sur elle. Mais la brunette n'avait pas l'intention de se laisser abattre sans rien dire. Comme avec les autres, elle se servit de sa télékinésie pour le neutraliser. Elle se débarrassa également de ceux qui la maintenaient. Wrath avait cessé de crier, et se relevait péniblement. Elle allait l'aider, quand elle reçut un coup de crosse dans la nuque. Sam s'effondra devant Wrath.
" NON !" s'exclama-t-il.
" Elle a un drôle de pouvoir cette fille !" fit Holloway en se relevant.
" On s'en débarrasse chef ?" demanda un type en pointant son arme sur elle.
" Non, elle va nous être utile. On l'embarque."
Wrath se débattit, et on dû l'assommer pour qu'il se tienne tranquille. On emporta également Samantha. De retour au club, Holloway s'occupa d'abord d'elle avant de punir Wrath.
" Elle est sacrément mignonne ! Je sens qu'on va bien s'entendre elle et moi." sourit-il en lui passant une main sur la joue.
Ses hommes l'avaient déposé dans une pièce, plus précisément sur une table en fer. Il enfila une paire de gants en plastique, puis déroula une serviette contenant des instruments chirurgicaux.
Dans sa chambre, Wrath pleurait. Sa tentative avait lamentablement échoué, et à présent Holloway avait un nouveau jouet. Il aurait dû le savoir que c'était voué à l'échec. Et la punition allait être exemplaire cette fois. Rien que d'y penser, il en avait déjà mal. La porte de sa chambre s'ouvrit brutalement. Deux hommes entrèrent et se saisirent de lui.
" LACHEZ-MOI ! NON LAISSEZ-MOI TRANQUILLE !" cria-t-il.
Grâce à sa force d'homonculus, Wrath parvint à se libérer. Il se rua hors de sa prison. Malheureusement il ne put aller bien loin. Un claquement de doigts se fit entendre, et le petit fut coupé dans son élan par la souffrance. Wrath eut l'impression d'avoir été fauché, et il tomba par terre. Ce coup-ci cétait pire que tout. Jamais il n'aurait pensé qu'on puisse ressentir une telle douleur. Même quand la Porte lui avait arraché ses membres ça n'avait pas été aussi douloureux.
Holloway fit durer sa torture alchimique, puis il y joignit des coups de pieds et des coups de poings.
Un long plus tard enfin, son bourreau se lassa. Wrath était à bout de forces, brisé. En cet instant il aurait voulu mourir. Hélas, quand on est un homonculus on ne possède pas cette porte de sortie. Wrath fut traîné dans sa chambre, où il resta sur le sol. Il reprit connaissance des heures plus tard. La douleur était encore présente dans son corps. Sa peau était couverte de plaies, bleus et contusions. Wrath n'avait pas la force d'attraper ses pierres rouges. Des larmes embuèrent ses yeux, et coulèrent sur le béton froid, formant une petite flaque. Il essaya de les ravaler, même ça ça lui faisait mal. Mais les larmes coulèrent quand même, larmes de douleur, de chagrin, de rage. Wrath se souvint que lors d'un de ses affrontements avec Edward Elric, ce dernier lui avait dit qu'il connaissait le point faible des homonculus.
Ce à quoi il avait rétorqué que lui n'en avait aucune. A ce moment-là, Wrath s'était cru invicible. S'il n'y avait pas de restes de son corps, alors personne ne pourrait le tuer. Et pourtant en cet instant présent, il le souhaitait plus que tout. Pour ne plus souffrir, pour rejoindre sa mère et être enfin heureux. Mais il ne pouvait pas mourir. Il était condamné à vivre, longtemps, très longtemps. Wrath comprenait pourquoi Lust avait souhaité mourir maintenant. Jamais il n'avait autant regretté d'être un homonculus.
